Erudition Sans Complexe

Ralentir avec Fink

« Résister, c’est d’abord dire non », comme le pensait si bien Vladimir Jankélévitch. Comment résister à l’heure actuelle, quand le capitalisme nous rend victime et coupable de notre consommation ? Il faut éviter d’accélérer. Si nous suivons les pas des milliardaires, c’est-à-dire, consommer de plus en plus, désirer toujours et encore, ou bien, obtenir toujours plus vite, nous courons à notre perte.

Les milliardaires ne font pas qu’accaparer les richesses. Selon une étude de Capgemini, pour la première fois en 4 ans, le nombre de millionnaires en dollars, a augmenté en Belgique, l’année dernière. Ils étaient 146.400, soit une hausse de 8,8% par rapport à 2024, selon le rapport annuel mondial sur la fortune. En d’autres mots, la Belgique n’a jamais compté autant de millionnaires et de super-millionnaires ! On murmure à mon oreillette : « La richesse serait concentrée entre les mains de quelques individus qui échappent largement à l’impôt ? Vraiment ?! Qui aurait pu prédire ? ». Une fois ce contexte précisé, ne me parlez pas de « fuite des cerveaux », si vous craignez le départ des nantis taxés sur leur patrimoine !

Il y a des artistes qui stimulent l’imagination. Leur musique semble inviter à ralentir. Car ralentir n’est pas une faiblesse – fuck Bezos, Musk and Zuckerberg –. Citons Fink. Ce dernier est attaché aux instruments acoustiques. Le chanteur britannique démarre sa carrière comme DJ. Aujourd’hui, il fait partie des meilleurs guitaristes.

Pourquoi ? Sa voix, ses cordes et son jeu instaurent une ambiance singulière. L’accalmie est au rendez-vous, lorsqu’on écoute ce musicien. Son morceau « Wishing For Blue Sky » est un parfait exemple. Les violons et la mélodie donnent l’envie de se poser. Cette musique apaise nos sens !

Le ralentissement se sent aussi au niveau des paroles. En 2014, Fink l’explique à Sound of Violence.

Trouver des histoires à raconter n’est pas difficile ; les raconter avec élégance est une autre paire de manches. Et à contrario des Arctic Monkeys ou de The Rapture, par exemple, qui eux sont prolifiques au niveau des mots dans leurs textes, j’aime travailler à l’économie. Mon truc c’est de laisser de l’espace pour que les gens puissent remplir cet espace avec leurs propres pensées. Prince ou les Rolling Stones font ça parfaitement. Mon style, c’est dire plus, en disant moins…

Et si on prenait le temps de se poser une question ? A-t-on réellement besoin de surconsommer ? Négatif. Prenons du recul. Taxons les riches. Sauvons la planète, du mieux qu’on peut. Puis, écoutons Fink.

brunoaleas

Publié le 19 août 2026

Qui soigne les artistes qu’on n’a même pas le droit de voir ? Part 2

La santé mentale des artistes, on en parle ? Faut-il souffrir pour composer de la musique ? Erin s’attaque à ces questions, dévoilant les raisons de son exaspération.

Ce n’est pas seulement une question d’argent. C’est une question géographique, aussi. Certains artistes ne font tout simplement pas certains pays. Pas certaines régions. Leur tournée « mondiale » s’arrête à la frontière d’un marché jugé pas assez rentable. On est censé-es se consoler avec le stream. 

Alors, oui, on peut parler de relations parasociales, de fans qui franchissent des limites, de la pression insoutenable que les réseaux font peser sur les artistes. Tout ça est réel et important. Mais il faut aussi nommer l’autre côté de cette équation : une industrie construisant des stars mondiales. Elle alimente une hype planétaire. Par après, elle rend l’accès à ces mêmes stars, financièrement et géographiquement, impossible pour une grande partie de leur public.

On nous vend du rêve. On nous vend de l’émotion. Ensuite, on nous dit que ce rêve a un prix qu’on ne peut pas se permettre d’atteindre.

Et ce n’est pas seulement un problème pour les stars. La scène émergente, celles des artistes qui jouent pour 30 personnes un vendredi soir et rentrent chez eux sans cachet, est un environnement encore plus hostile. Précarité, isolement, pression des réseaux, absence de filet de sécurité.
On leur demande de se livrer entièrement sur scène. Ensuite, on leur dit de se débrouiller.

