Les étudiants en blocus, Macron président, Chris Cornell décédé, Kasabian et ses nouveaux tubes décevants, ma chambre synonyme de four depuis un certain temps… Quelle époque!
Vos oreilles ont besoin de repos et Friendly Fire (2006) de Sean Lennon est adéquat à cela.
La première fois que j’ai entendu Sean Lennon, c’était dans l’émission musicale menée par Naguy et nommée Taratata. Seul, assis sur une chaise et muni de sa guitare sèche entre les mains, une fois « Dead Meat » entamé, une aura magnifique émanait sur le plateau. Cette sensation de fascination était mienne: le type en imposait et il n’avait pas besoin d’une armada de musiciens, à l’opposé d’un Arcade Fire sur scène.
Trio de folie, le groupe rock The Devil’s Work a décidé d’en terminer avec son périple sur la scène musicale. Jcclm livre leurs ultimes révélations pour tout fan ou néophyte de ces Liégeois aux sons qui font capoter!
Quels étaient les objectifs de votre groupe lorsqu’il s’est formé ?
Butt : Oh rien de très ambitieux : ouvrir les portes de l’Enfer, conquérir le monde, asservir l’humanité, le B.A.-BA du rock’n’roll quoi !! Plus sérieusement, au départ je voulais démarrer un projet solo, mais je me suis vite rendu compte que c’était plus malin d’utiliser la créativité des autres membres et de fonctionner comme un « vrai » groupe, où chacun apporte sa pierre à l’édifice. Ce qui était amusant au départ, c’était qu’on était tous les trois à contre emploi : je n’avais jamais joué de guitare électrique dans un groupe, pareil pour Zoé à la basse, et notre premier batteur était guitariste ! Au-delà de ça, on voulait juste s’amuser et faire du rock n’roll, sans prise de tête, et à ce niveau on s’en est assez bien sortis je trouve !
Est-ce que Liège est une ville remplie de rockeurs ?
Butt : Je vais sans doute pas faire l’unanimité, mais je trouve que oui en fait ! Ça fait 25 ans que je traîne dans ce milieu à Liège et ailleurs, et je trouve qu’on est dans une période assez cool en fait. Il y a plein de bons groupes dans tous les styles, il y a plein de concerts et d’initiatives sympas, je trouve qu’on n’a vraiment pas à se plaindre ! Et je souligne en particulier le travail de La Zone qui, depuis que Mathieu a mis le nez dedans, a une programmation d’enfer ! Je n’oublie pas non plus Marc et le collectif Mental, le Smile, la Légia, il y plein d’endroits et de gens motivés à faire bouger les choses et Dieu sait que ce n’est pas facile, mais ils y vont, chapeau à tous ces gars !! Même le Reflektor commence à s’ouvrir au rock et au métal !! Anthrax, Dog Eat Dog ou Madball à Liège, personne ne l’a vu venir, et personne n’y aurait cru il y a 2 ans à peine !! Au niveau des gens, le succès de lieux comme le Warzone et la proportion de mecs barbus et tatoués au km² me fait penser que oui, Liège est une ville remplie de rockeurs, et c’est tant mieux !!
Comment est née la chanson « Another Man » ?
Butt : C’est la chanson préférée de mon fils ! C’est aussi ma première compo pour ce projet, elle a eu plusieurs formes avant de prendre celle qu’elle a aujourd’hui. Elle résume bien l’esprit que je cherchais dans ce projet : du rock’n’roll débridé, simple, efficace, avec des riffs qu’on retient… Niveau paroles, ça parle des gens qui s’expriment par la colère ou la violence parce qu’ils n’arrivent pas à se faire entendre autrement, et par extension, de violence conjugale. C’est rigolo hein ? On a des chansons avec des thèmes plus légers, demande moi de parler de « The Killing Sun » !
Vas-y explique moi.
Butt : Il s’agit d’une chanson qui parle de l’emprise maléfique que peut avoir la crème solaire sur les gens qui ont une peau sensible au Soleil. Pour ces gens (dont je fais partie), le Soleil est un ennemi mortel, qui ne peut être vaincu que par la pénombre, jusqu’au moment où arrive l’indice 50, avec ses promesses, et son prix à payer !
