Ça vous est déjà arrivé d’aimer un documentaire plus que le sujet qu’il présente à l’écran ?
Lorsque Nekfeu balance sa bande-annonce pour le film qui présente son nouvel album… L’excitation est à son maximum! J’ai trituré Cyborg (2016) à l’époque. Quant à Feu (2015), il représente l’album qui m’a donné goût au rap.
Désormais, il n’est pas seulement question d’un album ! Les Etoiles Vagabondes, réalisé par Nekfeu et Syrine Boulanouar, est arrivé à une période obscure de ma vie. Ce genre de moment où l’on voudrait arrêter le temps, où l’on souhaiterait disparaître dans l’abîme… Et pourtant, je voulais voir ce que le Fennek nous avait réservé depuis sa très longue pause !
Hauts en couleur, les personnages de Quentin Tarantino ne cessent de surprendre.
Le dialogue a toujours eu son importance dans les longs métrages de Quentin Tarantino. Ce qui les sublime par-dessus tout, ce sont ses personnages. Incarnés par des acteurs et des actrices d’exception (Brad Pitt, Leonardo DiCaprio, Uma Thurman, etc.), ils font honneur à l’imagination et aux scènes cultes du cinéaste. Avant la sortie de Once Upon a Time… in Hollywood au cinéma, un petit classement des meilleurs personnages de Quentin Tarantino s’impose.
1. Calvin J. Candie (Django Unchained)
“Messieurs, vous aviez ma curiosité, maintenant vous avez mon attention.”
Il pourrait être votre meilleur ami comme votre pire ennemi. Cette dualité résume la complexité comportementale de Calvin J. Candie. Qui de mieux que Leonardo DiCaprio pour refléter cette crapule sans nom? On ne compte plus les films où l’acteur brille à travers ses prestations (The Departed, Shutter Island, The Revenant). Pourtant, Django Unchained marque un renouveau dans son jeu. Le raciste, imprévisible dans ses actes et aux diverses nuances, colle parfaitement à la peau d’un Leonardo DiCaprio. Tout comme Hans Landa (Christoph Waltz, Inglourious Basterds), Calvin J. Candie fascine, tant sa rhétorique effraye et séduit.
2. King Shultz (Django Unchained)
“Je n’avais jamais rendu sa liberté à quelqu’un. Je me sens responsable de toi.”
Père spirituel de Django, le docteur King Shultz symbolise une rare générosité au sein du septième film de Quentin Tarantino. Plongés dans un western sans foi ni loi, King Shultz et Django forment un duo passionnant à suivre. Ils enchaînent dialogues et stratégies utiles pour s’échapper d’un monde brutal. La sagesse du docteur fait de Christoph Waltz un être intelligent et attachant. L’allemand n’a jamais été aussi doux à entendre!
3. Jules Winfield (Pulp Fiction)
“Et tu connaîtras pourquoi mon nom est l’éternel quand, sur toi, s’abattra la vengeance du Tout-Puissant!”
Jules Winfield constitue la part la plus symbolique de Pulp Fiction. Son costume, sa réplique tirée de la Bible et son duo avec Vincent Vega (John Travolta) sont mémorables! Samuel L. Jackson campe un premier rôle quoi va relancer sa carrière. Son personnage désire s’éloigner de son travail de tueur à gages. Il souhaite s’exiler et changer de code moral. Il vise à rompre sa routine trop pesante… De quoi intriguer le spectateur et le pousser à mieux saisir sa personnalité!
4. Hans Landa (Inglourious Basterds)
“J’adore les rumeurs. Les faits sont parfois trompeurs alors que les rumeurs, vraies ou fausses, sont souvent révélatrices.”
Et si le Mal incarné se cachait derrière un sourire? Il serait nazi et se nommerait Hans Landa. La scène d’ouverture d’Inglorious Basterds donne le ton. Le colonel SS débarque chez une famille française dans le but de débusquer des Juifs… Et de les exterminer. La tension est à son comble. Le sadisme du colonel s’illustre en tout point. Antagoniste par excellence, Christoph Waltz interprète le personnage le plus terrifiant de la filmographie de Quentin Tarantino.
5. Marquis Warren (The Hateful Eight)
“Tu crois en Jésus maintenant, hein salope? Bien bien. Parce que tu vas le rencontrer.”
