Interview

Sale Gosse Interview

RIEN N’EST REVOLU !

Sale Gosse ravive un feu punk qui était nécessaire en nos terres belges. Ce trio familial jouait à La Zone, où tout leur talent de musicien s’était déchaîné. Intervertissant leurs rôles sur scène, le show était puissant. DRAMA les rencontre pour discuter rock, Liège, famille et désordre !

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Sacralisez-vous Iggy Pop ? Si oui, pourquoi ?

Maman : J’ai très vite été séduite par Iggy Pop quand j’étais jeune à Lille. C’était un de mes premiers concerts et j’étais fascinée. Je ne m’attendais pas à ce qu’il déballe tout le matos. J’adore Iggy Pop et je suis contente qu’il soit encore vivant.

Surtout après tout ce qu’il a pris.

Randa : Oui c’est ça. Les autres sont tous tombés comme des mouches mais lui est encore là.

Maman : J’étais beaucoup plus fan des Stooges à l’époque mais ce qu’il a fait à côté, dont ses collaborations, je trouve ça fun.

J’ai écouté l’album Pop Post Depression où il joue avec Josh Homme et j’ai trouvé la fusion des deux géniale.

Randa : Et n’oublions pas aussi sa collaboration avec Michel Houellebecq.

Maman : Et Peaches, B-52’s, David Bowie et même avec Catherine Ringer des Rita Mitsouko.

Est-ce que vous aspirez à être comme lui ou vous vous en foutez complètement ?

Maman : Nan, nan.

Randa : Il fait du tai-chi, je fais du yoga donc la ressemblance s’arrête là.

(rire)

Quel est le truc le plus rock que vous ayez fait ?

Randa : Moi j’ai été au lit hier soir sans me brosser les dents.

(rire)

Maman : Le premier concert que j’ai fait avec mon groupe de filles quand j’avais 20 ans. J’ai fini à l’hôpital parce que j’avais glissé à cause de chaussures à la con qui ne m’aidaient pas à marcher. Je m’étais faite très mal.

Ah la maladresse.

Maman : C’était rock and roll.

Lino : Le groupe dans lequel je suis est je pense la chose la plus rock and roll que je fais.

Randa : Prendre un instrument et faire de la musique, c’est déjà rock and roll en soit. Ca dépend aussi de ton milieu, ton âge, ton genre et ta famille. Mais rien que le fait de se dire qu’on veut faire de la musique, c’est un acte rock.

Maman : Finalement, en ce qui nous concerne, la création du groupe est vraiment le truc le plus rock.

Randa : Malgré les impossibilités ou improbabilités.

Aviez-vous déjà fait de la musique avant Sale Gosse ?

Maman : Avec mon fils Lino on était dans groupe nommé Me And My Fucking Mum.

(rire)

Maman : On a 15 ans de différence tous les trois et continuer à jouer ensemble reste un bel exploit.

Randa : Au sinon, samedi passé j’ai craché de la bière sur Animal Youth et c’était bien rock.

Ils vont se venger.

Maman : Nan, ils sont cool.

Quels sont les avantages et inconvénients de faire de la musique en famille ?

Lino : L’avantage c’est qu’on se connaît déjà de base.

Maman : Qui a envie de jouer avec sa mère ?

Tout dépend à quel type de mère on s’adresse.

Randa : L’avantage c’est d’être tombé sur une famille existante vu j’ai été adoptée.

C’est une belle image d’un groupe.

Maman : Oui. Je pense que ce sera de plus en plus à la mode. Parfois, des personnes après nos concerts viennent nous trouver pour nous dire qu’elles aussi jouent avec des membres de leurs familles. Mais elles n’ont pas passé le cap, et nous on l’a fait.

Quel cap ?

Maman : Celui d’aboutir à former un groupe et de faire vraiment de la musique dans les règles de l’Art. J’ai commencé avec Lino dans Me And My Fucking Mom, puis il voulait que je le lâche jusqu’au moment où il a craqué dès l’arrivée de Randa dans la famille.

Pourriez-vous me décrire Luik Records et l’apport de ce label après y avoir signé?

Randa : On n’a rien calculé. Au début, on avait fait une démo de 3 titres qu’on jouait dans des bars. Elle était aussi postée sur Soundcloud. Quelques jours plus tard, Damien Aresta, avec qui j’avais déjà bossé par le passé, me contacte pour signer sur Luik Records. Il nous a trouvé des dates , dont une tournée en France, et apporté une aide pour l’enregistrement d’un EP.

Maman : Il a fait le papa.

Ordre ou désordre ?

Maman : Désordre. Putain c’est vaste le désordre. Je suis une fille assez désordonnée. Rien que l’endroit où l’on répète est un amoncellement de plusieurs choses. C’est tout petit chez moi et c’est toujours le bordel.

Lino : Je choisi « désordre ». J’aime surtout un désordre où j’arrive quand même à m’y retrouver. Appelons cela « un désordre ordonné ».

Randa : Ordre. Je suis passé par la case « désordre » et c’est casse-tête. Maintenant je suis obligée de choisir l’ordre malgré moi. Il le faut pour me simplifier la vie. L’ordre mène à une énorme tranquillité. Il t’arrive tellement de merdes au quotidien que si on devait choisir le « désordre », ce serait encore pire. C’est en cultivant un minimum d’ordre que tu arriveras à bien naviguer d’une manière ou d’une autre.

Maman : J’ajouterai que le rock and roll est parfois désordonné.

Si vous jouez comme des pros, vous serez ordonnés.

Randa : Ouais mais tu ne nous as pas encore vu.

(rire)

Randa : On en reparlera après le set.


The Beatles ou The Rolling Stones ?

Lino : Beatles. Tout est une question d’affinité. J’ai toujours été attiré par eux. J’aime leurs compositions même si leurs paroles ne sont pas toujours très recherchées. J’ai toujours trouvé les Beatles plus intéressants que les Stones.

Randa : Stones. J’aime leur coté sex-appeals même si ce sont des Anglais qui ont copié le style de musique des afro-américains. J’aime leur ambiance bluesy.

Maman : Je dirai les deux. Je suis la plus vieille et j’ai connu les deux.

Les as-tu vu en concert ?

Maman : Non pas du tout. A choisir, j’aurais vraiment voulu voir les Beatles. Quant aux Stones, quand j’avais vu à la télévision Keith Richard taper un fan avec sa gratte parce qu’il montait sur scène, j’avais trouvé ça dégueulasse.

Nirvana ou Guns N’Roses ?

Maman : Nirvana.

Lino : Nirvana.

Randa : Guns N’Roses !

(rire)

Randa : Je vote les Guns juste pour Axl Rose car c’est un sketch ce mec.

Lino : Et Kurt Cobain n’est pas un sketch.

Randa : Nan mais Kurt Cobain c’est autre chose. J’ai grandi avec MTV qui diffusait les deux groupes mais j’ai plus de souvenirs colorés et comiques d’Axl Rose. Il a quand même réussi à séduire Stephanie Seymour.

Lino : Mais ça on s’en fout.

(rire)

Maman : J’ai commencé la musique dans les années 90 avec une Américaine qui avait amené tout ce bagage grunge chez moi, en Lorraine. Je trouvais ça génial. Les Guns N’Roses sont trop surfaits pour moi.

J’ai l’impression que Nirvana s’était fait dépassé par leur succès. Est-ce que vous pensez que vous perdriez les pédales si le succès vous dépassait ?

Lino : Si on atteignait le même succès qu’eux, on deviendrait dingue.

Randa : Je pense qu’il faut remettre les choses dans leurs contextes. A l’époque, l’effervescence du rock indépendant et du rock grunge avait formé tout un mouvement récupéré par le mainstream. Aujourd’hui, ça ne nous arrivera pas parce que si on voulait que le succès nous rattrape, on ferait du rap. En ce qui concerne les succès à grande échelle, le rock est devenu démodé.

Maman : Pas en famille.

Randa : On restera dans une espèce de niche et ce n’est pas plus mal.

Maman : De toute façon, c’est chiant d’être connu.

Randa : Même si avoir son Tour Bus… C’est quand même la classe.

Bruxelles ou Liège ?

Maman : Bruxelles !

Lino : Bruxelles. J’ai toujours vécu là-bas. Même si Liège est très cool. J’ai toujours apprécié les moments où j’y étais.

Qu’aimez-vous le plus à Liège ?

Randa : Je trouve que les Liégeois sont les gens les plus méditerranéens de toute la Belgique. Il y a un vrai laisser-aller ici.

Maman : Je suis née à Dunkerque et Liège me rappelle vachement l’ambiance chez les Ch’tis. Les gens sont simples et hyper humains.

Randa : Rien qu’au marché de Noël liégeois, j’étais stupéfaite de voir à quel point les gens transpiraient la bonne humeur. A Bruxelles, ce n’est pas pareil. Les Liégeois sont plus accueillants. Cependant, mon cœur reste attaché à Bruxelles parce que c’est ma ville et que je l’adore.

Grande salle ou petite salle de concert ?

Lino : Petite !

Randa : On a déjà joué dans une douche, devant 10 personnes, et c’était un de nos meilleurs putain de concert. C’était génial.

Comment est-ce que c’était de jouer au Reflektor ?

Lino : J’avais bien aimé.

Randa : Je trouve que ce n’était pas un des meilleurs qu’on ait fait. On jouait avec Monolithe Noir ce soir-là. Cette soirée était organisée par Luik Records et on s’est retrouvé avec Monolithe Noir sur l’affiche, un artiste à l’opposé total de notre style de musique. A cause de cette énorme différence, il n’y avait pas beaucoup de gens.

Jouer en studio ou en live ?

Lino : Jouer en live.

Randa : Live.

Maman : Live.

Randa : Le studio c’est chouette mais ce n’est pas pareil. Les deux sont très chouettes.

Où naissent vos chansons ?

Randa : A la maison. Ta journée en studio peut te coûter 400 balles voir plus et c’est sûr qu’on n’est pas les Rolling Stones qui dormaient dans leurs studios, en fêtant et travaillant jour et nuit. C’était un vrai espace de création pour eux. Aujourd’hui, vu les prix, on a intérêt à avoir terminé le morceau avant de rentrer chez soi.

C’était une autre époque.

Randa : Ouais… L’âge d’or est loin derrière nous.

Maman : Mais faire du rock and roll est encore possible même avec très peu de choses. Notre studio est fait de briques et de broc, 10 mètres carrés d’instruments.

Randa : C’est rudimentaire.

Dormez-vous sur vos instruments ?

Lino : Exactement.

Randa : Maman oui. Elle se réveille le matin avec des amplis sur la face.

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DRAMA
Interview faite le 21/11/17
Photos ©Alexis Docquier – La Zone, Liège

Publié le 1 avril 2018

Bagarre Interview

LE CLUB

Bagarre sort du lot avec des textes à la fois simples, efficaces et surréalistes, ornementés d’une instru directe et frontale. DRAMA reçoit l’aide de Pauline Wathelet pour une interview centrée autour d’un des groupes français des plus extravertis !

Est-ce que vous pensez qu’une petite bagarre vaut mieux qu’un dialogue parfois ?

Le dialogue ? On ne connaît pas… En fait, plus sérieusement, il n’y a pas de petites bagarres. Nous, on passe notre temps à mener des bagarres avant tout contre nos blocages, ou ce qui nous coince dans nos vies. C’est ce qu’on essaye de faire aussi musicalement, en faisant s’entrechoquer différentes influences musicales très variées, en donnant la liberté de les faire dialoguer entre elles, les mélanger. C’est en zonant sur SoundCloud qu’on est aussi arrivé à composer comme cela, en allant chercher plein de musiques différentes. Aujourd’hui, il n’y a plus vraiment de frontières, on peut vraiment tout écouter. Internet est super inspirant pour nous, même central dans notre processus créatif où on va chercher des influences très variées et parfois assez underground, de la ghetto house à la funk. Avec le temps qu’on passe aussi devant des écrans et la façon dont on communique avec les gens, Internet a pris une place de fou dans nos vies, dans nos intimités, et ça donne aussi envie d’en parler dans nos chansons. Il y a un morceau dans notre album CLUB 12345 qui s’appelle « La Vie C Nul » et qui parle d’un mec qui reste devant son ordi et tombe amoureux d’une X CAM par exemple. C’est aussi un lieu assez libre où la parole se libère ou se lâche, où il y a autant de dialogues improbables que de clashs à la con…

Le look semble important dans vos clips. Suivez-vous une mode ou un styliste en particulier ?