Vu qu’il y a deux vocalistes (Zoey et Butt), comment vous vous organisiez pour savoir qui chantait quoi/à quel moment ?
Butt : au début, c’est moi qui chantait tout. Quand Zoé a rejoint le groupe, elle se contentait de jouer de la basse, mais dès le départ je voulais qu’elle chante aussi ! Ça a commencé assez vite avec « Demons », qu’elle chante seule, et de fil en aiguille, on a essayé de plus en plus de composer des chansons où on chante tous les deux, en harmonie ou en alternance. Il n’y a pas de règles, mais en général je lui laisse les parties que je ne sais pas jouer à la guitare et chanter en même temps.
Zoé: Haha ! C’est vrai ! Mais le « qui fait quoi » s’est souvent imposé à nous, lorsque nous travaillions une chanson ensemble.
Est-ce qu’il y a un message caché derrière le dessin se trouvant sur la pochette de The Bright Side Of The Apocalypse ?
Butt : le dessin est de Zoé, elle peut sans doute en parler mieux que moi. Le titre par contre, illustre bien l’esprit du groupe : on dit souvent qu’on fait du doom, mais avec le sourire. L’humour est important. C’est que du rock’n’roll, rien de tout ça n’est bien sérieux, donc on s’amuse un peu avec les clichés du genre. On aime bien rigoler avec Satan et la fin du monde en fait… « Just because we’re all doomed, doesn’t mean we can’t have a good time ». J’adore parler de thèmes dramatiques avec humour. Peter Steele est le maître du genre, et il a une grande influence sur mon écriture.
Zoé : En réalité, je voulais illustrer « The Devil’s Work » dans un premier temps. Il y a donc un bouc, symbole du Diable, qui présente un crâne humain dans sa main. La peinture existait avant le titre de l’EP.
Quel sont vos meilleurs souvenirs en studio et en concerts ?
Butt : on n’a été qu’une fois en studio, pour l’EP. C’était une super expérience, au Noise Factory. Gerald, le maître des lieux, a fait un super boulot, et nous a donné des conseils excellents, sans jamais nous prendre de haut sous prétexte qu’on est des amateurs. J’aurais adoré y retourner pour enregistrer un album, mais je pense que j’ai eu les yeux plus gros que le ventre sur ce projet, qu’on a donc abandonné en même temps que le groupe. C’est mon seul regret : j’aurais bien voulu laisser une trace sonore avec Séba à la batterie, notre ancien batteur qui joue sur l’EP. Sur scène, on a plein de bons souvenirs, on a eu la chance de pouvoir jouer aussi souvent qu’on le souhaitait sans vraiment faire le forcing pour trouver des dates, et ça c’est cool. A titre personnel, les deux dates que j’ai préférées, c’était à La Legia avec les Danois de The Hyle et Evra. Pas beaucoup de monde, mais on a passé une super soirée avec les Danois. Notre premier concert au Belvédère était vraiment cool aussi. On ne connaissait pas grand monde dans le public (c’est assez rare, on joue souvent devant les potes), et les réactions étaient cool. J’étais particulièrement en forme ce soir-là. Je garde assez peu de mauvais souvenirs de concert en fait, on fait toujours en sorte que ça se passe bien…
Quel artiste/groupe reste indémodable et toujours aussi puissant musicalement à vos yeux ?
Butt : Sans aucune hésitation : BLACK SABBATH !!! C’est par eux que tout a commencé, et leurs six premiers albums sont essentiels à tout qui prétend aimer la musique à guitare saturée. Mais je suis un ultra boulimique de musique, donc je pourrais te citer 12 000 groupes, de David Bowie à Obituary, en passant par les Beastie Boys ou Claude Barzotti !!
Est-ce qu’on peut s’attendre à un autre projet après la dissolution de votre groupe ?
Butt : Moi, je suis prépensionné du rock’n’roll. C’est moi qui suis à l’origine de la fin du groupe, et je n’ai pas l’intention de redémarrer un autre projet. Après, il ne faut jamais dire jamais, mais pour l’instant, j’en suis là.