S’il y a quelqu’un à ne surtout pas embêter, c’est bien le Major Marquis Warren. A la fois juge et témoin, il scrute chaque détail de ce qui l’entoure. La neige ne suffira pas à laver les mains ensanglantées des salopards… Marquis Warren en est tout à fait conscient. Malgré un talentueux casting, il représente le plus charismatique des protagonistes perdus à Red Rock. Une réussite pour cette sixième collaboration entre Samuel L. Jackson et Quentin Tarantino.
Et les femmes?
L’exercice du classement est toujours une tâche difficile. Difficile d’affirmer qu’aucune femme forte n’apparaît dans les œuvres de Quentin Tarantino.
Comment ne pas penser à Béatrix Kiddo (Uma Thurman)?! Elle qui manie le sabre et qui a soif de vengeance. Son dialogue avec Bill (Kill Bill 2) et sa détermination à vaincre ses ennemis ne seront jamais oubliés du public.
Daisy Domergue (Jennifer Jason Leigh), elle, s’apparente aux remarquables brutes de The Hateful Eight. De féminine, elle n’a que le physique. Le côté le plus impressionnant de cette prisonnière se résume à sa pure sauvagerie.
Quant à Zoë (Zoë Bell), elle porte les couleurs de sa courageuse bande d’amies (Death Proof). Doublure et cascadeuse de choc, l’actrice n’a pas froid aux yeux. Durant le sixième film du réalisateur, elle n’hésite pas à jouer une scène à risque, couchée sur une voiture à toute vitesse.
brunoaleas – Article paru aussi à La Libre Belgique.
J’ai beaucoup de sentiment à propos de Alita: Battle Angel.
Gunnm, manga dont ce film est tiré, est le tout premier Seinen (manga pour adulte) que j’ai lu. Il représente toute une transition pour moi. Les vieilles pages jaunies du manga trouvées dans un coin d’une bibliothèque m’ouvraient sur un monde froid et cruel. Sale et sans pitié. Et pourtant, tellement inspirant ! L’héroïne survit et évolue avec fougue dans cet espace dénué de morale. Puisque le futur n’est plus que sombre et miséreux, seul le plaisir immédiat à une valeur et seule la force a de l’autorité. Malgré cela, elle se bat… Elle se bat pour protéger ce qu’elle aime, pour protéger ce en quoi elle croit… Mais aussi pour donner un sens à sa vie, à sa survie. Continuer la lecture →
Réalisateur et acteur de renommée, Clint Eastwood revient avec un film (peut-être son dernier): La Mule. Il y incarne Earl Stone, un vétéran de la Guerre de Corée (1950-1953) et ancien horticulteur, âgé de 90 ans. En manque d’argent et d’occupation, ce dernier décide de mener des livraisons pour un cartel. Son but: parcourir les routes pour livrer la drogue à bon port. Recherché par la DEA, Stone, surnommé Tata, devra suivre les obligations de la pègre malgré ses problèmes personnels. Continuer la lecture →
C’est l’histoire d’un moustachu paumé en face d’un commissaire avec un trou dans la panse. Nous sommes au cœur d’un commissariat de police français. Cependant le récit nous emporte, l’air de rien, dans moult endroits divers tels que des parkings abandonnés et des plages ensoleillées. Il est question d’un interrogatoire où le suspect n’est pas doué pour la mémoire, et c’est donc un grand voyage dans le cerveau humain, je crois.
Scénaristes, réalisateurs et producteurs, Ethan et Joel Coen (Fargo, The Big Lebowski) reviennent en force sur Netflix! Alors que leur projet de film sous forme de sketchs n’allait pas voir le jour, Netflix l’a pris en charge.
La quête de créativité qui a déserté Hollywood, on la retrouve chez Netflix et Amazon. La singularité et l’audace sont leurs arguments de vente. Pour satisfaire leurs clients, ils doivent augmenter leur offre, donc produire toujours plus. Ce qui implique de donner leur chance à de nouveaux talents.– Ethan Coen
Les séries Netflix explosent de partout! Le petit écran ressemble encore et encore au plus grand! Ces constats nous amènent à cette exception à la rubrique « films » de jcclm. 2018 voit l’apparition de séries en tout genre. En passant par une science-fiction proche des films noirs (Altered Carbon) à une romance juvénile aux propos universels (The End of The F***ing World), l’imagination n’a plus de limites. – DRAMA
Bercé par les morceaux d’Alex Turner, Submarine est un petit joyau cinématographique que je pourrai me visionner plusieurs fois. Adapté du roman de Joe Dunthorne, ce long-métrage se détache de ce que l’on visionne d’habitude grâce à Richard Ayoade, un cinéaste qui revisite les codes des comédies sentimentales.
