Interview

Yves Donnay Interview

HABEMUS PSYCHANALYSE PAS CHER

Le dessinateur, sculpteur et peintre Yves Donnay partage son temps de parole pour réaliser une interview dans son atelier, à Tilff. Sa philosophie artistique, ses satiriques Clochards, sa vision de Woody Allen sont alors des sujets inévitables.

Comment est né le projet nommé Les Cloches ?

Ca venait d’une frustration comique. Comme tu peux le voir ici, ce que je fais n’est pas spécialement drôle, ça n’a aucune vocation hilarante. Ce n’est pas non plus engagé politiquement ou socialement. Les Cloches est venu pour pallier à ma mauvaise humeur chronique car il faut savoir que je me lève tous les jours en me disant : Putain quel monde de merde. (rire)
Comment est-ce que je pourrai faire pour non pas le détruire mais en rigoler un petit peu plus ? Je me suis alors mis à faire des petits dessins sans a priori mais ce que je cherchais surtout, c’était un fil conducteur qui a été la rue. Qui se trouvait dans la rue ? Les clochards que l’on surnommait aussi les cloches à Paris. Voilà comment est né
Les Cloches, avec un double sens.

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Pourquoi est-ce que les sans-abris sont les personnages principaux de vos dessins ?

Au départ, ce sont plus des clochards parce qu’ils réfléchissent non pas sur leur condition mais surtout sur ce qu’ils voient dans la rue, sur ce qu’ils lisent dans les journaux qui tombent à leurs pieds ou encore sur ce qu’ils entendent des conversations.
En voyant les dessins, on pourrait croire que ce sont des SDF mais pas vraiment. Ce sont des mecs qui se sont retirés de la société et qui peuvent se permettre d’avoir un regard dessus. Même si on peut y retrouver des SDF, des immigrés, des étudiants ou tous ceux qui traînent un peu en rue. Mais au commencent, avant que ça ne dérive, je dessinais des clochards professionnels.

Qu’est-ce que sont des clochards professionnels ?

Ce sont des anarchistes purs et durs. Ceux qui refusent absolument tout, comme travailler.

Y en a-t-il encore ?

Oui, il y en a toujours eu. Maintenant, ils ne sont pas forcément à la rue. Il y en a qui sont avec un sac au dos, qui se baladent.

Comme des ermites ?

Oui, ça pourrait être des ermites ou des globe-trotters qui ne sont pas multimillionnaires. Des mecs qui ont juste besoin de deux caisses pour vivre mais pas plus, sinon ça devient insupportable.

Est-ce que vous avez déjà pensé à être comme cela ?

Je suis un peu comme ça mentalement mais je n’en ai ni la vocation ni le courage. Dormir dehors, je sais pas si t’as déjà essayé, mais c’est très dur.
Même dormir l’été dehors, sans rien, c’est pénible. J’ai déjà fait un peu de ballade sauvage, du temps où j’avais un chien, et dormis un ou deux jours pas plus, cela suffit pour être dans un état lamentable. (rire) La nuit tu pleures car il fait vraiment froid.

Si l’on admet que les clochards sont une façade qui rappelle au citoyen ce qui l’attend s’il dévie des normes sociales, est-il bon pour les gouvernements de garder des clochards ?

A Liège on pourrait le croire. (rire) On a l’impression qu’on les attire de partout mais c’est une autre catégorie, ce sont plutôt des junkies. Je ne les compterai pas dans les clochards ou les SDF. Je pense que ça fait toujours très peur qu’on puisse tomber de son petit confort et se retrouver sans ou presque rien. C’est très dur comme situation parce qu’on y perd assez vite ses neurones. Quand tu vois les gens qui sont réduits à ça durant des années, ils sont arrangés. Je ne dirai pas qu’ils sont irrécupérables mais en tout cas, ils ont des problèmes psychologiques ou alcooliques donc ils prennent ce qui leur tombe sous la main, comme des cachets par exemple. Et effectivement, ils se laissent aller. C’est très difficile ensuite, de garder une certaine hygiène de vie. C’est plus intéressant pour le gouvernement d’avoir des gens en mauvais états dans la rue que des cloches comme les miennes qui risqueraient de foutre un peu plus la merde. (rire)
Il faut du coup, avoir des pauvres non contestataires dans la rue qui fassent pitié ou qui dégoutent, ainsi certains se diront : Je suis bien content d’avoir mon petit boulot de merde. Les pauvres contestataires, eux, vont en attirer d’autres dehors.

Comment se porterait votre inspiration sans les malheurs et stupidités du monde ?

Aaaah. Je ne ferai probablement pas de dessins, si tout allait bien. Si on est tous heureux et si notre environnement était comme à l’origine du monde, c’est-à-dire comme au Paradis, je pense qu’il n’y aurait aucune raison de faire du dessin tout court. Si t’es bien, tu fais rien, tu te contentes d’être bien, comme si c’était des vacances parfaites.

