Nos Concerts

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Metaldays 2019

Je vais vous compter mon séjour en Slovénie, dans la vallée isolée de Tolmin. Au cœur d’un festival unique en son genre : les Metaldays !

Lundi, notre arrivée est marquée par une longue marche sous un soleil de plomb (qui perdurera tout le séjour). Le camping est immense et espacé, mais ne contient que deux malheureux arbres. On comprend mieux pourquoi les bois alentours sont colonisés par les tentes !

Voyageant avec une autre fille, on décide de chercher le camping réservés aux filles. Mais on se rend compte, au bout de quatre demandes de renseignements aux gardes, que ceux-ci ignorent où ce dernier se trouve. Ce camping est-il inexistant ? Fatiguées, et accablées par ces 35°C, nous nous résignons à planter notre tente à un endroit au hasard.

A 20h, nous entendons While She Sleeps depuis la rivière Soca, longeant tout le festival.

23 heures, Arch Enemy retentit. Fan nostalgique de la période où Angela Gossow assurait le chant, le show me laisse une impression d’inachevé. Pas de grande présence scénique, pas de grande interaction. Et dans les yeux des musiciens, nulle trace de plaisir ou d’amusement. Michael Amott surtout, à l’air usé, éteint… tenant péniblement sa guitare.

A cela s’ajoutent de nombreuses imprécisions rythmiques. Un peu plus tôt dans la journée, le groupe annulait sa séance de dédicaces à la dernière minute, sans une explication.

Le lendemain, je suis réveillée par une chaleur écrasante qui s’immisce doucement dans ma tente, dont j’ai décidé d’orienter l’entrée vers le nord. Tirée du lit (ou plutôt du matelas gonflable) à 7h30, je décide d’aller goûter aux joies de la baignade dans l’eau limpide de la Soca.

Les abords de la rivière font chuter la température. Passer de 36°C à 16°C nous fait le plus grand bien. Je plains sincèrement les personnes vêtues intégralement de noir… L’eau des deux rivières avoisinantes (la Soca et la Tolminka) ne dépassent pas les 10°C. Un peu de courage, et hop, nous voici au milieu de licornes gonflables.

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Nous décidons de manger de la pizza. 4€ la part près de la mainstage, 8€ la pizza entière près de la deuxième scène. Le choix est vite fait. Cette pizza artisanale nous tiendra fraîches toute la journée.

Milieu d’après-midi, je décide d’assister au concert des compatriotes de Reject the Sickness. Ne connaissant pas du tout la musique du groupe formé en 2010, je m’approche de la scène, un peu hésitante. Mes oreilles repartent plus que satisfaites, nourries d’un son lourd et mélodique aux accents thrash. La voix de Guy Vercruysse me rappelle beaucoup celle de Jean-Philippe Sonnet, chanteur d’Exuviated (encore des Belges).

Sur la main stage, la frontwoman d’Infected Rain nous attire instantanément. Le groupe propose un metalcore sans concession et revendicatif, très agréable à écouter.

Suivra à 20 heures le très attendu concert de Rise Of The Northstar. Immédiatement, une violence brutale s’installe tant sur scène que dans le public. Les Français ont réussi à créer une musique à nul autre pareil, avec des codes propres, et cette originalité se ressent aussi dans le show, prenant.

Peu après, sans savoir à quoi m’attendre, je me rends au concert d’Architects. Je ne connais pas leur musique, mais tout le monde autour de moi m’a conseillé d’aller les voir. Je m’exécute donc sagement. Après 1h20, le bilan est clair : même si leur musique ne m’a pas attirée, leur show était haut en couleurs à tout point de vue. Bémol : le chanteur est peu charismatique, et on dirait qu’il va cracher un poumon à chaque note. Amatrice de growl, je me demande pourquoi le groupe n’a pas davantage recours au chant clair, qui ajouterait quelque chose à un style déjà très mélodique mais assez indéfinissable, associant metalcore, post-hardcore et deathcore. Au vu du jeu de lumières impressionnant, pour assister à un concert des Anglais, mieux vaut ne pas être épileptique. En résumé, lors de leur concert, c’est tout mon corps qui est pris par les basses et la technicité du batteur.

Jour 3. Le réveil est rude. Prise d’un mal de nuque (ça m’apprendra à headbanger), je décide d’aller explorer la zone des massages, et découvre avec effroi le prix de l’activité : 15€ les dix minutes, 40€ les trente minutes. A ce prix-là, je préfère encore ne plus headbanger.

Même constat pour le tant attendu tournoi de lancer de haches : 12,5€ l’heure.

Je recule et décide de me contenter de repos au soleil. Evidemment, comme 99% des personnes présentes ici, je repartirai avec des coups de soleil. L’après-midi passe à une vitesse phénoménale.

Je regarde Kalmah et Kvelertak sur la main stage, et n’en retire rien. Les deux groupes me laissent de marbre. Ils ne sont ni exceptionnels, ni mauvais…

En me plaçant sur l’immense talus bordant la main stage, j’assiste au concert de Rotting Christ dans une autre perspective. Une énergie indescriptible se dégage sur la plaine, dans ce qui se rapproche d’une messe noire. Malgré cet aspect sombre, le chanteur interagit beaucoup avec le public au cours d’un show complet intégrant des effets pyrotechniques. Je n’en attendais pas beaucoup, et je repars en direction de ma tente en ayant pris une claque ! Si, comme certains le pensent, le metal est la musique du diable ; alors Rotting Christ est le diable en personne ! Le concert est déjà fini, et je ne l’ai pas vu passer.