Ouais être bien sapé, avec nos chaînes, nos survets, c’est important pour nous. Déjà parce que c’est grave cool et aussi parce que dans Bagarre, on devient autre chose que ce qu’on est. On s’invente tous les cinq : c’est pour ça qu’on a créé ce lieu qu’est le CLUB 12345, où l’on projette toutes nos envies, nos fantasmes et nos pseudos. Tout ça nous permet d’être réellement nos personnages, de dire certaines choses qu’on n’oserait pas dire, de faire des choses qu’on n’oserait pas faire.

Quel est l’album français qui vous a le plus marqué l’esprit ?

Notre playlist sur Youtube ! On écoute plus vraiment d’album en entier. La musique qu’on fait est vraiment composite… Comme la façon dont ton écoute la musique, track par track, avec plein de trucs différents.

La chanson « Béton Armé » fait référence aux attentats du Bataclan et à l’état d’urgence que vit la France depuis ?

Clairement. Il y a eu après les années 2015 et 2016, une envie de faire retour sur ce qu’on avait vécu. C’est vrai que les attentats du 13 novembre ont vraiment eu lieu là où on habite, dans notre quartier, là où on passe tous les jours. On avait envie, besoin de parler de ce qui s’était passé, des attentats de janvier 2015, puis de novembre, puis de Nice… Quand on a commencé à écrire l’album à l’été 2016, on a beaucoup parlé de ces événements, alors on a voulu l’évoquer dans nos chansons, et être capable d’en dire quelque chose. On a essayé de se saisir de ce moment où tout est un flou dans ta tête, ou bien trop dense. Ce moment où les images et les mots s’enchaînent et tu comprends pas vraiment ce qu’il se passe, ou ce qu’il va se passer. C’est un peu cet état là qu’évoque « Béton Armé », tout en étant toujours tourné vers la danse, comme une réponse première à la noirceur.

Comment définiriez la ville de Paris ? Elle a une place assez particulière dans vos chansons. Paris danse entre mélancolie et fête pour vous ?

Paris est une inspiration permanente, par sa brutalité, la solitude qu’elle implique, son mouvement. C’était le thème de « Ris Pas » sur notre EP Musique De Club. Mais Paris nous inspire surtout l’inverse. La ville pousse aussi les gens les uns sur les autres au bon sens du terme, et le club, que ce soit un appartement avec des potes, un bar bondé, un hangar à Bobigny ou une vrai boîte, c’est toi qui le crée, c’est où tu veux. C’est une réponse à la semaine comme la nuit libre est une réponse à la journée. C’est le moment où tu te sens libre d’être plus toi, de casser des barrières. Le Club est un lieu de contact, où se crée vraiment des liens, dans la nuit, dans les basses. Où l’on va pour des raisons qui sont à la fois les mêmes et différentes pour tout le monde. C’est là où tu vas vivre plus fort. Et nous, en tant que groupe c’est vrai que depuis quelques années on a pu grâce à des collectifs comme nos potes Fils de Vénus (ou plein d’autres) voir la nuit changer : on voit des groupes lives à 2h du mat’, c’est moins cher. La nuit est vachement plus diverse et ouverte qu’avant et c’est trop bien !

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DRAMA et Pauline Wathelet
Interview faite le 13/02/18

Publié le 18 mars 2018

Soldout Interview

PLUS FIN QUE JAMAIS

Soldout, duo belge composé de Charlotte Maison et de David Baboulis, évoluant d’album en album vers un style électro très épuré et enflammant toute piste de danse.
DRAMA, fan du groupe depuis l’enfance, s’adresse à Charlotte afin de discuter Forever, Blade Runner, Goose ou défi musical.

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Quel est la différence majeure entre le Soldout du premier album comparé à celui de maintenant ?

On a évidemment beaucoup évolué au long de ces 5 albums. Notre premier album est sorti en 2004, donc ça fait longtemps, c’était le tout début, on l’a écrit plus vite, il a un côté plus jeune, donc plus simple et un peu plus rock. Beaucoup de gens nous parlaient d’un côté un peu punk à ce moment-là. Maintenant, on est plus dans la finesse de la production, ça nous intéresse d’expérimenter, donc au fil des années, on a plus travaillé la mélodie, et la production du son.

Avant la sortie de Forever, avez-vous trouvé de nouveaux plaisirs à jouer avec des machines pour créer des sons ?

Oui, on essaie de changer un peu de synthés à chaque fois. La technologie avance très vite, donc sur ordinateurs il y a des nouveautés chaque année. On essaie de rester à jour, et d’expérimenter avec ce qu’il y a de neuf, même si on utilise toujours des grand synthés classiques, comme le Minimoog, le Korg Ms20, et le SH 101.

Comment s’est passée votre collaboration avec Goose ?

Ca s’est passé très simplement. On se connaissait un peu, on savait qu’on s’appréciait mutuellement, donc on les a contacté pour faire un titre ensemble. On leur a envoyé plusieurs démos, et ils ont flashé sur la démo de « Do It Again ». La ligne de basse était déjà là, mais il manquait tout le reste. On est allé deux jours entiers dans leur studio à Courtrai, à triturer des synthés, à tester des sons, des accords. Il sont très bons, et jouent pleins d’instruments, donc c’est cool pour nous de voir comment un autre groupe fonctionne. J’ai testé des voix sur place, puis on est rentré chez nous à Bruxelles avec toute la matière sur un disque dur. Il a fallu encore pas mal de temps à David pour tout trier, choisir les sons, faire un structure logique avec tout ce qu’on avait fait. En quelques semaines, il leur a envoyé le résultat, et ils étaient emballés.

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Comment s’est passée votre tournée en Chine et quel en est votre meilleur souvenir ?

L’accueil du public! Ils ne nous connaissaient pas, mais ils étaient à fond dans la musique, et on a pu parler avec certains après les concerts. On adore jouer devant un nouveau public, dans des petites salles, dans des pays lointains. Nos meilleurs souvenirs sont sans doute les concerts à Xiamen, et Chongqing. Chongqing est une ville énorme de 20 millions d’habitants, on avait l’impression d’être dans
Blade Runner… Et vu qu’on est assez fans de science-fiction, c’est clair que là-bas, les paysages urbains étaient vraiment incroyables à voir. Xiamen est un ville côtière, dans le Sud, c’était plus chill là-bas. Il faisait beau, c’était plus « une ambiance relax », totalement l’opposé de Chongqing! Mais on a adoré ces deux côtés très contrastés de la Chine.

Blade Runner 2049 est sorti au cinéma cette année, ce qui nous rappelle l’énorme influence qu’a eu Vangelis sur la musique électro. Est-ce qu’il en va de même pour votre musique ? Si votre réponse est non, y a-t-il un autre artiste qui vous a beaucoup influencé ?

Ah ben c’est drôle, j’ai cité Blade Runner dans la question précédente, sans savoir que tu allais en parler. David a beaucoup écouté Vangelis,  il a aussi écouté Klaus Schulze, The Orb, mais aussi Front 242, et bien-sûr, Depeche Mode. Je pense que l’influence de tous ces groupes est claire dans notre musique, même si notre dernier album Forever sonne un peu moins 80s. Moi je suis un peu plus jeune, donc je suis plus années 90, j’ai écouté PJ Harvey, Catpower, No Doubt, Madonna, et des groupes plus instrumentaux comme Mogwai et Sigur Rós. Aujourd’hui, on écoute vraiment de tous les styles de musique, mais moi j’ai quand même une petite préférence pour ce qui est un peu dark 🙂

Y avait-il un défi particulier à relever pour ce nouvel album ?

Le défi est toujours le même, ne pas se répéter et toujours avoir envie. On est content du résultat. Ce n’est pas facile de se retrouver devant une page blanche, il y a toujours un moment où on risque de commencer à tourner en rond. Je pense qu’à ce moment-là, on aura envie d’autre chose.

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DRAMA
Interview faite le 15/01/18
Photos ©Dominique Houcmant/Goldo – Reflektor, 30/03/17

Publié le 25 février 2018

Dead Sullivan Interview

YouTube, c’est merveilleux. De nos jours, la musique n’a aucune frontière. Drama découvre Dead Sullivan sur le média incontournable. Lorsqu’il écoute le groupe pour la première fois, il fut tellement détendu. Leur ambiance lui rappelait les sons d’Elliott Smith. C’est peu dire !

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Avez-vous appelé votre album Imbecile en référence au sentiment d’être un idiot quand on est amoureux ?

Ça devrait être en référence à se sentir comme un idiot, pas forcément à être amoureux, mais plutôt pour toute sorte de relations. C’était à l’origine le nom du deuxième morceau de l’album. Mais quand j’ai créé la couverture et que j’ai écrit imbecile sur sa tête, je me suis dit que ça marchait mieux parce que beaucoup des chansons partagent une atmosphère lyrique similaire, étant surtout à propos des relations avec les gens qu’on a autour de nous et comment parfois, ils nous font se sentir idiots.

J’ai remarqué des atmosphères intimes et douces dans vos morceaux. Comment et où composez-vous ?

Je fais tous les enregistrements dans ma propre chambre, du coup, il y a beaucoup de bruits ajoutés par inadvertances, mais ça rajoute une texture à la musique que j’aime bien. J’ai aussi un chien qui ronfle très fort donc si vous écoutez attentivement vous pourrez peut-être l’entendre ronfler, ou m’entendre lui dire de la fermer. La majorité de la musique que j’écoute est plutôt lofi alors je n’ai jamais eu l’impression que c’était fatalement nécessaire d’avoir un équipement d’une grande qualité pour faire de la bonne musique. J’essaie toujours de rendre mes morceaux aussi bons que possible, mais je travaille mieux dans mon propre espace donc je trouve l’ambiance bienvenue.

Quelles sont les plus belles choses pour un musicien qui vient du Texas ?

Je suis né à Dallas et j’ai vécu au Texas toute ma vie alors je ne connais pas grand-chose d’autre. Mais Dead Sullivan a récemment fait une tournée à travers l’Arkansas et le Tennessee. J’ai eu l’occasion de rester dans quelques maisons montagnardes, alors c’est vrai que j’aurais bien voulu qu’il y ait plus de montagnes ici aussi. Mais j’aime toujours vivre au Texas même si ça devient extrêmement chaud parfois. À Denton, il y a aussi une bonne scène DIY (électro artisanale) pour la musique, ce qui est une belle qualité de l’endroit où je vis parce qu’il y a beaucoup d’opportunités pour regarder ou faire des spectacles.

J’aimerais savoir. Tu as sûrement que tu qualifies de meilleur album de 2017.

Je me suis récemment intéressé au groupe Slint et à leur album Spiderland. J’aime l’intensité de leur musique émotionnelle et instrumentale. Elle est très unique. J’écoute souvent de la musique plus lente et douce. Je suis content d’avoir trouvé quelque chose de plus lourd qui me plaise. J’admire vraiment Dave Pajo, le guitariste de Slint, et tous ses projets complémentaires.

Est-ce que la musique est un remède à tout dans ta vie ?

Non je ne pense pas qu’il y ait un remède à tout mais c’est agréable de faire quelque chose et d’en être fier. L’art a tendance à rester une distraction saine ou un hobby pour beaucoup de gens. Mais si tu t’y prends sérieusement et si travailles dur, ça commence à développer un sens plus profond pour toi et, espérons-le, pour les autres. Ce qui motive le plus, ce qui donne le plus envie de continuer, est de savoir qu’il y a des gens là, ayant la volonté de t’écouter, de te supporter.

Quel est ton endroit de rêve pour faire un grand concert ?

Nous n’avons pas eu l’occasion de jouer au-delà du Sud. Ce serait super de voyager et de jouer plus dans le Nord-Est. On a surtout fait des spectacles intérieurs et je pense qu’on apprécie vraiment tout endroit où les gens sont juste heureux d’écouter des concerts.


DRAMA – Interview réalisée le 21/01/18

Publié le 12 février 2018

Ali Danel Interview

LA POESIE IMPLIQUE L’ENGAGEMENT

Depuis la découverte d’Ali Danel via le clip de « Petite Fourmi », DRAMA suit avec grand intérêt les productions de cet artiste français. Car oui, ça fait du bien d’écouter des paroles françaises, des sons exotiques et des chansons engagées !