J’ai l’impression que dans vos sculptures certains de vos personnages n’ont pas de visages. Est-ce le plus difficile à faire ?

Non. Faire des traits précis, ça l’est, même si ça n’est pas le but. Elles ont une expression, elles n’ont pas vraiment un visage. Je n’essaye pas d’avoir des traits mais plutôt une figure qui correspond à l’attitude ou à ce que j’ai envie d »exprimer dans la sculpture, c’est-à-dire la souffrance, l’impassibilité.
Le plus dur c’est quand tu passes à l’étape du plâtre : il fait dégueulasse partout. Je dis toujours que c’est du dégueulasse propre… Parce que c’est blanc. (rire) C’est une technique avec du plâtre liquide donc il y en a absolument partout et j’en deviens tout blanc.

Est-ce que vous considérer vos œuvres comme le reflet de ce que vous êtes ?

Pas totalement. Par contre, c’est le reflet de ce que je ressens. Il y a une partie du travail de l’artiste qui est une espèce de catharsis, une psychanalyse pas cher que tu fais payer aux autres, dans le meilleur des cas, en tout cas.

J’aime bien ces termes : psychanalyse pas cher.

C’est d’ailleurs la preuve que le cinéma n’est pas un Art puisque Woody Allen dit qu’il a tué 3 psychanalystes. S’il a encore besoin d’aller les voir alors qu’il fait du cinéma, et bien c’est que le cinéma n’est pas un Art. Si ton Art est un bienfait pour toi, tu n’as pas besoin d’aller chez un psychanalyste.

Oui mais ça c’est une définition, c’est votre définition…

(énorme rire d’Yves Donnay) C’est pas ma définition, c’est un peu une blague. L’Art ne doit pas être sérieux contrairement à ce que la plupart des gens pensent.

C’est vrai que quand j’écris ça m’aide beaucoup. C’est pour cela que j’aime assez le psychanalyse pas cher.

Ben oui. Tu sais, pour la plupart des artistes signifiants, ils expriment vraiment quelque chose que tu ressens profondément et ne se contentent pas de faire que des choses esthétiques ou selon une pensée mysticointellectuodébile sans signifiance. Quand tu fais un truc de signifiant, ça te soulage de tes problèmes, ça t’aide à le sortir et à le partager. Alors que les autres soient d’accord avec toi ou pas, ça n’a pas vraiment d’importance, vu que toi, t’as réussi à le sortir. C’est déjà un bon point.

C’est drôle que vous ayez parlé de Woody Allen parce que je vais en discuter maintenant. Dans son dernier film appelé Cafe Society, un des personnages dit : La vie est une comédie écrite par un auteur sadique. Que pensez-vous de cette citation ?

Ce n’est pas la première fois que Woody Allen lâche ce genre de phrases. Ça dépend pour qui. Quand tu as la possibilité d’avoir un peu de recul, tu peux trouver qu’en effet, la vie un scénario écrit par un fou. Un fou qui en plus peut être assez méchant par moment. Maintenant, de là à dire que c’est une comédie, je ne sais pas vraiment. Quand tu as de quoi vivre ça peut virer à la comédie mais quand tu n’as rien, c’est franchement un drame. Je ne suis pas sûr que les gens venus de Syrie, pensent que la vie est une comédie, même écrite par un sadique. Je crois plutôt que c’est un drame écrit par un malade mental qui était d’ailleurs, leur président. (rire)

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DRAMA – Interview faite le 01/07/16
Photos ©Alexis Docquier (prises dans l’Atelier d’Y. Donnay, à Tilff, le 01/07/16)

Publié le 3 novembre 2016

Hungry Hollows Interview

LA RESURRECTION DES EMPAILLES

Avant même de poser leurs animaux empaillés sur scènes, les 3 jeunes hommes d’Hungry Hollows se sont prêtés au jeu de m’accorder une interview. C’est au bord de la Péniche Légia qu’ils nous délivrent leurs pensées rock’n’roll.

On vous a souvent comparé à Queen Of Stone Age et j’aimerai savoir, qu’est-ce que cela vous fait?

Elliot : Oui c’est vrai qu’on nous fait souvent la comparaison, maintenant on essaye de se détacher de tout cela en disant qu’on reste plus « soft » dans certains trucs. En tous cas on essaye pas de copier malgré les ressemblances sonores. Ce n’est pas la seule et unique influence de ce que l’on fait.

Antoine : Je pense que quand t’as un groupe, tu joues toujours de la musique qui ressemble à des groupes que t’aimes bien, c’est logique. On ne va pas aller jusqu’à jouer comme eux évidemment.