La musique ne devrait pas être un privilège de classe ou de capital. Les artistes ne devraient pas avoir à choisir entre leur santé et leur carrière.

On peut commencer par soutenir la scène locale, acheter un vinyle, choisir des plateformes de streaming éthiques. Des petits gestes.
Mais aussi se souvenir, la prochaine fois qu’on écoute un morceau qui répare quelque chose, de ne pas oublier qui écrit. Et de ce qu’on fait collectivement, pour prendre soin d’eux.

Erin Terlier – texte & photo

Publié le 6 août 2026

La foi de Casadilego

Quand j’écoute « Posto Nuovo », je ressens l’apaisement. Casadilego gagne X Factor Italia, en 2020. Ensuite, elle suit une trajectoire spécifique : la délicatesse musicale. Son morceau sonne tel un cri de détresse, sans être alarmiste. Mon moral est bas. Sa voix est haute. J’ai besoin de sagesse.

Les paroles sont claires, nettes, précises : « Che cosa ti aspetti da me ? Che sono in un bad trip da un po’. Tirami fuori da me. Prima che molli la presa. Che qui non c’è più nessuno a più nessuno a salvarmi da me. Devo salvarmi da me in un posto nuovo ». Cette voix cherche une aide puissant l’extirper de sa condition. Bien sûr, je ne me lancerai pas dans une analyse marxiste.
Ici, la santé mentale semble correspondre au thème de la chanson. Bref, à l’écoute, je devine la description d’un manque. Apparaît alors une personne absente, mais aussi invitée à se perdre dans les idées de la narratrice, invitée à ouvrir les portes de son monde. Le but ? Se sauver.

Déterminons un parallèle avec la pensée d’Al-Boukhari, figure influente de l’islam sunnite. Pourquoi ? L’érudit participait au renforcement de la fraternité et confiance, en consolidant un corpus commun sur lequel les musulmans pouvaient se baser pour la prière, le jeûne, le commerce et les relations sociales. Selon le quotidien algérien El Mouhajid, ses travaux sont aujourd’hui étudiés dans le monde entier. Non seulement par les théologiens, mais aussi par ceux qui s’intéressent à l’histoire, la sociologie et l’anthropologie des sociétés islamiques. Les chansons de Casadilego complètent sa philosophie.

Nul n’aura atteint le degré de la foi tant qu’il ne désire pas pour son frère ce qu’il désire pour lui-même.

Al-Boukhari in Le Petit Livre du Soufisme (2024)

Comme si tout semblait évident pour continuer une aventure à deux. Comme si rien n’était perdu. La musicienne donne à réfléchir. Elle pose son regard sur les relations. Comment s’accepter ou s’écouter, si on ne fait plus preuve d’empathie ? Se mettre à la place des autres ne signifie pas approuver tout, tout le temps. Le désaccord est sain. Et faire front ensemble, contre vents et marées, animés par l’amour, le vrai, est enthousiasmant.

brunoaleas

Publié le 27 juillet 2026

Qui soigne les artistes qu’on n’a même pas le droit de voir ? Part 1

La santé mentale des artistes, on en parle ? Faut-il souffrir pour composer de la musique ? Erin s’attaque à ces questions, dévoilant les raisons de son exaspération.

J’écris avec un peu de colère. De la colère envers l’industrie musicale. 

Parce que la musique, pour moi, c’est vital. En concert, en festival, dans mon casque à 2h du matin. Et je sais que je ne suis pas la seule à en avoir besoin pour tenir. Une chanson peut traverser une dépression avec toi, accompagner un deuil, recoller des morceaux qu’on croyait perdus. 

Mais aujourd’hui, j’ai envie qu’on retourne la question, et qu’on la complique. Parce que si la musique soigne ceux qui l’écoutent… qui soigne les artistes qui la font ? Et surtout, est-ce que tout le monde a vraiment accès à cette musique qui soigne ?

Prenons Chappell Roan. En 2024, au sommet de sa popularité, elle annule 2 festivals, en dernière minute. Pourquoi ? Pour préserver sa santé mentale. Et dans une interview, elle lâche quelque chose qui m’a marquée : l’industrie musicale prospère sur la maladie mentale, l’épuisement, le surmenage.
Plus tu es dans un mauvais état, plus tu as du succès. Elle pose la vraie question : « Comment faire ce métier sans se détester soi-même ? ».