Trente minutes après, je reprends la même place. Enchaîner après une telle ambiance sur un groupe comme Dream Theater peut sembler risqué, voir étrange. Déjà présents en 2015, les cinq musiciens reviennent en force au cœur de la vallée de Tolmin. Le show débute, et devient immédiatement époustouflant, avec des musiciens qui s’amusent visiblement. Le batteur, Mike Mangini, fait sonner et « groover » sa batterie, étant un pilier à part entière d’une musique technique et recherchée. Il convaincra même les plus fervents adeptes de l’ancien batteur, Mike Portnoy.
Dans ce concert, rien de lassant, chaque morceau étant radicalement différent du précédent. Aucun musicien n’est occulté ou mis sur un piédestal.
Quand les premières notes d’ « Illumination Theory » retentissent, mon ventre se soulève, et l’émotion me submerge. Une fine pluie tombe sur des milliers de mains levées, se balançant de gauche à droite, et quelques gouttes, que je le veuille ou non, ruissellent sur mon visage.
On reproche souvent à Dream Theater d’avoir pris la grosse tête. Cela ne se voit pas sur scène. J’ajouterais que quand on atteint un tel niveau d’osmose entre musiciens et de perfection technique, un peu de prétention est pardonnable.

Jour 4. Aujourd’hui, je suis bien décidée à découvrir de nouveaux groupes. Je m’installe donc confortablement devant la new forces stage.

L’après-midi commence avec les français de Lurking, qui produisent un death metal mélodique puissant et précis. Le groupe plus que prometteur était venu défendre leur premier album, Betrayed. Le groupe à chanteuse et inspiré de Lovecraft est parvenu à attirer un certain public. Le soleil harassant n’a pas empêché les curieux de s’amasser petit à petit.

Immortal Shadow poursuit avec un blackened death peu convaincant. Le groupe me fait penser à un Dark Funeral discount et techniquement inabouti. Je ne chercherai pas à les revoir.

Suivent les Slovènes de Captain Morgan’s Revenge, venus défendre un hard rock mélodique et lourd à l’influence punk très nette. Un concert sans prétention mais convaincant, donc.

Je me déplace vers la main stage pour assister au concert de Bloodshot Dawn, et je ne trouve rien d’exceptionnel. Au bout de 30 minutes pénibles, le groupe laisse l’impression de jouer une musique trop technique pour eux. Même si la deuxième partie du set est un peu plus énergique et mélodique, et que le groupe possède un excellent guitariste soliste, Bloodshot Dawn est un groupe de death comme il en existe des milliers. Un peu plus tard, lorsque je me déplacerai sur la deuxième scène, située au milieu des bois, j’assisterai à un death metal beaucoup plus maîtrisé de la part de Skeletal Remains.

Je sacrifie Soilwork et Hypocrisy, me disant que je pourrai les revoir quand bon me semblera.

Les Anglais de Liquid Graveyard, qui suivent Skeletal Remains sur cette même scène, sont bien au point, offrant un death metal progressif carré et mesuré, aux influences grindcore. On voit tout de suite qu’ils savent ce qu’ils font, sans en faire trop.

Sur la new forces stage, Swarm of Serpents me transcende avec un black metal maîtrisé, précis et puissant. Je les reverrais avec plaisir.

Arrive le concert tant attendu du mythique Gaahl, avec sa formation, terme qui prend tout son sens, puisque Ghaal se met énormément en avant, laissant ses musiciens (bons par ailleurs) de côté. Ghaals Wyrd offrira finalement un show monolithique, froid, tant au niveau de la musique que de l’interaction avec le public. Une chose effleure mon esprit : le silence quasi-religieux dont fait preuve le public. Comme si cette grande figure du black metal n’avait désormais plus rien à prouver, plus rien à faire, sinon à être écoutée sagement. Je ne suis pas de cet avis : un groupe, un artiste, pour mériter son public, doit chercher à se renouveler, lui prouver qu’il sait qu’il est là et qu’il est reconnaissant de sa présence. En ce 26 juillet 2019, Ghaal semblait fatigué, usé, désabusé. Peut-être en attendais-je trop en me rendant dans les bois ce soir-là.

A ce propos, une déception encore : j’avais comme a priori que voir du black metal dans ce cadre allait ajouter une certaine plus-value. Non seulement il n’en a rien été, mais en plus, les effets lumineux, qui auraient pu (et du) produire un cadre sombre et intimiste, se sont transformés en effets dignes d’un concert techno, à grands coups de stroboscopes. Mes yeux et ma tête étant épuisés, je ne verrai pas la fin de ce concert que j’attendais tant…

Légèrement fatiguée par la courte nuit que je viens d’affronter, je décide malgré tout de me traîner jusqu’à la main stage, en me disant que le groupe de black metal symphonique qui allait commencer méritait qu’on lui donne sa chance. Je vais nonchalamment chercher un breuvage. Mon dévolu se jette sur un « Sex on the beach ». Je m’assieds assez loin de la scène, quand soudain les premières notes de Winterhorde retentissent. Immédiatement prise aux tripes par l’énergie et le son complexe du groupe, je m’avance. Malgré la trentaine de personnes présentes autour de moi, l’ambiance est au rendez-vous. Le public afflue petit à petit, attiré par le son mélodieux enrichit d’un violon et d’un clavier. Les deux types de voix (claire et growl) rajoutent encore une épaisseur à un son déjà bien riche. Tous les musiciens ont une bonne présence scénique. Je ne vois pas passer la demi-heure. Vous l’aurez compris, Winterhorde n’est pour moi ni plus ni moins que la révélation de cette édition !

