Musique

LA DURE A CUIRE #158

La Dure à Cuire est un concept né en 2018. Commentons l’actu rock de la plus douce, à la plus brutale. Puis, écoutons sa playlist !

Willow

The Thread est le nouvel album de Willow, ou plutôt… le meilleur album de l’année ? Il est probablement trop tôt pour le certifier. De quoi est-on sûr ? La chanteuse a le don d’avoir une voix toujours plus riche, une tessiture sidérante ! Découvrez son univers.

Sohane & -M-

Matthieu Chedid, aka -M-, se confie pour le dossier de presse décrivant « Sawa » : « Je me suis reconnecté à mes racines à travers Sohane. Le Liban m’habite et me questionne souvent, et entendre cette chanson que j’ai composée prendre une couleur orientale m’émeut beaucoup ».
L’Orient est partiellement terre de désolation. Citons le génocide arménien du siècle dernier et le génocide palestinien actuel, comme preuves. Mais rien n’arrête la soif de connaissance. Quant au Liban, j’aimerais tellement découvrir cette terre. Sohane et -M- rappellent à quel point découvrir une autre culture est essentiel pour notre survie. Un grand voyage est parfait pour ne pas s’enfermer dans ses convictions !

Under The Reefs Orchestra 

Une guitare tout droit sortie d’Orient. Une batterie au dynamisme survitaminé. Under The Reefs Orchestra est bien de retour, une bonne nouvelle pour les mélomanes aimant le jeu technique et sophistiqué !

Peter Kernel

Peter Kernel revient via « Heartbreak ». Une douce couverture musicale à écouter en boucle. Parfois, il faut savoir se séparer d’autrui et fêter autour d’une pizza, voici un beau message délivré par le duo.

brunoaleas

Publié le 1 octobre 2026

The Cure fascine encore ?

The Cure fascine encore ? Bien sûr ! Bon, la bande se faisait désirer, avant de sortir Songs of a Lost World. Il n’est donc jamais trop tard pour les critiquer.

The Cure compte une carrière de 50 ans. Le groupe se forme en 1976, sous le nom d’Easy Cure, et sort son premier disque en 1979. Les Anglais marquent les esprits à l’international. D’ailleurs, Tim Burton révélait que la musique des Cure l’avait sauvé de la dépression, lorsqu’il était animateur chez Disney. Sans oublier L’Amour Ouf, films dans lequel des spectateurs découvraient « A Forest », titre culte de la bande.

Il existe bel et bien un respect mutuel entre The Cure et d’autres artistes. Encore aujourd’hui, on observe Olivia Rodrigo inviter Robert Smith à chanter sur son nouvel album. Au-delà d’énumérer des noms à foison, pour quelle raison le groupe est toujours aussi intéressant ? Proposons trois réponses, histoire de convaincre les plus obtus d’entre vous.

◈ La voix cristalline de Robert Smith. Elle est encore claire et douce. Comme si rien n’avait changé, comme si le temps ne faisait plus aucun dégât.

◈ Les compositions à la guitare. Plusieurs morceaux sont captivants. De « The Kiss » à « I Can Never Say Goodbye », comment diable est-ce possible de pondre des solos aussi envoutants ?!

◈ L’univers cohérent et mystérieux. Pensez aux pochettes de Three Imaginary Boys, ou bien celle de Songs of a Lost World. Régulièrement, elles amènent à interpréter de nouvelles idées tournant autour de thèmes tels que l’enfance ou la dépression.

Songs of a Lost World est le premier chapitre d’une trilogie. The Cure traverse les époques, devenant l’un des groupes avec la plus longue longévité. Les musiciens peuvent prendre un siècle pour pondre un nouveau disque. Comme l’assumait le chanteur : « Toute ma vie, j’ai joué de la musique pour mon plaisir personnel et l’idée de devenir une machine ou une entreprise est tout simplement horrible ».

Plus besoin de prouver qu’ils surprendront encore !

brunoaleas

Publié le 27 septembre 2026

Concerts 2026 Part 2

Il y a bien des choses que l’on peut reprocher à cette moitié d’année. Il faut tout de même admettre qu’elle était radieuse, en termes de concerts. En effet, les amateurs de pop/indie ont été plus que servis. Entre Mitski et Damso, j’ai été surprise de voir à quel point le monde du spectacle parvient encore et toujours à se réinventer.
Quitte à diviser, voici la deuxième partie de mon top 5 des concerts de 2026, du moins convaincant au plus exceptionnel.