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Qu’est-ce qui tu aimes le plus en musique ?

Dans la musique, j’aime la rencontre, le partage, la différence. On commence par monter un groupe de potes, ça noue des liens et ça pousse tout le monde vers le haut. Ensuite on rencontre des organisa.teurs.trices de concerts, des technicien.ne.s, un public, et d’autres artistes, tou.te.s uniques. Quand on pense que tout ce monde a fait en sorte qu’un concert soit possible, on se dit quelle chance, quelle richesse, il faut le rendre et tenter de saisir toutes les opportunités de rencontres qui se présentent.

Peux-tu nous expliquer les démarches premières et la construction de la mixtape Alpha Centuri ?

En novembre 2016, j’avais envie de fouiner dans ce que mon ami Winston B avait pu composer depuis quelques années. Je voulais écrire des textes sur sa musique pour changer d’univers sonore le temps d’une mixtape. L’univers de Winston est plutôt sombre et froid, comme le mois de novembre, je me sentais inspiré par un voyage cosmique.
Le mois suivant, j’ai composé et produit « Révélations » et « Ecocide » de mon côté.
On a laissé reposer nos compositions, dont certaines de Winston sont restées instrumentales, car la musique en dit parfois suffisamment.
On s’est repenché sur la question début d’été 2017, pendant un road trip musical dans le sud-est de la France, Winston étant également mon percussionniste depuis des années. Dans l’optique de publier la mixtape avec la Souterraine, on s’est dit qu’il serait sympa de reprendre un titre déjà publié par le non-label. J’ai alors suggéré « L’ADN des derniers » de Hello Kurt à Winston, et trois jours plus tard il avait produit un cover étonnant. Je l’ai écouté en boucle durant mon vol pour la Martinique, j’avais l’impression d’être dans un vaisseau spatial de survivants privilégiés qui quittaient la Terre pendant l’apocalypse.

Penses-tu que l’alliage entre images et sons (le clip de « Ecocide ») reste un des moyens les plus efficaces pour sensibiliser les personnes à l’écologie ?

Le clip de « Ecocide » a été tourné dans ma Picardie natale, sur une route que je parcours plusieurs fois par semaine, que ce soit en direction du Havre, de Lille, d’Amiens, ou de la Belgique. J’avais ces images très familières en tête lorsque m’est venue la chanson, alors ça a été tout naturel de tourner le clip comme je l’ai fait avec les frères Fournaise, de vieux amis picards également.
Je ne suis pas juge de ma production, je pense tout de même qu’il doit y avoir une certaine efficacité dans le fait d’écrire des textes aussi concis et de produire un clip autant épuré, mais je ne sais pas si le message d’ensemble est autant efficace qu’un message d’une ONG ou du ministère de l’écologie. J’espère que non, parce que sinon on n’est pas rendus. Mais justement, je ne suis pas ministre, je suis artiste, alors mon rôle est d’abord poétique. La poésie implique l’engagement, sinon je n’y vois pas d’intérêt, mais il y a aussi une dimension esthétique et une volonté de surprendre, voire de séduire dans la formulation. Je veux aborder des sujets importants et graves sans faire fuir mon auditoire. Un peu de légèreté et de subtilité s’imposent donc.

Est-ce que tu n’as jamais pensé faire un album entier en interprétant des poèmes d’autres auteurs ?

Oui j’ai pensé à sortir un EP dédié à Paul Eluard ! Mais finalement, les ambiances musicales sont trop différentes d’un poème à l’autre, alors je compte disséminer mes arrangements dans des mixtapes à venir pour donner une continuité entre mes opus. Et puis d’autres poètes, pourquoi pas, par la suite.
J’avoue que c’est aussi très amusant de reprendre des chansons publiées par la Souterraine, car on y trouve de véritables pépites, et je peux surprendre les artistes que je reprends, provoquer la rencontre voire la collaboration, et avoir des retours de leurs parts.

Si tu savais que tu devrais vivre exilé, sur une île déserte, quels seraient les 3 albums que tu emporterais avec toi ?

Sur une île déserte, j’emporterai probablement Mes Mauvaises Fréquentations de Philippe Katerine, je le considère que l’un des plus beaux albums de chanson française. J’emporterai aussi Dog House Music de Seasick Steve, j’ai l’impression que le blues n’a jamais aussi bien sonné qu’avec la production très roots de cet album. Pour finir, je dirais Out Among the Stars, parce que j’adore Johnny Cash et qu’il aurait fallu en choisir un. Et puis sur une île déserte, j’aurais envie de chanter, or j’ai la tessiture de Cash, mais pas du tout celle de Katerine.

Que peux-tu nous dire sur tes futurs projets ?

J’ai une mixtape en cours d’autoproduction. Je pensais avoir terminé avec mes parties guitares, banjo, basse, chant et les percussions, ainsi que les congas, shakers, djembé que mon frère Cl3mson a jouées durant son dernier séjour en métropole. Mais ça manque peut-être un peu de cuivres et de nappes discrètes, alors j’envoie les projets garageband à Cl3mson qui vit en Martinique en espérant qu’il va bien s’amuser.
Jean-Michel Fessol, le dessinateur qui a réalisé l’artwork de ma mixtape
Ali Danel et ses ami.e.s travaille actuellement sur ce second opus, aux teintes plus folk et bluegrass, qui s’appellera Ali Danel en Liberté.
Je prévoie également de produire une œuvre qui reprend par la suite la démarche de
Alpha Centauri dans la thématique. Ça pourrait être un moyen-métrage d’animation musical ou rester simplement sonore, mais on sera directement plongé dans les problématiques de survivants de la Terre qui cherchent une nouvelle planète…

DRAMA
Interview faite le 06/01/18

Publié le 3 février 2018

Young Theory Interview

NOT JUST A SIMPLE THEORY

Les 5 jeunes membres de Young Theory se sont délivrés un soir, avant leur concert dans un bar liégeois, pour un entretien 200% JCCLM. Participant à une agréable ambiance, voici de quoi mieux connaître leurs visions de la musique.

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Comment choisissez-vous les morceaux que vous reprenez, quels sont leurs critères ?

Christopher : C’est souvent une personne qui les propose. On passe à des votes et la chanson qui a le plus de votes est choisie.

Ne faites-vous pas des choix par rapport aux chansons qui fonctionnent le plus en ce moment ?

Kelly : Nan pas vraiment. (rire)

Anil : On reprend aussi du Noir Désir et je ne crois pas que ça passe sur NRJ. (rire)

Camille : On reprend aussi des vieux morceaux, on n’interprète pas seulement ceux qui viennent à peine de sortir.

Simon : C’est souvent des chansons qui donnent bien envie de bouger quand on les écoute.

Camille : Ce n’est pas faux mais ça dépend aussi des goûts des personnes.

Kelly : On a tous des styles différents, ce qui fait qu’on a tendance à proposer à chaque fois des morceaux différents. On arrive à y trouver tout de même notre confort.

N’y a-t-il pas un morceaux qui vous déplaît plus qu’un autre ?

Kelly : En général, s’il y a un membre du groupe qui n’aime pas une chanson, on fait toujours en sorte de la jouer à notre sauce.

Christopher : Personnellement, je ne connaissais pas la plupart de nos morceaux. J’écoute beaucoup plus de rap, mais avec eux, j’ai changé. (rire)

N’y a-t-il pas plus de pression lorsqu’on reprend des chansons, car si
on la foire en live, on néglige aussi l’image d’autres artistes.

Kelly : Si jamais on modifie un morceaux à notre façon, on ne va pas le bâcler vite fait. On essaye toujours de construire correctement ce que l’on veut jouer. Si les gens qui nous écoutent sont hyper puristes, il pourrait arriver qu’ils soient dérangés par nos manières de faire des reprises. Cela reste du domaine des goûts de chacun.

Etes-vous déjà tombés sur ce genre de personnes ?

Kelly : Jamais. Pas encore.

Simon : Ce que la plupart des gens retiennent de nos concerts, ce ne sont pas vraiment les qualités des chansons. Quand je sais que tel groupe reprend telle chanson à l’identique, je trouve que c’est tout de suite moins amusant.

Camille : C’est sûr que ça en devient décevant. On n’a pas la prétention de faire la même chose que l’artiste ou le groupe que l’on reprend. Plusieurs de nos versions proposent des changements, ne serait-ce qu’au niveau des instruments.

Kelly : D’habitude, les commentaires que l’on a en retour, après nos concerts, dévoilent que ce que l’on fait est chouette et que l’on s’éloigne des chansons originales. Ces remarques représentent plus une force qu’une faiblesse.

Etes-vous des perfectionnistes ou pas du tout ?

Kelly : On essaye de jouer les chansons du mieux que l’on peut.

Anil : On garde une structure et de là, chacun apporte sa petite touche.

Quelle est la chose que vous préférez une fois sur scène ?

Kelly : Ah c’est une bonne question. Au fur et à mesure de nos concerts, en voyant les gens participer et en devinant qu’ils aimaient ce que l’on jouait, un effet particulier apparaissait et me faisait plaisir.

Camille : Je pense pareillement.

Kelly : La complicité entre nous est également géniale. Je trouve cela incroyable de pouvoir partager ce que l’on aime avec ses amis.

Camille : J’ai le même avis là-dessus. Au départ, on ne se connaissait pas trop. Maintenant, on communique de plus en plus sur scène. La joie est la même lorsqu’on s’aperçoit que notre énergie se transmet à ceux qui viennent à nos concerts. C’est toujours agréable d’avoir un public qui réagit devant nous.

Christopher : Ce que j’aime bien, c’est de m’amuser et de voir aussi les autres s’amuser.

C’est un plaisir partagé.

Kelly : Exactement.

Simon : J’adore jouer sur scène avec eux et partager le plus possible ce que l’on sait faire.

Avez-vous des modèles en musique que vous aimeriez bien dépasser ?

Kelly : Dépasser ?

Anil : Ce serait déjà bien de les égaler. (rire)

Kelly : C’est déjà difficile de les égaler.

Camille : Je ne pense pas. On a déjà tous nos goûts particuliers. On n’a pas de groupe modèle.

Kelly : Je ne pense pas que les artistes soient comparables. On a tous notre personnalité.

N’existe-t-il pas un artiste qui vous bluffe à chaque fois ?

Anil : Etant violoniste, je suis très fan du violoniste de Clean Bandit. J’étais choqué devant sa façon de jouer, c’était mon Dieu… (rire)

Anil : En gros, vu qu’il n’y a pas beaucoup de violonistes dans les groupes pop rock, j’ai tout de suite accroché et je voulais jouer comme lui et donner de belles choses à notre groupe par la suite.

Kelly : Je ne crois vraiment pas qu’il y a un artiste qu’on arrivera à égaler ou même dépasser.

Camille : Ca c’est sûr.

Kelly : Les artistes rock m’impressionnent beaucoup plus que les autres. Chacun aime le style qu’il veut.

Au final, cette volonté de dépasser ou égaler une personne n’est pas le plus important.

Kelly : Oui. Pour nous, ce n’est pas du tout le plus important.

Anil : On n’y avait jamais pensé.

Avez-vous composé des morceaux qui vous appartiennent ?

Kelly : On en a déjà un de bouclé. On en a d’autres en préparation.

Avez-vous déjà une date de sortie pour votre nouvel album ?

Kelly : Pour le moment, il n’y a rien de concret.

Simon : On attend d’abord d’être tous réunis.

Kelly : Notre pianiste est en Erasmus.

Camille : Notre guitariste remplace notre pianiste. Anil va aussi partir en Erasmus mais heureusement notre guitariste reste avec nous.

Il est multi-fonction en fait.

(rire)

N’avez-vous pas des mots aguicheurs pour décrire vos nouvelles chansons ?

Kelly : « Original ».

Original ?! Wo.

Christopher : Moi je dirai « magique ».

Anil : Je suis d’accord, le mot « magique » convient bien. En un autre mot, « émotion ». Ce n’est pas comparable à de bêtes chansons qui contiennent une répétition exagérée du mot « baby ».

Camille : Je ne sais pas trop. « Etrange » ou « mystérieux » pour l’ambiance générale des morceaux.