En chemin vers la plage, je descends vers la plus petite scène et tombe sur Desdemonia, groupe luxembourgeois de death metal. Avec une musique sans chichis et aux bons riffs, le groupe me semble prometteur !

Korpiklaani ouvre la soirée sur la main stage. Fidèles à eux-mêmes, ils offrent un folk metal amusant mais basique, accessible. L’orage se rapproche et, en plein milieu du concert, c’est le black-out. Le public hurle et réclame le groupe. Le set se termine de manière expéditive.

Dimmu Borgir suit avec vingt minutes de retard. Je dois bien avouer ne pas m’être rendue sur la plaine de la main stage pour y assister, ayant été fortement déçue de leur concert à l’Ancienne Belgique en décembre 2018. Nostalgique de ce que je pourrais appeler le « vieux Dimmu Borgir », c’est-à-dire jusqu’à l’album Abrahadabra (2010), je craignais d’être de nouveau déçue.

Ça y est, le jour du départ a sonné. La pluie se fait de plus en plus forte, comme pour forcer les festivaliers à rentrer chez eux. Mais une chose est sûre : après avoir goûté au festival, on n’a qu’une envie : y retourner !

Mon seul regret est de ne pas avoir vu Alien Weaponry et In The Woods, qui ont tous deux obtenu d’excellents échos.

Valentine Cordier
Article paru également sur Metal Overload.

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Une journée au cœur du Festival de l’Alcatraz

La dernière fois que j’ai franchi les portes de la prison courtraisienne, c’était en 2015. Ce samedi matin d’août 2019, j’arrive après deux heures de route. Tout a changé. Il y a désormais trois scènes. En quatre ans, tout est devenu plus grand, plus peuplé, plus… cher. Premier constat : 70 euros la journée. Heureusement que le line-up en vaut la peine. A l’arrivée, 54 euros pour 20 jetons (une bière coûte un jeton, on ne va pas aller loin), et 15 euros le casier. Mon portefeuille tire déjà la gueule.

Sanctuary commence sur la main stage. Le son est tellement atroce, qu’au bout de trois minutes, je fuis vers El Presidio, un grand bar aménagé façon saloon. L’ambiance y est très agréable.

Je me dirige vers Soilwork, n’ayant pas pu les voir lors des Metaldays, en juillet dernier. Et je ne suis pas déçue. Je me retrouve face à des musiciens extrêmement doués. C’est surtout le batteur qui attire mon regard. Bastian Thuusgard n’a que 25 ans lorsqu’il intègre le groupe suédois en 2017. En deux ans, le jeune danois semble avoir trouvé ses marques.

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Prong
commence. J’ai bon espoir que le son soit meilleur cette fois. Mais ce n’est pas le cas. Je m’interroge sur la raison d’un tel son. Mais au lieu de m’apitoyer, je fonce voir Black Mirrors sur la scène La Morgue, petite scène charmante sous chapiteau. Intriguée par l’alternative rock shamanic psychedelia (comme ils se définissent), je suis agréablement surprise devant ce rock dur et mélodique à la fois. Du « rock qui tache » en quelque sorte ! La chanteuse s’agite frénétiquement, comme en transe. Voilà donc d’où vient le terme « shamanic ». Se disant influencée par Janis Joplin, je la comparerais plutôt à une Cherrie Currie, en version moins sage. Ce groupe est une boule d’énergie, et impose son propre style.

Toute cette énergie m’a creusé le ventre. Que vais-je bien pouvoir trouver dans un budget raisonnable ? Trois euros le petit cornet de frites, sept euros les six spare-ribs, huit euros la (petite) pizza. Mon choix se portera donc sur les frites.

Petit tour aux toilettes. Et au risque d’être à contre-courant des commentaires des festivaliers, je les ai trouvées parfaitement propres. Pour m’assurer que ce n’était pas un coup de chance, j’ai tout de même ouvert d’autres portes. Même constat.

Thin Lizzy ne m’intéressant pas du tout, et La Morgue étant un lieu très agréable, je m’apprête à découvrir The Spirit. Avec un nom pareil, je m’attends à un groupe de black metal comme les autres. D’autant plus que la formation allemande est très jeune, puisqu’elle n’est active que depuis 2015. Mais dès les premières notes, j’assiste à un mélange très convaincant de blackened death, de doom, voire même de technical. La formation produit plus que du black metal, elle produit une musique sombre et obscure, qui prend aux tripes. Petit bonus pour le jeu de lumières, qui accentue encore davantage le côté sombre de leur musique.

En direction du concert de Mayhem, une pensée me traverse l’esprit : pourquoi le sol est-il jonché de déchets plastiques et métalliques ? Les poubelles sont rares, mais il y en a quand même. Puis, je me rends compte que malheureusement, en 2019, il y a encore des personnes qui ignorent l’existence des matières biodégradables ou, du moins, des gobelets réutilisables. Je ne peux m’empêcher de comparer cette plaine au sol immaculé des Metaldays…
Mais revenons à Mayhem. Le groupe formé en 1984, faisant polémique suite à de nombreux épisodes violents, ne semble pas avoir renouvelé sa musique, malgré le renouvellement fréquent de ses membres. Après trois morceaux, ce black metal old school m’ennuie profondément. Il est des projets musicaux qu’il faut avoir le courage d’arrêter lorsque l’inspiration vient à manquer. Direction le bar. Puis direction la main stage.

