Erudition Sans Complexe

Violet Grohl, déjà vu ?

La musique de Violet Grohl me rappelle ô combien faire du neuf avec l’ancien est accrocheur. Rock, vif et mélodieux, voici des qualificatifs parfaits pour désigner ses productions. Be Sweet to Me, tel est le nom de son premier album dont la sortie est prévue fin mai. Parmi ses inspirations, l’artiste cite Pixies, Soundgarden, Cocteau Twins et The Breeders.

Puis, insistons un instant sur son travail. Elle n’a pas composé une soupe déjà vue et revue – à la différence d’un groupe comme Oasis, englué dans son genre musical, de facto, peu intéressant –. Non. Elle semble bel et bien suivre la marque des grands ! En d’autres mots, c’est comme si elle continuait de tracer le chemin entamé par les musiciens grunge. Et ce, sans pour autant singer les vieux de la vieille. D’ailleurs, son daron, ex-batteur de Nirvana, avoue s’être inspiré du mixage de son album pour concevoir Your Favorite Toy, le nouvel opus des Foo Fighters !

Pourquoi s’arrêter à un seul parallèle ? Giulio Greco écrit la préface de La Fragranza della Terra (Giuliano Ladolfi Editore, 2025). Il décrit une expérience vitale.

Comme l’enseigne l’histoire, nulle génération n’est révolutionnaire au point de supprimer les éléments de la précédente. Pour construire le futur, les racines sont nécessaires. Elles se trouvent dans le passé.

Donc, personne n’a de futur, si on n’a pas de passé. Brava Violet !

brunoaleas
Photo ©Bella Newman

Publié le 11 mai 2026

Help(2) : s’engager est aussi artistique

L’album Help(2) est sorti le 6 mars et il m’a posé une question immédiate : participer à ce projet, est-ce un engagement politique suffisant pour un artiste ? Ou simplement un beau geste humanitaire ? Help(2) est un album produit par War Child dans le but de récolter des fonds pour les familles touchées par des conflits militaires, sur le plan psychologique, éducatif et matériel.
L’album n’est qu’un fragment du travail réalisé par l’organisation ; leur site donne une idée de l’ampleur de leurs actions.

Sur l’album, on retrouve des artistes déjà connus pour leurs prises de position : Fontaines DC, Olivia Rodrigo, Big Thief, Damon Albarn, English Teacher, Pulp, Sampha, Young Fathers. Des noms dont on connaît la colonne vertébrale. Et puis, il y en a d’autres qui m’ont surprise : Arctic Monkeys, Depeche Mode, Wet Leg ; des artistes qui ont longtemps cultivé une certaine discrétion politique, et dont la présence ici dit peut-être quelque chose. Peut-être que le contexte actuel rend le silence de moins en moins tenable, même pour ceux qui l’avaient choisi.

Il y a toujours ce débat : un artiste a-t-il le choix de rester neutre ? Pour moi, la réponse est non. L’art n’est jamais neutre. Avec son art, sa communauté, son influence vient une responsabilité : celle de ne pas regarder ailleurs quand le monde brûle. Prendre position sur des valeurs fondamentales ne fait pas couler une carrière, au contraire, ça construit une relation de confiance durable avec son public.

Olivia Rodrigo en est l’exemple le plus parlant. Artiste pop devenue célèbre via Disney Channel. Depuis 2022, elle soutient activement les organisations qui défendent l’éducation sexuelle, la contraception et le droit à l’avortement. Elle s’est publiquement positionnée contre l’administration Trump. Elle a dénoncé la situation à Gaza. Dans un univers (la pop) où prendre position reste rare et risqué, elle le fait quand même. Et ça compte.

Parce que de mon côté, écouter de la musique n’est plus un acte anodin. Je veux savoir à qui je donne mon argent, mon écoute, mon attention. Pas par idéalisme naïf, mais parce que ces ressources ont une valeur réelle, et je refuse de les offrir à des artistes dont les valeurs sont contraires aux miennes, ou pire, à ceux qui profitent d’un système qu’ils ne remettent jamais en question. Ce n’est pas un boycott systématique, c’est un choix conscient. Celui de soutenir des artistes qui luttent, résistent et utilisent leurs plateformes pour quelque chose de plus grand qu’eux-mêmes.