Simon : Je n’étais pas là pour les compositions, du coup, je pense sérieusement que « original » colle avec nos reprises.

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DRAMA
Interview faite le 25/11/17
Photos ©DRAMA (prises au Tikis B’Art, le 25/11/17)

Publié le 28 janvier 2018

Møme Interview

METAMORPHOSES EN VOYAGE

Jeune voyageur et musicien incroyable, Møme passait à Liège pour un concert de folie au Reflektor. Le sol collait tant l’alcool coulait. Les gens dansaient en sueur. L’ambiance festive rendait chaque morceau joué encore plus jouissif. Après Talisco et Giraffe Tongue Orchestra, DRAMA saute sur la troisième exclusivité 2017: un entretien avec Møme.

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Comment s’est passé ta collaboration avec Petit Biscuit ? Comment vous êtes-vous rencontrés ?

En gros, c’est tout con. Je suis allé le voir à l’Elysée Montmartre car il m’y avait invité et qu’il y faisait un concert. On avait des potes en commun aussi. En allant ensuite dans les backstage, on a commencé à parler de plein de sons et on s’était super bien entendu. Toute cette histoire date de 6 mois déjà. Puis, on s’était dit que ce serait cool de faire un son ensemble. On se croisait aussi pas mal à des festoches. On avait bossé plusieurs sons par la suite. On avait fait « Gravitation » au moment où j’avais rencontré le chanteur Isaac Delusion.

T’inclues-tu dans cette nouvelle génération, composée de Fakear ou encore Petit Biscuit, qui gère avec les machines ? Est-ce que tu sens cette nouvelle montée ?

Ah oui complètement. Ca fait déjà un moment que c’est en train de se créer. Ca fait 4 ou 5 ans que ce style de musique s’est développé et a émergé, notamment avec des acteurs comme Flume. C’est vrai qu’on a tous été influencé par à peu près les mêmes personnes. En fait, ça nous a ouvert la porte vers une musique plus personnelle à partir de compos qui nous sont propres, qui n’ont rien à voir avec les samples, par opposition à la French Touch. Aujourd’hui, c’est beaucoup plus facile de produire, les instruments sont plus accessibles. Tout s’est construit également à partir des influences et technologies, comme Ableton par exemple qui s’est démocratisé.

Est-ce que tu penses que ça durera sur le temps ?

Je pense que oui. La musique est train de complètement changer. En ce moment, tout le monde peut faire de la musique, énormément de samples sont disponibles très facilement. Ce qui reste tout de même important c’est de donner une « âme » à ce que tu composes. Ceux qui resteront seront ceux qui donneront l’âme de leur musique, ceux avec un vrai fond derrière. Ce n’est pas le cas pour les musiciens qui ne font qu’ajouter leurs sons les uns après les autres parce qu’ils sont à fond sur des kicks ou sur de bandes de sons. Il y a un peu cette volonté d’apporter ton expérience. Les styles de musiques ont tendance à muter aussi. En ce qui me concerne, là maintenant, je suis très loin de « Aloha », « Cosmopolitan » ou encore « Sunset Lover » de Petit Biscuit. Je crois qu’on a essayé aussi d’apporter de nouvelles sonorités et on verra bien ce que nous réserve la suite des choses avec les albums futurs.

A partir de quel moment tu t’es dit qu’il n’y avait plus de chansons à ajouter à ton album Panorama ? Quand t’es-tu dit qu’il était terminé ?

Ca ne s’est pas du tout passé comme je le pensais. Disons que Panorama est est un peu sorti de manière insouciante parce que ce n’est pas un album qui a été construit sur le temps. Ca été un album très éphémère qui s’est assemblé quand j’étais en Australie. Ca a pris à peu près 6 mois. Je l’ai créé avec très peu de moyens. J’avais une carte son qui ne coutait rien et j’ai fait énormément de bidouillages pour avoir un son pro. Vu que mes prises de sons n’étaient pas initialement optimales, j’ai passé beaucoup plus de temps en post-prod. C’est comme pour un film lorsqu’on ajoute de belles lumières pour certains plans.

Etais-tu bien entouré ou seul aux commandes ?

J’étais carrément tout seul. Pour moi, le fait de composer sur la route et d’aller chercher les gens avec qui j’ai travaillé était avant tout une expérience. Je retiendrai ça de cet album Panorama, ce ne sera pas le son ou la technique proprement dite. Je reste très fier de cet album.

J’allais justement te demander si tu étais super fier d’amener ces chansons, tes bébés, jusqu’à tout ce qui a suivi.

Jamais je n’aurai pensé faire une tournée aussi fat que celle que j’ai fait cette année. Je crois que je fais partie des artistes français à avoir le plus tourner. Je suis présent un peu partout grâce au retours sur l’album, sur les live, sur ce que je faisais, ce qui est bénéfique. Je suis à la fin du développement de Panorama vu que c’est la dernière tournée. Ca fait quelques mois que je réfléchis à comment faire mon prochain album. Ce sera toujours dans un contexte itinérant. Pour revenir à ta première question, il faut vraiment revenir à un fond collé à la musique, car c’est qui manque aujourd’hui. Il est plus facile de produire, mais il ne faut pas oublier de donner un sens à tout ça, même dans la musique électronique.

Qu’est-ce que tu veux dire par « donner un sens à la musique » ?

Qu’il y ait une histoire derrière. Par exemple, je tiens vraiment à rencontrer les gens avec qui je bosse et aller en studio avec eux avant même de juste faire mon boulot de producteur. Les musiques qui ressortent comme efficaces sont toujours celles avec un vrai vécu et une vraie rencontre et amitié derrière.

Il faut qu’il y ait de de l’humain en somme.

Exactement. C’est que je vais essayer de partager en tout cas.

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Serais-tu concevoir un album sans voyager ou bien cela est une nécessite ? 

J’ai un peu la bougeotte. Si je reste trop longtemps à un même endroit, je me sens mal. J’ai besoin de bouger et mes créations sont liées à cela. Les habitudes sont un piège pour moi.

Tu luttes contre la routine.

Ouais mais j’anticipe la routine. Ca m’arrive très souvent d’être dans des routines musicales où je n’ai pas d’inspiration et c’est à ces moments là en général, que je pense à d’autres projets à mettre au point. J’essaye de fuir les habitudes pour avoir de l’inspiration. Ce que disent pas mal de compositeurs, c’est que plus tu vieillis plus c’est difficile de trouver ta manière de t’évader. Le groupe Phoenix disait que quand on est plus jeune, on ne se pose pas beaucoup de questions et qu’en vieillissant en tombe dans des habitudes à la con.

Avec qui aimerais-tu faire un featuring ?

Il y a Ásgeir Trausti. Il y avait Jason Meideros et ça s’est fait il y a pas longtemps, du coup je suis content. Ce mec est très talentueux. Dans l’euphorie, on a composé plusieurs choses ensemble. Il est grave inspirant.

Est-ce que c’est lui qui est venu vers toi ou le contraire ?

On s’est rencontré à une date d’un festival français. On a commencé à discuter là-bas puis je lui ai envoyé un son qu’il a énormément apprécié. On s’est vite accroché sur ce qu’on voulait faire. Pour le coup, j’avais une grosse envie de produire des titres avec lui. Two Another m’intéresse aussi pour un feat… Au final, je n’ai pas envie de faire des collaborations pour la gloire, j’aime aussi en faire avec des groupes indés, pas connus et qui sont parfois dans un style complètement différent du mien. Cela me permet de découvrir d’autres approches et styles de musique.

Est-ce que c’est possible d’avoir quelque chose entre toi et Flume ?

Je ne sais pas. Je l’ai déjà rencontré quelques fois.

Ce serait le choc des titans.

Ce serait énorme. Je l’ai vu pas mal de fois, on a même déjà surfé ensemble par hasard à Sydney. C’était complètement dingue. Flume est une big star. Il fait des feats avec des gens qui ont déjà des fan base impressionnantes. Si je deviens plus gros, je pense que ce serait possible parce qu’il y a des cohérences entre lui et moi. Il a aussi déjà écouté ma musique.

N’as-tu pas la même relation avec Flume qu’avec Petit Biscuit ?

Nan, ça n’a rien à voir. J’ai eu l’occasion de voir Petit Biscuit dans plein de festoches et en studio. On est devenu pote. Flume, je l’ai plus rencontré dans des plateaux ou sur les vagues alors qu’on ne se connaissait pas. Ce n’est pas pareil.

Quelles sont les meilleures choses que t’ont apporté tes voyages ?

Les rencontres en général, c’est ce qui marque. Voir des gens qui aiment la musique et qui ont un bon état d’esprit. Puis les expériences vécues sur le moment, ne serait-ce qu’en voyant différents paysages, c’est tellement cool.

Est-ce que c’est l’Australie qui t’as le plus marqué ?

Nan du tout. En fait, l’Australie c’était le point de départ qui m’a fait réaliser que c’était en voyageant que j’arrivais à faire de la musique et à être inspiré. J’avais déjà fait quelques voyages avant mais c’est à ce moment là que j’avais vraiment décidé de voyager et de faire de la musique en même temps. J’étais prêt à jouer le nomade et à ne pas me poser.
En septembre, je suis parti en Indonésie et j’ai vraiment été chamboulé par leur culture. Là-bas, j’ai enregistré de nouveaux sons et pris des images qui apparais seront peut-être dans mon nouvel album. L’Australie reste un super pays mais je n’ai pas été très dérouté au final. C’était une autre façon de vivre, de nouvelles découvertes et une grande sensation de liberté mais ce n’était pas non plus le choc des cultures. Tandis que l’Indonésie, c’était complètement fou. C’est un pays en voie de développement et la vie est bien différente. Le rapport aux religions, conduire sans casque, voir des gens avec 50 tapis empilés sur leurs scooters, tout ça dans la pollution la plus totale… Ils vivent comme si on vivait il y a 30 ou 40 ans. C’est choquant. Je ferai d’autres voyages l’année prochaine et on verra bien ce que l’avenir me réserve.

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Quel est le public qui t’as le plus marqué l’esprit ?

Je ne veux pas trop me faire d’ennemis. (rire)

Ou alors, veux-tu nous livrer un souvenir où le public était un peu plus différent d’un autre ?

J’ai vraiment aimé le Festival Beauregard parce que les gens étaient complètement fous en Normandie. J’adore les gens qui savent faire la fête sans qu’il y ait de débauches. J’apprécie les endroit où l’on retrouve des personnes très ouvertes. Putain après y a tellement de festoches que j’ai aimé. Il y a aussi l’Olympia qui m’avait assez marqué. C’était une étape importante pour moi. Je n’arrivais pas à croire que je jouais à l’Olympia en face de plusieurs personnes. C’était un vrai concert accompagné de toute ma scénographie actuelle. Ce soir, je suis en mode à la cool, vu que la salle est plus petite, ce sera un concert sans toutes mes lumières que j’ai d’habitude avec moi. Tout le show qui s’est construit autour de mes concerts a commencé à l’Olympia. Les Bretons en France, Vieilles Charrues… Dours aussi. J’avais vraiment aimé même si c’était un peu « Drogue Land ».

Ca a cette réputation.

Ah tout le monde était éclaté. C’est dans ces moments là aussi que je sens que pour les prochains live je taperai plus. Je ferai un truc encore plus profond, plutôt que de l’indé qui tape, mélangée à de la pop électro à l’image de « Aloha » ou « Hold On ». En live, j’ai beaucoup plus envie de taper. Par rapport à ce que j’ai composé aujourd’hui, je suis obligé de jouer mes premiers morceaux gentils en terme de basse ou de gros son. J’ai envie d’être un peu plus vilain sur les prochains live. Je suis parti sur cette ligne mainstream mais un peu plus indé. J’adore Rone par exemple. Chez moi, je ne joue pas du tout ce que je compose. « Aloha » n’est plus trop ma came, aujourd’hui je suis beaucoup plus « rentre dedans » et porté vers les truc qui groove plus.

Est-ce que tu crois que tout ça est lié à ton tempérament ?