Zoé : en ce qui me concerne, je compte bien continuer dans le même genre de style. Ça fait longtemps que j’ai envie de composer seule pour voir ce qui sort. M’en voilà l’occasion !
Séba : En ce qui me concerne, j’ai toujours TILL DAWN, mon groupe principal avec lequel on prépare notre deuxième album et quelques jours après avoir annoncé la fin du groupe, on m’a contacté pour faire du tambour dans un autre trio rock : Scramjet. L’essai a été concluant, le courant est bien passé, donc dès qu’on aura terminé l’aventure The Devil’s Work, je recommence une nouvelle histoire.
Une peur règne toujours lorsqu’on prie pour qu’un groupe qu’on aime ne change pas du tout au tout. Heureusement, Foster The People, avec deux albums à son actif, réussit toujours à me séduire. Créateur de chansons les unes plus dansantes que les autres, (comment oublier « Pumped Up Kicks » ?) ce quatuor me rend encore et encore curieux en ce qui concerne leurs futurs productions.
Cet EP, III, rassemble seulement trois morceaux, ce qui m’a laissé sur ma faim certes, mais dont je n’arrête pas d’écouter en boucle ces derniers temps.
Brent Hinds, Ben Wheiman, Thomas Pridgen, Pete Griffin and William DuVall viennent d’horizons différents. Ils sont avant tout des musiciens hors pair. Ils sont aussi membres de Girafe Tongue Orchestra : un véritable événement musical ! Broken line est leur premier album. William DuVall est notre invité pour cette interview totalement inédite !
Quelle est la raison derrière la naissance de GTO ?
L’origine vient de l’admiration mutuelle que nous avons depuis longtemps les uns pour les autres. Ben Wheinman et Brent Hinds m’ont d’abord abordé pour collaborer sur GTO, il y a approximativement 7 ans. Cependant, pour de nombreuses raisons incluant nos emplois du temps chargé avec nos autres groupes, il a fallu attendre jusque 2016 pour que tout se concrétise enfin.
Pourquoi avez-vous choisi la girafe comme symbole de votre groupe ?
Brent Hinds visitait la section des girafes dans un zoo en Australie. Il a eu l’occasion de leur donner des bananes. Selon Brent, ces girafes ont été capables de prendre les bananes de sa main, de les éplucher et de les manger en un seul mouvement rapide rien qu’avec leurs langues. Brent était tellement impressionné qu’il a suggéré que le nom du groupe soit Girafe Tongue. Le mot Orchestra a été ajouté plus tard. Nous étions tous d’accord pour dire que la girafe était un animal magnifique et unique. Brent Hinds en est un aussi d’ailleurs.
En termes de musique, vous notez sans doute une différence entre un groupe comme Alice in Chains et GTO.
La musique de GTO est la somme totale de toutes nos influences musicales provenant de notre enfance. L’album Broken Lines a de tout : du punk au rock progressif jusqu’au disco, parfois dans la même chanson. GTO impose sa propre marque complètement séparée de nos autres groupes. Ce groupe représente une étape majeure pour chacune de nos carrières.
Qu’apprenez-vous en jouant avec des musiciens provenant d’autres groupes ?
Collaborer pour écrire des chansons est une des choses les plus intimes qu’on puisse partager avec quelqu’un, particulièrement quand ce quelqu’un prend la musique au sérieux comme Ben, Brent et moi-même. On peut vraiment en apprendre énormément sur la manière dont l’autre pense et comment il structure ses idées. Je me sens privilégié d’avoir eu cette expérience avec Ben et Brent. Et je suis très reconnaissant d’avoir interprété un album, et sur scène, avec Thomas Pridgen et Pete Griffin. En comptant le fait que le sentiment est partagé pour eux, je suis empli de gratitude.
Discutons de vos chansons. J’ai l’impression que les paroles ‘Blood Moon’ essaye d’évoquer quelque chose d’universel à propos de la vie moderne.
Oui. L’inspiration initiale pour les paroles de ‘Blood Moon’ nous est venue après avoir vu un jeune couple s’embrasser alors qu’ils remplissaient leur réservoir d’essence dans une station-service, à l’Est d’Atlanta. Ils étaient si beaux ensemble. Ils m’ont frappé comme l’incarnation idéale d’une jeunesse fabuleuse – tu peux avoir peu d’argent, mais tu as tes amis, tu as ton amour et quand tu sors le soir, le monde entier est à toi.