Dans le contexte politique dans lequel on vit, c’est le minimum qu’on peut demander.

Erin Terlier 

Publié le 10 avril 2026

La Calabria à travers Brunori Sas

Combien de méditerranéens le savent ? Savoir quoi ? L’Italie est merveilleuse mais gangrenée par la mafia. La mafia italienne aurait assassiné au moins 1120 personnes en 150 ans, dont 125 femmes et 105 mineurs, selon La Stampa.

Synthétisons. Mon tableau illustre le nombre de victimes des clans, sur le sol italien.

Cosa NostraCamorra‘Ndrangheta
527 victimes233 victimes228 victimes

Faut-il pour autant comparer ce si beau pays à ce poison ?! Pas du tout. Alors, à quoi bon afficher cette réalité ? Les politiciens du pays ne s’emparent pas des questions de luttes anti-corruption… ces costards-cravates se foutent de démanteler les organisations criminelles, d’après Dario Moccia.

Un chanteur, ou plutôt, un poète calabrais, s’exprime via un nouvel album, L’Albero delle Noci. Brunori Sas s’exposait au Festival de Sanremo pour défendre l’opus. Sa chanson mémorable est dédiée à sa fille. Elle raconte à quel point il travaille à être un bon père, face au temps qui passe. Une strophe n’est pas anodine. Mon interprétation est claire et nette. L’artiste résume la dure vie au Sud de l’Italie.

Sono cresciuto in una terra crudele dove la neve si mescola al miele
E le persone buone portano in testa corone di spine
Ed ho imparato sin da bambino la differenza fra il sangue e il vino
E che una vita si può spezzare per un pezzetto di carne o di pane

Je vous laisse le soin de traduire. En quelques mots, le chanteur dépeint une terre où sang, Soleil et menaces s’entremêlent pour former un peuple souffrant.
Encore une fois, il serait débile de résumer La Botte à une image menaçante. Brunori Sas rappelle un fait souvent indubitable. Parfois, fonder une famille, en Italie ou en Belgique, demeure un refuge pour sauver les âmes. La tache est ardue. La mission en vaut la peine. Comme si fonder une famille demeure restait la seule lueur d’espoir. Pourquoi ? Créer du lien et croire en l’autre, voici deux actions qui nous éloignerons des organisations criminelles.

Bravo Dario Brunori. Bravo pour cette écriture si subtile. Ma mère est née à Cittadelle de Capo. Elle aurait aimée ces paroles. Elle aurait été curieuse, en découvrant un album mélancolique. 10 titres empreints du Sud, cette terre accueillant un peuple à la fois chaleureux et imprévisible.

Il vero lusso in questi tempi di guerra
È avere una casetta con un pezzo di terra

Un orto e una vigna di Guarnaccino
Due calci ad un pallone ed un bicchiere di vino

brunoaleas – à Giovanna

Publié le 26 novembre 2025

Geese dans la zone

Découvrir les mangas de Taiyō Matsumoto. Regarder les films de Guillermo del Toro. Lire les romans de Haruki Murakami. Ces simples actions m’emmènent loin de ma zone de confort. Les univers de ces artistes ne me plaisent pas spécialement. Parfois trop mystiques, souvent trop cryptiques.

Cependant, à quoi bon se conforter dans ses idées ? Un groupe exceptionnel me rappelle à quel point l’art doit demeurer une expérience. Geese forme un quintette américain. La voix de Cameron Winter me perturbe au plus haut point. Entre chant d’église et rage rock, le chanteur apporte une touche musicale unique au groupe. Leur créativité ne s’arrête pas aux performances vocales !

Les clips de Geese sont délirants. Un concert qui part en couille (« Taxes ») ou un dialogue entre un adulte et un bébé (« Au Pays du Cocaine »). Deux exemples suffisent à vouloir en écouter toujours plus. Si Geese me fascine autant, c’est bon pour le moral. Je sors de ma zone. Je voyage en terre inconnue. Quel plaisir.

brunoaleas – Photo ©Ray Lego

Publié le 10 novembre 2025

Le temps libre de Paradoxant

Paradoxant s’écoute comme si on savourait un vin au goût imprévisible. Le groupe belge attire souvent mon attention, tant leur direction artistique est attirante pour les yeux et oreilles. Je pense aux clips animés brillamment ou à leur côté barjot, on s’amuse.