Elliot : Involontairement, on sent que c’est un groupe qu’on écoute mais c’est vraiment pas réfléchi.

Antoine : Mais, sinon, cette comparaison nous fait plaisir.

Sébastien : En même temps, étant donné qu’on est trois et qu’eux sont au moins cinq sur scène, c’est pas vraiment comparable. Nous, à trois, on est plus épuré et il faut qu’on arrive à faire quelque chose qui donne. Mais ouais cette comparaison nous fait plaisir.

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Antoine va vous quitter pour un petit temps, pouvez-vous me décrire le petit nouveau batteur?

Sébastien : En fait, d’abord, il faut bien expliquer qu’Antoine s’en va en Espagne, le groupe ne se sépare pas. On s’entend toujours bien

(rire)

Antoine : C’est un ami à nous trois qui va le remplacer, il s’appelle Thibaut. Il joue notamment dans Two Kids On Holyday et Leaf House. C’est un super bon pote à nous qui joue vraiment bien.

Elliot : En plus, il connait les morceaux par cœur, du coup c’est plus facile pour la relève. On a déjà répété une ou deux fois avec lui et ça roule déjà bien, on ne doit pas le former à ce qu’il doit faire.

Sébastien : On a eu de la chance à ce niveau là.

Antoine : Ouais puis le fait que ce soit un pote ne me dérange pas du tout. Par contre s’ils avaient pris un blaireau ça m’aurait pas fait plaisir.

Est-ce que vous pensez que Liège donne beaucoup d’importance aux artistes?

Elliot : Non.

(rire)

Elliot : En Belgique et surtout en Wallonie, je pense que les artistes se retrouvent toujours dans un milieu très fermé où ce sont les mêmes gens qui dirigent les mêmes choses et du coup, c’est tout le temps le même style qui va fonctionner parce que c’est ça que les gens sont habitués à entendre. Donc on va faire en sorte que ce soit un tel type de musique qui fonctionne parce qu’on est certain que ça va se vendre et la scène sera peut-être plus concentrée là-dessus. Néanmoins, il y a moyen de trouver beaucoup de lieux à Liège qui permettent de jouer, si on s’organise bien.

Antoine : Je dirai la même chose en rajoutant le fait qu’il y a des musiciens très motivés qui jouent un peu partout, dont des scènes pourries mais que les gens qui dirigent un peu le bazar sont tous un peu des gens qui s’enculent. C’est à dire toujours les mêmes dans les mêmes projets.

Des « fils de… »

Antoine : Oui des « fils de… »…

Elliot : Comme une communauté consanguine de la musique qui fonctionne.

Antoine : A fond, c’est vraiment ça!

Elliot : Du coup t’as toujours les mêmes membres dans des groupes différents.

Antoine : Puis, si tu fais un peu attention, il y a toujours les mêmes groupes qui jouent au Reflektor, puis bam: aux Ardentes. A partir du moment où tu fais une musique qui plait, si tu joues sur Pure.fm, tu joueras aux Ardentes. Enfin c’est comme une espèce de circuit fermé pour certains types de musique.

Sébastien : Les Allemands, eux, sont ouverts plus à de la musique alternative ou au metal, avec une scène importante, alors qu’ici, il y a maximum le Smile pour voir des concerts.

Antoine : Quand on a joué en partie germanophone de la Belgique, la salle était pleine alors que personne ne nous connaissait. Là-bas, t’es reçu super bien, t’es payé et bien accueilli parce que ce sont des gens qui sont peut-être plus ouverts.

Sébastien : Il y a pire que les programmateurs, il y a le public aussi. C’est-à-dire que les gens ne se déplaceront jamais pour aller voir des groupes qu’ils n’ont jamais vu.

Elliot : Les gens à Liège et en Wallonie de nouveau, ne sont pas curieux. Ils vont voir s’ils connaissent.

Faut bouger quoi.

Antoine : Il faut essayer de bouger.

Elliot : C’est pas qu’on veut pas, on aimerait beaucoup.

Sébastien : Faut trouver un type qui te produit, un label et tout ça.

Elliot : On va avoir un bon créneau, un coup de chance, une bonne rencontre…

Bon ben voilà pour le coup de gueule…

(rire)

Elliot : C’est pas un coup de gueule, c’est un constat.

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Voici arrivée la petite minute solennelle. Qui vous a inspiré le plus, David Bowie ou Lemmy?

Sébastien : Lemmy n’est pas mort, il est là.

Elliot : « The ace of spades! » (oui, parce qu’il faut savoir qu’Elliot imite très bien la voix de Lemmy)

(rire)

Elliot : Lemmy pour le coté souillon et rock’n’roll car on a pas meilleure image. Musicalement, j’accroche plus avec David Bowie pour ce qui est des constructions et son aspect très ouvert à la musique. Il a fait plein de choses différentes et créé un univers que les gens ont su suivre. C’est pour cela que j’admire plus David Bowie, plus professionnel, mais Lemmy et son coté rock’n’roll me plaisent. Au final, je suis un peu partagé.

