Mike Patton(leader vocal de Faith No More, Tomahawk, Dead Cross) annonçait la mort de la musique.
La raison ? A cause de musiciens n’amenant plus de nouvelles idées sur la table.
BRNS (‘brains’) forme un contre-exemple parfait. Les quatre jeunes Bruxellois m’ont littéralement renversé avec un EP rempli de surprises. Ce groupe ne s’en tient pas à la simple composition de refrain, structure linéaire ou autres codes habituels. Incomparable à un Coldplay enfoncé dans un style musical assez gênant, tant il se répète d’années en années.
Les transitions sonores, les voix distordues ou le jeu du batteur et bassiste frôlent l’exceptionnel. Il est bénéfique de s’apercevoir qu’il existe encore de tels artistes !
Une dimension religieuse embaume l’opus via des chants quasi liturgiques, faisant le pont avec l’univers religieux. Citons ‘Mess’, où une clochette nous suspend vers un Ailleurs et conclut l’EP. ‘Mess’ exploite aussi une guitare aux cordes comme désaccordées, me lançant dans un emballement jouissif et une plus grande envie de terminer la chanson pour mieux la découvrir.
Ces 4 morceaux ne laissent pas l’auditeur sur sa faim. Ils emmagasinent un rythme et un jeu pertinents. De quoi les écouter encore et encore pour mieux saisir les détails instrumentaux qui s’y dégagent.
Véritable leçon musicale où la monotonie n’a pas sa place, Holydays s’éloigne des trucs et astuces qui s’utilisent à foison pour séduire le Grand Public.
Après 4 ans d’absence en tant que King Krule, Archy Marshall est revenu aux bases de tout ses multiples projets : Edgar The Beatmaker, Zoo Kid, DJ JD. Les sonorités dub, rock, jazz et son expérience de rappeur donnent une ambiance incroyable à ce deuxième album.
Enregistré sur sa terre natale, en Angleterre, ce second opus se voile d’un mystère particulier. Que ce soit les significations liées à la pochette, aux paroles ou au fil rouge de l’œuvre, des questions se trament par millier dans la tête de l’auditeur. Ce qui rend d’autant plus l’écoute de The OOZ, intéressante, pertinente et intrigante.
Si l’on se centre sur les histoires contées dans ses chansons, le jeune roux londonien les décrivait ainsi au New York Times : Gritty stories about the streets with a sensitive and romantic side. Take social realism and make it surrealism.
Un résumé efficace qui permet de très bien comprendre où nous mènent les paroles abstraites de ce poète des rues : au sein de la mentalité d’un jeune adepte au spleen anglais. La poésie d’Archy nous emporte vers un univers où les illusions, l’imaginaire et l’extraordinaire s’emparent d’évènements banals.
Nul besoin de décrire toutes les lignes écrites par ce parolier car nombreuses sont les interprétations que l’on peut attribuer aux textes de ce chanteur à la voix nonchalante. Grâce à sa poésie, une image me reste en mémoire, celle d’une aventure sans fin, dans ce qu’il y a de plus urbain, personnelle et nocturne. Ne serait-ce que les sons de gouttes de pluies insérées dans quelques chansons, m’immergent totalement dans un climat froid et humide, où l’obscurité l’emporte sur les lumières de la ville.
La couleur que porte ce jeune musicien est le bleu et l’adjectif qui lui sied à ravir est lunatique plus que mélancolique.
C’est à travers certains morceaux beaucoup plus posés, lents, jazzy et tristes qu’il dévoile le plus souvent son talent de composition, une espèce d’avant-gardisme. Alors que le punk au ralenti de ‘The Locomotive’ et le rock perturbant de ‘Dumb Surfer’ rappellent la fougue de l’artiste, ‘Czech One’, ‘Logos’ ou même ‘Sublunary’ se détachent du ton général, pour s’envoler vers un style plus proche de visionnaires tels que James Blakes ou Mount Kimbie.
Il ne serait pas étonnant d’apercevoir King Krule influencer pas mal d’artistes, tant sa polyvalence dans le monde musical est admirable.Il arrive à prouver que la musique est toujours renouvelable et qu’il est possible de composer en s’inspirant de ses influences intimes et en les façonnant à sa manière.
Il est le genre d’artiste à refuser une collaboration avec Kanye West pour se donner corps et âme à son projet. Ainsi, son authenticité artistique ne prend aucun coup et ce même refus expose un King Krule décidé et convaincu d’accomplir ses idées déjà tracées, sans freiner un seul instant.