La comédie n’est pas synonyme d’abrutissement. Pour leur dernier clip en date, le quatuor révèle « Jamais sans personne ». On y observe un personnage aux couleurs chamarrées, une sorte de bombe humaine prête à gueuler dans les rues parisiennes. Se met-il à fuir ? Fuir l’ennui, car l’ennui fait peur selon les créateurs de Netflix. Ce perso fuit on ne sait quoi, mais rappelle ô combien l’humain peut être pathétique quand il n’embrasse pas la solitude.

Etre seul revient à réfléchir sur soi et les autres, parfois. Souvent, les gens aiment subir l’infobésité, la surcharge mentale. D’ailleurs, l’ociofobia, terme inventé par le psychologue Rafael Santandreu, désigne la phobie du temps libre. On serait étonné de connaitre le nombre de proches touchés par ce besoin constant de faire des activités, afin d’éviter la culpabilité, l’anxiété et le sentiment de gaspillage du temps. 

Vers la fin du 17ème siècle, Blaise Pascal avait déjà compris les attitudes de ses contemporains. Le philosophe décrit l’ennui dans les pages de Pensées.

Rien n’est si insupportable à l’homme que d’être dans un plein repos, sans passions, sans affaires, sans divertissement, sans application.
Il sent alors son néant, son abandon, son insuffisance, sa dépendance, son impuissance, son vide

Le vide est nécessaire. Parfois, pour mieux réfléchir et comprendre, éloignons-nous du bruit. Est-ce la morale de la chanson « Jamais sans personne » ? Je l’espère.

brunoaleas – Photo ©Lise Lefebvre

Publié le 29 septembre 2025

L’art au rendez-vous

L’art est identitaire. Choisir son art, la manière dont on va l’exprimer, mais aussi, le message qui va le traverser. C’est personnel, individuel, c’est pouvoir être soi-même.

L’art en relation, c’est partager son soi avec l’autre, s’entrechoquer par la différence, dans un monde figé, à un moment bien précis.

Pour moi, c’est se rencontrer soi avec les autres. Et finalement, trouver cette porte de sortie dans un monde difficilement flexible. –Diandra

Je m’appelle Yanis, je danse tous les jours dans ma chambre en regardant des clips de musique. Au début, ça me suffisait, mais là, j’en veux plus. Je veux apprendre, me tuer à la tâche. Créer, découvrir et encore créer. Je cherche une école de danse.
Parfait, il y en a une juste à côté de chez moi. 180€ pour 3 mois. C’est cher.

Je n’en parle pas à mes parents. Ça fait 2 mois que le loyer n’est pas payé. Impossible de leur demander. Je vais faire des heures supplémentaires à mon job. Ça devrait le faire.
Après 3 semaines intenses, j’atteins la somme qui me mènera au sommet. Je rentre dans la salle, mon rêve se réalise. Je me perds dans les pas des profs. L’extase me transporte. Je suis à ma place.

3 mois s’écoulent et je m’écroule. Travail, école, danse, mon corps vacille.

Mes parents ont déménagé. Je pleure en marchant dans les nouvelles rues lorsque j’aperçois une affiche : « Viens comme tu es à la MJ ! Atelier théâtre, chant et danse pour 0,50€/heure. On n’attend plus que toi ! ». Une vague de bonheur traverse mon corps ! Corps qui peut enfin libérer sa créativité sans crainte d’être emprisonné. –Texte fictif de Mouche

Textes écrits aux ateliers Scan-R
Illustration ©Dave McKean

Publié le 22 septembre 2025

L’algorithme me fait peur…

L’algorithme me fait peur. L’autre jour, je regardais mon compte YouTube, la partie « abonnements ». Soudain, j’aperçois une vidéo politique, une autre concernant une BD, une dernière affichant un groupe de musique. Là, je me dis : « Putain de merde. La machine me connait par cœur… ». Bien sûr, je n’étais ni en transe, ni en fascination.

On le sait, aujourd’hui plus qu’hier, la réalité dépasse la fiction : des drones sont une menace, Bibi recommande Donald pour qu’il obtienne un prix Nobel de la Paix, des teubés considèrent l’IA comme une artiste à part entière. On pourrait énoncer d’autres faits d’actualité. Mais savoir qu’un cellulaire portatif sait mieux que quiconque ce que tu souhaites regarder, admettons, vivre cette situation fait partie des plus perturbantes.