Elle n’est pas seule. Halsey a pris la parole après des commentaires cruels. Hayley Williams de Paramore a soutenu publiquement Chappell, en disant que c’était courageux et malheureusement nécessaire. Noah Kahan, lui, a fondé The Busyhead Project. Cette initiative a levé des millions de dollars pour rendre les soins, concernant la santé mentale, accessibles. Pour l’auteur-compositeur, les artistes, qui ont une plateforme, ont la responsabilité d’être honnêtes sur la maladie mentale.

Ce que ces artistes nomment tous, c’est que l’industrie refuse encore entendre : on a construit autour de l’artiste un mythe dangereux, celui de la souffrance créatrice. L’idée que pour faire de l’art vrai, il faut souffrir. Que l’instabilité est une condition du talent. Ce mythe fait des dégâts. Il décourage les artistes de demander de l’aide. Il normalise l’épuisement. Il fait passer la détresse pour de la profondeur. 

Mais il y a une autre face de ce problème qu’on évoque moins. Une face qui nous concerne directement, nous, les fans.

Olivia Rodrigo en tournée. Harry Styles en tournée. Ariana Grande en tournée. Des concerts soldout, en quelques minutes, des billets revendus 3 fois leur prix sur Viagogo, des dates concentrées sur quelques grandes capitales : Paris, Londres, Amsterdam. Puis rien. Pour beaucoup d’entre nous, aller voir un artiste qu’on aime, c’est devenu un luxe. Un billet en fosse pour un grand nom, c’est facilement, 100, 140, parfois 180 euros. Auxquels s’ajoutent le train, l’hôtel, si le concert n’est pas dans ta ville, les frais de services qui s’accumulent discrètement au moment de payer.

Le cas Harry Styles est particulièrement parlant. Sa tournée Together, together, en 2026, ne passe que dans 7 villes dans le monde entier. Pour toute l’Europe continentale : Amsterdam, ou rien. Si tu vis en Belgique, en Allemagne, en Espagne : tu prends un avion ou tu regardes les vidéos sur Insta. Les prix de base à Amsterdam ont doublé, par rapport à à sa dernière tournée, en 2023. Le résultat, ce sont des milliers de places qui finissent en revente sur Ticketmaster, parce que les fans qui ont acheté un billet ne peuvent finalement pas se déplacer jusque là-bas.

Et pendant ce temps, à New York, des scalpers utilisaient de faux comptes pour acheter des billets en masse et les revendre jusqu’à 700, voire 1000 dollars, grâce au dynamic pricing de Ticketmaster (et choisi par l’artiste), qui gonfle les prix en temps réel, selon la demande.

Quand le scandale éclate, Ticketmaster annule les tickets des scalpers (personne ou bot qui achète des billets de concert en grande quantité, dès leur sortie, pour les revendre beaucoup plus cher)… mais refuse de rembourser ceux qui avaient payé des centaines de dollars de trop, dès le départ. Le système se protège lui-même. Et il recommencera.

Pour une étudiante, pour quelqu’un en précarité, pour quelqu’un qui vit dans une ville moyenne en Belgique, c’est tout simplement inaccessible…

Erin Terlier – texte & photo

Publié le 13 juillet 2026

La réincarnation de Gorillaz

Les plus faibles d’esprit sont attirés par les narcissiques. Sinon, comment expliquer la présence de sociopathes au gouvernement ? Plongés dans une faiblesse sans nom, nous sommes donc plus manipulables. Voici l’argument du vidéaste Mario Sturniolo. Je suis d’accord.
Heureusement, il existe des groupes comme Gorillaz. La bande fédère divers publics, en prônant les cultures et passions… à la différence de nos politiciens ! Gorillaz est incomparable. Il s’agit de dessins animés, symbole d’un univers assumé. Le projet de Damon Albarn et Jamie Hewlett ressemble bien plus à une famille sympatoche qu’à une crèche hystérique. Ces artistes mêlent les genres musicaux, dans des collectifs rarement atteints par d’autres groupes.