Avatar est annoncé en grandes pompes par le staff du festival. L’arrivée des membres se fait de manière très théâtrale. Arrivée à la moitié du concert, je comprends que même si la musique du groupe, multi-influencée, ne parvient pas à me convaincre, le show est époustouflant. Les membres du groupe que je définirais de « metal théâtral » ont tous une présence scénique incroyable. Pyrotechnie, feux d’artifice, mises en scène… C’est un régal pour les yeux.
Encore une fois, c’est le batteur qui me transcende le plus. Son jeu n’est pas incroyablement technique (au sens compliqué du terme), mais ce qu’il le fait, il le fait plus que bien.

La journée s’achève sous le signe du doom torturé avec les belges d’Amenra. La foule se presse. L’ambiance sombre est encore accentuée par le fait que le concert se déroule sous chapiteau. Ce concert, c’est ce que l’on pourrait appeler du « grand Amenra ». Des musiciens extrêmement doués, un chanteur à la voix transcendante. Quand le morceau « A Solitary Reign » retentit, mon ventre se noue, et une larme ruisselle sur ma joue. Et autour de moi, le silence.

Je rentre après avoir passé une très belle journée, avec des découvertes, et le soleil pour compagnie. Mais les points négatifs précédemment cités noircissent le tableau. Des prix élevés, une foule trop nombreuse, un son très mauvais sur la main stage pour les premiers concerts, etc.

L’Alcatraz Festival se muera-t-il bientôt en nouveau Graspop ? Ou parviendra-t-il à garder son allure de festival « de proximité », en prenant aussi des engagements écologiques ?

Valentine Cordier
Article également publié sur Metal Overload.

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Raketkanon à L’Entrepôt

Il y a une sacrée trotte de Liège à Arlon ! Pourtant, mon frère et moi partons vers L’Entrepôt afin d’assister à ce que décrit le nom d’un évènement : une déflagration sonore. En première partie, on retrouve Brutus (que l’on n’a pas vu). Raketkanon assure en tête d’affiche. Notre objectif se limite à se diriger vers l’attraction forte.

Trois chansons suffisent pour dépeindre le contexte dans lequel on a sué. Trois moments forts propres à Raketkanon.

Anna

Perfectionniste acharnée, Anna sort de l’ordinaire. Assez douce, elle sort souvent les griffes pour convaincre son audience. On la retient pour son tempérament atypique. Elle qui mélange son thé au whisky. Elle qui se marie à Las Vegas l’hiver prochain.

Débutant sur une fausse note du guitariste, tout est oublié juste après cette faute au vu du groupe délivrant une prestation hors-norme. « Anna » a très bien ouvert le bal. Il est étonnant d’ailleurs de commencer avec un tel morceau à la fois brutal et doux. Le chant déformé de Pieter-Paul Devos nous éclate directement à la face. Comme si sa voix devenait un nouvel instrument à part entière. L’auto-tune pétée de Booba ne fait pas le poids ! Le groupe se la joue radicale en désirant peut-être nous habituer à ce chant anormal dès les premiers instants du live.

Ernest

Tout le monde connaît Ernest. Depuis son enfance, il porte l’étiquette d’enfant terrible. Celui qui s’amuse à poser des punaises sur les chaises de chacun. Celui qui préfère démonter des serrures plutôt que de s’ennuyer.

Véritable bombe sur scène, « Ernest » représente un des morceaux les plus violents du groupe. Deux guitares au lieu d’une seule, des riffs bruts et efficaces, ainsi que des alarmes jouées au synthé, similaires à une sirène militaire prévenant d’une menace imminente.

Une installation en métal (logo de la bande, au fond de la scène) s’illumine aux couleurs du nouvel opus, RKTKN #3… L’épilepsie provoquée est minime tant les danses s’enchaînent au sein du public (yeux fermés ou têtes balancées à tout sens). Impossible de ne pas crier :

C’est Hiroshima !

Comme tant d’autres pistes du concert, la durée de « Ernest » est écourtée. L’effet n’a rien de décevant. Le concert est d’autant plus carabiné ! Etions-nous prêts pour une telle torgnole ? Clairement pas ! « Ernest » est parfait pour la scène. Une preuve que le groupe se renouvelle dans son genre, tout en gardant un esprit taillé à tout balayer en quelques minutes.

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Lou

Faut-il résumer Lou à un cliché d’adolescente incomprise ? Parfois, elle se remémore ses périodes de scarifications. Sans oublier ses petits rituels satanistes, où les esprits lui soufflaient ses décisions d’avenir. Aujourd’hui, Lou travaille dans la finance. Bizarrement, elle est l’employée modèle respectée de tous…

Pour clôturer ce spectacle, « Lou » est un très bon choix. Comparable à « Anna » pour certains aspects de sa composition, « Lou » synthétise l’atmosphère du dernier album. Au ton schizophrène, les 9 morceaux de RKTKN #3 voguent entre agressivité et berceuses malsaines.

Les gobelets plastiques jetés en l’air, la bière pleuvant sur nous et les pogos terminés, la foule souhaite un autre morceau. Le temps pour Pieter-Paul Devos d’envoyer à la merde un gus qui ne cessait de répéter que le concert était dégueulasse. Le chanteur ne se gène pas pour un fameux

Fuck you all

3 mots qui résument la simplicité de Raketkanon. Lors de l’ultime morceau, un pogo repart de plus belle. Devant la scène, les lumières aux diverses teintes transpercent les yeux des fans.

Le Luxembourg a vibré ce soir-là. Deux souvenirs inoubliables : une ambiance folle et un spectacle intense. Quand sonne la fin, on est presque en manque… Et on prie pour que le quatuor passe prochainement à la Cité Ardente !