Antoine : Les deux étaient des grands Messieurs.

Sébastien : Moi, personnellement, je n’ai jamais vraiment beaucoup écouté ni Motorhead ni David Bowie mais je connais les grands classiques. Je ne me suis jamais vraiment interessé à leurs discographie donc je vais pas faire semblant de pleurer pour leur mort. Il n’empêche que ça reste des gens brillants musicalement et qui ont fait de grandes choses. Je ne connais pas assez pour juger mais on peut se demander évidemment qui va les remplacer maintenant.

Antoine : Moi aussi, je ne suis pas spécialement un très grand connaisseur de David Bowie, encore moins de Motorhead mais depuis qu’il est mort, je me suis vraiment intéressé à David Bowie et à sa discographie, comme je me suis aussi intéressé à Michael Jackson après sa mort.

Moi aussi.

Antoine : Là, je me dis: “ Putain j’aurai pu faire ça avant”.

Il n’est jamais trop tard.

Antoine : Ouais il n’est jamais trop tard mais c’est con d’attendre qu’il soient morts pour s’y intéresser quoi.

Qu’est-ce qu’être « rock », de nos jours?

Elliot : Boire plein d’alcool, prendre de la coke et niquer des putes! Ou casser des instruments sur scènes, quand on a les moyens d’en racheter après.

(rire)

Elliot : Non mais je ne sais pas exactement.

Antoine : Moi j’ai l’impression que ça n’existe plus trop d’être « rock ».

Elliot : Pour citer un magazine que j’ai lu, le plus grand « rockeur » actuel c’est Kanye West parce qu’il est totalement en dehors du système pour le moment et qu’il a un esprit rock’n’roll dans le sens où il n’en a rien à foutre de ce qu’on va penser.

Sébastien : Oui, il y a des gens qui font pas de « rock » mais qui le sont mentalement.

Elliot : Ainsi, on peut penser à plein de rappeurs. Par exemple Kanye West, pour présenter son nouvel album, il a branché son Ipod qu’il a laissé tourner, au Madison Square Garden.

(rire)

Elliot : Il est grossier. Être grossier c’est un peu être rock’n’roll.

Antoine : Moi je pense à Ty Segall qui s’en fout de son image et qui y va à fond.

Sébastien : Il y en a souvent plein qui sont pas connus…

(et c’est à ce moment que toutes les fan girls arrivèrent)

Elliot : Être blanc dans un quartier de noirs. Eminem, ça c’est un vrai rockeur! Rap God!

Phillipe Manœuvre disait que la musique rock, c’était le mariage entre une voix et une guitare, êtes-vous d’accord?

Elliot : En tout cas, ce qui n’est pas du tout rock c’est le mariage entre un homme et des lunettes de soleil.

(rire)

Sébastien : Je pense qu’il a plutôt raison.

Elliot : Pas forcément. Ca peut-être une entité.

Sébastien : En ce qui nous concerne, la « voix » n’est pas forcément un élément principal. Il y a des artistes avec des lignes de voix terriblement mélodiques avec des paroles terriblement recherchées ou alors une « voix » vraiment mise en avant. Nous, on part plus d’un principe musical. D’ailleurs, quand on compose, on fait d’abord la musique et après le chant rajoute une mélodie qui n’est pas vraiment mise en avant, au départ. Ca se ressent d’ailleurs dans le mixage des morceaux.

(la deuxième rafale de fans arrive)

Sébastien : Mais évidement et globalement, il faut que le chant soit quand même présent et important. En gros, on fait souvent l’instrumentation, puis s’ajoute le chant.

Elliot : Enculé de Manœuvre, on l’encule.

(rire)

Antoine : Je suis d’accord avec toi et je pense que les gens qui donnent des définitions globales de ce qu’est le rock, sont des branleurs. Tu peux pas définir ça.

Elliot : Et j’ai jamais entendu un cd de Phillipe Manœuvre.

Vous l’aimez pas, c’est ça? (rire)

Antoine : Ben moi je l’aime bien dans « Rock’n’ Folk ».

Elliot : Utilisons le mot « has been » pour le décrire.

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 Est-ce qu’on doit s’attendre à quelque chose de nouveau niveau son pour le nouvel album?

Sébastien : Par rapport à ce qu’on a fait avant?

Oui.

Antoine : Non.

Sébastien : En fait on a enregistré ça, sur plus d’un an parce que ça s’est fait en plusieurs phases. On va un peu ailleurs. Il y a une espèce de ballade un peu plus « soft » que ce qu’on faisait avant sauf pour sa fin et une chanson plus dansante ,presque disco, vers sa fin. Je pense que c’est plus aboutit musicalement qu’avant. On touche un peu à autre chose tout en restant dans le même créneau.