Ouais c’est clair. Quand je suis chez moi, j’aime bien composer des trucs chill. Souvent, je commence à bosser vers 8 ou 9h du matin et j’ai pas trop envie de me taper de la techno à cette heure là. Je fais régulièrement des sons chill et puis je me demande comment je vais le jouer en live et parfois je me rends compte que c’est trop mou. J’ai changé de plus en plus d’état d’esprit. J’ai juste hâte de présenter mon deuxième album l’année prochaine.

Est-ce que tu as une plus grande pression lorsque tu joues dans une grande salle ou pas du tout ?

L’Olympia était la plus grosse pression de ma vie. C’était vraiment le concert où il y avait tous les gens avec qui je travaille qui étaient là. Il fallait que je réussisse ce concert pour que ceux qui bossaient avec moi soient fiers de moi. Il y avait aussi des amis et ma famille. J’ai tendance à avoir la pression pour tout, surtout dès qu’il s’agit de se présenter en live.

T’as toujours une envie de bien faire.

Oui c’est ça. Ce sera toujours le cas, je ne serai jamais blasé d’être sur scène. Je crois que je préfère les petites salles aux grandes. Même si parfois dans les petites salles, je ne peux pas installer tout ce que jeux sur scène, ce qui me manque un peu. Si par contre j’arrive à jouer dans de petites salles avec tout mon matos, c’est parfait. Je préfère largement ça qu’à des salles comme le Zénith ou d’autres stades où tu sens une pression acoustique qui ne te donne pas l’impression de jouer à un concert. Plus t’as de monde et moins tu vois de choses.

N’as-tu jamais eu peur du succès ?

Non. Ca dépend de quel succès aussi. Si c’est le genre de succès où on ne te reconnaît pas dans la rue mais où tout le monde connait ton nom et ta musique, alors là je kiffe ce succès. Si on me stoppe dans la rue et qu’on ne connaît même pas ce que je fais, ça, ça me ferait chier. Ce n’est pas mon cas, du coup c’est très bien.

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Emile Cioran écrivait que vouloir à tout prix la gloire équivaut à mourir méprisé, plutôt qu’oublié.

Ca c’est sûr, je suis complètement d’accord. Avant je jouais dans des groupes de rock et je n’étais pas le chanteur leader de ces groupes. J’étais à la guitare ou au clavier et il y avait toujours une personne avec un ego exagéré qui voulait réussir sans savoir ce que c’est. Ces personnes voulaient juste ressentir ce que c’était de réussir juste pour pouvoir dire qu’elles faisaient partie des grands. Et tous ces gens se sont plantés et maintenant, ils n’arrivent pas à faire grand chose.

Ils ne connaissaient pas la réalité des choses.

Oui, et puis même quels étaient leurs intérêts à vouloir faire ça ? Quand t’as la gloire, c’est bien d’en profiter mais il est vain de la rechercher. Surtout qu’en musique tu peux être glorieux à une période puis à une autre, on peut t’oublier.

Au final, tu préférerais plus t’amuser que de laisser une trace ?

Oui voilà. Tu laisses une trace à partir du moment où tu fais ce que tu aimes et que tu le fais à fond. Les gens ne te suivent pas pour ta gloire mais pour ce que tu fais. C’est logique. En ce qui me concerne, tout fonctionne bien pour le moment mais je sais que tout peut changer du jour au lendemain. Et puis pour en revenir à la gloire, le jour où tu l’as plus, faut savoir quoi faire.

Veux-tu dépasser des modèles ?

Nan mais j’ai des buts. J’adore le label Roche Musique en France qui ont des artistes comme FKJ ou Darius. J’adore leurs images et ce qu’ils font. C’est le style d’artistes qui me passionne. J’aime aussi Flume et Kaytranada. Ce sont des gars qui ont juste fait de la musique en ayant toujours une volonté de rechercher de nouveaux trucs. Ils n’ont pas eu peur de prendre des risques. Ils ont apporté des genres nouveaux via leur patte. Je fuis les groupes qui sont très à la mode ou qui représentent des produits proprement dit. Aujourd’hui, il ne faut pas se mentir, le disco fonctionnera toujours. Tout le monde dansera tout le temps là-dessus.

Y a-t-il des clés ou des codes que certains artistes savent user à foison ?

Certains savent comment faire fonctionner un tube sans prendre aucun risque et sans pousser les consciences ou inspirer les foules. Un groupe de funk qui cartonne aujourd’hui n’influencera plus du tout au niveau de sa musique mais plus peut-être plus au niveau de la mode. Ce que j’aime, ce sont les prises de risques, ce que l’on retrouve souvent dans la musique électronique.

Mike Patton disait que si la musique est en train de mourir…

Il trouve qu’elle meure ?! (rire)

Si la musique est en train de mourir c’est à cause d’artistes qui n’arrivent plus à mettre de nouvelles idées sur la table. Si on prend un groupe comme Coldplay, j’ai l’impression que ça fait des années qu’ils font le même ménage.

Coldplay sort des morceaux avec des producteurs qui sont soi-disant à la mode comme Chainsmokers récemment.  Leur prod est ce que Flume aurait pu réaliser il y a 5 ans. C’est vraiment la même chose qui ressort 5 ans après, ce qui reflète vraiment leur non-envie de prendre des risques. Ils ont vraiment beaucoup de talent mais maintenant ils ne sont plus trop dans le coup je trouve. Il faut faire gaffe à ne pas juger trop vite aussi. Je pense que ces gens-là n’ont plus la fougue de personnes voulant créer de nouvelles choses. Ils rendent quand même des gens heureux et ils aiment encore leur musique.

Le principal c’est qu’ils s’amusent mais quand une personne commence à s’intéresser à beaucoup de choses différentes en musique, c’est triste de s’apercevoir que Coldplay stagne. Il est vrai que mon argumentation est un peu égoïste aussi.

Ils n’ont plus rien à prouver aussi. Ils doivent conquérir des gens mais ils ont tellement de fans qu’ils s’en foutent un peu je crois.

Est-ce qu’il y a des morceaux où tu prends des risques dans ton futur deuxième album ?

Oui. Justement, je suis dedans. J’ai envie de partir dans quelque chose de plus personnel. Faire ce que j’aime vraiment sans perdre de vue un public qui m’a suivi pour Panorama et que je n’ai pas envie de perdre. Ce sera ça le plus compliqué. Au fond, j’ai envie d’approfondir mon style, ce qui n’empêche pas mon arrêt aux chansons mainstream. Il faudra que je trouve un juste équilibre entre le mainstream et l’indé. Je compose tout et n’importe quoi, tout ce qui me passe par la tête, c’est le début, le prémisse, le brouillon d’un nouvel album. Et vu que j’aime plein de styles variés, j’ai plein de morceaux qui ne ressemblent à rien. Il va falloir que je fasse le tri. Le plus dur quand tu fais un album, c’est de savoir vers où tu veux aller. Il faut toujours tout anticiper d’une année, il faut se dire qu’il ne faut pas copier les buzz présents. C’est plus intéressant de s’informer sur les influences de ceux qui font le buzz, mais les copier ne sert à rien. Ca peut tout de même rester un apprentissage enrichissant que d’imiter un son, comme quand on regarde des tutoriels de musique. En ce moment ça fuse dans mon cerveau.

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DRAMA
Interview faite le 13/10/17
Photos ©Dominique Houcmant/Goldo (prises au Reflektor, le 13/10/17)

Publié le 2 janvier 2018

Rive Interview

LE TEMPS D’UNE CHANSON

Kevin et Juliette forment une groupe electro pop nommé de Rive. Subjugué par la musique et le clip de leur morceau « Justice », DRAMA a décidé de les rencontrer à Chênée pour un entretien traitant de leur univers, du féminisme, du temps ou encore du Canada.

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Pouvez-vous nous expliquer un peu plus les dessins sur votre pochette d’album ?

Juliette : La pochette est un buste de femme avec une tête coupée avec au-dessus, un bateau. Il y a un personnage féminin principal et une armée derrière. L’idée c’était de représenter un individu enfermé. Pour ce qui est de la tête coupée, elle est l’acte qui fait fi des carcans. A la place de la tête, il y a ce bateau qui invite au voyage, à l’imaginaire, à l’espoir, à la lutte et à l’action, tout en devant maître de sa vie. Le fait que ce soit un personnage féminin est lié à ce que je suis et à mes paroles féministes.

J’avais pensé à tout ce qui est en rapport à des mythes ou encore à l’Egypte antique, lorsque j’ai vu cette pochette. Y a-t-il un peu de ça ou pas du tout ?

Juliette : Oui effectivement, c’est très symbolisé. Ce qui est important pour nous, c’est qu’il y ait un aspect très poétique et une vraie invitation au voyage. Toutes ces références et symboliques font en sorte d’interroger et d’interpeller. Je pense en tout cas que pour le coup, ça a fonctionné. (rire) Que les gens s’approprient ce visuel pour y placer ce qu’ils veulent est aussi une bonne chose.

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Comment s’est passé votre concert à Montréal, au Canada ? Y a-t-il quelque chose qui vous a marqué là-bas ?

Kevin : Ca s’est très bien passé, c’était notre premier voyage au Canada. On a découvert toute une autre culture. Le français au Canada est très répandu car les Canadiens adorent la musique francophone. Il y a un vrai engouement pour la chanson francophone. On était tout à fait dans ce cadre là.

Juliette : Ce qui est chouette, c’est qu’on doit repartir l’année prochaine avec plusieurs dates, ce qui nous rend super content.

Est-ce que vous aimer beaucoup cette mise en valeur de la langue française ? Je sais que les Québecois aiment beaucoup leur langue. Parmi de nombreuses preuves de ce que j’avance, l’émission The Voice se nomme La Voix là-bas.

Juliette : Oui c’est vrai !

Est-ce que c’est quelque chose qui manque ici en Belgique ?

Juliette : Pas vraiment. Depuis quelques années, on assiste à une recrudescence, une explosion de groupes qui chantent en français. Ce qui est intéressant, c’est que la langue ne fait pas tout. Nos influences sont plutôt anglo-saxonnes, de la pop à l’électro. C’est clair qu’on chante en français, mais on ne s’inscrit pas pour autant dans la « chanson française » un peu plus traditionnelle. On veut combiner le français avec des instrumentaux, des arrangements plus différents de la « chanson française » classique. Un peu comme des groupes comme Odezenne, Fishbach, Sandor, The Pirouettes qui sortent des vieilles contraintes, en s’inscrivant dans une démarche musicale plutôt pop et électro.

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Y a-t-il autre chose que la langue qui vous a marqué l’esprit au Canada ?

Kevin : En ce qui concerne la musique, quand on est arrivé là-bas, ce qui nous a frappé, surtout à Montréal, c’est que par rapport au travail scénique, les Canadiens y interviennent beaucoup. Une fois sur scène, les groupes expliquent leurs chansons et leurs démarches.

Juliette : Il y a beaucoup de communication avec le public.

Kevin : Ici, on est souvent habitué à voir des groupes qui enchaînent leurs morceaux et les gens les prennent comme ils veulent les prendre. On se justifie beaucoup moins sur chaque titre joué.

Juliette : On a apprécié voir les artiste discuter avec le public, c’était vraiment chouette à voir.

Je pense que si vous le faites, ça enlèvera un peu de mystère autour de vos chansons.

Juliette : Ca nous arrange de ne pas le faire. (rire)

Qu’est-ce qui est le plus jouissif, jouer en studio ou en live ?

Kevin : J’aime pas forcément le studio, mais en tout cas, j’aime beaucoup travailler chez moi et créer des morceaux.

Juliette : On fait tout à la maison.

Kevin : On peut passer des journées à créer des sons et tester des choses. J’adore ça. Et la scène… Au final, l’un ne va pas sans l’autre. Je ne pourrai pas faire de la musique pour ne pas la sortir sur scène. Et d’ailleurs, quand on fait un morceau, on essaye de l’imaginer joué sur scène pour voir ce que ça peut apporter comme énergie, sentiment et émotion.

Comment ça passe pour vos compositions ? Etes-vous chacun de votre côté ?

Juliette : On habite en collocation, du coup, pour la communication c’est ultra simple. Je travaille tout ce qui est paroles et mélodies et Kevin, lui, est plutôt sur les arrangements. Comme on se voit quotidiennement, on est toujours en discussion par rapport aux avancées de l’un ou de l’autre. On a chacun une marge de manœuvre dans un domaine. On ne se marche pas sur les pieds. Il n’y a pas d’ambiguïté ni de compétition. C’est vraiment sympa entre nous et donc la communication est beaucoup plus simple entre nous deux. (rire)

Le temps contre nous, c’est ce qui est chanté dans « Justice ». Est-ce que dédier sont temps à la personne qu’on aime, n’est-il pas un des meilleurs actes d’amour que l’on puisse porter à son égard ?

