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Romy : le cinéma belge du futur ?
La Belgique a aussi son cinéma.
États-Unis, France, Japon, Corée… Partout, les salles sont remplies de films étrangers. Ce n’est pas une mauvaise chose. Les idées du monde circulent, les pépites d’ailleurs se partagent, et l’échange s’enrichit.
Mais une fois n’est pas coutume, penchons-nous sur le cinéma belge. Voyons quelles œuvres du septième art se trouvent sur les seuils de nos portes. Récemment, une partie de notre rédaction à eu l’occasion de se rendre au festival des Enfants terribles, à Huy. Là, une sélection de courts-métrages, en partie belges, étaient présentés.
L’un d’eux, Romy, a attiré notre attention. Car ce film de 19 minutes, réalisé par Marie Mc Court et Ilya Jacob, sonne comme une véritable catastrophe.
Quatre jeunes filles rentrent dans un hôtel un soir d’hiver et négocient une chambre. Après cette petite victoire, le groupe fait rentrer en douce d’autres personnes. Une fête commence et se décline vite en une grande orgie qui durera toute la nuit.
Tout d’abord, ce serait mentir de désavouer la beauté de l’image. Comme souvent dans ce genre de projet, la réalisation et la photographie sont très abouties.
Romy est techniquement très réussi. Mais son scénario est effroyable. C’est simple, il ne se passe pratiquement rien pendant toute la durée du film.
Au diable la structure narrative, acquise presque universellement depuis l’Antiquité ! Ce récit-là ne va nulle part. La situation du début est la même que celle de la fin. Aucun rebondissement. Ni surprise, ni risque. Nulle décision importante. L’intrigue est si plate que le visionnage de Romy n’est finalement qu’une longue attente vers la fin. On s’y ennuie comme dans un ascenseur, à regarder distraitement les alentours, sans que rien ne semble avoir l’intention de susciter quelques émotions.
Les personnages sont relativement nombreux. Mais leur nombre aurait pu être de trois, de vingt, ou de mille, la donne aurait été strictement la même. Aucun d’eux, ou presque, n’a de personnalité propre. Ils sont des coquilles vides voyageant dans l’histoire sans aucune transformation. Ne prenant aucune décision importante, ils se laissent simplement porter par le flot lent du récit comme une barque vide sur une mer calme. Ennuyeux à mourir.
Alors, on est en droit de se questionner. Comment raconter une bonne histoire ? Des centaines de pages sont écrites chaque année sur la théorie scénaristique. Des règles innées existent depuis la nuit des temps, écrites dans le seul but de prodiguer un certain dynamisme aux récits. Mais Romy se croit au-dessus de tout cela.
On dit qu’accompli est l’artiste qui brise les règles. Mais encore faut-il en construire des nouvelles, garder une certaine structure, un certain but, un objectif. Romy ne fait, a priori, rien de tout cela.
Quelle est l’intention du court métrage ? Quel est le but de son existence ? Puisque la seule chose qu’il montre, finalement, est une orgie à moitié assumée au sein d’un groupe de jeunes, on peut imaginer que son intention est de parler de sexualité. Il s’agit là d’un thème riche qui peut donner source à de bonnes histoires.
Mais il ne suffit pas de filmer un paquet de macaronis sur fond blanc pendant vingt minutes pour parler de macaronis. Il faut voir plus loin que ça. Où est le point de vue moral ? Le sexe est-il une bonne chose ? Ou pas ? Ou dans certaines conditions ? Mais Romy ne répond à aucune de ces questions. Le film se contente de voguer sans but vers l’inconnu. Il illustre sans rien orienter.
On pourrait rétorquer que le simple fait de montrer des relations sexuelles de manière aussi libérée est en soi une morale. Le sexe est si libre qu’il n’y a même plus besoin d’un récit pour l’enchaîner. Et cette réflexion prend sens. Nous irons même plus loin. Il existe un genre cinématographique entièrement dédié à ce genre de récits : la pornographie.
La pornographie n’est pas une mauvaise chose en soi. Son intention est même louable puisqu’elle a comme but de satisfaire un besoin primaire. Là où les autres catégories de films se contentent de chercher dans les besoins plus abstraits. De plus, elle a comme avantage l’absence consentie de véritable structure narrative, puisque son but peut être atteint avec une unique action narrative précise.