L’arrivée d’Internet était un gros bouleversement pour nos ancêtres. Les algorithmes sont aussi dans la droite lignée de ce changement. Miracle ou malédiction ? Les deux à la fois. L’algo choisit les infos qui nous correspondent le plus mais pousse à la consommation et balise notre confort. Il va chercher ce qui fait consensus en nous. Comme si dans notre resto préféré, le chef proposait déjà notre plat favori, sans jamais nous montrer d’autres dingueries du menu.
Se pose alors une question : « Prendrons-nous le risque de sortir de notre zone de confort, si nous suivons la logique des algorithmes, en permanence ? ». Non. On a affaire à une suite d’opérations et d’instructions permettant de résoudre un problème ou d’obtenir un résultat, comme le définit Aurélien Grosdidier. Le journaliste rappelle que derrière cela, on trouve des humains. Il compare d’ailleurs cette technologie à des efforts spécifiques.

Une recette de cuisine est un algorithme, tout comme l’est la procédure d’évacuation d’un lieu public, la stratégie d’une entreprise, un code civil, pénal, ou encore une constitution. Ces algorithmes-là sont mis en œuvre par des humains.

Reprenons nos esprits. La musique est, elle aussi, aux mains des humains. Un groupe bordelais a dompté les machines depuis belle lurette. En juin dernier, Odezenne sort DOULA. On peut y écouter « Gadoue », un titre dont les paroles font réfléchir. Aucun algorithme ne contrôlera réellement nos pensées profondes !

brunoaleas

Publié le 11 septembre 2025

Fragile, parlons émotions

Quand on devient sensible, à l’instant où on aimerait s’exprimer sur soi et son cerveau… mettre des mots sur ses émotions est salvateur. Ensuite, la vie serait plus simple à vivre ? Réponses exclusives d’un groupe d’Angers.

FRAGILE dévoilera son premier album le 7 novembre 2025 chez Le Cèpe Records. Le groupe capte l’attention grâce à ses sonorités à la fois punk et shoegaze. Bref, on plane, tout en brisant du parpaing ! La bande dévoile un premier mini-album, …About Going Home, en 2023. Sont alors abordés les thèmes propre à la fragilité de la santé mentale. Etait-ce une épreuve d’en parler ? FRAGILE développe sa réponse.

Avec le recul, je ne sais pas vraiment si c’était difficile. Peut-être que mon esprit a omis des choses, mais sur le moment, ça paraissait surtout crucial et nécessaire. On a composé cet EP dans une période assez sombre d’un point de vue personnel, mais également, d’un point de vue global. C’était la période covid, du confinement, etc. Comme beaucoup de monde, on était un peu perdus à ce moment-là. On s’est donc raccroché à ce qu’on avait de plus concret, qui faisait encore sens, peu importe tout ce qui se passait autour : notre amitié. C’est de là que découlent ces 8 titres, c’est la base de tout, de la musique comme des textes. 
Quand on se sent en sécurité, se livrer n’est plus un problème. On se rend compte que nos peurs profondes, nos doutes font écho à ceux des autres, plus ou moins, bien sûr. Mais il y a quelque chose d’universel. Alors pourquoi les porter chacun de notre côté ?

Notre société ne cesse d’évoluer. Les hommes savent et peuvent pleurer. Le fameux cliché des bonhommes froids, forts et distants est bien loin derrière nous. Une dernière question est à poser. Au final, s’exprimer au sujet de ses émotions, ça s’apprend ou pas ?

Je pense surtout que ça se débloque. Pour ma part ça a déjà été un long cheminement personnel, accompagné par des rencontres, livres, chansons… cela n’a pu se concrétiser que grâce à ce lien qu’on à instauré entre nous. C’est une question d’équilibre entre soi et les autres.

brunoaleas
Photo ©Rémi Sourice

Publié le 24 juin 2025

La Rivière donne le sourire ?