3 | Laufey – ING Arena (février)

Je n’ai toujours pas les mots pour exprimer à quel point le concert de Laufey était féérique.

Sa voix en live est tout bonnement saisissante et montre toute sa sensibilité. Je tiens également à mentionner la présence de danseuses de ballet et de véritables instruments d’orchestre, mis en avant sur scène, ce qui peut être pour certains, une superbe manière de s’intéresser au monde de la musique classique.

Ici, les fans faisaient partie intégrante du concert, j’ai adoré voir tout le monde créer des tenues, des couronnes brodées ou encore se maquiller pour entrer dans l’univers de l’artiste.

Je suis Laufey depuis 2022. Je dois dire que j’ai été très émue de voir à quel point elle a réussi à se réapproprier et partager sa passion pour le jazz et le classique, dans un espace musical qui ne donne pas assez de crédit à ces genres musicaux.

2 | The Last Dinner Party – Forest National (février)

J’ai failli mettre ce concert en premier. The Last Dinner Party en live, c’est quelque chose à voir au moins une fois dans sa vie. Il ne s’agissait pas d’un spectacle over the top, car les décors étaient très sobres mais la présence scénique d’Abigail envahissait la salle et finalement on ne s’ennuyait pas une seule seconde. J’ai adoré. Chaque artiste a été mise en avant lors d’interludes ou autres. Une énergie féminine époustouflante était présente en fosse.

J’étais barricadé et j’ai eu la chance de lui serrer la main donc, forcément, mon jugement ne sera jamais impartial. Cependant, il n’y avait pas de grand écran. Je me demande un peu comment les personnes à l’arrière de la salle ont pu vivre le concert parce qu’elles n’ont pas dû voir grand chose.

1 | Damso – Plenitude Arena (mai)

Dinguerie sur dinguerie.

Je connaissais vite fait Damso mais sans plus, je ne savais donc pas trop à quoi m’attendre et j’ai été choquée de la qualité du concert. Les lumières s’éteignent, une ambiance pesante s’installe. D’un coup, un espèce de gros Shinigami à la Death Note apparaît sur scène dans un silence froid, semant la confusion dans toute la salle. Puis, Damso arrive et c’est le feu. Le rappeur montre son évolution vers la quiétude à travers une mise en scène qui se démarque énormément des autres.

J’étais en fosse. C’était vachement cardio mais pour moi, un tel concert ne peut pas se vivre dans les gradins.

Beaucoup ont critiqué le fait qu’il ne parle pas sur scène mais je n’ai pas du tout trouvé ça dérangeant parce que ça aurait cassé tout le personnage, ainsi que l’histoire racontée au public. On repart du concert avec des interprétations, on est un peu dans le flou et c’est ça aussi qui le rend si marquant.

Smash – texte & photo

Publié le 17 septembre 2026

LA DURE A CUIRE #157

La Dure à Cuire est un concept né en 2018. Commentons l’actu rock de la plus douce, à la plus brutale. Puis, écoutons sa playlist !

The Garden

Plus punk, moins dada qu’auparavant, The Garden défonce mes attentes. Les frères ajoutent des couches saturées à leurs compos. Il faut les remercier. J’espère les voir sur scène au moins une fois dans ma vie !

Protomartyr

Can’t tell if they’re coming or going. Thumb press strike over speaker.
Two bombshells hit the villa. A vertical of bone-thin children.
Celebrity smiling, drops the weight.

Weezer

Weezer n’a jamais été une valeur sûre. Leurs albums sont des montagnes russes. Par contre, le groupe semble revenir en pleine forme. Surtout sur « We might as well be strangers », aux côtés de Wednesday.

Bloc Party

Quel plaisir d’écouter Bloc Party à nouveau ! Comme si j’étais à deux doigts de voler vers l’Angleterre pour les voir en concert. Le groupe signe encore des morceaux accrocheurs malgré les années de silence. Dernier conseil : écoutez leur live au Tiny Desk.

brunoaleas

Publié le 14 septembre 2026

Ralentir avec Fink

« Résister, c’est d’abord dire non », comme le pensait si bien Vladimir Jankélévitch. Comment résister à l’heure actuelle, quand le capitalisme nous rend victime et coupable de notre consommation ? Il faut éviter d’accélérer. Si nous suivons les pas des milliardaires, c’est-à-dire, consommer de plus en plus, désirer toujours et encore, ou bien, obtenir toujours plus vite, nous courons à notre perte.