Mais quelle émotion notre film veut-il stimuler ? L’excitation ? Non. Sinon le film aurait été entièrement pornographique, ou au moins centré davantage sur la volonté d’exciter, ce qui ne semble pas être le cas. Or, Romy ne semble vouloir initier aucune autre forme d’émotion. Et un film de fiction qui ne suscite aucune émotion, ça ne sert à rien. Autant regarder un mur.
Mais peut-être que l’intention de ce film dépasse l’esprit de notre rédaction. Peut-être n’est-elle perceptible que par l’élite de l’élite des cinéphiles, ou par une tranche particulière de la population. Pardonnez cette critique si ses lignes sont écrites sous l’impulsion de la colère. Cette ire découle peut-être de la frustration de ne pas comprendre le sens du récit.
Romy a été réalisé par deux étudiantes d’une célèbre école de cinéma belge. Celles-ci sortent à priori de quatre ans au moins de formation liée à la réalisation cinématographique. Il a été accepté dans de nombreux festivals à travers toute l’Europe et ses auteurs continuent de produire des films récompensés. On pourrait donc comprendre Romy comme un contenu belge typiquement apprécié par les sphères cinéphiles du pays. D’autres seraient tentés de l’imiter, et nous aurions ici un aperçu de ce à quoi ressemble le court-métrage belge de 2020.
Une question se pose donc. Intentions ou pas, voulons-nous des films comme Romy pour représenter le cinéma belge dans les prochaines années ?
Lou – Illustrations ©Romy
La dure à cuire #38
Un pays qui se tient sage
Un pays qui se tient sage est un documentaire d’une heure trente. Il revient sur les violences entre policiers et manifestants en France, entre novembre 2018 et février 2020, et il vaut assurément le détour.
D’abord, même si nous avons vu certains de ces extraits lors de JT ou sur les réseaux sociaux, vivre ces images réelles de violences, d’explosions, de cris, de pleurs, de façon compilée et dans les conditions visuelles et sonores d’une salle de cinéma est une expérience puissante.
La dure à cuire #37
Bring Me The Horizon / Mr. Bungle
Bring Me The Horizon – POST HUMAN : SURVIVAL HORROR
Il m’aura fallu quelques albums pour commencer à éviter Bring Me The Horizon. Pourtant, le premier morceau POST HUMAN : SURVIVAL HORROR ouvre le bal de façon efficace. Puis arrive la suite de l’album, devenant presque un exercice foireux où tout devient dispensable. L’electro ringarde et l’ambiance geek pour minettes font office de fan service pour les quelques auditeurs qui apprécient l’évolution adoucissante de la bande.
Quant à la composition de « Teardrops », elle fait pitié. Peut-être qu’en 2003, le titre aurait fait fureur… sauf qu’on est en 2020 et qu’il sonne tel un ersatz d’une chanson de Linkin Park ! Seulement 3 morceaux retiennent l’attention : Parasite Eve, Ludens et Dear Diary,.
Ce n’est pas le message écolo ++ de l’opus qui sauve les pots cassés. Les artistes n’arrêtent pas de nous le rabattre ces derniers temps (de Pearl Jam à Foals). Certes, les propos de la bande peuvent amener à des réflexions pertinentes. Néanmoins, les parties instrumentales n’enrichissent pas du tout les paroles.
Le projet débute comme étant trop lisse et bien plat. A se demander si la magie de Sempiternal (2013) sera de nouveau possible à capter…
Mr. Bungle – The Raging Wrath Of The Easter Bunny Demo
Heureusement que Mike Patton existe encore sur la scène. Chaque année, il apporte son grain de folie dans l’industrie musicale.
Un casting 5 étoiles l’accompagne cette fois, afin d’enregistrer à nouveau les premiers morceaux de Mr. Bungle. De quoi saliver en voyant jouer Dave Lombardo (premier et ex-batteur de Slayer) et Scott Ian (guitariste chez Anthrax).
Le but de la manœuvre ? Retrouver la force artistique et juvénile des débuts. 34 ans plus tard, l’exercice n’est point facile. La bande s’en sort tout de même via 11 morceaux, dont 2 reprises, « Loss of Words » et « Hypocrites / Habla Español O Muere ». D’ailleurs, dans cette dernière, on retrouve l’humour pattonesque avec une transition qui rend hommage à la cucaracha !
Le groupe a la réputation d’allier les genres : de la polka au funk metal (écoutez Mr. Bungle datant de 1991).
A travers ces vieux titres mis au goût du jour, ne vous attendez pas à la délirante versalité de Mr. Bungle. On a droit à du pur thrash metal. Ca rentre dans le lard comme papa dans maman. The Raging Wrath of the Easter Bunny Demo illustre un Mikey toujours en forme. Encore aujourd’hui, ses performances vocales demeurent impressionnantes.