En featuring Lemmy aussi.

Elliot : « The ace of spades! » Je pourrais le tisser.

Je me suis toujours demandé ce que signifient les animaux empaillés que vous emportez toujours avec vous sur scène?

Elliot : A la base, nous étions chez Antoine, quand il habitait à Tilff, un 15 août. On avait bu un verre et on avait vu ce magnifique renard qui a couté la modique somme de 5 euros, accompagné d’une piscine gonflable qu’on a acheté en même temps et de mon sac « Chupa Chups » que j’utilise pour mettre mes pédales. Tout vient du même moment. Quand on avait un verre dans le nez, on s’est dit que c’était quand même marrant d’acheter ça. Puis certaines personnes ont vu cet animal et nous en ont proposé plus. On a accepté et maintenant, on nous les offre parfois, du coup on en 4.

Antoine : Ca n’a pas de signification.

Elliot : Il n’y a vraiment aucun sens à cela. Ca nous faisait marrer sans même y penser et on s’est dit qu’on taperait bien le renard sur scène vu qu’il était en premier lieu dans le local où l’on répétait.

Antoine : On est pas des taxidermistes ou des fétichistes des animaux morts. Ce qui est bien c’est qu’à chaque fois que quelqu’un nous voit en concert avec ces animaux, il s’en rappelle. Il va se dire : « Ah Hungry Hollows, les mecs avec les animaux sur la scène. ».

Sébastien : C’est vrai qu’on nous en parle souvent. On a réussi en fait. C’est du “music marketing »

Elliot : On a déjà eu des plaintes sur Facebook comme quoi c’était honteux de présenter ces animaux empaillés comme ça. Ce à quoi on a répondu : « Ca leur permet d’avoir une seconde vie. Une vie rock’n’roll.”
On peut en offrir à Kanye West donc!

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Photos ©Alexis Docquier – Péniche Légia, le 07/04/16)
Interview faite le 07/04/16

Publié le 8 mai 2016

Marc-Emmanuel Mélon Interview

PAS DE DEFINITION POUR L’ART

Professeur, enseignant l’art du cinéma et de la photographie à l’université de Liège, en faculté de Philosophie et Lettres, Marc-Emmanuel Mélon a accepté de parler de sa Science du cinéma.

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Est-ce qu’il y a un film en particulier qui vous a donné l’envie d’enseigner ?

Aucun film ne m’a donné envie d’enseigner. Le goût et le bonheur de l’enseignement, malgré les vicissitudes que l’on rencontre parfois, sont indépendants des objets. Si j’étais mathématicien, j’aurais aimé enseigner les mathématiques. Je suis aussi historien de l’art et j’ai toujours voulu partager avec les plus jeunes le plaisir de l’art.
Par contre, un film,
Vertigo de Hitchcock, que j’étudie depuis plus de vingt ans, m’a donné envie de chercher (un prof d’université exerce trois métiers en un : enseignant, chercheur, gestionnaire, cette dernière charge prenant le plus de temps).

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En ces temps troubles, où la haine apparaît malheureusement trop souvent, quels sont les films à voir, qui nous aideraient à mieux réfléchir sur l’existence ?

Impossible de répondre à cette question. Il y a des films qui donnent à penser, d’autres pas mais sur lesquels il est toujours possible de construire une pensée. Le 22 mars, jour des attentats de Bruxelles, le hasard a fait que le film Teorema de Pasolini était programmé au cours d’Histoire du cinéma. Vous l’avez vu. C’est un film qui questionne l’existence et notre capacité à la changer. Je suis très heureux de cette pure coïncidence. Il y a aussi quantité de films qui empêchent de penser, parce qu’ils prétendent donner aux problèmes du monde une solution simpliste. Ce sont, en général, des films d’action très divertissants dans lesquels le héros est toujours gagnant. Ceux-là sont dangereux, et il faut développer son esprit critique pour être capable de les contredire. C’est l’objectif premier de mon enseignement, et de l’enseignement supérieur en général.

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Etes-vous plus pour le numérique ou la pellicule ?

Ni l’un ni l’autre. Il faut respecter les supports d’origine des films et ne pas fétichiser la technique.

Considérez-vous Xavier Dolan comme un des dignes héritiers de Jean-Luc Godard ?
Ce jeune cinéaste québécois traite de « l’amour impossible » dans sa filmographie, avec beaucoup de poésie, tout comme JLG.

Xavier Dolan fait d’excellents films, sans doute est-il un des nombreux héritiers de JLG, mais alors très lointain. Ce n’est pas la thématique (quelle qu’elle soit) qui crée une filiation, c’est le style.