Les milliardaires ne font pas qu’accaparer les richesses. Selon une étude de Capgemini, pour la première fois en 4 ans, le nombre de millionnaires en dollars, a augmenté en Belgique, l’année dernière. Ils étaient 146.400, soit une hausse de 8,8% par rapport à 2024, selon le rapport annuel mondial sur la fortune. En d’autres mots, la Belgique n’a jamais compté autant de millionnaires et de super-millionnaires ! On murmure à mon oreillette : « La richesse serait concentrée entre les mains de quelques individus qui échappent largement à l’impôt ? Vraiment ?! Qui aurait pu prédire ? ». Une fois ce contexte précisé, ne me parlez pas de « fuite des cerveaux », si vous craignez le départ des nantis taxés sur leur patrimoine !

Il y a des artistes qui stimulent l’imagination. Leur musique semble inviter à ralentir. Car ralentir n’est pas une faiblesse – fuck Bezos, Musk and Zuckerberg –. Citons Fink. Ce dernier est attaché aux instruments acoustiques. Le chanteur britannique démarre sa carrière comme DJ. Aujourd’hui, il fait partie des meilleurs guitaristes.

Pourquoi ? Sa voix, ses cordes et son jeu instaurent une ambiance singulière. L’accalmie est au rendez-vous, lorsqu’on écoute ce musicien. Son morceau « Wishing For Blue Sky » est un parfait exemple. Les violons et la mélodie donnent l’envie de se poser. Cette musique apaise nos sens !

Le ralentissement se sent aussi au niveau des paroles. En 2014, Fink l’explique à Sound of Violence.

Trouver des histoires à raconter n’est pas difficile ; les raconter avec élégance est une autre paire de manches. Et à contrario des Arctic Monkeys ou de The Rapture, par exemple, qui eux sont prolifiques au niveau des mots dans leurs textes, j’aime travailler à l’économie. Mon truc c’est de laisser de l’espace pour que les gens puissent remplir cet espace avec leurs propres pensées. Prince ou les Rolling Stones font ça parfaitement. Mon style, c’est dire plus, en disant moins…

Et si on prenait le temps de se poser une question ? A-t-on réellement besoin de surconsommer ? Négatif. Prenons du recul. Taxons les riches. Sauvons la planète, du mieux qu’on peut. Puis, écoutons Fink.

brunoaleas

Publié le 19 août 2026

LA DURE A CUIRE #156

La Dure à Cuire est un concept né en 2018. Commentons l’actu rock de la plus douce, à la plus brutale. Puis, écoutons sa playlist !

Casadilego

Le mani in aria danzano fuori, fuori dal finestrino. La tua verdeforesta, si come i tuoi occhi fissi su di me. Le tue mani in aria danzano fuori, fuori dal finestrino. La tua verdeforesta.

Royal Blood

Royal Blood effectue un retour aux sources. Démodé ? Dépassé ? Jamais de la vie. Ce son est leur signature. Il demeure jouissif.

Samuele Barracco

Une guitare. Une voix. Un son qui crash. Saturé comme il faut. Bravo Samuele.

Birthh

Lors du premier mai à Rome, je découvre de jeunes artistes : Casadilego, Lea Gavino, Nico Arezzo, Santamarea, etc. Chaque groupe passe pour jouer deux chansons sur scène. Birthh est une belle surprise, une personnalité remplie d’énergie semblant suivre sa voie, dans un univers rock et solaire !

brunoaleas

Publié le 15 août 2026

Esperanzah! en une journée

Esperanzah! compte quasiment 1600 travailleurs et travailleuses. Ces personnes réalisent un projet ambitieux : rêver d’un monde juste et solidaire. Rien à voir avec l’objectif des politiciens à droite de la droite. Ils ne cachent pas leurs opinions. Les chômeurs sont des parasites. Les artistes sont non-essentiels. Et le capitalisme sera notre salut… le festival wallon symbolise alors une parenthèse dans le temps.
Sensibiliser et fêter, quoi de mieux ? Le dernier jour de l’évènement, Colt, Ko Shin Moon et La Niña enflamment la scène !

Colt

Direction Le Jardin. Je vois une deuxième fois Colt sur scène. La première, à Liège, me laisse un souvenir flamboyant. Ici, l’expérience est encore plus agréable. La performance confirme une qualité du groupe : leur énergie est inépuisable. Quand des musiciens se donnent sur scène, impossible de ne pas ressentir leur panache ! D’ailleurs, Coline et Antoine communiquent leur joie assez facilement.