La Rivière est le nom de deux musiciennes composant des mélodies entêtantes. Trompette, guitare, piano, elles jouent pour un univers doux-amer. Comme si Pomme et l’Orient n’étaient pas très loin. Leur communiqué de presse nous en apprend davantage. « Je te laisse le Soleil » est un hymne aux périodes de tristesse, d’abattement, pour s’immerger complètement dans ses fardeaux personnels, avec douceur et lucidité.

Le duo belge donne le sourire ? Oui. Le sourire d’une personne acceptant le destin, mais aussi ses aléas. Le sourire d’une âme en peine, ne cherchant pas à savoir quand la douleur s’arrête, mais à surmonter l’épreuve, sans jamais oublier.

Puis, quelle joie de revoir Bini. Cette artiste livre, une fois de plus, une poésie légère. Ses paroles rappellent souvent la pensée de Baruch Spinoza (1632-1677) : il n’y a ni Bien, ni Mal, seulement du bon et mauvais. Vigilance et nuance sont mots d’ordre. Surtout quand de pseudos-érudits s’adonnent à l’essentialisme. L’humain n’est ni bon, ni mauvais par Nature. On laisse à ces individus les oiseaux, les plages, le Soleil, pour méditer sur la complexité de la vie.

Et la musique là-dedans ? Elle demeure un pont entre nos voix et émotions profondes… La Rivière le prouve en une seule chanson.

brunoaleas – Photos ©Lauren Pearson & ©Gaetan Streel

Publié le 28 mai 2025

Lennon, le visionnaire

Par le passé, je décrivais la chanson la plus actuelle de John Lennon. L’individualisme est la ruine de tout un chacun. C’est pourquoi, les paroles de « Isolation » demeurent, encore aujourd’hui, un vrai miroir de notre époque. Cependant, les mots ne sont pas assez forts pour qualifier Lennon. Nous avons affaire à un visionnaire.

1971. Un disque légendaire est dans les bacs ! Imagine présente un artiste confiant et fédérateur. Contextualisons. Plastic Ono Band, le premier album solo de John Lennon, enterre son passé. Les Beatles ne sont plus qu’un chapitre de sa vie. Il tourne la page et se lance vers une carrière artistique, parfois synonyme de « sensibilisation des foules ».

Quant à Imagine, il affiche l’offensif « Gimme Some Truth ». Le texte de la chanson est franc, fascinant, voire universel. De fait, le chanteur abat les sociopathes, ou plus précisément, les foutus politiciens. Il prononce ses attaques à une époque digne d’un nanar sanguinaire. L’humanité suit la guerre du Vietnam. 3,5 millions de jeunes Américains sont envoyés au front, entre 1965 et 1972…

Manifestation contre la guerre du Vietnam, à Washington DC (avril 1971) – ©Leena A. Krohn

Ressent-on un changement depuis la sortie de « Gimme Some Truth » ? Nos sociétés vivent en paix ? Les uns se félicitaient de fonder l’Union européenne ou de posséder l’arme nucléaire pour contrer les guerres. Les autres devinrent défaitistes.
Au Vieux Continent, le fascisme revient à la mode. Aux USA, la déraison règne dans les sphères politico-médiatiques. Alors, je peux citer Noam Chomsky, Roberto Saviano, Hannah Arendt. Ils préviennent du danger. Mais à quoi bon évoquer les intellectuels à chaque article ?

John Lennon avait vu juste. Tout ce que nous voulons, c’est la vérité.

Stop à la course à l’armement. Les dépenses militaires mondiales battent un record en 2023, en atteignant 2443 milliards de dollars, soit 6,8 % de plus que l’année précédente. Stop aux eurodéputés corrompus par le Qatar et le Maroc. Stop aux présidents laissant la police brutaliser des manifestants. En France, 5 ans après le mouvement des Gilets Jaunes, on compte 23 éborgnés et zéro condamnation.

 I’m sick and tired of hearing things

Moi aussi, John… heureusement, ta musique conscientise un maximum. Je ne sais pas si elle sauvera le monde, mais elle sauvera le mien.

brunoaleas

Publié le 11 mars 2025

Un phœnix nommé Jovanotti

Si tu étais encore là… on écouterait Jovanotti, dans la cuisine, le salon ou ailleurs. On danserait de la tête, jour et nuit. Si tu étais là, j’interpréterais les paroles de l’artiste. Tu as toujours cru en moi, tu peux désormais écouter ses mots dans l’au-delà. Laisse-moi t’écrire son pré-refrain.