Juliette : Hum… Hum… La chanson parle d’amour mais elle est aussi un peu plus globale. Ce qu’on dit c’est qu’il faut vraiment prendre le temps à un moment pour s’arrêter, ne serait-ce que pour passer du temps des personnes ou pour juste s’interroger sur les choix qu’on fait. Avec ce « temps » qu’on a pris, essayons alors de modifier nos vies et prendre peut-être d’autres décisions, vu qu’on a désormais le temps de réfléchir. Retenons l’idée d’une bulle qui s’arrête, hors-du-temps. On sait que le temps va arriver et nous bouffer, mais cette bulle nous permettra de mieux réfléchir.

J’ai remarqué que cette notion de « temps » revenait assez souvent dans vos chansons. Comme si c’était un personnage.

Juliette : C’est vrai. (rire)

Est-ce qu’il y a un rapport précis avec vos vies ?

Juliette : Ce n’est pas vraiment réfléchi. On se pose plein de questions sur le temps qui passe, le monde sur lequel on vit. Où est-ce que l’on va avec cette société ? Est-ce qu’on a encore le temps de révolutionner ce qu’il y a changer ?
On n’arrête pas de nous rappeler l’existence du réchauffement climatique et on ne sait même pas où l’on va. On sait juste qu’il nous reste plus beaucoup de temps finalement. Ce qui est marrant, c’est qu’on est tellement occupé, toujours dans l’action… On ne prends pas le temps et pourtant… (rire) « Justice » traite vraiment du « temps » et on a une nouvelle chanson, qu’on joue déjà sur scène, où l’on parle des relations qui s’abiment avec le temps et de toutes les questions qui concernent cela. Est-ce qu’on laisse faire le temps ? Abandonnons-nous ou pas du tout ?

Serait-il exagéré d’affirmer que vos chansons sont quand même engagées ?

Juliette : Ca dépend desquelles. J’ai un regard assez dur lié aux sociétés. Je suis féministe depuis toujours. Des chansons comme « Nuit » sur l’EP Vermillion délivre un sujet qui est celui des mouvements féministes des années 70, où les femmes à San Francisco et en Belgique sortaient la nuit pour se réapproprier l’espace public. Ca s’est passé il y a 40 ans, mais aujourd’hui les tracas n’ont pas diminués. Notre regard est engagé et on souffre de ce qui passe de nos jours en politique, parce qu’on y voit aucune vision.
Les paroles restent toujours assez poétiques et on a toujours envie que les gens puissent vraiment s’approprier les textes. On sait ce qui est dit bien sûr, mais si les gens comprennent nos textes différemment, tant mieux.

Cette histoire de mouvement des années 40 me rappelle que l’esthétique de vos clips allient parfois des images en noir et blanc. Y a-t-il des références assumés par rapport à cela dans vos clips ?

Juliette : Il n’y pas vraiment des images reliées à cela mais en tout cas, on aime vraiment ce côté intemporel des choses.

Kevin : Temple Caché, qui a conçu le clip, a compris que ce que l’on aime dans la musique, ce sont les contrastes. Les paroles le reflètent très bien d’ailleurs. Temple Caché avait aussi ce souci de, non pas brouiller les pistes, mais de laisser rêveurs les spectateurs et de savoir attaquer là où il faut.
Dans « Justice », les gamins avec des électrodes pourraient être un symbole de passé rétro.

Juliette : Ou de présent.

Kevin : Passé, futur, obscurité, clarté, tout se mélange.

Juliette : Ma voix mélodique et nos sonorités plus brutes complètent aussi un contraste. Ca nous fait rire et on aime bien ça. (rire)

Kevin : Il y a tout un discours derrière nos chansons. C’est un but aussi d’avoir un univers très imagé et que chacun ait son interprétation de tout cet ensemble.

J’ai l’impression qu’avec les années, le féminisme a eu ses dérives. Prenons pour exemple, ceux qui s’attardent sur le « manspreading » qui m’apparaît comme un problème qui n’en est pas un. Qu’en pensez-vous ?

Juliette : Je ne suis pas du tout d’accord. Selon moi, tout est important. Il n’y a pas une échelle des luttes. Si je parle du « manspreading », on pourrait me rétorquer qu’il y a des problèmes bien plus graves tels que les femmes battues ou violées. Tout ça fait partie d’un système cohérent, patriarcal et machiste. Avoir une langue machiste, des femmes qui soient rarement des personnages principaux dans les films ou encore des super-héroïnes pratiquement toujours en maillot de bain, constituent ce même système. Tout comme les filles emmerdées en pleine rue, les violences conjugales ou les viols. Tout est important.
Pour revenir au « manspreading », hier dans le métro, deux mecs avec les jambes grandes ouvertes bouffaient mon espace. C’est une série de petites choses de cette ampleur qui font qu’en tant que femme, tu intériorises que t’es inférieure. Il y alors une disparition de l’estime de soi, de modèles et moins d’investissement aussi.
La féministe Benoîte Groult disait : « Le féminisme n’a jamais tué personne. Le machisme tue tous les jours. ».
Ca veut bien dire ce que ça veut dire. On a beau critiquer le féminisme, il n’y a jamais eu de mort derrière cela. On le critique surtout parce que ça remet en question un pouvoir en place et l’identité des gens. Le féminisme est un humanisme pour moi qui permet de sortir des stéréotypes qui enferment les femmes, tout autant que les hommes. Il permet de faire des choix sans aucun préjugés qui nous pèsent dessus.

Ce dont j’ai peur, c’est de percevoir qu’on targue une personne de vouloir faire du mal alors qu’il n’en fait pas.

Kevin : Quand tu déranges les autres, il faut que ce soit justifié.

Juliette : Ce qui est sûr, c’est qu’avec ce genre de dénonciation, tout le monde s’interroge. Toi, tu t’interroges sur le « manspreading » d’autres sur le #balancetonporc, ce qui est bénéfique pour savoir dans quelle société on a envie de vivre.

Revenons à vos chansons. Y a-t-il un même récit caché qui les unit ?

Juliette : Oui forcément. Ce ne sont que des sujets personnels et sociétaux. Ils sont liés à des ressentis, à une personne, à des quotidiens. Pour l’instant, on est vraiment dans des thèmes qui racontent ce que je suis et vis. Peut-être qu’à un moment, ça évoluera, mais pour l’instant, ça reste avant tout personnel avec un certains regard sur le monde.

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DRAMA
Interview faite le 16/11/17
Photos ©DRAMA & Pierre Reynders (prises au Centre Culturel de Chênée, le 16/11/17)

Publié le 26 novembre 2017

Equipe de Foot Interview

Découvert en première partie d’Odezenne, lors d’un concert à Liège, Equipe de Foot est un groupe rock constitué d’Alex et de Mike. Batteur et guitariste livrent un album, où une femme s’y pose au centre : Chantal aux sonorités sauvages et bestiaux

Saviez-vous déjà quelle sonorité produire, avant même de composer ?

Alex : Avant de réellement composer, on était sûr de deux choses : on voulait faire du rock avec du gros son et on voulait rester un duo, car en duo, tout va plus vite, beaucoup plus vite. Du coup, on a cherché comment sonner massif sur scène, en n’étant que deux. On a trouvé quelques solutions techniques via deux amplis guitare, un ampli basse et beaucoup de disto. Puis, Benja, notre copain ingé-son, a mis son nez là-dedans et on s’est retrouvé avec un son d’énorme mammouth.

Mike : Il y avait quand même la contrainte de sonner gros et gras mais pas violent, on ne voulait pas faire de la mule. Et c’est vrai que Benja nous a beaucoup aidé à faire grossir le mammouth. Il est, maintenant, bien gras et bien velu, il me semble.

S’il fallait choisir un adjectif et une couleur pour Chantal, quelles seraient vos réponses ?

Alex : Je dirais : “sincère” et “bleu” . “Sincère” car, que ça soit dans notre musique, dans nos paroles, ou encore, lorsqu’on est sur scène, on ne raconte pas d’histoires. Notre musique va, désolé pour la blague, droit au but. Nos textes sont des choses absolument intimes et vraies. On ne parle pas de choses qu’on ne connaît pas, qu’on n’a pas vécues ou qui ne nous touchent pas. Sur scène, c’est un peu le même délire, il est impossible pour nous d’avoir la classe dans nos maillots de foot trop grands, on est au final un peu à poil. On ne peut pas se cacher derrière une attitude.
Bleu” aussi parce que cet album est blindé de mélancolie, et en même temps, le bleu m’évoque des immensités, le ciel par exemple.
Chantal aborde des thèmes sacrément universels comme l’amour, la rupture, les souvenirs, le temps qui passe et qui essaye de nous faire oublier nos passions d’adolescent. “Bleu”, c’est aussi la couleur de la super pochette de Chantal réalisée par Ita Duclair.

Y a-t-il un message qui relie chaque chanson ?

Alex : Au final, le fil conducteur est certainement Chantal. Chantal représente un peu la femme : la femme aimée, la femme qui te quitte, un amour d’adolescent, une mère. Là où notre premier EP ne parlait que de rupture, ici, on parle également de l’amour naissant, de sexe, de la rencontre de l’autre et de la cohabitation avec son passé.

Parlons d’un autre groupe. Vous avez fait la première partie d’Odezenne. Décrivez votre rencontre avec ces poètes.

Alex : La rencontre avec Odezenne s’est faite par hasard. C’était en janvier 2016, on était un tout jeune groupe. On avait fait quatre ou cinq concerts et trois démos.
On a participé au Tremplin Inter-Quartiers de la ville de Bordeaux parce que la finale avait lieu dans une salle de concert qu’on adore : la Rock School Barbey. On n’avait aucune illusion sur nos chances de remporter ce tremplin, mais on voulait aller jouer à Barbey ! Les gars d’Odezenne étaient dans le jury de ce tremplin et ont vachement aimé notre façon de faire du foot avec une guitare et une batterie. Arrivent les délibérations pour choisir le vainqueur du tremplin ; personne ne vote pour nous. Alix, Jaco et Mattia sont choqués qu’on ne remporte rien. Ils décident de créer spécialement pour nous “un prix Odezenne”. Ils nous offrent alors une première partie sur une de leur dates. On est comme des gamins ! De fil en aiguille, on aura joué dix-sept fois pour eux, en 2016. On ne les remerciera jamais assez !  

Parmi les formations constituées de deux personnes sur scène, qui admirez-vous ?

Alex : “Admirer”, c’est fort comme mot ! Disons qu’il y a pas mal de duos cools ! Perso, j’aimais beaucoup les Black Keys, avant qu’ils ne partent en couille. Les White Stripes, bien entendu. J’aimais bien également un duo australien qui s’appelait The Mess Hall, mais je crois qu’ils ont arrêtés. Il y a aussi un duo belge que j’écoute souvent, ils s’appellent Alaska Gold Rush ; jamais vu sur scène, mais ils ont l’air cool ! Ah oui, The Mirrors aussi sont GAVÉ FORTS. C’est un duo guitare/batterie d’Angers. Sarah déchire à la gratte. Corentin déchire à la batterie. On les a invités à jouer avec nous pour la release party de Chantal. Ils nous ont mis la pétée.

Mike : J’aime beaucoup The Dodos, un groupe américain de folk, un peu vénère. Ils sont deux et c’est hyper bien. Leur album Visiter est complètement ouf.

Revenons à l’album. Le morceau « 29 Octobre » se détache vraiment des autres. Il y a eu une aide, des conseils externes pour cette piste ? Aurons-nous droit à d’autres morceaux de ce type ?