Etes-vous d’accord avec la citation de Samuel Fuller dans Pierrot le fou (1965, Jean-Luc Godard), à propos de ce qu’est un film : Un film est un champ de bataille : amour, haine, violence, action, mort, en un mot, émotion ?

Beaucoup de films correspondent à cette définition, y compris Pierrot le Fou. Beaucoup d’autres, non. On ne définit pas un film en quelques mots. Ni le cinéma. Ni l’art. Définissez l’art et il se trouvera toujours un artiste pour faire autre chose qui sera quand même de l’art. Je n’aime pas les définitions. Je préfère les expérimentations.

 Est-ce que le cinéma belge détient de futures grandes vedettes ?

Je n’en sais rien et cela ne m’intéresse pas.

Y a-t-il un réalisateur en particulier dont vous attendez le film ?

Non, il risquerait de me décevoir. Je n’attends pas le film d’un réalisateur mais j’attends le réalisateur qui me fera découvrir un film inattendu. Il y en a malheureusement de moins en moins.

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Interview du 06/04/16

Publié le 20 avril 2016

Le Macchine Dell’Inferno Interview

L’ALBUM DISTOSUB

Après un premier album, muni de fréquences basses auditivement destructrices, Le Macchine Dell’Inferno revient avec un ep de 5 titres, plus flamboyants les uns que les autres. L’ingénieur son, Pasquale Caruana, nous livre quelques mots sur son projet.

Peux-tu me résumer en quelques mots ta carrière ?

J’ai commencé à jouer de la guitare à l’âge de 16 ans puis, j’ai continué à prendre des cours de piano et de solfège, à l’académie. J’ai joué dans différents groupes de rock, punk jusqu’à salsa rock, reggae, etc. Après avoir joué dans quelques groupes, je me suis aperçu que j’aimais plus travailler dans la production sonore en studio : bosser en tant qu’ingénieur du son. Au fur et à mesure des années, j’ai commencé à construire mon propre studio et à faire beaucoup plus de productions que de guitare ou de clavier.

Où as-tu enregistré ton nouvel album et combien de temps cela a pris ?

Je l’ai enregistré dans mon propre studio, à Montréal. C’est difficile de dire combien de temps cela m’a pris parce que je me suis consacré à la composition quand j’avais du temps libre. Ca peut s’étalonner sur 1 an. En résumé, l’album s’est fait en deux mois si on compresse les jours dispersés.

Musicalement, on peut retrouver dans cet album : un bon gros son de basse, des distorsions à foison, des sons électroniques…

Comment définirais-tu, en un seul mot, le son de cet album ?

« Distosub ».

Pourquoi as-tu choisis de poser la basse, au centre de ton image d’album ?

Le groove est dans la basse. Les fréquences basses sont la fondation d’un morceau, c’est bien pour cela que l’on met les sub par terre, c’est par là que je commence. Du coup, je l’ai mise au centre parce que si tu n’as pas une bonne fondation, tu ne peux pas construire ton morceau.

J’ai remarqué que tu chantais en plusieurs langues, déjà depuis Niente. Tu as déjà chanté en français, en italien et en anglais. Est-ce qu’il y a une langue que tu préfères, qui te convient le plus pour tes chansons?

C’est vraiment en relation avec ce que le morceau m’inspire. Je commence à enregistrer la basse avec un groove de batterie, puis, souvent le groove de batterie change par rapport à ce que je fais à la basse. Après ça, je mets les guitares et puis, seulement, je commence à m’imprégner du morceau et à essayer de lui trouver un sens. C’est ensuite que sorte quelques phrases en anglais, italien ou autres. C’est souvent le morceau qui va m’inspirer l’ambiance. Ca peut-être aussi une phrase à laquelle je pense, deux, trois mots, une mélodie qui me vient à l’esprit, pour enfin donner un sens au texte.

Tu as enregistré déjà de nombreux albums, que ce soit avec Falling Anvils, The Hype, Hungry Hollows ou un artiste qui fait succès au Québec qui se nomme Marco Calliari.

Quels sont tes futurs projets et collaborations ?

A court terme je dois terminer de mixer le nouvel album des Hungry Hollows. A long terme, Waiting For : un groupe métal de Liège. De Parrot qui était en première partie acoustique de Channel Zéro.

Ici, au Québec, je continue avec Marco, on pratique un show de ballades, prévu pour le mois de mars. Après cela, on part sur un nouvel album.

2016 s’annonce assez…

Laborieux !

Quel est ou quels sont les albums que tu aimes bien écouter, en ce moment ?

Ca dépend de ce que je veux écouter. Si je veux écouter un truc qui arrache un petit peu, j’écoute Shining (NDLR : le groupe norvégien, pas le groupe suédois). Sinon, quand je veux être plus relax, j’écoute Mrs. Mills.