En 2045, il existe un monde virtuel où tout le monde a la possibilité d’y entrer. Son nom : l’Oasis. Wade Owen Watts, adolescent, passionné de jeux vidéos, fait partie des fans de James Donovan Halliday, le créateur de l’Oasis. A sa mort, l’idole de notre héros a laissé derrière lui un incroyable enjeu pour tous ceux qui jouent à l’intérieur de son univers fantasque : celui de posséder l’Oasis après avoir relever 3 défis. C’est alors que Wade et ses amis se lancent à des poursuites et aventures épiques, remplies de péripéties les plus folles les unes des autres. Ces derniers vont aussi devoir lutter contre Nolan Sorrento (incarnation du Mal capitaliste et matérialiste), parton de l’IOI, qui veut à tout prix contrôler l’Oasis.
Quelle claque !
J’avais peur de ne pas accrocher à l’intrigue ou de ne pas m’immerger dans cette dimension ultra loufoque. L’origine de ma crainte s’explique par « Trop de références tue les références. ».
Car oui, Ready Player One représente un délire total que tout geek a sûrement rêvé un million de fois durant son sommeil. C’est pourquoi, tous les accros à la pop culture ont bien du jouir dans leurs pantalons lors de son visionnage.
Pour en revenir à ma punchline à propos des « clins d’œils » au cinéma, je n’aurais pas dû me préoccuper. Rappelons-nous d’une seule chose pour digérer le fait que ce long-métrage est d’une valeur sûre : Steven Fucking Spielberg ! Ce cinéaste a bercé l’enfance de nombreux cinéphiles mais pas que… La plupart de ses œuvres sont devenues des classiques tant elles subjuguent et instruisent les esprits. Qui d’autres que lui pouvait se permettre de glisser autant de références au sein même d’un film ? Ce projet semble constituer l’aboutissement d’une merveilleuse carrière où les hommages à l’écran ne se comptent plus.
Spielberg a encore prouvé à quel point il restera le papa du système hollywoodien !
Certes, je décris Spielberg comme un semi-dieu qui rayonne toujours de plus belle. Cependant, dès les premières images, musiques et thématiques abordées, une fibre émotionnelle a vibré en moi. Cette puissance à nous transporter vers un monde aussi incroyable, me rappelait vraiment l’émerveillement d’avoir dégusté des yeux E.T. (1982) ou encore Jurassic Park (1993). Je suis fier d’avoir emmené mes petits neveux avec moi pour me taper 2h20 d’un film voué à les ébahir.
Je vous invite d’ailleurs à regarder Ready Player One avec des bambins que vous appréciez pour qu’ils baignent dans un onirisme bénéfique.
En ce qui concerne l’appel à une nostalgie que l’on veut honorer, il se présente sous plusieurs formes. A travers un mélange entre tous les jeux actuels, que ce soit ceux de la toile ou ceux des consoles, on en prend plein la vue. Rien ne dérange étant donné que tout est filmé de façon spectaculaire et que le scénario n’est nullement pathétique ou vide de sens.
Un sujet assez métaphysique est lié aux propos de cette œuvre : faut-il s’évader de notre réalité pour vivre d’une meilleure façon ?
Nos sociétés sont surplombées de nouvelles technologies, si bien qu’elles sont associées à des « cultures d’écrans ». Plus j’observe le monde qui m’entoure, plus j’ai l’impression que chaque objet muni d’un écran est devenu l’extension corporelle de tout un chacun. Vu l’analyse que je porte sur mon environnement, j’avoue que le dernier film de Stevie m’est gratifiant. En ces temps où l’être humain croit grandir et développer son regard critique via des inventions toujours plus performantes, j’aime le contraste qu’apporte la morale de Ready Player One :
Il n’y a rien de plus réel que la réalité.