Alex : « 29 Octobre » est effectivement un morceau un peu plus différent. On l’a abordé un tout petit peu différemment. L’idée n’était pas de “faire le rock” mais d’accepter d’être en accord avec l’ambiance assez sombre du morceau. Benja, notre ingé-son, nous a beaucoup aidé à rendre en son ce qu’on voulait faire, notamment avec cette basse sur les couplets. C’est un texte dont je suis assez fier. Je le trouve juste et simple. Il fallait que la musique aille dans le même sens avec très peu de fioritures, restant simple et gardant en même temps un côté “sûr de soi”.
Est-ce qu’il y aura d’autres morceaux de ce type dans le futur ? Certainement. Notre conviction, quand on a créé Equipe de Foot, était de pouvoir faire ce qu’on voulait. Si le troisième album doit être un album de hip hop, alors ce sera un album de hip hop. Zéro limite.

Les adolescents que vous étiez seraient fiers de vos compositions.

Alex : Je ne sais pas si l’ado que j’étais aurait été prêt à entendre notre musique car il écoutait beaucoup de pop. Cela dit, je pense que s’il avait eu une vision du futur incluant Equipe de Foot, il aurait été beaucoup plus détendu dans sa vie.

Mike : L’adolescent que j’étais serait sûrement très content de la musique qu’on fait. Mais il serait surtout très content de savoir qu’un jour, il va finir par pécho et qu’il aura une PS4.

brunoaleas – Interview réalisée le 24/10/17

Publié le 24 octobre 2017

King Fu Interview

HUMOUR, RAGE ET SALETE

Découvert lors d’un concert au Hangar, à Liège, King Fu jouait un soir de rock’n’roll. Se détachant des autres groupes qui jouaient à cette même soirée, ils ont empli la scène de leur aura via un son vif, virulent et vibrant de distorsions.

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Êtes-vous passionnés de kung fu, de cobra ou de jeux de mots ?

Math : Des trois en fait. Mortal Combat à fond.

Hadri : Surtout de jeux de mots. En général, ce n’est pas moi qui trouve les meilleurs mais je peux rire tout seul de trucs comme ‘pitbull de flipper’ ou ‘envoie-moi un mail, Gibson’ pendant des heures. Du coup, quand Greg a proposé Cobracadabra comme titre d’album, j’étais super emballé.

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Pouvez-vous me décrire le Studio 5 de Chênée, l’endroit, ceux qui y bossent et l’atmosphère qui y régnait pour l’enregistrement de votre album ?

Math : Un beau gros bâtiment avec plein de musiciens dedans. On a un local avec nos potes de Cocaine Piss et Daggers. Le reste des locaux, c’est beaucoup de groupes pop rock. On est clairement les plus sales et les plus bruyants du bâtiment. Le studio est pro, facilement accessible et à un prix très raisonnable. Que demander de mieux ?

Hadri  : C’est un endroit assez nouveau, bien équipé. On y a passé 2 jours avec notre ingé son et ami, Olivier Jacqmin. Les groupes sont toujours accompagnés d’un ingé agréé, capable de se servir du matériel du studio.

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Est-il encore possible aujourd’hui d’étiqueter des groupes d’un genre grunge ?
Est-ce que ce mouvement musical n’est pas mort en même temps que le décès de Kurt Cobain ?

Math : Je pense que le terme grunge existait dix ans avant Nirvana, donc pas de raison qu’il disparaisse avec eux. Le style musical a évolué et ce n’est sûrement plus aussi puriste qu’à « l’époque Seattle », mais le terme reste et est toujours très utilisé aujourd’hui.

Hadri : Les meilleurs représentants du grunge n’existent plus (Barkmarket, Soundgarden au début, Nirvana, Hammerhead, Babes in Toyland) mais il y a de très bons groupes récents qui sonnent ‘grunge’ (Dilly Dally, Roomrunner, Greys, Metz…). Tant que des groupes proposeront des morceaux agressifs et mélodiques joués avec une guitare électrique, une basse et une batterie, on pourra dire que le grunge existe.

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Qu’est-ce qui vous plaît le plus lorsque vous jouez sur scène ?

Math : Les bières et la bouffe gratos. Mais pas quand y a des fruits. On est du genre à plutôt aimer les cacahuètes. La route aussi parce qu’on peut boire pendant qu’Hadri conduit.

Hadri : Sentir l’enthousiasme de certains spectateurs, les voir « danser ». Pour ça, notre dernier concert au Hangar à Liège était particulièrement cool.

Comment définiriez-vous l’ambiance de Cobracadabra en quelques mots ?

Math : « From Neil Young to Linkin Park ». Kolbjorn Barrow.


DRAMA
Interview faite le 08/10/17

Publié le 8 octobre 2017

Dario Mars and The Guillotines Interview

Le nouvel album, The Last Soap Buble Crash, des Dario Mars and The Guillotines ne pouvait passer à la trappe ! Bruno s’accorde un entretien spécial pour décrypter l’univers, la méthode de travail et les inspirations de cette bande de rockers.

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Qui est véritablement Dario Mars, comment est-il né ?

C’est un nom qui évoque pour nous la magie, le mystère… C’est notre Ziggy Stardust.

Pourquoi avoir enregistré d’abords les basse/batterie dans un gros studio, sur un 24 à bande, puis dans une petite maison au milieu de nulle part, jour et nuit au moyen d’un studio mobile ?

La section rythmique est pour nous à la base d’une composition. C’est ce qui donne à mon sens, le cachet d’un groupe, son style, sa griffe qui te fige dans une époque ou pas.
Nous avons, avec David, voulu soigner ce jeu, qui oscille entre late sixties rock, space rock et rock’n’roll. On a voulu habiter notre base rythmique pour qu’elle sonne à la fois nerveuse et puissante. Nous avions besoin du studio et du mec qui pourrait faire sonner ça. Cette personne était Jean-Charles Cremers du Chênée Palace, un vieux complice à moi qui a notamment produit le premier EP de Hulk. Ensuite, nous avons voulu soigner le « reste » en vase clos. C’est-à-dire qu’on a bidouillé nous-même des sons et chercher la prise ultime, surtout au niveau des chants.

Y a-t-il un message derrière la chanson « Gone With Sorrows » ?

Pas de réel message. C’est une chanson d’amour, ou un défunt parle a un être aimé toujours en vie… en l’occurrence, j’ai écrit cette chanson pour mon frère décédé, il y a 10 ans.

Si vous pouviez retourner dans les années 70, et que vous pouviez choisir de voir un groupe en concert, lequel serait-il ?

David Bowie, Iggy Pop, Black Sabbath avec le line up original, AC/DC avec Bon Scott, Aerosmith, DMZ, MC5, Dr. Feelgood, The Stranglers, The Damned, The Saints, Grandfunk Railroad, Tony Joe White, Creedence Clearwater Revival. Y en a tellement que je me bornerai à ceux-là! Tu dois lire Le Temps Du Twist de Joel Houssin.

Est-ce que les réalisateurs viennent vers toi Renaud, lorsqu’il faut composer une bande originale d’un film, ou c’est plutôt toi qui opte avec qui collaborer ?

Ce sont eux qui, invariablement viennent vers moi, sinon je ferais 3 fois plus de films !

Avez-vous plus de liberté à composer de la musique pour un long métrage ou pour un album ?

Un album, sans hésitation. Ce qui est dur dans une musique de film, c’est que primo, il faut faire en sorte que ça marche (musique-image), deuxio que ça me plaise et tertio que ça plaise au réalisateur. Tout est question de compromis, de remises en question, d’essais… c’est parfois une somme de travail immense. Pour un album, c’est beaucoup plus simple, il faut juste que ça nous plaise.

Vu qu’il y a deux vocalistes, comment vous vous organisiez pour savoir qui chantait quoi et à quel moment ?

J’ai un timbre et une façon de chanter beaucoup plus rythmique, typé rock’n roll 50. Bineta a une voix qui s’envole et te prend sur les mélodies, des trucs plus intenses, plus « chantés ».
Disons que les textes où il y a plus de consonnes, c’est moi, et ceux avec plus de voyelles, c’est elle
(rire). Sinon, il y a beaucoup d’harmonies, comme sur « Gone With Sorrows », nous chantons tous les deux du début à la fin. Nous adorons faire ça.

Votre public a sûrement de quoi être particulier.

En général, ce sont plus des mélomanes que les membres d’une « secte » (métal-rock-stoner, etc.), vu qu’on passe au mixer 3 décennies de rock, ça se comprend aisément… et c’est très bien comme ça !

brunoaleas – Interview faite le 29/06/17

Publié le 11 juillet 2017

It It Anita Interview

DELIVRANCE SONORE

Le son saturé, rock et noise d’It It Anita sonne aux portes de JCCLM ! Sous vos yeux se lit un entretien allègre avec un groupe belge. Au menu : leur opus AGAAIIN, John Agnello, la scène musicale, Nirvana et le gingembre !

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Les images de vos pochettes d’album représentaient toujours des corps.
Pourquoi avoir privilégier des arbres sur celui-ci ?

Damien : l’arbre de toute façon est un corps aussi. On a collaboré avec un ami photographe pour les 2 premières pochettes. Pour le premier album, c’est lui qui nous avait proposé des images puis on a choisi et pour la deuxième on a eu l’idée ensemble. Pour le troisième disque, il n’avait plus le temps car il voyageait. Du coup, j’ai cherché dans mes archives photos. Cette photo là date d’avril dernier. C’est une photo qui avait une histoire en lien avec le groupe parce que ça faisait partie d’une de nos tournées. Cette photo détenait un chouette truc. Comme je suis graphiste, j’aime bien tout ce qui se passe au travers des images ou même des mots. On peut aussi apercevoir 3 roues sur la remorque qui font référence à ce troisième album, et si tu regardes l’arrière de la pochette du deuxième album, il y a une remorque à deux roues.

Tout est calculé.

Damien : C’est ça. Il y a tout le temps des codes cachés dans les images. A l’arrière du vinyle, il y a une photo du bar, près de New York, dans lequel on allait tous les soirs après les enregistrements. Elle aussi fait partie de l’histoire du groupe et dans le cadrage de l’image, on retrouve trois tabourets toujours en rapport au troisième disque.

Mike : Si tu écoutes le disque à l’envers… Ca parle de Satan !

(rire)

Damien : Si tu passes le disque à l’envers, c’est Tool qui chante une chanson sur Satan.

Bryan : 33, 33, 666…

Damien : 33 fois 666 ça fait…

Mike : Et quand tu l’écoutes à l’endroit, ça fait 999.

Avez-vous enregistré à Brooklyn ?

Bryan : Hey, on n’est pas des pouilleux hein.

(rire)

Damien : On était à côté de New York, à Hoboken, dans le New Jersey. C’est à 20 minutes de New York, si tu voyages en train.

Mike : C’est une île.

Damien : On était dans un studio qui s’appelle Water Music. C’est un studio qui a vu passer Beyoncé, Pavement, Noir Désir.

Pouvez-vous m’expliquer le morceau « Ginger » ?

Mike : Pendant tout une époque, notre warm-up de concert mangeait du gingembre. C’est en croisant Jérémy du groupe liégeois The Experimental Tropic Blues Band, qu’on a demandé à son groupe, d’où venait leur énergie sur scène. Ils mangeaient du gingembre. Du coup, pour la boutade, on a commencé à en manger aussi. Puis on a commencé à en consommer en grande quantité. A la fin, on en parlait tellement que c’était devenu assez obsessionnel pour moi.

Damien : La chanson ne parle pas que de « gingembre ». Ca traite du fait de se dépasser via des substances pour essayer d’être toujours le meilleur. En plus de cela, avant d’enregistrer toutes nos démos, elles avaient toutes un nom de légume qui est une racine à la base. Il y avait une ancienne démo qui se nommait « betterave », « beet » en anglais. Ce titre est resté pour le dernier morceau, « New Beet ».
C’est pareil pour « Parnsip ».

A part le gingembre, y a-t-il autre chose qui vous pousse à vous surpasser ?

Damien : Les pets de Bryan me poussent à me dépasser.

(rire)

Cymophan : Et donc le gingembre vous aidait vraiment ?

Mike : Oui, c’est un truc cool à prendre.

Damien : Ca booste quoi.

Bryan : Ca donne une envie incroyable de baiser.

Damien : C’est aphrodisiaque. 

Mike : Ca m’est déjà arrivé aussi de cracher un morceau de gingembre parce que c’était trop fort.

Bryan : Ah oui…

Mike : C’est quand même un truc fou qui m’est arrivé.

(rire)

Damien : « Ginger » signifie « roux » également, tout comme l’est notre ingénieur du son.