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DRAMA – Photo ©Alexis Docquier / Interview réalisée le 14/01/16

Publié le 17 avril 2016

The Hype Interview

« PUNK IS NOT DEAD »

Benoit, revenu de la messe, Brian avec ses baguettes gargantuesques et Rémi en sweat mauve, m’ont accordé une interview follement riche en opinions rock’n’roll. Ce dimanche, devant leur local, on a ri et parlé punk, cinéma, composition, tout en discutant de cul, en même temps !

En studio, avant leur répétition pour de nouvelles chansons, les Liégeois de The Hype se sont livrés à mes questions. Pouvez-vous me résumer ce qu’est votre groupe ?

Benoit : On fait plutôt du punk garage à tendance néo-grunge.

Brian : Punk is not dead, quoi.

Rémi : Un power trio

Benoit : On est des souillons.

Brian : Des morceaux amusants, punks, dans l’efficacité avec pas trop de chipotages.

Rémi : Avec les fioritures de coté… Le groupe existe depuis 12 ans aussi.

Benoit : Moi j’avais commencé avec des potes puis on a changé. Rémi est arrivé comme bassiste. Moi et lui sommes là depuis les débuts.
Ensuite, on a eu plein de batteurs différents jusqu’à ce qu’on trouve notre ami Brian ! The best « batteur » of the world !

Avec les plus grosses baguettes du monde surtout. (rire)

Benoit : Il n’y a pas que les baguettes qui sont grosses chez Brian ! Nan mais plus sérieusement, depuis que Brian est là, c’est-à-dire 2 ans, on est vachement plus stable.

Vu que tu es le nouveau batteur dans ce groupe, Brian, je voulais te demander comment c’était de jouer dans The Hype ? Peux-tu me dire comment c’est par rapport aux autres groupes avec lesquels tu joues ou tu as joué ?

Benoit : Tu veux dire sexuellement ?

Rémi : Sexuellement parlant, il est bien.

Brian : Ils sont très ouverts. J’ai débarqué pour dépanner, au départ, puis, j’ai donné mon avis sur la structure des morceaux en ce qui concerne la composition. Tout se passait bien dans cette optique là et j’ai continué avec mes propositions et mes compositions. Rémi ou Ben débarque avec un riff, puis ça part assez vite.
Humainement, ils sont cool. Ca « drive » bien, ils se remettent en question s’ils voient qu’il y a un truc qui ne va pas et ils prennent vraiment en compte mon opinion, ce qui est vraiment important.
Il y a d’autres groupes où, des fois, tu arrives juste pour qu’après on t’impose ce qu’on te dit de faire sans que tu ne donnes ton avis. Ici, je suis vraiment libre au niveau de mon jeu de batterie et de mon énergie. C’est chouette d’être avec ces cocos là : ils bossent tranquilles et ça marche super bien.

Benoit : Je rajouterai même que dès l’arrivée de Bryan, il a réussi à canaliser notre énergie. Avant, on partait dans tous les sens avec les autres batteurs.

Rémi, tu fais également parti du groupe Winter Tyre à la musicalité apaisante et calme ? Comment t’es venue l’idée de créer une bande comme celle là ?

Rémi : Le projet est parti d’une amie anglaise qui avait des chansons à jouer mais qui n’avait pas de musiciens. Elle m’a, par la suite, proposé de jouer. J’ai écouté ses démos en cassettes puis, j’ai joué et trouvé des accords à la guitare avec trois autres personnes. Un bassiste et une famille avec des flutes se sont ajoutés, par après. Il n’y a pas de batteur et c’est effectivement plus apaisant. Bref, c’est de la pop, indie rock à la Beck ou Belle and Sebastian.

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Est-ce qu’on doit s’attendre à du The Hype tout craché pour ce nouvel album ou avez-vous essayé d’aller vers de nouveaux horizons ?

Benoit : Les tous nouveaux morceaux, par rapport à l’album précédent qui est fort dans le « rentre dedans, tout le temps », sont un petit plus pop rock.

Brian : Ils sont aussi plus dans l’esprit de groupe comme The Brian Jonestown Massacre, en d’autres termes plus rock indie avec toujours ce coté punk dans le sang. On essaye d’éviter les clichés à propos des nouveaux arrangements.

Benoit : On n’a pas changé fondamentalement notre genre mais on n’avait pas envie de faire le même album. L’esprit est punk mais les morceaux peuvent avoir un esprit indie.

Quel est le morceau que vous aimez le plus jouer en concert?