Telles sont les paroles prononcées par Halliday, lui-même conscient que l’escapade vers une matrice idéalisée ne symbolise pas la solution pour vivre pleinement les simples évènements de l’existence. Tinder, le porno sur le Net, les point-and-click ne remplaceront jamais un pique-nique sous un Soleil radieux, accompagné de la personne que l’on chérit au fond de son cœur.
On oublie souvent que cueillir le moment présent vaut mieux que l’enfermement personnel.
Peut-être que ce message final sonne assez logique, voire stupide.
Néanmoins, il apporte une bouffée d’air frais à tous ceux qui le comprennent entièrement.
Une personne que j’apprécie beaucoup m’avait conseillé de visionner Detachment (2011). Dès que j’ai appris que Tony Kaye était à la réalisation, la pensée de m’émerveiller devant cette œuvre n’était pas impossible. De fait, le cinéaste m’avait déjà énormément bluffé grâce à American History X (1998) : véritable leçon de vie, au scénario digne d’un pamphlet contre le racisme.
A la différence de American History X, ce deuxième long-métrage est beaucoup plus métaphysique en ce qui concerne ses propos. Il raconte certes les diverses vies estudiantines, les galères liées aux professeurs et la dure réalité qui se cache derrière les lumières de la ville, néanmoins, ses thèmes sont bien plus universels et complexes qu’il n’y paraît.
CLEMENT MANGUETTE : Malgré son lot de bons films, 2017 fut une année quelque peu morne, il aura fallu attendre l’été pour que la majorité des auteurs sortent leurs films, sorties presque successives jusqu’à l’apogée Blade Runner 2049, ou alors est-ce mon adoration sans limites pour ce film qui biaise mon point de vue ? Peut-être, mais peu importe, car si une poignée de films hollywoodiens ont su tirer leur épingle du jeu (Logan, Dunkirk et Blade Runner en tête), on peut au sortir de 2017 faire une fois de plus faire le constat d’un Hollywood sur la pente descendante standardisant de plus en plus ses productions aux budgets toujours plus faramineux. Entre l’ogre Disney, et ce qu’il implique au niveau des relations malsaines que la boîte a avec ses réalisateurs, qui étend de plus en plus sa mainmise sur Hollywood (hier Marvel et Star Wars, aujourd’hui la Fox) et la Warner qui semble de plus en plus hésitante à laisser le « final cut » à ses réalisateurs, nul doute que l’on se précipite droit vers au pire un fossé artistique, au mieux une standardisation profondément ennuyeuse. Ce qui, encore une fois, n’a pas empêché 2017 de voir naître des propositions de cinéma hautement intéressantes.
Je tiens également à préciser avoir manqué nombre de films s’annonçant absolument prometteurs soit par faute de temps, soit par défaut de distribution. Tel est le cas pour le documentaire We Blew It (Jean-Baptiste Thoret), de Faute D’Amour (Andrey Zvyagintsev) ou encore de The Lost City Of Z (James Gray). Sur ce, place au classement (qui n’en est pas vraiment un tant les places occupées au-delà du numéro 3 sont interchangeables).
Véritable monstre en cage depuis l’annonce du canadien Denis Villeneuve aux commandes du film et de Ridley Scott à la production, Blade Runner 2049 se hisse au-delà de toutes les espérances. Plus qu’une simple suite, c’est un véritable complément au chef-d’œuvre de Ridley Scott qu’offre ici Villeneuve, tout en y insufflant des thématiques présentes dans le cinéma du Canadien depuis ses débuts en 1998, au travers d’une filmographie jusqu’ici irréprochable. Le film se paie en plus le luxe d’offrir un discours on ne peut plus pertinent sur l’industrie hollywoodienne actuelle en soulignant l’inutilité de faire renaître un passé mort et oublié. Mais réduire Blade Runner 2049 à cette simple qualité serait criminel tant il raconte beaucoup plus de choses que ça (notamment sur la recherche de soi, d’où on vient, de la création), mais aussi parce qu’il est d’une splendeur visuelle, sonore, et artistique. Chaque plan transpire le soin apporté par les artisans ayant travaillé sur le film. Bref, une réussite totale et assurément le meilleur film hollywoodien depuis Mad Max: Fury Road.