Mon expérience en quelques mots ? J’ai grandi avec 2-D, Noodle, Murdoc et Russel. J’aimerais d’ailleurs rendre hommage à Damon et Jamie, tant mon imagination fut stimulée grâce à leurs clips.
Encore aujourd’hui, j’accorde beaucoup d’importance à cet exercice. Le clip est souvent le prolongement artistique d’une musique. La vidéo sert souvent d’attraction enrichissante. C’est pourquoi, je nie les clips dévoilant des musiciens jouer en playback. Je recherche bien plus de créativité.

Ces dernières années n’étaient pas folles, en termes de propositions musicales. Il en va de même pour Gorillaz. Je déteste HumanZ, opus froid et cacophonique. The Now Now ne révolutionne pas grand-chose. Par contre, Meanwhile est une réussite. Puis, j’adore l’aventure nommée The Song Machine, un instant purement ludique, où les styles musicaux s’entre-choquent. Quant à Craker Island, j’évite son écoute… trop d’attentes, pas mal de déceptions – le feat avec Kevin Parker est si lassant –.

The Moutain apparait au bon moment ! Les conflits dans le monde démontrent le mépris de l’Occident envers l’Orient. TikTok façonne trop les formats et durées des zics, définissant le culte de l’attention. Les rockeurs et rappeurs tombent souvent comme des mouches car accusés d’agressions sexuelles… bref, The Mountain est un bol d’air frais. Comme si son écoute encourageait à aller de l’avant. Comment ? Pourquoi ?
Damon et Jamie partent en Inde. Là-bas, la mort n’est pas une catastrophe, mais une étape avant la réincarnation. Le concept de l’opus repose alors sur des chansons incluant les amis défunts : Tony Allen, Mark E. Smith, etc.
L’idée procure du réconfort à Jamie : « On n’avait jamais pensé à utiliser les voix de nos collaborateurs disparus jusque-là, mais on a senti que c’était une bonne chose que la famille Gorillaz reste rassemblée. Ils sont toujours là pour nous ». Puis, il détaille sa philosophie.

Nous avons travaillé avec des artistes qui viennent des quatre coins de la planète. L’album montre à quel point c’est merveilleux de réunir les gens et d’arrêter de vouloir constamment diviser tout le monde.

Mettons fin aux divisions. Acceptons la mort. Laissons de côté notre ego, afin de ne plus être absorbé par nos désirs, nos peurs et l’illusion de notre propre importance. En suivant, ou testant, ces croyances, les paroles de Damon deviendront plus limpides : « You will never recognise me again ».

brunoaleas
Photo ©Gorillaz & Reuben Bastienne-Lewis

Publié le 10 juillet 2026

Muse, sacrées coïncidences !

Muse… j’arrête de prendre le train, juste après Drones (2015). En 2018, je consacrais un article entier concernant la raison de cet abandon. J’observais le trio devenir une mauvaise caricature de Queen, un mauvais sosie de Prince. Cette année, la bande de Matthew Bellamy est de retour. The Wow ! Signal est le dixième projet des Anglais. Résultat ? Voici des chansons agréables à découvrir. La production de Dan Lancaster semble offrir un nouveau versant musical à Muse. Ses membres modernisent ce qu’ils font de mieux, en termes de compositions. Chant d’opéra, violons en veux-tu en voilà, guitares criantes de joie ! La recette est bonne. Ce nouvel album sonne comme un vrai retour aux sources.

Mais le plus fou est de remarquer une similitude liée aux sorties de certains albums. Je note de sacrées coïncidences entre certaines sorties et des évènements de ma vie. Muse berce énormément mes séparations. Un fil rouge se dessine entre leurs disques. Je n’ai pas fumé la moquette !

Laissez-moi le prouver.

  • Drones : ma première copine me largue et nous entrons dans le Guiness Book. Durée de vie de notre couple ? Six minutes et trois centièmes de seconde
  • The Wow ! Signal : mon job ne me correspond plus, je rompt le cordon ombilical relié au marché du travail

Une autre rupture date de mon enfance, quand j’écoute un opus aussi ambitieux que la construction d’une fusée. Origin of Symmetry demeure une expérience sonore à part. Nous sommes en 2001. Les musiciens défoncent les portes d’un univers unique. Guitares saturées à gogo, invitation au voyage spatial et morceaux mêlant rock et musique classique ! Cet album me sépare des autres groupes et genres musicaux. En l’écoutant, je m’éloigne vers d’autres galaxies. En d’autres mots, je vis ma meilleure séparation.

brunoaleas

Publié le 1 juillet 2026

Jeunesse & colère

Vous oublierez peut-être, nous pas.

