Me voici, Bruxelles ! Mon baptême de l’air au Magasin 4 se fait en compagnie de Weite. Je parle bien des cieux car le groupe nous emporte dès le décollage, dès les premières notes. Au rendez-vous : un concert de rock psychédélique. Les 2 guitaristes se coordonnent pour répéter les mélodies en boucle, monter et descendre en tension.
« Versteinert » annonce un voyage sans secousse. Planer toujours plus, tel est l’objectif. « Roter Traum » me propulse au-delà des nuages. Le morceau de plus de 10 minutes instaure une ambiance rétro-futuriste ! Comme si j’étais en train de vivre une bataille steampunk face à des golems sans foi, ni loi. Mention honorable au titre « Eigengrau », rappelant qu’il y a des membres d’Elder au sein de Weite, de vrais artisans du son.
Durant la soirée, le quintette use de sa virtuosité pour nous faire oublier la grisaille, ce gouvernement de merde ou les problèmes personnels. Tantôt au Maroc, tantôt dans la stratosphère, les mélodies orientales, ainsi que le côté pinkfloydien, font de ce concert une expérience unique.
Il faut voir ce groupe au moins une fois dans sa vie. On n’est jamais assez à voler près de la Lune. Puis, comme dirait le vieil ami, Alexis Docquier, il faut voir deux à trois concerts par semaine afin de rester en bonne santé !
Tout le monde a un cœur, c’est ce qu’il croit. Voici la pensée profonde de Deku, héros principal de My Hero Academia. Ces simples mots définissent mon admiration pour Kōhei Horikoshi. Le mangaka développe si bien ses personnages. Même les protagonistes intervenant ponctuellement et rarement dans son œuvre sont aux petits oignons ! Puis, je me mets à la place des gosses découvrant son manga. Quel régal de partager des valeurs aussi belles. Trouver le bon en chacun de nous. Se battre pour la justice. Ne pas abandonner ses vaillants camarades. Oui, le voyage touche à sa fin mais le souvenir reste imprégné. –brunoaleas
La nausée me vient instantanément, en pensant à Bertrand Cantat ou à Sean Combs. Ces dernières années, des dossiers ouverts ou réouverts démontrent qu’il y a encore trop d’agresseurs en circulation, dans le secteur cinéma, comme au sein de la sphère musicale. L’industrie musicale apparaît telle une baignoire pour requins.
Un duo y propage la lumière. Colt communique son énergie, depuis quelques années. Elle est belle ! Je le comprends à l’OM (Seraing). Les artistes y jouent majoritairement leur premier album, Saveur Cœur Abimé.
Les langues se délient via plusieurs chansons. L’esprit est fédérateur. Une famille unie sur scène. Pour la première fois, Diego et Coline chantent devant un public. Une bougie posée pour les opprimés. Et en face ? Un public de feu !
Le spectacle est intense. L’electro froide et chaleureuse provoque une ambiance berlinoise de fin de siècle. Puis, qu’en est-il de la performance vocale ? Incroyable. Coline, au cardio de zinzin, défonce tous les records athlétiques. Quant au jeu de lumière, il impressionne par son minimalisme (« Chaos ») ou sa tension (« Invincible »).
La poésie des Bruxellois me transporte si loin. Adieu société apathique et vengeresse.
Je suis épaté, du début à la fin. Colt mitraille des mots forts, une fois sur scène !
Quand on rencontre les personnes qui nous écoutent, on se rend compte de l’utilité que notre musique a eu dans leur vie et c’est à chaque fois quelque chose de différent. C’est toujours hyper touchant. « Demi-mot », « Reboot », ça leur a beaucoup parlé. Le fait que nos chansons soient hyper intenses – autant les joyeuses que les tristes –, ça permet aux gens d’extérioriser ce qu’ils ressentent. C’est pour ça qu’on aime aller dans l’intensité : on sait que ça va résonner.
J’ai une fantaisie qui me revient de temps en temps. Elle surgissait bien plus souvent autrefois, quand mon espace intérieur était encore empreint de regrets. Peut-être l’avez-vous déjà eue ? C’est assez simple : je rêve de retourner dans le passé, à l’époque où j’étais enfant, tout en conservant mes souvenirs d’adulte. Fort de mes expériences, je réaliserais tous mes rêves : réussir tout ce que j’entreprends, faire preuve d’une assurance ravageuse. J’ose, je fais, je me montre. À moi la vie de génie admiré ! Quel bel endroit que ce rêve.