Dans le clip de crucifixion, vous comparez Donald Trump à Adolf Hitler. Qu’est-ce qui vous mène à voir le gouvernement américain de cette manière ?
Récemment, l’Amérique a certainement pris un tournant très malheureux en politique. Mais l’attitude latente qui a mené à ce virement politique, elle, était présente pendant des décennies, voire des siècles, même avant la fondation de l’Amérique. La vidéo de crucifixion a été créée plusieurs mois avant l’élection présidentielle de 2016. Mais de nombreux événements dérangeants ont prit place dès les premiers jours de la campagne. La frénésie nationaliste et la violence attisée au rallye de Trump semblaient étrangement rappeler les incidents qui ont pris place en Europe, avant la Seconde Guerre mondiale. Et avec tout cela, il y avait les coups fourrés qui ont eu lieu dans l’envers du décor par chacun des partis politiques majeurs en Amérique, durant la campagne de 2016. Ils ont pavé le chemin de la victoire de Trump et la situation dans laquelle l’Amérique se trouve aujourd’hui. Il y a un vieil adage qui dit : C’était écrit sur les murs. Ce qui s’est passé est évocateur. Il semble juste que l’art reflète les sentiments de l’artiste sur ce qu’il se passe.
N’est-il pas difficile d’être d’accord avec chaque membre quand vous composez ?
Lorsque plusieurs individus avec des personnalités fortes se rassemblent pour collaborer, il est inévitable qu’il y ait des différences d’opinions occasionnelles. Il y a aussi une immense admiration mutuelle, ce qui engendre beaucoup de confiance. Je pense que nous avons fait du bon travail sur GTO, en nous permettant de bien diviser les charges. Je les laisse s’occuper de la musique et ils me laissent m’occuper des paroles ainsi que de la mélodie. Cette confiance et cette division du travail sont les raisons pour lesquelles nous avons réussi à créer un son que nous n’aurions pas pu achever autrement.
Derrière les paroles sombres du morceau, y a-t-il un message d’espoir ?
Absolument. Je pense que le sentiment prépondérant de l’album est l’espoir. Ça parle de réaliser son propre pouvoir malgré l’impression d’être écrasé par les circonstances.
Parfois, quand j’écoute votre musique, j’ai envie de danser. GTO est-il plus pour les danseurs ou pour les révolutionnaires ?
LES DEUX ! La révolution n’est rien sans la danse, de préférence dans la rue.
Il va falloir s’y faire, chanter en français c’est cool !
Il s’agit juste de moderniser un peu cette si belle langue qui est la nôtre car chanter en français, ce n’est pas juste tout ce qui rapporte aux styles de Cloclo et d’Alain Souchon.
À l’heure actuelle, quelques bons groupes s’imposent petit à petit en chantant en français, pour le bonheur de la population francophilo-mélomane mondiale.
Six ans après le souvent injustement critiqué Prometheus et un an et demi après l’excellent The Martian, Ridley Scott revient sur la saga qui lui a permis de se faire connaître du grand public. C’était en 1979, et la science-fiction au cinéma n’a plus jamais été la même. Au même titre que Star Trek et Star Wars, Alien, le huitième passager constitue une pierre angulaire dans la popularisation de la science fiction en tant que genre cinématographiques, et tout comme ces deux sagas, Alien a droit à son retour en grandes pompes dans le Hollywood des années 2010, avec son géniteur à la barre.
Alors que le trailer de Star Wars VIII : The Last Jedi, vient tout juste d’être diffusé sur le net, et que le monde entier s’apprête une nouvelle fois à encenser la machine Disney, dont je ne m’amuserai pas à revenir sur la piètre qualité de leur récente production dans cet univers, il ne faut pas pour autant en oublier les immenses possibilités que donne (et continue à donner) l’univers de Star Wars auprès des fans.
En l’occurrence, j’ai décidé de vous parler non pas d’un long-métrage, mais d’un court-métrage « français » découvert il y a peu sur le net.