2. Silence – Martin Scorsese
Troisième volet d’une trilogie consacrée à la foi, entamée par La Dernière Tentation Du Christ et continuée par Kundun. Scorsese renoue avec son cinéma dans ce qu’il a de plus religieux. Il raconte les persécutions subies par les chrétiens Japonais vues par un couple prêtres jésuites magnifiquement interprétés par Andrew Garfield et le toujours excellent Adam Driver. Scorsese va ici plus loin que le « simple » thème de la foi et la façon de la vivre, et dépeint de façon anti-manichéenne au possible une société japonaise désirant s’affranchir de l’influence des puissances européennes et de maintenir leur culture. Véritable chemin de croix long de près de trois heures, la pénibilité du film sert de façon magistrale son propos et la longue descente aux Enfers de ses deux protagonistes, le tout servi par une reconstitution et mise en scène sublime du maître. Maintenant, il ne reste plus qu’à attendre The Irishman.
3. Un Jour Dans La Vie De Billy Lynn – Ang Lee
Peut-être le film le plus déchirant de l’année, Ang Lee raconte comment les jeunes soldats envoyés au Moyen Orient et revenant au pays, traumatisés, sont totalement dépossédés de leur histoire et de leur trauma par une poignée de cyniques n’ayant pour but que de pérenniser une nation qui destine une partie de ses forces vives à se faire tuer dans un désert à des milliers de kilomètres de chez eux. Tout ça pour que ses citoyens se complaisent dans une consommation ostentatoire et nihiliste. La guerre est une chose horrible, découvrir pourquoi on se bat réellement (autre que les grands principes de démocratie et de liberté) en est une autre. Sans pour autant être une véhémente charge antimilitariste, le film d’Ang Lee montre que les héros fabriqués par les cyniques ne sont que des marionnettes. C’est là que la filiation avec Le Mémoire De Nos Pères de Clint Eastwood est manifeste: le film raconte en substance la même chose et arrive à la même conclusion: la meilleure façon d’honorer ces « héros » est de se souvenir d’eux tels qu’ils étaient et non pas comme une image montée de toute pièce par des publicitaires. Notons également un excellent Vin Diesel qui montre, à l’instar d’Andrew Garfield, que bien dirigé, il est un excellent acteur, et un tout aussi excellent, mais trop rare, Garrett Hedlund.
4. La La Land – Damien Chazelle
Si la tendance actuelle qu’a Hollywood à faire revivre ses gloires passées, le film de Damien Chazelle concilie à mon sens parfaitement cette volonté de rendre hommage à un cinéma révolu, surtout pour ce qui est de la comédie musicale classique, tout en y intégrant son cinéma. Là où Denis Villeneuve est à contre-courant du Blade Runner de Ridley Scott, le jeune Chazelle va piocher d’un côté chez Coppola (One From The Heart), de l’autre chez Jacques Demy (Les Parapluies De Cherbourg), ou encore chez Stanley Donen (Singin’ In The Rain) tout en sollicitant, de manière moins viscérale certes, les thématiques déjà abordées dans Whiplash. A savoir notamment les sacrifices nécessaires pour réussir son rêve, en suivant le couple de Sebastian et Mia, campés par le merveilleux duo de Ryan Gosling et Emma Stone qui ont tous les deux confirmé en 2017 être des acteurs formidables. Peut-être avec Blade Runner 2049 le plus beau film de l’année, tant on sent un soin similaire à celui du film de Denis Villeneuve sur tous les niveaux: que ce soit l’interprétation des acteurs, les couleurs de la photographie de Linus Sandgren, la musique de Justin Hurwitz et la caméra de Damien Chazelle, virevoltant dans les rues de ce Los Angeles rêvé. Peut-être est-ce là que réside le succès de La La Land, parce que toutes ses composantes font de ce film un rêve éveillé.
Le Finlandais revient six ans après son Le Havre en suivant également un migrant désirant s’en sortir dans la Finlande contemporaine. Comme d’habitude chez Kaurismäki, on retrouve ces visages burinés et figures fatiguées par un monde qui n’a pas de sens et dans lequel il convient de se mettre ensemble pour le rendre intelligible. Une fois de plus, le décalage entre l’austérité toute finlandaise de ces personnages et l’humour des situations font mouche et rappelle Chaplin, sans pour autant sacrifier ce qui fait aussi le sel du cinéma unique de Kaurismäki: la sympathie infinie que provoque ses personnages pourtant désabusés par le monde moderne mais aussi la tendresse qu’ils éprouvent entre eux passant par des moments fugaces, ce qui les rend d’autant plus beaux. Il serait dommage que l’auteur des géniaux La Vie de Bohême et I Hired a Contract Killer arrête sa carrière ici, tant son cinéma a une chaleur qu’on ne retrouve nulle part ailleurs.