L’argument ridicule voulant faire de lui un musicien pour hipster, démontre bel et bien qu’il divise via sa capacité à proposer une large palette de morceaux les plus différents les uns des autres. Il est pathétique de lui faire un pareil reproche, autant écouter des disques déjà entendus. On ressuscite l’ancien pour en faire du nouveau, tout comme l’ont très bien réussi Only Real ou Cosmo Pyke.
Autre découverte : cet Anglais se rattache au Sud. ‘Half Man Half Shark’ dégage une aura tribale pour enfin se terminer avec une transition beaucoup plus calme, enivrée de boucles répétées d’accords de guitares, mêlées à des notes planantes de piano. La voix rauque d’Archy se déploie avec effervescence et des chœurs s’y ajoutent à un moment donné, faisant des paroles, un hymne chanté par des personnes en transe ou possédées par une force surnaturelle. Un magma bouillonne avec ce titre.
La chaleur de The OOZ est entre autres hispanique. Archy avait une muse barcelonaise. Elle présente en espagnol, au passage de ‘Bermonsday Bosom (Left)’, un antagonisme qui va nous suivre tout au long de l’album, et qui sera encore cité dans ‘Bermonsday Bosom (Right)’, mais cette fois-ci, à travers la voix britannique de son père :
Parasite, paradise, parasite, paradise
Cette opposition permanente n’est pas entendue à chaque morceau, mais est ancrée de manière efficiente pour qu’elle résonne de plus belle dans le crâne. Ces 2 mots expriment tellement de choses. Ils renvoient à la Vie et au Réel, à l’inverse d’une philosophie manichéenne, où certains préfèrent penser que le monde se sépare entre le Bien et le Mal. Il n’y a pas de blanc ou de noir, il n’y a que du gris.
The OOZ comporte 19 morceaux, ça file le sourire aux personnes qui attendaient ce retour avec impatience. Prenez-en de la graine Arcade Fire ! 19 pépites qui nous entraînent dans des alentours paradisiaques, où les parasites se cachent partout.
J’espère que vos cheveux longs sont toujours aussi gras, que vos chemises à carreaux et vos Converses vous vont toujours car Thurston Moore (ancien membre des Sonic Youth) est de retour avec un cinquième album : Rock N Roll Consciousness !
Liège n’est pas la plus belle ville d’Europe. Liège est remplie de « barakis ». Liège est rarement synonyme de « convivialité ». Et pourtant, j’aime cette ville!
On peut lui attribuer tous les défauts qu’on veut, il y a bien pire que la Cité Ardente.
Je l’aime, d’autant plus que depuis un certain temps, il s’y respire un air rock’n’roll!
Amants de la bière, de Lemmy et des cultes de l’Antiquité, Molk se constitue de jeunes membres, toujours prêts à faire grincer les guitares, exploser les watts et réveiller les morts d’outre-tombes.
Il y a énormément de choses à dire sur les gars de STUFF. La bande flamande emmenée par leur batteur atypique, Lander Gyselinck, est peut-être tout simplement le groupe de néo jazz électronique (si je puis dire) se démarquant le plus de la flopée de groupes du genre. En quelques années, leurs sons électroniques et leurs mélodies groovies et sinueuses sont devenues une particularité et une qualité qu’eux seul, dans la lignée de Marc Moulin et de son groupe Placebo, ont su se réapproprier à la perfection.
Si j’évoquais une substance euphorique concernant le dernier album de Mac DeMarco, Dope Smoker représente de la drogue douce qui te transforme en un violent personnage.
Une explication à ce titre est nécessaire pour le comprendre entièrement.
Des artistes se copient inconsciemment ou volontairement pour parfois créer leurs œuvres. Je n’écrirai pas au sujet du « plagiat », au contraire, j’aime utiliser plutôt le terme « hérédité ». De fait, depuis l’arrivé de Flume, c’est-à-dire en 2011, une panoplie d’artistes puise énormément de sa technique. Car il faut savoir qu’il a eu un véritable impact sur le monde de l’électro, non pas parce qu’il est juste un jeune musicien et producteur d’Australie, mais aussi parce qu’il a une signature sonore qui lui est propre. En d’autres mots, il a complètement réussi à façonner une nouvelle approche musicale. Les nombreuses particularités qui font toute sa « magie » apparaissent désormais chez d’autres DJs juvéniles.
Møme, alias Jérémy Souillart est un producteur, ingénieur son et compositeur français. A la suite de 3 EP, ce jeune musicien délivre son premier LP, nommé Panorama, en 2016.