Les rappeurs belges sont à la mode en ce moment. Damso avait largement ouvert la voix en 2016 avec l’énorme succès de son premier album, Batterie faible. Un an plus tard il est de retour avec un deuxième album, Ipséité, qui fait déjà bien parler de lui. Sauf que cette année, d’autres de nos voisins du Plat Pays sont bien décidés à frapper fort en montrant bien plus que le bout de leur nez dans le paysage du rap francophone. On peut penser à Caballero et JeanJass qui ont sorti, en mai, leur album Double Hélice 2.
Mais c’est à Roméo Elvis, et au duo qu’ils forment avec Le Motel, à qui on va s’intéresser, car le fruit de leur collaboration nous a offert un bien beau projet qu’est Morale 2.
Je n’étais pas prêt. Cheveux ébouriffés, mâchoire bloquée et bras en l’air, tel était mon aspect lors de ma première écoute de Missing Link, l’album de Chet Faker, sous son nouveau nom de scène: Nick Murphy.
Dès la fin de l’année 2016, Nick Murphy débute sa lancée et balance deux morceaux, « Stop Me » et « Fear Less ».
Parfois, plusieurs groupes décident de changer de nom dans un but marketing.
En ce qui concerne cet artiste, le succès ne lui est pas inconnu, il n’a nul besoin de changer de « blase » pour y accéder. Il a collaboré avec grand nombre d’artistes célèbres comme Flume ou encore Bonobo plus récemment.
Après une série de plusieurs critiques pour le bilan de l’année 2016, on va calmer le jeu en parlant de Dungeon ni deai o motomeru no wa machigatteiru darō ka, ou Danmachi » pour les intimes.
Danmachi est un anime de 13 épisodes publiés en 2015. Il est licencié en français par Wakanim et a une deuxième saison en cours de diffusion, reprenant les aventures d’Aiz Wallenstein.
Le rap belge existe. Une nouvelle vague de rappeurs belges déferle sur les scènes francophones. L’artiste liégeois, Ledé, a décidé de nous livrer quelques mots autour de son projet, ses influences et ses convictions.
Pourquoi ne pas avoir combiné les chansons de Napalm et de Delta-Plane pour en faire un et un même album ?
Parce que je les ai faites à 2 périodes différentes de ma vie. Delta-Plane a été enregistré en 2015, et est sorti début 2016, alors que Napalm a été enregistré fin 2016, pour sortir finalement en 2017. Quand tu débutes, c’est mieux de sortir beaucoup de morceaux en une courte période, plutôt que d’attendre trop longtemps avant de sortir quoi que ce soit.
Est-ce que tu composes tout seul au niveau des instrus ou t’as un groupe qui te suit ?
Je compose tout seul quand je fais des instrus, mais je fais parfois appel à des musiciens professionnels pour mettre une basse, une guitare ou encore une trompette. Pour Napalm, j’ai aussi collaboré avec le beatmaker Mataya pour la moitié de l’album.
Est-ce de façon naturelle que tu parles de Liège dans certaines de tes chansons ou c’est parce que tu t’es inspiré d’autres rappeurs qui parlent de leurs villes ?
C’est clair que si j’avais pas entendu des gens comme Kendrick Lamar parler de L.A. ou Kanye West parler de Chicago, j’aurais peut-être jamais parlé de Liège comme je le fais. Parler de sa ville, c’est la base, car on est un produit de son environnement et si je rends pas hommage à la ville qui a fait ce que je suis actuellement, ce serait un manque de respect. Après, chacun parle de ce qu’il veut. C’est pas non plus un plan stratégique, je ne me force pas, je parle de Liège parce que mon inspi fait que je vais parler de Liège.
Comment définirais-tu Liège par rapport aux autres villes que tu connais ?
C’est une ville particulière pour moi. Elle peut être un mélange de toutes les autres villes du monde, et en même temps, elle est unique. Elle n’est pas assez grande pour rivaliser avec Bruxelles, Paris ou autre, mais elle n’est pas assez petite pour passer inaperçu. Liège est sous-côtée alors qu’elle a un potentiel incroyable. Mais la seule difficulté dans la vie, c’est d’arriver à exploiter son potentiel au maximum.