« Demi-mot » demeure un hommage grisant. « Invincible » colle parfaitement à l’ambiance du festival. Quant à « Petite féline », qualifions cette chanson d’utilité publique. Des enfants dans le public écoutent et écouteront les paroles d’une chanteuse, assumant d’aimer les femmes. Briser les tabous et stopper les haines, voici l’ambition de Colt. Ambition encore plus pertinente, quand Coline demande au public de chanter : « C’est la fin du monde ! ». Les voix deviennent un cri de ralliement.

Dernier point : Colt n’oublie pas les peuples opprimés. Une bougie sur scène sert à rappeler la chance qu’on a de s’exprimer librement.

Le show est intense. La chaleur me transforme en flaque d’eau. Mais je ne perds pas une miette du concert !

Ko Shin Moon

Après avoir vu la beauté des associations, prônant solidarité et justice au Village des Possibles, je me dirige vers Nova. Ko Shin Moon y mêle les musiques anatoliennes aux rythmes dansants. Le trio crée une piste de danse atypique. Leur son vintage capte mon attention, rapidement.

Quelle est leur principale force ? Me pousser à aimer le disco. Cette musique est initialement une sous-culture. Elle émerge au début des années 70, aux États-Unis. Selon 1001 Artistes, le disco est à l’origine d’un mouvement particulier : la sexualité est libérée, les styles vestimentaires extravagants et colorés sont répandus et la drogue est désinhibée. Les boîtes de nuit apparaissent ensuite comme des lieux incontournables. Elles s’inscrivent dans le nouveau mode de vie des étudiants américains.

J’adore le grunge, le metal ou l’electro. Je délaisse les sonorités disco, trop ennuyantes à mon goût. Ko Shin Moon me déboussole… tant mieux ! Au son du saz, un luth à manche long, l’électricité me traverse le corps !

La Niña

Retour au Jardin. La musique de La Niña ne m’est pas inconnue. Ces musiciennes sont la principale raison de ma venue à Floreffe. L’année passée, les Italiennes sortent Furèsta. Le nom du disque détermine leur univers : indomptable et sauvage.

Allons droit au but. La Niña exécute le meilleur concert de la journée. Plus le spectacle avance, plus je reste ébahi par ces femmes vêtues de noir, aux voix angéliques, à la prestance mystique. La bande mélange tradition napolitaine et modernité. Ce choix artistique est si bien mené… je suis à deux doigts de pleurer !

Pourquoi ? Délivrer une telle perfomance mérite le respect. Partager son amour pour Naples, les légendes urbaines, le féminisme, c’est tout bonnement miraculeux. En d’autres mots, La Niña préserve le patrimoine napolitain formidablement bien. Comment plus précisément ? En chantant en napolitain, en jouant un rythme méditerranéen, devant un public silencieux car fasciné. Je kiffe, du début à la fin.

Dès le départ, l’ambiance est posée. Nos oreilles saisissent des bruits : le galop des chevaux, les criquets chantonnant, le vent de la forêt. Dès les premières ballades, me voici envoûté par les douces mélodies. Puis, les derniers morceaux rappellent à quel point l’electro est un genre musical inspirant.

Sicilia e Calabria nel sangue. Le spectacle me transporte vers mes origines. Le Sud n’est plus un mystère. Le Sud est une fierté.

brunoaleas – Photos ©Erin Terlier

Publié le 8 août 2026

LA DURE A CUIRE #155

La Dure à Cuire est un concept né en 2018. Commentons l’actu rock de la plus douce, à la plus brutale. Puis, écoutons sa playlist !

Trauma Ray

Où je découvre Trauma Ray pour la première fois ? Sur KEXP. La radio de Seattle invite toujours des bêtes de groupes. Trauma Ray semblait ne pas convaincre, tant les effets voix et instruments sont nombreux… finalement, après avoir écouté l’EP Carnival, mon coup se met à danser !

Bud Spencer Blues Explosion

Il y a 8 ans, un groupe italien sort un album fantastique, Vivi muori blues ripeti. Bud Spencer Blues Explosion modèle le rock à sa sauce. Leur musique fait un bien fou, tant il prouve qu’il est encore possible de jouer du blues, en captivant. En 2023, le duo sortira Next big niente, autre projet réussi.
L’un des membres, Adriano Viterbini, joue désormais aux côtés de Jovanotti, sur scène. N’hésitez pas à découvrir ce guitariste en concert, le jeu en vaut la chandelle.