I won’t give in till I’m dead
Try to change my hates to my likes
I will never wear make up or spikes -« Anarchy Up Your Anus »
L’artiste a décidément trouvé sa fontaine de jouvence.
DRAMA
Drunk
Et si on parlait de réalisme ?
Non pas de la froideur des frères Dardenne, ou de l’intouchable Ken Loach.
Via Drunk, Thomas Vinterberg signe une œuvre réaliste où des astuces cinématographiques ne sont pas à l’écart pour privilégier le silence ou la nature. Quatre amis, profs d’un même lycée, mettent en pratique la théorie d’un psychologue norvégien. L’homme aurait dès la naissance un déficit d’alcool dans le sang. Soudain, leur quotidien change du tout au tout lorsqu’ils enchaînent les verres. Ils se désinhibent jusqu’à charmer leur entourage et… tomber dans les déboires d’une surconsommation d’alcools. Continuer la lecture
Lumières d’Outremonde
Le Grand Bain
Deux ans après la sortie du Grand Bain, on ne se questionne plus afin de savoir si un rond entre dans un carré. Il dépeint la vie sur plusieurs angles. Tout commence via des personnes déprimées et souvent déprimantes. Elles évoluent dans un cadre qui changera leur vision du monde : des cours de natation synchronisée. Continuer la lecture
La dure à cuire #36
Tessa Violet – Bad Ideas
On sous-estime parfois l’importance de la première impression. Combien de chansons sont devenues célèbres grâce à leur entrée en matière ? Cette première phrase que tout le monde connaît et reconnaît, imprimée dans les mémoires, et annonçant la chanson mieux encore que l’artiste lui-même.
L’ouverture de cet album donne le ton. « I’m insecure » déclare Tessa Violet, à travers une voix presque enfantine qui semble s’excuser. Dès cette première phrase, l’auditeur sait ce qui va suivre : un voyage dans la tête de l’artiste, dans ses doutes, ses peines, ses émotions les plus personnelles. Continuer la lecture
Damso – QALF
Si Lithopédion (2018) a pu être considéré comme l’album de la maturité, QALF est très certainement celui de la responsabilité. Damso y clarifie son rôle de père, de fils, d’homme et aussi de citoyen belge rattaché par le cœur à l’Afrique. La musicalité de son pays natal et de son continent en général est d’ailleurs très présent sur l’album, dans les sonorités, mais aussi parmi les collaborations.
Avec QALF, Damso nous a surpris.
Il s’est livré à son public à cœur ouvert. Et même si l’album est très complet en lui-même, suivant des variations de rythme et de thèmes, des surprises vont très certainement arriver pour parfaire et préciser toutes ses pensées, sûrement avec des sons plus nwarr. -Robin Gille

Damso devient petit à petit un géant du rap francophone. Via QALF, il mélange ses curiosités sonores. Le mélomane passe à des basses et paroles sévères (« D’JA ROULE »), ainsi qu’à des influences africaines (« MEVTR »). Gros coup de cœur sur « 911 » digne de la bande son propre à GTA : Vice City (2002). C’est juste ce qu’il faut pour se relaxer ou danser au ralenti.
Le rappeur déclare que son projet est une philosophie à savourer avant la sortie d’un nouvel opus. Une raison de plus d’écouter la richesse instrumentale de QALF.
Quant aux propos de l’album, certains les jugent trop fragiles. Pourtant, ils n’ont rien de dérangeants. L’artiste ne se pose pas en tant que moralisateur. Il n’a rien d’un justicier masqué. Comme à son habitude, il pose ses tripes sur le papier. Ses thèmes tournent autour de son vécu : la maladie de sa mère, sa paternité, l’amour et ses futilités.
Il n’a pas la prétention d’un Roméo Elvis parlant de colonialisme (« La Belgique Afrique »), alors que ce dernier n’est qu’un sauvage comme un autre.
William Kalubi Mwamba crée un orphelinat à Kinshasa (2018), puis, met sur pied la fondation Vie sur nous afin de lutter contre l’exploitation minière (cobalt, coltan, cuivre). Des groupes armés dirigent ces mines en terre congolaise. Ce sont des milliers d’hommes/femmes qui sont dans des conditions déplorables.
Si le ton est engagé, il est surtout digeste et important à entendre.
Damso sait de quoi il parle et d’où il vient. -brunoaleas