Est-ce important que le rap soit un genre de musique aux paroles engagées ?
Non. Car je ne me considère pas comme un rappeur engagé. Engagé dans quoi? Je donne de l’importance aux paroles mais il faut aussi qu’il y ait des morceaux comme « Rapper’s Delight » de Sugarhill Gang pour pouvoir décompresser en soirée. Il n’y a pas de case dans le rap, pas de barrière. Il y a des règles certes, mais le champ d’action est incroyablement vaste.
N’as-tu pas l’impression que c’est l’heure de gloire du rap belge en ce moment, avec notamment des artistes comme Roméo Elvis, Damso, Caballero et JeanJass ? Qu’en penses-tu ?
Ce serait viser trop bas que de penser qu’on est actuellement dans l’heure de gloire du rap belge. Le meilleur est à venir. L’apogée viendra quand le rap belge sera connu internationalement et aura quelques « Grammies » à son compteur. Là, on pourra parler « d’heure de gloire ».
Durant les années 90, ce que les adolescents écoutaient énormément était le grunge, mouvement musical lancé par Nirvana entre autres. J’ai l’impression que ce qui fonctionne vraiment et qui parlent aux jeunes de nos jours, c’est le rap. As-tu une réponse à ce phénomène ? Comment l’expliquer ?
Le rap c’est hyper facile à faire au final en terme de ressources matérielles. Le grunge, c’était une guitare, un ampli, 4 accords et on est parti. Le rap c’est un micro, un ordi, une voix et c’est bon. C’est comme le football, un ballon, un goal et tu peux jouer. Ça explique pourquoi les DJ et les rappeurs sont les nouvelles stars du moment. C’est simple et c’est dans l’ère du temps. La technologie a permis au rap d’être facile à faire et a donc contribué à son succès.
Qu’est-ce que tu as voulu faire passer comme message dans ton morceau « Momentum » ?
« Momentum » est une carte de visite. C’est l’équivalent de ce que je peux faire, la vibe que je peux donner et le message que je peux faire passer juste à l’aide de mots bien choisis. Si on va plus loin, une des idées que je voulais faire passer c’est: « Je débarque sans prévenir, sans demander la permission, et je vous impose ma façon de voir les choses. », sans me soucier de ce que les gens bien-pensants pourraient juger de ma musique.
Qu’est-ce que tu entends par Trop tard pour vivre la vie de rêve dans « Nitro » ?
C’est un message pour tous les gens obnubilés par l’envie de devenir une star, d’avoir des millions dans le compte en banque. C’est pessimiste mais réaliste. Si tu ne te bouges pas le cul maintenant pour réaliser tes rêves, c’est trop tard. C’est un peu pour faire réfléchir. C’est pas en pensant à ses rêves qu’ils vont se concrétiser, c’est plutôt en les faisant que tout devient réel.
Parmi les chansons que tu connais, quelles sont les paroles qui t’ont le plus marquée l’esprit ?
Des artistes comme Baloji, Gandhi, James Deano en rap francophone. Pour les américains, Eminem, Kendrick Lamar, Kanye West, et beaucoup d’autres m’ont marqué au niveau des paroles. C’est impossible de choisir un seul morceau. Je n’aime pas me limiter à un seul son. C’est un artiste, et non pas pas une phrase tirée de son contexte, qui me touche. J’aime bien avoir l’impression de connaître un artiste grâce à sa musique.
Bête de scène, guitariste talentueux et chanteur de folie, Talisco est un musicien français qui, avec Capitol Vision, signe un second opus aux morceaux ensoleillés et directs.
Cette interview dévoile ses projets futurs, son amour pour L.A. et la musique.
Qu’est-ce qui t’as poussé à faire de la musique ?
Bonne question. Je n’en ai aucune idée. Ça date de quand j’étais gamin. Depuis mon plus jeune âge, j’ai toujours eu ce besoin de créer, raconter des choses et de m’exprimer. J’ai commencé à jouer de la musique lorsque je j’ai appris à manier une guitare, à mes 11 ans. C’était un moyen assez facile pour s’exprimer. Il suffit de faire deux ou trois accords, de chanter par dessus et après tu peux faire d’autres choses de façon spontanée. C’est pas si important de savoir si « c’est bien » ou « pas bien », le principal est de pouvoir s’exprimer. Voilà comment tout a démarré.