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©Pasquale Caruana et ©Ludovic André – L’Entrepôt

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Mike Krol au Reflektor

L’ASBL PopKatari amène du beau monde à Liège ! L’Américain Mike Krol est tête d’affiche au Reflektor. Après une tournée américaine, Mickey s’attaque aux villes européennes. Point le temps de niaiser pour promouvoir son quatrième album, Power Chords. Le nom de cet opus résume l’état d’esprit de tout un groupe. Les « accords de puissance » sont des accords de guitares renforçant la sonorité d’une note. Utilisés à divers rythmes, vous obtenez les compositions d’un Nirvana (leurs morceaux sont majoritairement composés via cette suite d’accords) ou des Pixies. Dieu sait ô combien le punk a besoin de tels morceaux !

Nombreuses sont les anecdotes au Reflektor. Adorant le punk, un assistant de mes professeurs est présent au concert. Puis, des spectatrices se montrent ultra curieuses au sujet de jcclm. Mais je ne n’oublie pas mon but premier : prendre la claque de Pâques !

Malheureusement, j’ai découvert tardivement la rage musicale de Krol. Par contre, quel plaisir de découvrir cette brutalité quasi-viscérale sur scène !

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Un code vestimentaire colle au groupe. Chemises rayées, tronches parfois défoncées, on comprend vite à quel point ils embrassent le délire du leader. Ce dernier a un œil au beurre noire, joue avec le feu lorsqu’il monte sur tout et n’importe quoi (grille devant la scène ou batterie) et fait toujours valser son tambourin (une maltraitance inouïe).

Durant le spectacle, j’ai eu l’impression d’avoir les traits du chanteur… En sang devant une telle furie sonore ! Au fur et à mesure que le show avance, j’ai la sensation d’assister à un « concert mitraillette ». Me prenant en pleine la face le chagrin chanté par Mike Krol. Les larsens et les riffs énergiques et flous (fuzzy, garage) s’enchaînent à la vitesse de la lumière. L’organisateur du concert énonce qu’une vingtaine de chansons ont été jouées. Rien d’étonnant vu le format court et direct liés aux chansons de la bande.

Côté voix, Mike Krol la détruit sauvagement. Il la modifie sur scène, muni d’une multitude de pédales. Assume-t-il le ton de sa voix ? Une question à mettre aux oubliettes. La force du groupe tient beaucoup plus à ses parties instrumentales.

Je quitte la salle en me demandant quand Monsieur Acouphène viendra sonner à ma porte. Devant la scène, j’aime absorber un rock à la fois crasseux et féroce.

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Photos ©DRAMA – Reflektor

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Dilly Dally à La Zone

J’avance en ayant les narines complètement gelées. Comme à mon habitude j’arrive beaucoup trop tôt au concert. Une chose me pousse à me pointer à l’avance. Un groupe mythico-mythique est au rendez-vous: DILLY DALLY. Via un deuxième opus, Heaven (2018), faisant vibrer les cendres du grunge, ces Canadiens débarquent à Liège pour enflammer la scène punk de La Zone.

Nous sommes gentils déclare le chanteur de King Fu avant de péter une corde de sa guitare. Quant à Chastity, le chanteur présente ses excuses à cause d’une voix endommagée et malade. Malgré quelques pépins, ces deux groupes annoncent du très lourd. Cependant, DILLY DALLY joue dans une autre cour.

dd2©Alexis Docquier

Une fois sur scène, Katie Monks (chanteuse/guitariste) impose immédiatement son charisme. Cheveux blancs et tenue noire, elle brille de par un chant furieux. Claires sont les mélodies, précis est le vocero. Après avoir ôter sa noirceur vestimentaire, Monks dévoile un habit blanchâtre. A l’image de la statuette torturée et collée sur Heaven, elle apparaît comme un ange démoniaque. Un chérubin qui maîtrise un vocal impressionnant, agressif et inoubliable.

Dès les premières chansons, un spectateur souhaite embrasser Monks. L’incompréhension au visage de la Canadienne, un what se lit sur ses lèvres. Passé ce délire, le show continue et la foule embrasse les sonorités distordues de la bande.

La soirée se termine avec la satisfaction d’avoir vu un groupe qui aurait percé à l’époque de Kurt Cobain. Un DILLY DALLY qui renoue avec un genre qui m’a toujours parlé. Un style à la fois brut et efficace.

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Photo bannière ©Fanny Pluymers – La Zone

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Hetouht à la Légia

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Au bord de la Meuse se trouve une excellente salle de concert : la Péniche Légia.

En ce mois d’octobre, les deux ex-membres de Mølk, Ben (guitariste) et Yoni (batteur), y jouaient en seconde partie de Little Lucid Moments. Ces jeunes musiciens forment dorénavant un groupe stoner, où l’instrumentale est maître mot : Hetouht !

La magie de ce duo réside en de nombreuses caractéristiques particulières.
Jouant sous un décors spécial, ils assument un univers qui leur est propre. Sur une toile est projetée La Planète Sauvage (1973), un film d’animation magnifiquement glauque. A quoi s’ajoute une odeur d’encens allumé, histoire de se sentir à une séance de yoga pervertie par deux musiciens exceptionnels. L’auditeur est alors spectateur d’un trip au cocktail malfaisant : une pluie de riffs sauvages, un rythme dynamique et un dessin animée déconseillé au moins de 99 ans.

Quant à la symbiose des deux compères, elle est assez incroyable! Bruts et minimalistes telle leur mise en scène, Ben et Yoni savent mêler des mélodies tout aussi sophistiquées que pulsantes. Mention honorable à un invité, le temps d’un morceau et pro au tambourin, un instrument dont on oublie souvent la complexité. Concernant Ben, tous les guitaristes bloqueront leurs vues au moins une fois sur l’ensemble de ses pédales ou de sa guitare sur table… la distorsion se voit manipulée de plusieurs manières !