Nothing

The city sings a tune. While we all drown in dew from mourning stars. Making love face to face. And crooked poetry with no embrace.

The Strokes

Reality Awaits, voici le nouvel album des Strokes. Le disque divise énormément – en général, c’est bon signe –. Construisons donc notre propre avis, surtout à l’ère des réseaux, où l’on crie pour un rien – ici, on crie pour de bon –. Passé minuit, durant une insomnie, je lance l’opus.
La déception est au rendez-vous. Entre les fans affligeants, en plein déni, et les mélomanes dégoûtés par l’autotune flinguée de Julian Casablancas… je me situe vraiment parmi les largués ? Oui. J’écoute de la musique. Pas les délires d’un chanteur chiant sur de belles instrus.

brunoaleas

Publié le 7 août 2026

Qui soigne les artistes qu’on n’a même pas le droit de voir ? Part 2

La santé mentale des artistes, on en parle ? Faut-il souffrir pour composer de la musique ? Erin s’attaque à ces questions, dévoilant les raisons de son exaspération.

Ce n’est pas seulement une question d’argent. C’est une question géographique, aussi. Certains artistes ne font tout simplement pas certains pays. Pas certaines régions. Leur tournée « mondiale » s’arrête à la frontière d’un marché jugé pas assez rentable. On est censé-es se consoler avec le stream. 

Alors, oui, on peut parler de relations parasociales, de fans qui franchissent des limites, de la pression insoutenable que les réseaux font peser sur les artistes. Tout ça est réel et important. Mais il faut aussi nommer l’autre côté de cette équation : une industrie construisant des stars mondiales. Elle alimente une hype planétaire. Par après, elle rend l’accès à ces mêmes stars, financièrement et géographiquement, impossible pour une grande partie de leur public.

On nous vend du rêve. On nous vend de l’émotion. Ensuite, on nous dit que ce rêve a un prix qu’on ne peut pas se permettre d’atteindre.

Et ce n’est pas seulement un problème pour les stars. La scène émergente, celles des artistes qui jouent pour 30 personnes un vendredi soir et rentrent chez eux sans cachet, est un environnement encore plus hostile. Précarité, isolement, pression des réseaux, absence de filet de sécurité.
On leur demande de se livrer entièrement sur scène. Ensuite, on leur dit de se débrouiller.

La musique ne devrait pas être un privilège de classe ou de capital. Les artistes ne devraient pas avoir à choisir entre leur santé et leur carrière.

On peut commencer par soutenir la scène locale, acheter un vinyle, choisir des plateformes de streaming éthiques. Des petits gestes.
Mais aussi se souvenir, la prochaine fois qu’on écoute un morceau qui répare quelque chose, de ne pas oublier qui écrit. Et de ce qu’on fait collectivement, pour prendre soin d’eux.

Erin Terlier – texte & photo

Publié le 6 août 2026

Concerts 2026 Part 1

Il y a bien des choses que l’on peut reprocher à cette moitié d’année. Il faut tout de même admettre qu’elle était radieuse, en termes de concerts. En effet, les amateurs de pop/indie ont été plus que servis. Entre Mitski et Damso, j’ai été surprise de voir à quel point le monde du spectacle parvient encore et toujours à se réinventer.
Quitte à diviser, voici la première partie de mon top 5 des concerts de 2026, du moins convaincant au plus exceptionnel.

5 | Mitski – Forest National (mai)

Même si ça me brise le cœur de mettre Mitski en dernière position, il faut avouer qu’elle le cherchait un peu. Son dernier album, Nothing’s About to Happen to Me, était peut-être un avertissement des émotions qu’elle allait nous faire ressentir en concert : littéralement rien.

Elle a chanté très peu de hits. Par moment, j’avais vraiment l’impression d’entendre la bande originale de Brokeback Mountain… sans compter la première partie, Gwenifer Raymond, très talentueuse, mais se résumant à 35 minutes de guitare acoustique aux sonorités de Breaking Bad, sans aucunes paroles. Ce n’était pas ce à quoi je m’attendais, je l’avoue.

Plus sérieusement, le nouvel album est pas mal du tout. Mais je pense qu’il ne marche pas en concert ; c’est difficile de se mettre dedans et ça se ressentait fort dans l’ambiance qu’il y avait en fosse. Je pense surtout que Forest National était une salle bien trop grande pour Mitski. On ne retrouvait pas vraiment la chaleur qu’elle a tendance à transmettre, lorsqu’elle performe. Pour l’avoir vue il y a 2 ans au Cirque Royal, je remarque une grosse différence qui m’a assez déçue.