Parce qu’en 2026, la démocratie souffre, que des jeunes qui manifestent pour leur avenir se font battre, que des professeurs qui craignent pour leur emploi se font gazer, que des ministres isolés du coût de la vie exercent, une fois de plus, leur mépris vis-à-vis des classes ouvrières.

Nous sommes en colère.

L’avenir de notre pays s’annonce bien sombre, alors que la moitié de sa population reste endormie sur des préjugés infondés. Pendant la manifestation du 4 juin, à Bruxelles, ce ne sont pas des citoyens que la police a sauvagement maltraités, mais des personnes qui ont une vie, des intérêts. Des personnes qui ont peur de ce que l’avenir leur réserve et qui n’ont plus forcément envie de vivre dans un monde qui les traite comme de la merde.

Enfin, la parole se lève sur les conditions misérables dans lesquelles on nous plonge de plus en plus. C’est fini, le silence. L’élite a du pouvoir, certes. Mais nous nous battrons et nous nous entraiderons afin de recevoir enfin le respect et la considération que nous méritons. Parce qu’en Belgique, nous méritons d’être traités avec les mêmes chances, tous les enfants devraient avoir le droit d’accéder à du matériel scolaire, à des repas chauds. Tous les professeurs, qui travaillent dur pour former nos futurs citoyens, devraient avoir le droit et la garantie de se sentir en sécurité et respectés pour le travail qu’ils fournissent. Tous les étudiants devraient pouvoir accéder aux études de leur choix, sans devoir hésiter entre payer le minerval ou manger. Parce que non, ce n’est pas à 14 ans qu’un avenir doit être tracé. Chacun devrait avoir le droit de faire des erreurs et de se rattraper, parce que c’est comme ça qu’une société se tourne vers le progrès.

La politique devrait être utilisée pour faire entendre le peuple, pour construire, ensemble, un pays avec des valeurs partagées. Pas pour générer du profit, s’enrichir et laisser les plus désavantagés crever. La jeunesse est belle, la jeunesse est consciente, la jeunesse est déterminée, la jeunesse est en colère. Vous oublierez peut-être, nous pas.

Smash
Photo ©brunoaleas

Publié le 7 juin 2026

Violet Grohl, déjà vu ?

La musique de Violet Grohl me rappelle ô combien faire du neuf avec l’ancien est accrocheur. Rock, vif et mélodieux, voici des qualificatifs parfaits pour désigner ses productions. Be Sweet to Me, tel est le nom de son premier album dont la sortie est prévue fin mai. Parmi ses inspirations, l’artiste cite Pixies, Soundgarden, Cocteau Twins et The Breeders.

Puis, insistons un instant sur son travail. Elle n’a pas composé une soupe déjà vue et revue – à la différence d’un groupe comme Oasis, englué dans son genre musical, de facto, peu intéressant –. Non. Elle semble bel et bien suivre la marque des grands ! En d’autres mots, c’est comme si elle continuait de tracer le chemin entamé par les musiciens grunge. Et ce, sans pour autant singer les vieux de la vieille. D’ailleurs, son daron, ex-batteur de Nirvana, avoue s’être inspiré du mixage de son album pour concevoir Your Favorite Toy, le nouvel opus des Foo Fighters !

Pourquoi s’arrêter à un seul parallèle ? Giulio Greco écrit la préface de La Fragranza della Terra (Giuliano Ladolfi Editore, 2025). Il décrit une expérience vitale.

Comme l’enseigne l’histoire, nulle génération n’est révolutionnaire au point de supprimer les éléments de la précédente. Pour construire le futur, les racines sont nécessaires. Elles se trouvent dans le passé.