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Dans une ambiance où un pogo s’animait devant la scène, les mélomanes de la Légia vivaient un sacré concert. Sur cette péniche, il est aisé de ressentir toute la puissance sonore d’un groupe. Cet énorme avantage me donne envie d’y voir passer des musiciens aux morceaux toujours plus agressifs !

L’avantage est que tout est enregistré en pistes séparées, en vidéo aussi. On a alors tout récupéré et on va certainement sortir un album live, une fois mixé par notre ingé son, Gabriel Hanquet. L’acoustique est assez appréciable aussi. Ça peut aller fort sans pour autant te niquer les tympans. Puis, jouer dans un bateau, ça reste quand même hyper cool. -Yoni

Parfois, peu de choses amènent à un spectacle hors norme. Tout comme les White Stripes, Royal Blood ou encore Blood Red Shoes, Hetouht se constitue seulement de deux personnes pour réussir des exploits musicaux. Ils méritent le coup d’œil, tant leur performance scénique ne peut être comparée à un autre groupe belge.

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Photos ©DRAMA – Légia, 28/09/2018

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Tunic au Garage

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Winter comes. Le Soleil n’avait plus l’air d’être de mise en Belgique. Dans le pays de la frite, les 10 heures de Soleil de l’entièreté du mois de décembre 2017 faisaient pâlir tout ceux qui voulaient leur vitamine D.

Heureusement que les concerts rock ne manquent pas à Liège. Il me fallait une dose de musique bien brutale, à l’image de ce climat qui n’épargnait personne.
Mon souhait exaucé grâce à PopKatari, je me retrouvais au Garage (Liège) pour assister au live de tunic, un trio provenant de Winnipeg.

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Lina Tullgren/Woods of Yore au Reflektor

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Ce soir là, j’enchaînais spectacle sur spectacle. Après avoir été voir The Greatest Showman sur grand écran, je pointais le bout de mon nez au café du Reflektor pour assister aux concerts de deux groupes. J’avais quitté une ambiance de démesure pour atterrir dans une autre beaucoup plus intime, posée et relaxante.

Accompagné de Serenaze, j’ai le temps de déposer mon sac à mes pieds et de me placer devant le premier groupe belge sur scène : Woods of Yore. Avant même que nous débarquions, ils jouaient déjà. Le ton était donné : nul besoin de calmants ou de médocs foireux, il n’y a qu’à écouter cette musique pour s’apaiser.

J’étais encore dans ma session d’examen, mais je m’étais permis de craquer une nuit pour une escapade folk où les membres de Woods of Yore allaient me faire oublier l’espace d’un instant tout ce qui constitue mon quotidien.

C’était agréable d’écouter une violoniste, se fondant d’autant plus très bien avec le reste de la bande. Qu’elles soient frottées ou pincées, les instruments à cordes des musiciens de ce groupe se mêlaient très bien entre eux. Par moment, je me demandais si le chanteur, Greg Danger, étant membre de King Fu mais aussi de The K., n’allait pas se déchaîner à la voix ou à la guitare. J’ai eu ma réponse au dernier morceau, où la distorsion de son instrument était un tantinet plus violente que le reste des chansons.

20180123_woodsofyore (1)Woods of Yore

Avant qu’elle ne fasse son show, j’avais été discuté avec l’artiste américaine nommée Lina Tullgren. Alors que les sonorités de ses chansons n’explosent pas vers une univers festif, au lieu de tomber sur une personne ultra morose, je dialoguais avec une fille très accueillante et souriante.

J’étais heureux dès qu’elle débutait sa première chanson. La qualité était présente car tout sonne comme lorsque j’écoutais l’entièreté de son album chez moi. Encore une fois, après avoir bu quelques bières, sous une certaine fatigue, j’avais l’impression de m’entraîner dans une bulle à part : une atmosphère calme et bercée par une voix féminine très particulière. Habillée tout de vert, Lina Tullgren dégageait une aura atypique. Le son de sa guitare prenait également beaucoup d’ampleur par rapport aux autres instruments sur scène.

Quelques questions me venaient à l’esprit. Pourquoi Lina Tullgren accordait sa guitare à chaque fin de morceaux ? Pourquoi son batteur sortait un frisbee ?

Lina possédait une vieille guitare qui nécessitait de bien s’occuper des cordes pour avoir les accords voulus. Quant au frisbee, ça n’en était pas un. C’était une espèce d’assiette en métal, qui accrochée à une caisse de la batterie, délivrait un son spécial.

Si l’occasion se représente, je foncerai voir une deuxième fois ce genre de concert (véritable repos pour tout mélomane). Qui sait, peut-être bien que j’irai disctuter plus longtemps avec Lina Tullgren suivi de Serenaze, encore prête à venir supporter mon anglais terrible ?

20180123_linatullgren (1)Lina Tullgren

 


DRAMA
Photos ©Fanny Pluymers – Reflektor, 23/01/2017

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Downtown Boys/Teen Creeps/The Hype au KulturA.

22789136_10215072138060663_2876961713864645816_nRémi, bassiste de The Hype

Invité par PopKatari, ma motivation était telle que j’aurais bravé vents et marées pour assister à ces concerts. Au rendez-vous à cette soirée liégeoise : un groupe wallon (The Hype), un groupe flamand (Teen Creeps) et… Une bande d’américains (Dowtown Boys) !!!!