Est-ce que t’as débuté avec Talisco ou avec d’autres petits groupes ?
Talisco existe depuis 5 ans, c’est-à-dire depuis peu. Talisco c’est le nom d’un projet, à part ça, j’ai toujours fait de la musique. J’ai fait beaucoup de chose de manière dilettante, puis plus sérieuses depuis 5 ans.
Quand j’écoute ta musique, je m’imagine toujours plongé en plein dans un western. Est-ce qu’il y a un lien entre ce genre du cinéma et ta musique ? Y as-tu puiser des influences ?
Il y a beaucoup de choses qui m’ont influencé et marqué. J’aime les grands espaces car on y retrouve une notion de « liberté ». En ces lieux, j’aime aussi y voir de la lumière. Du coup, t’as une projection qui est intimement liée à toute ma conception de la liberté. Quand on regarde des western, on rencontre toujours ce que j’explique, que ce soit quand on nous montre le Far West ou alors de grands déserts espagnols. Le western m’a donc probablement influencé. En tout cas, le décors colle bien avec l’image que je me fais de cette « évasion » et de cette « liberté ». Ce qui m’intéresse et influence le plus quand je fais de la musique, c’est cette volonté de vouloir aller chercher de la liberté et de l’évasion.
T’as dû découvrir plusieurs endroits tels que tu viens de décrire, n’est-ce pas ?
Oui, en grand nombre.
Est-ce que ces mêmes endroits ont été inspirant pour tes chansons ?
Je ne sais pas. Aux États-Unis, on peut retrouver des espaces assez incroyables, surtout en Californie. Puis, il y a également un climat qui ressemble à celui présent au Sud de l’Espagne. Un climat méditerranéen qui est chaud, rempli de lumières, agréable, qui te donne envie de rester et de profiter. Je pense que beaucoup de paysages de la Californie m’ont inspirés.
Est-ce qu’ont t’as déjà proposé de composer des musiques de film ?
Oui on me l’a déjà proposé. Malheureusement, pour le moment, je n’ai pas le temps pour cela car je suis vachement concentré pour ce que je produis au sein du projet Talisco. Autour de ça, il y a la création de l’album, beaucoup de concerts et par conséquent beaucoup de voyages. Au final, c’est quelque chose que je réserve pour plus tard mais on peut dire que c’est prévu pour un futur proche.
Ah super. Je te vois bien là-dedans.
J’adorerais.
Entre la sortie de ton premier album et le second, y a-t-il eu des événements qui ont fait en sorte que tu n’as plus perçu ou joué la musique comme avant ?
Le live, les concerts ont un tout petit peu changé ma façon d’écrire la musique. Je n’ai pas réellement changer dans ma manière d’appréhender la musique et de la créer. Le live m’a donné une envie de créer une musique plus vivante. J’ai voulu rapprocher, et non assimiler, le disque et le live. En effet, certains sons sont plus bruts et directs, et c’est en cela qu’il y a un changement.
Y a-t-il un concert que tu as vraiment aimé faire, où les gens bougeaient réellement plus qu’ailleurs ?
C’est difficile à choisir vu qu’on en a fait beaucoup depuis ces 3 dernières années. Il y a des scènes marquantes. Un des concerts qui m’a le plus marqué, c’est quand on avait fait un petit live où on avait joué une quarantaine de minutes, place de la République à Paris. C’était devant près de 10 000 personnes. Et cette même place se trouve juste à côté de chez moi. Si tu veux, quand tu fais un live avec autant de personnes à un endroit que tu côtoies tous les jours et où d’habitude il ne passe quasiment jamais rien de spécial… Se rendre compte qu’on est en présence de 10 000 personnes qui sont à fond, juste pour un concert… Fin c’est fou quoi. J’ai adoré ce moment.
Quelle est la chanson dont tu es le plus fier pour ce qui est de sa composition ?