Rémi : Pour moi, c’est « Going Too Fast » parce que c’est le meilleur morceau…

Benoit : (rire)

C’est celui où tu chantes, c’est ça ? (rire)

Brian : J’aime jouer le morceau « Gone ». Un nouveau, qui sortira sur un futur ep. C’est un titre un peu plus calme que d’habitude et il est agréable à jouer, ça me fait même une pause entre les morceaux et les gens accrochent généralement à ce morceau. Je me suis fort inspiré de mon idole Dave Grohl et de sa période Nirvana dans ma composition.

J’ai pensé à toi en voyant les baguettes géantes, des monuments dans sa ville qui lui sont dédiés.

Benoit : J’aime vraiment bien jouer les nouveaux peut-être parce que je me sens plus à l’aise, parce qu’on les a composés ensemble.

Brian : J’ai réécris quelques passages dans les vieux morceaux et là, pour les nouveaux morceaux on les a fait tous les 3 trois, c’est-à-dire à petites pattes, et donc c’est agréable de les faire ensemble. Concernant les vieilles chansons, j’aime aussi en jouer.

Benoit : Moi je prends mon pied à jouer « Wander ». Petite érection, éjaculation (en voix basse).

Après la sortie du documentaire sur Kurt Cobain, Montage of Heck,  de 2015, un album solo posthume a été livré à la suite. Je voulais savoir ce que vous en avez pensé.

Rémi : Je laisse parler Ben…

Benoit : C’est un scandale ! En tant que fan de Nirvana et de Kurt Cobain, je trouve que c’est scandaleux un truc pareil parce que ce n’étaient que des bazars qu’il enregistrait pour ne pas les oublier. En plus d’être inécoutables, je ne pense pas qu’il ait voulu qu’on les vende. Il n’y a que qu’un morceau qui est vraiment bien… Tout le reste, ce n’est que de la merde.

Brian : Personnellement, je n’ai vu ni le reportage ni écouté l’album.

Rémi : J’ai été voir le film au cinéma et je l’ai trouvé trop intimidant, personnel, intimiste.

C’est vrai qu’à partir du moment où, le réalisateur va dans le grenier, rechercher des éléments pour son documentaire…

Benoit : Je ne pense pas qu’on ait envie de garder une image de Cobain shooté avec son bébé dans les bras. Je pense d’ailleurs qu’il n’aurait pas voulu qu’on voie ça de lui.

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Ce que j’aimais du documentaire, c’est que j’ai appris que la presse l’avait vraiment coulé avec obstination et de façon honteuse.
Par contre, d’autres passages sont, en effet, plus gênants.

Benoit : Oui, il y a des séquences où l’on voit à quel point il en a chié mais il y en a d’autres qui n’ont aucun intérêt.

Quel est, selon vous, le groupe le plus rock and roll encore vivant ?

Rémi : Mudhoney.

Benoit : Oui et Motorhead avant que Lemmy ne meure.

Rémi : Nirvana avant que Kurt Cobain… (rire)

Brian : The Dillinger Escape Plan. Ca… Ca c’était vraiment sauvage ouais. Leur live au Virgin, en 2005, en est bien la preuve. D’ailleurs, petit anecdote avec le groupe : il y a longtemps, à Werchter ou à Dour, ils jouaient début d’après-midi, le chanteur chie dans un petit sachet, le ferme et le jette dans les gens…

Benoit : C’est pas rock and roll, c’est dégueulasse. (rire)

Brian : Les gens lui renvoient le sachet, le chanteur le reprend, l’ouvre, prend sa merde, dit : « Toutes façons tous les groupes qui vont passer après nous, c’est de la merde ! » et il se fout ses excréments en pleine face.

Benoit : Voilà ! Ca c’est la définition du rock and roll pour Brian : tu te chies dessus et tu t’en fous plein la gueule, c’est bien rock. (rire) Sinon, dernièrement, on a vu un concert du groupe anglais, les Fat White Family et ils ont une putain d’attitude rock and roll. Ils ont rien des groupes surfaits que l’on retrouve assez souvent maintenant.

Avez-vous l’intention de voyager en dehors de la Belgique pour vos futurs concerts?

Brian : Tout à fait. Le nouveau label liégeois « Luik Record » nous a un peu pris sous leur aile et offert un tourneur vraiment cool qui était intéressé par notre groupe. On nous laisserait jouer en France. Il est clair qu’on a envie de voyager et de ne pas jouer seulement à Liège. On aimerait taper du punk en Allemagne ou en Hollande parce que le public est beaucoup plus réceptif à ce type de musique. On est bien motivé et ça avance lentement mais sûrement.

Benoit : On n’a jamais eu de tourneur…

Rémi : Nan jamais. On a toujours été super merdique foireux.

Benoit : On a l’occasion de jouer en France, ce qui est déjà pas mal.

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DRAMA – Photos ©Alexis Docquier – Péniche Légia, le 27/03/15 / Interview faite le 20/03/16

Publié le 11 avril 2016