Dès les portes du Kultura franchies, je rencontre Lev. qui me salue après avoir participé au soundcheck. Malheureusement, ce mélomane ne pouvait rester, ce qui faisait que je restais seul. Et pourtant, j’ai très vite stagné à l’entrée du Kultura, en compagnie des gars de The Hype. J’étais vraiment ravi de les revoir et d’apprendre qu’ils remontaient sur scène après un an de « non-concert ». Ces vieux punks s’amusaient à dire « bonsoir » à chaque nouvelle personne qui entrait là où nous étions, gardant toujours un esprit d’humour et de convivialité.

C’est alors qu’ils montent sur scène, non plus au nombre de trois mais bien à quatre, suivi d’un second guitariste du nom de Nubuk.
A peine le concert commencé, le batteur (Brian Alleur) se met torse poil, le chanteur/guitariste (Benoît Culot) les présente de façon succincte et ces lurons jouent de plus belle. Comme à son habitude, Brian se fait entendre (telle une machine de guerre) et en impose de par son jeu agressif à souhait. Ben, lui, envoie le pâté avec sa voix rauque, à se demander s’il n’a pas fumé plus que Gainsbarre pour en arriver à ce résultat. Quant à Rémi, son énergie m’a épaté et m’a entrainé à bouger mon cul sur chaque morceau. Les fioritures qu’amenaient Nubuk étaient ultra plaisantes à écouter et donnaient encore plus de richesse sonore aux chansons. J’attendais avec ferveur « Ocean » et ma joie est toujours la même lorsque je redécouvre les divers effets aux guitares qui la composent.
Après avoir enflammé le public, je me demandais comment allait faire les deux autres groupes pour délivrer une meilleure prestation.

IMG_1603Ramses Van Den Eede, batteur de Teen Creeps

Le deuxième groupe, Teen Creeps, est typiquement le groupe qui sonne beaucoup mieux en live qu’en mp3. Constitué d’un batteur déchaîné (Ramses Van Den Eede), ce groupe traduisait une fougue rock qui m’amenait à penser que ce soir-là, le Kultura avait une ambiance assez proche des concerts grunge du Seattle des années 90. Oui j’en viens à de tels propos ! Le répertoire des Teen Creeps était vraiment parfait pour les oreilles d’un jeune adolescent sale, remuant et endiablé.

Le dernier show était incroyable. Il se détachait complètement des précédents et était aux commandes d’un groupe signé sur Sub Pop : Downtown Boys !
Le peps de la chanteuse (Victoria Ruiz) s’est tout de suite senti et l’aura des Downtown s’est transmise en un battement de cil. Chaque membre était un spectacle à lui tout seul, en passant par le saxophoniste/claviériste (Joe La Neve DeFrancesco) habillé dans une espèce de combinaison propre à un pilote d’avion de chasse, jusqu’à Victoria qui dansait, criait ou livrait un discours politique entre chaque morceau. Les pistes chantées en espagnol déchiraient et se faisaient porte parole des populations niées venant des USA. Car il faut savoir que Downtown Boys reflète de manière extrême une certaine déception américaine, face à la victoire de Donald Trump aux dernières élections. Chaque auditeur a bien évidemment le droit de ne pas partager leurs convictions. Il n’empêche qu’il est agréable de voir que des groupes engagés existent encore, surtout aux States, où les idéologies propagées ressemblent le plus souvent à des télé-réalités foireuses sans queue ni tête.

La variété qu’ont réussi à proposer ces trois groupes m’a donné encore plus envie de m’intéresser de plus près à leurs projets.

A coup de bonnes distorsions, de saxo frénétique ou de chants puissants, cette soirée était à inscrire dans le Panthéon des meilleurs concerts rock’n’roll de Liège !

IMG_1611Victoria Ruiz, Mary Regalado et Joe La Neve DeFrancesco des Downtown Boys

DRAMA

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CYMANDE au XJAZZ Festival de Berlin

Je chéris le samedi 7 mai 2016, jour où j’ai assisté au concert de Cymande, au Bi Nuu à Berlin. J’ai cru rêver. Une sensation que j’avais déjà ressentie précédemment, lorsque j’ai vu Faith No More au Pukkelpop à Kiewit en 2009.

Ces deux groupes ont en commun, outre leurs identités très fortes, l’arrêt, supposé définitif, de leurs carrières respectives. »But it’s Alright, if you still go on. »

La « reformation » de Cymande étant cependant beaucoup plus improbable que celle de Faith No More. Et pourtant…!!! « The time is right now ».

J’ai rarement eu l’opportunité de vivre un moment de « communion » aussi agréable. L’entièreté du public, ainsi que tous les musiciens du groupe, nous arborions tous un large sourire, tout au long du show. C’était un cadeau. Comme lors de certaines fêtes, où tout le monde offre et reçoit en même temps. Tout ceci peut sembler naïf, j’en suis bien conscient.

La philosophie peut elle aussi sembler naïve. Notamment celle à laquelle Cymande fait référence, à savoir: le Rastafarisme. D’ailleurs, l’espace d’une soirée, nous étions tous conviés à devenir « Rastas ».

Nul besoin d’être un érudit pour constater que l’actualité n’est pas des plus apaisante, heureusement, le message de Cymande est un réconfort. Le groupe se serait donné pour mission d’à nouveau diffuser leur message de paix, d’éducation et d’amour, par ces temps obscurs où nous avons encore plus besoin de cela.

« It’s only freaks, out there »(..) « Gotta be aware, don’t get too lost in your dreams! ». J’entends le sage qui accompagne, renforce, encourage, donne les éléments pour affronter la dure réalité. En bref, tout l’opposé des messages diffusé par les grands médias de notre société occidentale. Cette société qui préfère que nous dormions, là où Cymande nous invite à l’éveil.