En fait, je les aime toutes. Il n’y a aucun morceau que j’ai placé par dépit. J’ai eu le choix et j’ai fait beaucoup de morceaux avant d’en sélectionner dix ou un onze pour un même album. Aucun n’est mis à l’écart. Ce n’est pas une question de « fierté », mais ceux que je retiens sont « Behind the River » ou encore « Sitting with the Braves », complexes à créer étant donné qu’ils abordent des thèmes durs comme la Mort. Pour ces raisons, ce sont des morceaux que je retiens.
Personnellement, j’aime beaucoup « The Race ». J’espère que tu la joueras à ce concert.
On ne va pas la jouer ce soir. On a pas eu le temps de la bosser mais on va la travailler pour la pouvoir l’exécuter bientôt.
« The Race » a son côté Pixies…
Complétement. Je fais référence aux Pixies.
Juste dans sa sonorité ?
Dans sa sonorité et dans les paroles. J’ai fait en sorte d’inventer un son dans l’esprit des Pixies. Je parle aussi vite fait de l’album Sufer Rosa.
Je ne retrouve plus leur magie et je pense qu’ils sont dans une routine qui leur fait défaut. N’est-ce pas une hantise de toujours faire le même style de musique ?
Ouais, ouais peut-être. Mais je crois que pour ce cas-ci, c’est différent parce que les Pixies forment un groupe…
Qui ont influencé pas mal d’autres…
No no, ils forment un groupe avec une certaine méthode et façon de travailler. Ce n’est pas pareil quand on est seul comme moi. Par exemple, je ne crains pas de faire toujours le même son.
Est-ce que les Pixies font parties de tes idoles ?
Ils m’ont vraiment impressionné quand j’étais gosse. Quand j’ai découvert Sufer Rosa, j’ai trouvé ça génial.
C’est vrai que c’était simple et efficace.
Sufer Rosa contient des morceaux de 2min30, voire 3 min grand maximum, et tu te prends une tarte rien qu’avec ça. Cet album est fou.
Tu sais assurément partager ton meilleur souvenir, lors de l’enregistrement de ton deuxième album.
Le meilleur souvenir n’est pas un évènement survenu pendant l’enregistrement, mais bien avant. C’est lorsque j’ai rencontré Joshua Johnson pour le mix. On s’est rencontré à une soirée à Los Angeles, où on a sympathisé.
Est-ce un producteur ?
C’est un mixeur. Moi quand j’ai enregistré l’album, j’ai fait un pré-mix, où j’équilibre les morceaux et après, je vais voir un mixeur qui va mettre le tout en évidence. Ainsi, il engendre les sons avec la bonne fréquence, avec la couleur et l’empreinte qu’il faut. Joshua Johnson est un mixeur assez connu qui a beaucoup travaillé avec des personnages hip hop, comme Asap Rocky, Jay-Z, Snoop Dog, des énormes…
Et il s’était intéressé à toi, c’est ça ?
C’est plutôt moi qui m’étais intéressé à lui. J’ai été le voir pour savoir si ça le tentait de bosser avec moi. Je lui avais clairement dit que j’avais envie que ce soit lui qui mixe mes morceaux. Ma musique n’est pas du hip hop mais je trouvais ça cool que ce ne soit pas empathique comme démarche, qu’il n’aille pas faire un mix pop rock ou autre. J’attendais quelque chose qui ait un peu plus de gueule. L’avoir rencontrer, aller dans ses studios et s’être focalisé avec lui sur l’opus, à Los Angeles, c’était dingue.
Est-ce qu’on peut s’attendre à de futures collaborations avec des artistes hip hop ?
C’est possible.
C’est possible?! Wow. Ce serait différent…
Ouais. J’ai plein de projets annexes. Beaucoup de choses vont arriver bientôt…
Beaucoup de choses se sont passées à Los Angeles, c’est ça ?
Effectivement. C’est une ville que j’aime beaucoup. J’y retourne d’ailleurs dans quelques semaines. Je m’y sens vachement bien et on y vit à la « cool ».
Et le climat est toujours le même depuis que Donald Trump a été élu ?
Je n’y suis pas allé depuis. Je suis resté en France pour la sortie de Capitol Vision.