Cependant, elle a l’air d’aller mieux et de s’être tournée vers une nouvelle direction artistique qui ne correspond pas à ce que j’attendais, certes. Toutefois, elle semble lui permettre de s’épanouir, et c’est le plus important.

4 | Conan Gray – AFAS Dome (mai)

J’ai déjà vu Conan Gray il y a 2 ans. Il va sans dire que sa popularité l’a encouragé à se montrer plus créatif dans la manière de mettre en scène un album. C’est ça que j’ai adoré avec le Wishbone Tour : on voit Conan prenant le temps de construire un véritable spectacle, autour d’un schéma narratif.

Non seulement il sait se réinventer, mais en plus, il adore interagir avec son public. Ça se ressent. 

Les décors étaient magnifiques, un peu comme des décors de théâtre peints à la main. Ils collaient parfaitement à l’ordre des chansons.

Smash – texte & photo

Publié le 1 août 2026

La foi de Casadilego

Quand j’écoute « Posto Nuovo », je ressens l’apaisement. Casadilego gagne X Factor Italia, en 2020. Ensuite, elle suit une trajectoire spécifique : la délicatesse musicale. Son morceau sonne tel un cri de détresse, sans être alarmiste. Mon moral est bas. Sa voix est haute. J’ai besoin de sagesse.

Les paroles sont claires, nettes, précises : « Che cosa ti aspetti da me ? Che sono in un bad trip da un po’. Tirami fuori da me. Prima che molli la presa. Che qui non c’è più nessuno a più nessuno a salvarmi da me. Devo salvarmi da me in un posto nuovo ». Cette voix cherche une aide puissant l’extirper de sa condition. Bien sûr, je ne me lancerai pas dans une analyse marxiste.
Ici, la santé mentale semble correspondre au thème de la chanson. Bref, à l’écoute, je devine la description d’un manque. Apparaît alors une personne absente, mais aussi invitée à se perdre dans les idées de la narratrice, invitée à ouvrir les portes de son monde. Le but ? Se sauver.

Déterminons un parallèle avec la pensée d’Al-Boukhari, figure influente de l’islam sunnite. Pourquoi ? L’érudit participait au renforcement de la fraternité et confiance, en consolidant un corpus commun sur lequel les musulmans pouvaient se baser pour la prière, le jeûne, le commerce et les relations sociales. Selon le quotidien algérien El Mouhajid, ses travaux sont aujourd’hui étudiés dans le monde entier. Non seulement par les théologiens, mais aussi par ceux qui s’intéressent à l’histoire, la sociologie et l’anthropologie des sociétés islamiques. Les chansons de Casadilego complètent sa philosophie.

Nul n’aura atteint le degré de la foi tant qu’il ne désire pas pour son frère ce qu’il désire pour lui-même.

Al-Boukhari in Le Petit Livre du Soufisme (2024)

Comme si tout semblait évident pour continuer une aventure à deux. Comme si rien n’était perdu. La musicienne donne à réfléchir. Elle pose son regard sur les relations. Comment s’accepter ou s’écouter, si on ne fait plus preuve d’empathie ? Se mettre à la place des autres ne signifie pas approuver tout, tout le temps. Le désaccord est sain. Et faire front ensemble, contre vents et marées, animés par l’amour, le vrai, est enthousiasmant.

brunoaleas

Publié le 27 juillet 2026

LA DURE A CUIRE #154

La Dure à Cuire est un concept né en 2018. Commentons l’actu rock de la plus douce, à la plus brutale. Puis, écoutons sa playlist !

Phoque

Tarzan vit en chacun de nous. Comme si on allait laisser Disney monopoliser l’attention ! Les Français de Phoque déploient une belle énergie. Elle rappelle les envolées de l’homme de la jungle. Que personne n’arrête la frénésie de leur musique. Pongo, leur album, est dispo depuis avril.

Converge

No one has the right to judge me. As I pick at open wounds. Some cuts are deeper than lifetimes. Roots that kill must be removed. Doom in bloom.

Le Pietre Dei Giganti

Le Pietre dei Giganti continue son avancée vers les rythmes shamaniques. « Sulla sequoia », c’est plus de 6 minutes de bonheur. On y entend une guitare qui sonne comme les sonorités d’un autre groupe italien : I Hate My Village. Si les musiciens de La Botte suivent cette voie, je signe !

brunoaleas

Publié le 21 juillet 2026