Diventa quello che sei. Non come vogliono loro.
Se trovi la tua voce, sarà un piacere. Anche cantare in coro.

Voici les mots prononcés dans la chanson « Montecristo ». Le comte de Monte-Cristo, parlons-en ! Figure tant admirée par les passionnés de littérature. Cette année, elle fut vénérée. Comme quoi, il est possible d’honorer un chef d’œuvre au cinéma, grâce à Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte, et en musique, via Jovanotti ! Le personnage, imaginé au dix-neuvième siècle, incarne une soif de justice. Rancune. Machiavélisme. Deux philosophies qui transformeront Edmond Dantès en compte, prêt à s’attaquer aux crevures l’ayant sali.

Pourquoi l’homme torturé colle bizarrement à l’univers jovial de Lorenzo Cherubini ? Edmond Dantès renait de ses cendres, tout comme le musicien, après avoir subi moult douleurs, dont un sévère accident en vélo. Son clip partage ce ressenti.

C’est une vidéo que je définirais comme aventureuse, métaphysique et psychédélique. Le lieu est incroyable et me ramène à de nombreuses images et sensations présentes dans la chanson : imagination, rêve et retour. L’intrigue ne suit pas un fil logique, c’est comme un rêve : il n’y a pas de véritable récit, le rêve vient, c’est tout. Cette vidéo raconte un moment de ma vie qui parle du temps, du traumatisme, du rétablissement et de la renaissance. C’est un voyage, qui est toujours un thème fondamental de ma musique.

Jovanotti

Monte-Cristo symbolise une sûreté démesurée. Personne ne l’arrête. C’est pareil pour Jovanotti. En 1988, le titre de son premier album annonce déjà la couleur ! Jovanotti for President. L’auteur prouve un fait souvent indéniable. Il faut avoir du culot pour réaliser ses rêves ! Son concert orchestral à Taormina (Sicile, 2013). Jova Beach Party, son mythique festival sur les plages, où je vis ma meilleure vie (2019). Sans compter, ses récentes participations à l’écriture de chansons pour Gianni Morandi, géant de la musique italienne.

Si tu étais là, on taperait des mains sur l’instru magique de « Montecristo ». Dardust, son producteur, livre un mélange improbable : reggaeton assumé et violons épiques. Bref, on sourirait et probablement… débattrait de la force que tu as pu m’offrir.

brunoaleas – à Giovanna
Photo bannière ©Fillipo Maffei

Publié le 3 décembre 2024

Dédicace au Pape

« Un avortement est un homicide, les médecins qui font cela sont, si vous me permettez l’expression, des tueurs à gages ». Le Pape prononce ces paroles. Quand ? En septembre dernier, devant la presse, juste avant de quitter la Belgique. Les médecins sont loin de suivre les codes d’un serial killer. Par contre, plusieurs personnes souhaitaient égorger sa Sainteté, après avoir entendu ses propos insultants. Comment écouter une telle idiotie, en 2024 ?!

François, vis-tu encore au Moyen-Age ? Désires-tu castrer tes vassaux, dès l’enfance ? Ou peut-être, aimerais-tu jouir d’une vie, où tout le monde oublierait les scandales de l’Eglise, pour ensuite, apporter le Savoir au peuple inculte ? Quoi qu’il en soit, il sera difficile de dialoguer avec toi. A mon humble avis, le Vatican n’ouvrira pas ses portes, en lisant mes mots.

Si je pouvais t’envoyer une lettre, j’écrirais peu, sans tourner autour du pot. Pardonne ces femmes d’avoir recouru à l’avortement, d’avoir été si faibles… c’est vrai, tu le sais, elles brûlent dans les flammes de l’Enfer, depuis belle lurette.
Plus sérieusement, au nom des femmes abusées, pauvres et abandonnées, je préfère te dédier une chanson, « Church of the Motherfuckers ». Dead Cross te fera bander jusqu’au ciel. Tu aimeras les descriptions du chanteur fou, Mike Patton. Il le chante très bien : « Who’ll pluck the fruit from the stems of our screaming youth ? ». Bonne écoute. Que la paix soit avec toi.

brunoaleas
Bannière ©Sandro Botticelli

Publié le 8 novembre 2024