Je pensais que c’était une chanson pour les roux.

Damien : Mais c’est pour tout. C’est universel.

Avez-vous l’impression d’être une tout autre personne lorsque vous faites de la musique ?

Damien : Moi je me sens Bryan, une fois sur scène.

Bryan : Et moi je me sens un peu comme Damien.

Mike : La scène est un des derniers espaces de liberté qu’il nous reste.

Bryan : Putain quoi… Ca c’est classe mon gars.

Damien : C’est beau ce que tu dis.

Mike : Tu fais ce que tu veux sur scène et en règle générale, on n’est pas vraiment des gens extravertis. Que du contraire, on est ennuyeux. On est plutôt des vieux cons.

(rire) Ouais, c’est pas très vendeur tout ça.

Mike : C’est une interview vérité !

(rire)

Bryan : Mike a bien résumé les choses. J’y évacue l’énergie que j’ai en trop, de la nervosité, la tension de la semaine. Je ne me sens pas quelqu’un d’autre. La scène fait partie de moi et elle me permet vraiment de faire des choses autrement.

Damien : Dans la vie, on est des gens calmes et posés qui font des blagues à la con, mais sur scène, il y a une énergie en plus qui nous vient.

Quelle est votre plus grosse peur sur scène ?

Mike : Les problèmes techniques parce qu’on bouge beaucoup sur scène. Pour le reste, je n’ai pas de réelle peur, c’est le plaisir qui prime. Aujourd’hui, on joue à Liège, alors que ça fait des années qu’on n’y a plus fait de concert. On est hyper content.

Damien : Notre dernier concert à Liège, c’était à l’été 2015.

Bryan, n’as-tu pas peur de péter ta batterie ?

Bryan : Non, à part pour la caisse claire ou des peaux. Le vrai problème que j’ai déjà eu, c’est d’avoir la chiasse sur scène. J’ai déjà eu le cas sur scène et je l’avais quittée, en plein concert, pendant dix minutes. Heureusement, le guitariste a su meubler en prenant ma place à la batterie.

Cela me rappelle ton anecdote sur The Dillinguer Escape Plan, lorsqu’on avait fait l’interview avec The Hype. Qu’est-ce qui est le plus important dans vos compositions, mis-à-part avoir un bon son ?

Damien : Le son.

(rire)

Mike : Je pense que le plus important, c’est que tout le monde y puisse y retrouver son compte. Il n’y a rien de pire que de jouer des choses que tu aimes à moitié ou que l’on t’impose. L’essence d’un bon morceau, c’est que tout le monde en soit content de le jouer. Sans pour autant être fier, mais juste y prendre du plaisir. Et si les gens qui nous écoutent aiment ce que l’on propose, c’est la petite cerise sur la gâteau.

Êtes-vous d’accord avec Mike ?

Damien : Ah mais ouais, nous, on est de toutes façons toujours d’accord avec Mike.

Mike : C’est comme ça.

(rire)

Damien : On prend notre pied. Il y a des morceaux qu’on ne joue plus car ils n’ont plus de rapport avec ce qu’on joue maintenant. Notre setlist se compose vraiment de morceaux qu’on a envie de jouer. Il y a même eu une période où on faisait des reprises, comme Pavement, vu qu’on voulait les jouer à ce moment là.

Mike : C’est un peu égoïste mais c’est comme ça aussi.

Bryan : Je suis tout à fait d’accord avec ce qui vient d’être dit.

Quel était le meilleur endroit où vous avez joué ensemble ?

Mike : Bonne question !

Damien : Dernièrement, il y a eu un chouette souvenir dans un festival en Espagne. Il y avait beaucoup de monde et de gens réceptifs. C’était cool de noter qu’on avait fait 2000 kilomètres pour se retrouver en face de plus gens qu’ici, à 50 kilomètres de chez nous.

Mike : C’était des gens curieux.

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Est-ce que c’était un grand festival ?

Damien : Ca s’appelait la Monkey Week et c’est un peu l’équivalent d’un festival de 4 à 5 jours, qui se déroule sur plusieurs endroits, tout comme le Sioux Festival ou encore le Autumn Fall.

Bryan : Le premier jour, on a joué sur une piste d’auto-tamponneuse. C’était vraiment génial.

Mike : C’était très agréable.

Bryan : C’était très festif. Les auto-tamponneuses ne fonctionnaient pas, je tiens à le préciser.

Avez-vous rencontré des groupes sympathiques là-bas ?

Damien : On a rencontré un groupe mexicain qui nous a invité au Mexique. On va essayer d’y aller l’année prochaine.

J’ai vu que vous faisiez un truc avec Cocaine Piss aussi.

Mike : On joue avec eux bientôt. Ce sont des potes avec qui on a déjà joué.

Si j’en parle, c’est aussi parce qu’ils avaient fait un album avec Steve Albini. Ca ne vous intéresserait pas de faire un album avec lui ?

Damien : On a fait un album avec John Agnello, qui est l’équivalent de Steve Albini mais en moins connu et en plus gentil. Steve Albini a un côté un peu froid dans sa production.

L’avez-vous déjà rencontré ?

Damien : Non, pas vraiment.

Mike : Oui ou non ?

Damien : Non…

(rire)

Bryan : Je pense l’avoir vu. Pas vraiment. Mais suivant la règle des 3, si tu connais ce gars là…

Mike : On l’connait quoi.

Bryan : On l’connait.

(rire)

Damien : C’est ça. On connait des gars qui le connaissent. Il a cette réputation d’être assez froid dans sa façon de faire. Alors que John Agnello, c’est le tonton qui va venir vers toi, qui fait des « hug » à l’américaine et qui met directement à l’aise en studio. C’est le deuxième disque que l’on fait avec lui. Pour le premier, il était venu en Belgique, à Sprimont, début 2015. Pour le deuxième album par contre, c’est nous qui, au début de 2016, nous sommes aller le trouver au Water Music. C’est un gars qui a bossé avec Sonic Youth, Kurt Vile, Cindy Loper…

Comment avez-vous fait pour le contacter ?

Damien : Via un contact commun et Internet. On lui a fait écouter des trucs, puis on lui a proposé de collaborer. Il était d’accord. On avait demandé les prix qu’il nous faisait et ça rentrait dans notre budget.

Je vais m’intéresser à ce qu’il a fait.

Damien : C’est vraiment le son nineties que l’on recherche. C’est la musique avec laquelle on a grandi donc forcément, c’est une musique qui nous parle.

Votre style me fait vraiment pensé à Sonic Youth. Rien qu’à penser aux sons saturés dans morceau « 25 (From Floor To Ceiling) ».

Mike : On aime ce genre de son.

Damien : C’est aussi pour cela qu’on voulait collaborer avec lui, vu ses antécédents et sa magie à reproduire des atmosphères nineties. Il produit encore maintenant de supers groupes comme Cymbals Eat Guitars, Kurt Vile ou même Dinosaur Jr, dont il était derrière chaque album, sans parler des projets de Jay Mascis sur le côté.

Est-ce qu’une tournée américaine est possible ?

Damien : On espère ! Ce n’est pas prévu pour le moment.

Mike : C’est compliqué au niveau…

Du budget ?

Mike : Non c’est plus le Visa de travail qui rend la tâche difficile.

Demande à Trump.

Mike : Je vais l’appeler de ce pas. En tout cas, ce serait super d’aller jouer là-bas, même s’il y a trop d’appelés et peu d’élus.

Damien : Ils ont beaucoup de groupes, originaires des USA, qui valent tellement la peine d’être reconnus, qu’ils ne s’emmerdent pas à faire fonctionner des groupes étrangers. C’est pareil pour l’Angleterre. Lorsqu’on a été jouer à Londres, ou même à Glascow, ce sont des villes avec 200 concerts tous les soirs. T’as beau débarqué, tant que tu n’as pas payer de promotion ou quelqu’un pour faire ta publicité en radio, sur des blogs ou autres, peu de gens viendront à tes concerts.

Mike : A Londres ça allait encore.

Damien : C’est vrai qu’il y avait un peu de monde à Londres. Au sinon, tu n’es personne pour ce genre de public. Ces personnes ont d’autres habitudes et se tournent vers autre chose qu’une musique étrangère.

Pensez-vous qu’à votre époque, il y aurait eu beaucoup plus de gens curieux à vos concerts ?

Mike : Je pense que l’offre est beaucoup plus intéressante maintenant. Le développement d’Internet a donné naissance à plein de sorties d’albums venant de groupes de qualité. On n’a jamais eu accès à autant de musique que maintenant. Alors que dans les années 90, on écoutait ce qui sortait.

Damien : On se tenait au courant via les mass media. On savait ce qui existait car on lisait les journaux.

Mike : Je pense que c’était beaucoup plus dur de faire de la musique à cette époque.

Damien : Avec tout ce qui apparaît désormais sur le paysage musical, il faut jouer des coudes pour te faire une place.

Qui sont les plus grands héritiers de Nirvana ?

Damien : J’ai eu une sensation de retrouver la patte de ce groupe, en écoutant le deuxième album de Cloud Nothing, produit par Steve Albini. J’y avais retrouvé une espèce d’incandescence adolescente, de fougue et de rage dans leur musique et dans leur manière de composer.

Mike : Je pense qu’il n’y a plus d’artistes aussi fédérateurs qu’eux et qu’il n’y en aura plus. De par la simplicité et les avantages de leurs chansons, ils sont uniques.

Bryan : Je pense pareil. En ce qui concerne la façon de jouer de Dave Grohl, elle m’a motivé à faire le batterie.

Qu’entendez-vous par « simplicité » ?

Bryan : Ils allaient droit au but, sans faire de fioritures.

Mike : Ils ont des morceaux qui se composent de 3 ou 4 accords, mais ces mêmes accords sont sublimes et bien choisis. Je ne sais pas si c’est dû au hasard mais les détracteurs de Kurt Cobain ont torts, selon moi, il sait super bien jouer et chanter.

Bryan : Lorsque tu es batteur, tu sais facilement reproduire le jeu efficace de Grohl. Il n’est pas dans l’optique de faire du jazz ou du post-rock compliqué, c’est un bourrin qui va à l’essentiel tout en suivant les rythmiques de Kurt à la gratte. Ca m’a fort enthousiasmé et inspiré dans mon jeu.

Tes paroles me font penser à la chanson « Scentless Apprentice ». Grohl délivre une prestation monstrueuse. Son jeu se combine parfaitement avec la guitare de Kurt.

Bryan : En tout cas, ça m’a aidé d’écouter ce type de musique.

Tu es un grand fan aussi.

Mike : Ca a libéré beaucoup de gens.

Bryan : Oui, c’est toujours le cas pour moi.

Mike : Il n’y a pas besoin d’être Steve Vai pour accéder à de hauts niveaux. Personnellement, je n’y connais rien en guitare et en techniques, je ne serai jamais un « guitar hero », et tant mieux, et dès que tu vois un personnage comme Kurt Cobain, t’as envie de te lancer dans des projets.

C’est vraiment un chouette groupe pour apprendre à jouer d’un instrument.

Mike : Oui.

Mine de rien ça parait simple, ne serait-ce que les répétitions de « power chords »…

Mike : C’est forcément naïf, oui.

Mais, mon frère me disait qu’une certaine complexité s’y cache derrière parfois.

Mike : Oui. Quand tu écoutes la ligne de basse de Krist Novoselic, c’est loin d’être bateau, c’est plutôt hyper mélodieux. Puis ce groupe est un trio, ce que je trouve vraiment noble.

Bryan : T’es viré Damien.

(rire)

Mike : No mais j’insiste là-dessus parce qu’ils avaient ce côté d’être juste 3 sans manquer de rien. C’est top.

Damien : Ils étaient simples mais pas simplistes.

Bryan : Et efficaces.

Mike : Je trouve ça important qu’il n’y ait pas que du bruit et qu’on retrouve toujours une belle mélodie.

Définirais-tu le son de Sonic Youth comme étant du « bruit » ?

Mike : Ils ont fait tellement de choses. C’est du « bruit » que peu de gens pourraient imiter. Ils ont plein de morceaux mélodieux tout de même, avec souvent des accordages un peu bizarres mais avec des refrains chantables.

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Interview menée par Drama – Interview réalisée le 21/01/2017

Publié le 2 juillet 2017