6. Au Revoir Là-Haut – Albert Dupontel
A l’heure où le cinéma français s’embourbe dans des productions de plus en plus standardisées, ce qui n’est pas sans rappeler la situation outre-Atlantique, il reste chaque année des ilôts épars que l’on n’attendait pas forcément. Qu’ils émanent d’auteurs confirmés ou de nouveaux talents, ils qui sont d’autant plus bienvenus. Cette année, c’est Albert Dupontel qui tire son épingle du jeu avec l’adaptation du roman Au Revoir Là-Haut, de Pierre Lemaître, prix Goncourt 2014. Le film raconte l’arnaque montée par deux vétérans de la Première Guerre mondiale via la vente de monuments aux morts. Si le film n’ait pas excepté une légèreté évoquant Charlie Chaplin, il est aussi, dans son introduction, effroyablement puissant quand il s’agit de filmer les tranchées, ou de filmer ces vétérans, mis en marge de la société parisienne des années 20 semblant vouloir oublier l’horreur des tranchées à grands coups de réceptions bourgeoises. Malgré ce focus sur une époque et son état d’esprit, Dupontel n’oublie jamais ses personnages principaux, surtout Péricourt, gueule cassée dont la reconstruction, qu’elle soit physique ou identitaire est le véritable fil conducteur du film. Une merveille d’humour, d’intelligence et, surtout, d’ambition, ce qui fait particulièrement plaisir à voir dans un cinéma français tournant de plus en plus à vide.
7. Song To Song – Terrence Malick
Cela fait plusieurs années que Terrence Malick nous a habitués à des films particuliers, à la limite de l’expérimental et donc extrêmement clivant tant l’appréciation de cette partie de la filmographie du réalisateur dépend d’un spectateur à l’autre. Song To Song ne déroge pas à cette règle: en tout point déroutant, il suit le parcours sentimental et spirituel de trois personnages incarnés à la perfection par la fantomatique Rooney Mara, Michael Fassbender et Ryan Gosling (encore lui). Des festivals de musique aux appartements et villas californiennes, Malick fait virevolter sa caméra au gré des rencontres vécues par les personnages, avec une toujours sublime photographie d’Emmanuel Lubezki. Ajoutez à cela les apparitions toutes aussi savoureuses les unes que les autres de Cate Blanchett, Natalie Portman, Pattie Smith ou encore Val Kilmer, et l’on obtient le film le plus déroutant de l’année posant énormément de question sur notre propre condition occidentale, sans évidemment y répondre. Quel serait l’intérêt sinon ?
Après un volet absolument raté, il était étrange que James Mangold revienne pour un troisième film sur le héros aux longues griffes. Pourtant, on peut presque voir dans Logan une appropriation de l’imaginaire entourant Wolverine, similaire à l’appropriation que Villneuve s’est faite de l’univers de Blade Runner. En découle un film éminemment personnel, relevant plus du western crépusculaire autour de la figure du super-héros que du film de super-héros en tant que tel. En montrant un Wolverine et un professeur X épuisés, fatigués, Mangold montre dans un élan absolument fordien la fin de ses légendes. Le film aurait sans doute été plus beau s’il avait annoncé la fin effective du film de super-héros à Hollywood, ce qui n’a pourtant pas l’air d’être le cas, tout comme L’homme Qui Tua Liberty Valance a été le film annonciateur de la fin du western classique.
9. Jackie – Pablo Larraín
Parti comme un énième biopic à Oscar, le Chilien Pablo Larrain arrive à transcender son sujet et à livrer un film éminemment malickien, dans lequel on est placé au plus près de la veuve du défunt John Kennedy durant les jours et de préparation de ses funérailles. Pas consensuel pour un sou, le thème du film étant la fabrication de l’histoire et des mythes de l’Amérique, la figure du président Kennedy est implicitement critiquée sans pour autant tomber dans une violente charge contre un de ceux qui a failli plonger le monde dans la troisième guerre mondiale, chose rappelée par le personnage de Robert Kennedy, ce qui rend la pique d’autant plus marquante.