Ecrire la critique du dernier album de Mac DeMarco, c’est comme entamer une substance qui enjaillerait n’importe qui. This Old Dog est le quatrième album de ce multi-instrumentaliste canadien. Certains le trouvent déjanté et d’autres le qualifient de génie. Je pense que Mac est ce qui pouvait arriver de mieux dans le paysage du rock indépendant. Son humour fait partie intégrante de ses productions, mais son talent se résume surtout à composer des chansons entraînantes, qui n’ont rien d’un casse-tête et dont les mélodies sont faciles à retenir. Lors d’une interview pour Télérama, Mac avouait qu’il aimait quand les chansons étaient courtes, en gamme majeure, douces et suaves: la « simplicité » correspond à son ingrédient préféré pour de bons morceaux.
Un thème récurrent entoure énormément l’ambiance de This Old Dog: l’Amour. Qu’il soit torturé ou sublimé, ce sujet a été traité maintes et maintes fois chez plusieurs artistes. Et pourtant, c’est peut-être ce qui humanise et nous rapproche le plus de nos idoles.
Cet album détient aussi la propriété de ralentir entièrement tout ce qui se passe autour de nous. Relaxant et planant à souhait, cet opus délivre une prestation musicale qui n’a rien de sauvage. Le titre qui symbolise le plus cet aspect est sûrement « This Old Dog ». Guitare sèche, batterie aux battements atténués et guitare électrique aux sons de cordes aspirées, cette chanson semble nous transporter dans une zone de confort. Véritable opium auditif, les paroles ne sont pas inintéressantes:
This old dog ain’t about to forget
All we’ve had
And all that’s next
‘Long as my heart’s beating in my chest
This old dog ain’t about to forget
Déclarant sa flamme à sa bien-aimée, ce chanteur n’a nul besoin de se marier pour lui faire comprendre qu’il ressent un amour éternel à son égard. En se comparant à « un vieux chien », qui équivaut à notre « vieux singe à qui on n’apprend pas à faire de vieilles grimaces », le côté « pitre » de Mac s’efface pour nous prouver qu’il peut être à la fois mature et romantique.
« One Another », elle, symbolise une ode à tous les mecs qui se sont fait larguer. « Une de perdue, dix de retrouvée », ainsi pourrait se synthétiser les paroles optimistes de cette chanson très allègre. Encore une fois, l’artiste prélève un simple fait universel qui parlera à un grand nombre d’auditeur. Cette teinte de réalisme a toujours collé à la peau de Mac, faisant de ses chansons des ballades où ses lyriques sont très profondes.
Le morceau que je retiens le plus se nomme « Moonlight on the River ». Cette piste se détache énormément de ce qu’on a l’habitude d’entendre de la part de Mac, vu qu’elle dure 7 minutes. 7 minutes où la guitare électrique est mise en exergue pour exploser dans des échos interminables, où l’on ne peut qu’aimer ce voyage particulier. En d’autres mots, 7 minutes où le talent du guitariste m’a émerveille, me donnant encore plus envie de suivre les prochains projets de cet artiste!
This Old Dog marque le retour de Mac DeMarco, un musicien dont on retiendra son jeu à la guitare, aux frontières des accords bossa-nova et jazzy.
Ne ratez pas ses concerts loufoques, où il n’a pas peur de cramer les poils de son corps ou de finir en caleçon.
Il aura fallu attendre 4 ans pour voir naître une nouvelle création des Phoenix : Ti Amo, l’album qui succède à Bankrupt! (2013).Etant un passionné de ce groupe versaillais, j’ai écouté chacun de leurs six albums. J’ai une sacrée préférence pour Wolfgang Amadeus Phoenix (2009) et pour l’atypique Alphabetical (2004).
Les étudiants en blocus, Macron président, Chris Cornell décédé, Kasabian et ses nouveaux tubes décevants, ma chambre synonyme de four depuis un certain temps… Quelle époque!
Vos oreilles ont besoin de repos et Friendly Fire (2006) de Sean Lennon est adéquat à cela.
La première fois que j’ai entendu Sean Lennon, c’était dans l’émission musicale menée par Naguy et nommée Taratata. Seul, assis sur une chaise et muni de sa guitare sèche entre les mains, une fois « Dead Meat » entamé, une aura magnifique émanait sur le plateau. Cette sensation de fascination était mienne: le type en imposait et il n’avait pas besoin d’une armada de musiciens, à l’opposé d’un Arcade Fire sur scène.