Donc, personne n’a de futur, si on n’a pas de passé. Brava Violet !

brunoaleas
Photo ©Bella Newman

Publié le 11 mai 2026

Help(2) : s’engager est aussi artistique

L’album Help(2) est sorti le 6 mars et il m’a posé une question immédiate : participer à ce projet, est-ce un engagement politique suffisant pour un artiste ? Ou simplement un beau geste humanitaire ? Help(2) est un album produit par War Child dans le but de récolter des fonds pour les familles touchées par des conflits militaires, sur le plan psychologique, éducatif et matériel.
L’album n’est qu’un fragment du travail réalisé par l’organisation ; leur site donne une idée de l’ampleur de leurs actions.

Sur l’album, on retrouve des artistes déjà connus pour leurs prises de position : Fontaines DC, Olivia Rodrigo, Big Thief, Damon Albarn, English Teacher, Pulp, Sampha, Young Fathers. Des noms dont on connaît la colonne vertébrale. Et puis, il y en a d’autres qui m’ont surprise : Arctic Monkeys, Depeche Mode, Wet Leg ; des artistes qui ont longtemps cultivé une certaine discrétion politique, et dont la présence ici dit peut-être quelque chose. Peut-être que le contexte actuel rend le silence de moins en moins tenable, même pour ceux qui l’avaient choisi.

Il y a toujours ce débat : un artiste a-t-il le choix de rester neutre ? Pour moi, la réponse est non. L’art n’est jamais neutre. Avec son art, sa communauté, son influence vient une responsabilité : celle de ne pas regarder ailleurs quand le monde brûle. Prendre position sur des valeurs fondamentales ne fait pas couler une carrière, au contraire, ça construit une relation de confiance durable avec son public.

Olivia Rodrigo en est l’exemple le plus parlant. Artiste pop devenue célèbre via Disney Channel. Depuis 2022, elle soutient activement les organisations qui défendent l’éducation sexuelle, la contraception et le droit à l’avortement. Elle s’est publiquement positionnée contre l’administration Trump. Elle a dénoncé la situation à Gaza. Dans un univers (la pop) où prendre position reste rare et risqué, elle le fait quand même. Et ça compte.

Parce que de mon côté, écouter de la musique n’est plus un acte anodin. Je veux savoir à qui je donne mon argent, mon écoute, mon attention. Pas par idéalisme naïf, mais parce que ces ressources ont une valeur réelle, et je refuse de les offrir à des artistes dont les valeurs sont contraires aux miennes, ou pire, à ceux qui profitent d’un système qu’ils ne remettent jamais en question. Ce n’est pas un boycott systématique, c’est un choix conscient. Celui de soutenir des artistes qui luttent, résistent et utilisent leurs plateformes pour quelque chose de plus grand qu’eux-mêmes.

Dans le contexte politique dans lequel on vit, c’est le minimum qu’on peut demander.

Erin Terlier 

Publié le 10 avril 2026

La Calabria à travers Brunori Sas

Combien de méditerranéens le savent ? Savoir quoi ? L’Italie est merveilleuse mais gangrenée par la mafia. La mafia italienne aurait assassiné au moins 1120 personnes en 150 ans, dont 125 femmes et 105 mineurs, selon La Stampa.

Synthétisons. Mon tableau illustre le nombre de victimes des clans, sur le sol italien.

Cosa NostraCamorra‘Ndrangheta
527 victimes233 victimes228 victimes

Faut-il pour autant comparer ce si beau pays à ce poison ?! Pas du tout. Alors, à quoi bon afficher cette réalité ? Les politiciens du pays ne s’emparent pas des questions de luttes anti-corruption… ces costards-cravates se foutent de démanteler les organisations criminelles, d’après Dario Moccia.

Un chanteur, ou plutôt, un poète calabrais, s’exprime via un nouvel album, L’Albero delle Noci. Brunori Sas s’exposait au Festival de Sanremo pour défendre l’opus. Sa chanson mémorable est dédiée à sa fille. Elle raconte à quel point il travaille à être un bon père, face au temps qui passe. Une strophe n’est pas anodine. Mon interprétation est claire et nette. L’artiste résume la dure vie au Sud de l’Italie.