Après les boursouflés Inception et Interstellar, la crainte était que Nolan renoue avec ses défauts avec son Dunkirk. Et si l’on en retrouve quelques fugaces traces, force est de constater que Nolan a réussi à se renouveler en proposant un film dépouillé en dialogues ou explications saugrenues et nous met au plus près de ses protagonistes, le temps d’un huis clos sur la plage de Dunkerque, alternant entre les points de vue de l’infanterie, de l’aviation et de la marine. La tension que Dunkirk fait grandir tout au long de son déroulement est sa grande force: on sait que l’ennemi est proche, et on sait qu’il va arriver. En outre, le fait que l’ennemi n’est jamais montré donne une dimension presque mythologique à l’étau qui se resserre sur les soldats anglais et français. Pourtant, le film est très maladroit dans sa reconstruction historique et la composition de Hans Zimmer est une fois de plus d’une fainéantise assez incroyable quand on la compare à son travail sur Blade Runner 2049. Quoiqu’il en soit, Dunkirk est la maturité retrouvée (depuis The Dark Knight qui va sur ses dix ans) pour un Christopher Nolan qui redonne envie de voir ce que réserve la suite de sa carrière.
DRAMA : J’ai trouvé cette fin d’année riche en films extraordinaires. Même si ce début d’année à commencer avec le visionnage d’œuvres telles que La La Land, emportant les spectateurs dans des couleurs ou musiques vivifiantes et confirmant un certains talent à Damien Chazelle pour la mise en scène et la réalisation. Nocturnal Animals, sorti fin 2016 mais sur nos écrans en janvier dernier, n’est pas non plus à négliger. Ce thriller perturbe aisément via des scènes capables de chambouler toutes les idées qu’on le pouvait se faire au sujet de son intrigue principale.
L’acteur de l’année s’appelle Ryan Gosling (même si je n’ai pas accroché à Song To Song, aux commandes d’un Terrence Malick aux créations devenues trop caricaturales) et les actrices à retenir sont Ana de Armas (Blade Runner 2049), Emma Stone (La La Land), Ahn Seo-hyeon (Okja) et surtout Noomi Rapace (Seven Sisters). Cette dernière délivre une prestation mémorable et folle de 7 personnages baignés dans un univers futuriste, où les décisions politiques mènent à des séquences dont la violence gifle souvent le spectateur de façon brutale.
Mais 2017, c’est aussi l’année qui a porté sur le devant de la scène un phénomène captivant : deux longs-métrages qui ont énormément divisés. Ils se nomment Blade Runner 2049 et Star Wars VIII : The Last Jedi. Alors que le premier propose un type de cinéma dont la plupart des communs des mortels n’est plus habitué à voir (et ça j’en suis sûr), le second, lui, décide d’offrir une tabula rasa à des fans liés à une saga qui n’a pas fini de faire parler d’elle.
Si le nouveau Star Wars, assez mauvais en certains points, se trouve dans ce top, c’est parce qu’il apporte de nouvelles lectures concernant l’univers passionnant des chevaliers de l’espace. Je pense qu’il est bon de souligner cette caractéristique malgré un scénario bancale qui découle notamment d’un épisode VII extrêmement foireux.
La suite au Blade Runner de Ridley Scott est admirable, tant elle résulte d’un savoir-faire qui me rappelle grand nombre de vieux films : on est plus enclin à contempler diverses images où leurs expositions ne s’enchaînent pas à grande vitesse, mais durent longuement à l’écran. Roger Deakins mérite un Oscar (voilà c’est écrit). Un dernier point, mais pas des moindres, pour ce qui est du bijou de mon Québecois adoré : j’adore les films qui torturent mes méninges et qui m’amènent à plusieurs questionnement une fois à leurs fins. Inutile d’insister sur le fait que Blade Runner 2049 en réussit le pari. N’oublions pas aussi le choix intelligent de Ryan Gosling pour un rôle qui lui va comme un gant. Alors oui, Denis Villeneuve, comme pour le top de l’an passé, se place numéro un grâce à un travail hors-pair et très peu comparable à celui des autres cinéastes d’aujourd’hui. TOP 10