Oui la vie est une épreuve, oui le monde est impitoyable, oui l’injustice est permanente, oui nous sommes entourés d’ogres. C’est effrayant, mais c’est la réalité. Ouvrons les yeux, acceptons. Ne nous laissons pas corrompre, et accomplissons-nous.

Rompons avec l’individualisme, associons-nous, partageons, vivons en tribu, soyons prêts à affronter l’ennemi en permanence, et à communier avec ce que la nature a de meilleur à nous offrir.

Dirigeons-nous vers la simplicité. La mégalomanie est un vice. Ne souhaitons pas les richesses, ni le pouvoir. Repensons le monde autrement. La seule coercition légitime est celle de la nature.

Instruisons-nous, dans tous les domaines. Valorisons la connaissance, ne « l’élitisons » pas. Je m’emporte. J’expose mes utopies. Pourtant, je tiens à vivre en fonction de ces valeurs, avec ou sans vous. Je m’éloigne, lentement, de cette léthargie imposée. J’accepte la lutte inégale, je n’ai pas le choix.

Merci à Cymande de m’insuffler tout cela. La poésie existe, elle est un Art de vivre qui nécessite un engagement profond.

Ce samedi 7 mai, j’ai partagé un moment d’osmose avec quelques uns de mes semblables. Et je me suis senti soutenu dans mon combat contre « le démon », qui est tant intérieur qu’extérieur.

Au delà de ces considérations, Cymande nous a offert un spectacle délicieux.

Un « Brothers on the slide » magistral en ouverture, malgré un flingue discret du chanteur. Des versions rallongées de « Bra », de « Zion I », et de « Rickshaw », chaque musicien ayant à son tour l’opportunité d’improviser. Quelques chansons du nouvel album, qui m’ont moins marqué (à réécouter au calme). Ainsi qu’une amusante surprise (quoiqu’ils l’avaient déjà exécutée à Paris récemment. Mais, à Paris, cela reste moins surprenant) vers la fin du show, Cymande qui reprend MC Solaar, qui avait lui-même samplé Cymande. La boucle est bouclée? « The message is Music, and Music is the message! ».

Ma petite déception: « Dove » manquait à l’appel. Peu importe, c’était une soirée de fête, de retrouvailles, de musique, de philosophie, et Berlin en était le parfait creuset.

Tout un symbole.

Vincent HALIN

"Diamanda Galas after party"

Diamanda Galas au Handelsbeurs de Ghent, le 20 avril 2016

S’ouvrir l’esprit, s’ouvrir les yeux et les oreilles, s’aventurer en terrain inconnu… Cette soif de découverte est l’apanage de l’enfance. A l’âge adulte, ces besoins diminuent, ces envies disparaissent… chez la plupart d’entre nous. La pression sociale, la peur et la fatigue sont généralement à la source de l’effritement de notre curiosité innée.

Heureusement, nous ne nous soumettons pas tous à cette fatalité. Nous pouvons rester éternellement frais. Ma curiosité est mon moteur. Mes découvertes sont mon carburant.

Diamanda Galas fut une magnifique découverte pour moi. Elle nous raconte des histoires, dans une ambiance de Piano-bar sombre, déjanté, voire Gothique (ou même d’Art Gothique, au sens où Fulcanelli l’entendait). Même dans une salle de plusieurs centaines de personnes, on peut ressentir un climat très intime.

Elle ne s’adresse pas à tout le monde, elle s’adresse à ceux qui le désirent! En effet, ce qu’elle exprime n’est pas agréablement reçu par tous. Elle aborde la musique d’une manière très personnelle, très unique. Elle excelle tant au piano qu’au chant, et empreint ces deux disciplines de son univers particulièrement singulier. Nombreux sont les détracteurs d’une telle approche… Je fais partie des amateurs. Soit.

Un concert de cette Artiste est une expérience interpellante. Cela va bien au-delà du simple divertissement, il s’agit d’une invitation à l’éveil. J’ai ressenti quelque chose de mystique pendant son spectacle. Il y a une dimension invisible, habituellement rejetée par notre société. La magie, la transmutation, les Esprits, tout ça n’existe pas, n’est-ce pas ? A moins que… ??? Vous préférez regarder une publicité montrant une jeune femme à moitié nue, lascive, qui semble vous désirer? Elle correspond parfaitement aux critères esthétiques imposés par la société de consommation, pourtant, ne serait-ce pas elle le mirage ?

Etes-vous prêts à regarder, à écouter le monde tel qu’il est? Dans la splendeur secrète de son horrible réalité ? Il semble que ce soit bien là que se situe le peu de libre-arbitre auquel nous pourrions prétendre. Nous avons le choix de croire ce qu’on nous dit, ou de chercher une autre vérité.

Diamanda Galas nous incite à la découverte d’un monde caché, au même titre que Platon, Zarathoustra, ou d’autres… N’ayez pas peur de ça, c’est bien plus enrichissant que la télé-réalité. Ne vous reposez pas. Un homme avisé m’a dit un jour: « Ne te conforte pas dans l’eau chaude de tes problèmes, et plonge-toi dans l’eau froide de la vie! ». Je ne peux pas vous dire qui est à l’origine de cette phrase, mais je vous souhaite de vous approprier cette cinglante sentence!

J’ai adoré le concert de Diamanda Galas au Handelbeurs de Ghent, ce mercredi 20 avril 2016 ! Elle m’a élevé.

Vincent HALIN
Photo ©Vincent Halin