La Nuit Des Morts-Vivants

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Le premier film de zombie de l’Histoire du Cinéma n’est pas La Nuit des Morts-Vivants (Night of The Living Dead sous son titre original), datant de 1968, mais plutôt White Zombie, sorti en 1932 et réalisé par Victor Halperin (1895-1983).

Ce dernier décrivait des zombies comme des marionnettes obéissant aux personnes qui leur ont redonné vie, alors que le premier film de Georges Romero se faisait une toute autre idée de ces créatures qu’il surnommait « goules ».

Mort à l’âge de 77 ans, Romero était le père fondateur de l’image que l’on connaît des zombies : des cannibales prêts à ravager l’humanité, quasiment invincibles, assez lents et sans aucune conscience. Inspiré par le roman I Am A Legend (1954), écrit par Richard Matheson (1926-1953), ce cinéaste, avec un petit budget de 114 000 dollars (d’où le choix du noir et blanc), engendre ce qui sera l’emblème des films de zombies tel qu’on a l’habitude de les voir à l’écran. En d’autres mots, Night of The Living Dead (scénarisé par John Russo et Romero lui-même) représente un véritable détachement des œuvres de zombies précédentes, faisant de Romero, l’artiste qui a su revisiter le mythe du mort-vivant pour en construire sa version moderne.

Ce film suit les mêmes perspectives de réalisation et de scénarisation que bon nombre de films de zombie que l’on nous sert aujourd’hui. Revenons sur ce qui compose ce chef-d’œuvre.

Son contexte de création a toute son importance. Ce long-métrage se passe aux États-Unis, à une époque contemporaine de sa création. Le trouble règne dans le continent américain durant les années 60 : la paranoïa s’installe lorsqu’on apprend que Cuba détient des missiles nucléaires, installés par les soviétiques et pointés vers les USA (« la crise des missiles de Cuba » en 1962), on manifeste énormément dans le monde pour lutter et stopper la Guerre du Vietnam (12 ans de sangs versés, ayant fait un total de 58 000 morts américains et 3,8 millions de Vietnamiens tués) et l’orateur pacifiste Martin Luther King est assassiné en 1968.

Toute cette atmosphère anxiogène connectée à cette période de l’Histoire peut se traduire via l’espace dans lequel évoluent les personnages de La Nuit des Morts-Vivants : d’abord dans un cimetière pour enfin terminer dans une maison qu’un des protagonistes, interprété par Duane Jones, ne cesse de barricader. C’est à l’intérieur de ces murs que toutes les angoisses se perçoivent sur les visages et actes des humains en face d’un meurtrier surnaturel. Tout cela nous rappelle à quel point un film de zombie peut proposer un sujet pertinent et refléter notre monde en totale perdition.

Si l’on se centre sur la structure narrative du film, on peut retrouver des humains mis en scènes pour survivre coûte que coûte face au Mal qui les entoure, essayant de comprendre ce qui se passe (des rayons venant de Venus auraient réveillé les défunts) et espérant une aide extérieure. Un autre thème important y est également abordé (même très important en ce qui concerne les films de zombies) : la façon de tuer les zombies.

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En effet, tirer sur un mort-vivant ne suffit pas. Le talon d’Achille des morts-vivants n’est autre que le crâne. Autre règle de base : ils fuient face au feu, arme utile contre ces monstres.

Night of The Living Dead prend également le temps de cerner les différents acteurs. Alors que Duane Jones incarne un personnage (Ben) enclin à méditer aux meilleures solutions devant les tristes événements qui lui font front, Karl Hardman (Harry), lui, joue un homme très nerveux, dont la fille a été mordue et est convaincu que la cave est le seul abri efficace pour contrer les zombies. Judith O’Dea (Barbra), elle, nous propose une prestation reflétant l’inquiétude pure et dure d’une personne.

De fait, son personnage, après avoir vu son frère mourir devant ses yeux, reste pratiquement tétanisé tout au long du film, perturbée face aux malheurs qui s’abattent sur ceux qu’elle côtoie.

Le long-métrage se focalise également autour d’un couple qui, préoccupé, rêve de pouvoir s’enfuir de ce chaos sans problèmes.

Tout ce rassemblement de mentalités diverses va incontestablement mener à des mitiges, dont ceux entre Ben et Harry notamment. « La Mort » effraie certes, néanmoins, elle amène aussi à une certaine perte de contrôle de la part des êtres vivants. Ainsi, l’œuvre de Romero dévoile non seulement un combat acharné contre une menace hors de l’ordinaire, mais aussi une confrontation entre les humains, combattants de ce fléau.

Au niveau de sa forme, La Nuit des Morts-Vivants se construit à travers de gros plans, de beaucoup de zooms avants, d’un jeu expressionniste (c’est-à-dire exploitant le clair/obscur), de mouvements de caméra à foison, d’une musique angoissante (le silence remplit aussi parfois la tâche) ou encore de plans qui n’ont rien de cadrés mais plutôt basculés nous montrant des protagonistes mentalement perdus. Tous ces procédés techniques participent bien évidemment à la naissance d’une œuvre corrosive, brutale et tragique. Ces astuces cinématographiques renforcent la tension qui découle de chaque scène. Si l’on peut caractériser la musique de « torturée » et de presque « cacophonique », c’est parce qu’elle permet de livrer une certaine crainte des images à tous ceux qui l’entendent.

Il est également clair que l’immobilisme n’est pas à associer à l’Art de Romero : caméra à l’épaule, le spectateur suit un voyage vers l’horrifique. On prône l’action avec des mouvements de caméras tenant toujours en haleine le spectateur.

Cinéaste à l’approche novatrice, Romero a marqué tout un cinéma désormais proche de ses techniques et démarches.

DRAMA

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