Sono cresciuto in una terra crudele dove la neve si mescola al miele
E le persone buone portano in testa corone di spine
Ed ho imparato sin da bambino la differenza fra il sangue e il vino
E che una vita si può spezzare per un pezzetto di carne o di pane

Je vous laisse le soin de traduire. En quelques mots, le chanteur dépeint une terre où sang, Soleil et menaces s’entremêlent pour former un peuple souffrant.
Encore une fois, il serait débile de résumer La Botte à une image menaçante. Brunori Sas rappelle un fait souvent indubitable. Parfois, fonder une famille, en Italie ou en Belgique, demeure un refuge pour sauver les âmes. La tache est ardue. La mission en vaut la peine. Comme si fonder une famille demeure restait la seule lueur d’espoir. Pourquoi ? Créer du lien et croire en l’autre, voici deux actions qui nous éloignerons des organisations criminelles.

Bravo Dario Brunori. Bravo pour cette écriture si subtile. Ma mère est née à Cittadelle de Capo. Elle aurait aimée ces paroles. Elle aurait été curieuse, en découvrant un album mélancolique. 10 titres empreints du Sud, cette terre accueillant un peuple à la fois chaleureux et imprévisible.

Il vero lusso in questi tempi di guerra
È avere una casetta con un pezzo di terra

Un orto e una vigna di Guarnaccino
Due calci ad un pallone ed un bicchiere di vino

brunoaleas – à Giovanna

Publié le 26 novembre 2025

Geese dans la zone

Découvrir les mangas de Taiyō Matsumoto. Regarder les films de Guillermo del Toro. Lire les romans de Haruki Murakami. Ces simples actions m’emmènent loin de ma zone de confort. Les univers de ces artistes ne me plaisent pas spécialement. Parfois trop mystiques, souvent trop cryptiques.

Cependant, à quoi bon se conforter dans ses idées ? Un groupe exceptionnel me rappelle à quel point l’art doit demeurer une expérience. Geese forme un quintette américain. La voix de Cameron Winter me perturbe au plus haut point. Entre chant d’église et rage rock, le chanteur apporte une touche musicale unique au groupe. Leur créativité ne s’arrête pas aux performances vocales !

Les clips de Geese sont délirants. Un concert qui part en couille (« Taxes ») ou un dialogue entre un adulte et un bébé (« Au Pays du Cocaine »). Deux exemples suffisent à vouloir en écouter toujours plus. Si Geese me fascine autant, c’est bon pour le moral. Je sors de ma zone. Je voyage en terre inconnue. Quel plaisir.

brunoaleas – Photo ©Ray Lego

Publié le 10 novembre 2025

Le temps libre de Paradoxant

Paradoxant s’écoute comme si on savourait un vin au goût imprévisible. Le groupe belge attire souvent mon attention, tant leur direction artistique est attirante pour les yeux et oreilles. Je pense aux clips animés brillamment ou à leur côté barjot, on s’amuse.

La comédie n’est pas synonyme d’abrutissement. Pour leur dernier clip en date, le quatuor révèle « Jamais sans personne ». On y observe un personnage aux couleurs chamarrées, une sorte de bombe humaine prête à gueuler dans les rues parisiennes. Se met-il à fuir ? Fuir l’ennui, car l’ennui fait peur selon les créateurs de Netflix. Ce perso fuit on ne sait quoi, mais rappelle ô combien l’humain peut être pathétique quand il n’embrasse pas la solitude.

Etre seul revient à réfléchir sur soi et les autres, parfois. Souvent, les gens aiment subir l’infobésité, la surcharge mentale. D’ailleurs, l’ociofobia, terme inventé par le psychologue Rafael Santandreu, désigne la phobie du temps libre. On serait étonné de connaitre le nombre de proches touchés par ce besoin constant de faire des activités, afin d’éviter la culpabilité, l’anxiété et le sentiment de gaspillage du temps. 

Vers la fin du 17ème siècle, Blaise Pascal avait déjà compris les attitudes de ses contemporains. Le philosophe décrit l’ennui dans les pages de Pensées.

Rien n’est si insupportable à l’homme que d’être dans un plein repos, sans passions, sans affaires, sans divertissement, sans application.
Il sent alors son néant, son abandon, son insuffisance, sa dépendance, son impuissance, son vide

Le vide est nécessaire. Parfois, pour mieux réfléchir et comprendre, éloignons-nous du bruit. Est-ce la morale de la chanson « Jamais sans personne » ? Je l’espère.

brunoaleas – Photo ©Lise Lefebvre

Publié le 29 septembre 2025