Mais parfois, une pensée me vient et le brise en mille morceaux. Mon cœur se serre, les larmes me montent aux yeux. Dans ce monde rêvé, en faisant le choix de revenir… n’ai-je pas tué ce petit garçon ? Je ne sais pas. Mais ce que je sais, c’est que je l’ai volé à sa mère.
C’est l’été. Yoshiki et Hikaru sont assis sur un banc. La chaleur étouffante de la campagne japonaise est délicieusement atténuée par ces petits bâtonnets de glace bleue, si froids et sucrés. Les deux adolescents savourent le calme serein des vacances alors que le crépuscule approche. Mais au fond de lui, l’un des deux garçons ressent un profond trouble. Un doute qui le ronge.
Tu n’es pas Hikaru, n’est-ce pas ?
The Summer Hikaru Died est un anime qui traite avec une immense tendresse et beaucoup de patience du deuil. Mais aussi de l’acceptation : de soi, de l’autre, du temps qui passe et du changement. Hikaru nous montre avec élégance et maîtrise la différence, si fine et pourtant fondamentale, entre l’acceptation et la résignation.
Mais au-delà de ces réflexions sur les émotions humaines, cela reste avant tout le récit poignant d’un adolescent dont l’amour est mort. « Hikaru« , en japonais, signifie « lumière ». Pour Yoshiki, c’est l’été où la lumière s’est éteinte. Le désespoir de ce jeune garçon, qui se raccroche à la moindre trace de son amour disparu, vrille les entrailles du lecteur. Une tragédie si douce.
Pour garder près de lui ce substitut fragile, il se lance dans une enquête profonde sur l’histoire funeste de son village, risque sa vie face à divers spectres et se reconnecte avec son père.
Même si le drame et l’intrigue sont au cœur du récit, The Summer Hikaru Died comporte aussi quelques scènes d’horreur. Pas de gore, pas de grotesque : seulement de l’effroi. L’effroi qui naît de l’incompréhensible. Grâce à une direction artistique très efficace, j’ai véritablement frissonné devant certaines scènes. Je n’aurais pas cru qu’une histoire de fantômes animée pourrait me produire un tel effet. Mais quand nos héros sont seuls, dans le noir, dans une forêt réputée dangereuse, et que des formes inhumaines bougent avec ces saccades qui nous signalent instinctivement qu’il ne s’agit pas d’êtres vivants, l’angoisse devient difficile à éviter. Bravo.
Et tout repose sur l’atmosphère. Quand un caveau s’ouvre, quand le mystère plane sur cette petite ville, où tout le monde se connaît mais où les secrets sont bien gardés. Le village qui sert de cadre à cette intrigue nous semble à la fois étrange et familier. Comme l’image d’une ville qu’on connait mais qui a changé, sans qu’on sache mettre le doigt sur ce qui ne nous est plus familier. Un malaise diffus.
Mais au-delà des effets, le véritable effroi réside dans le thème central. Celui qui nous trouble, qui nous fait vaciller : Hikaru et Yoshiki sont semblables en ceci qu’ils ont des pulsions, et doivent lutter pour y résister. La perte de contrôle, non pas due à une manipulation ou au destin, mais à notre propre nature. Cet instant où l’on doit trahir ce qui est au fond de nous ou ce qui est à la surface. Deux facettes de ce que nous sommes qui s’entre-déchirent violemment.
Le simple fait de ne pas blesser ceux qu’on aime demande une force immense, et une grande souffrance. N’est-ce pas terrifiant ?
La Dure à Cuire est un concept né en 2018. Commentons l’actualité rock de la plus douce, à la plus brutale. Puis, écoutons sa playlist !
Wheobe
Ça plane pas mal avec Wheobe. On écoutant, « Sore », je me mets instantanément dans la peau des persos de leur clip. Me voici paumé. Animé par la danse. Amoureux.
Empty Head
Empty Head is back. Nos valeureux liégeois changent de batteur, toujours prêts à danser ! « Don’t Wanna » s’inscrit dans leur lignée rock. « On crache notre refus d’obéir« , décrit Simon Galloy, chanteur du groupe. Empty Head critique notre société capitaliste, c’est bien sûr validé.
Agathe Plaisance
Dernière ligne droite avant la sortie de Deep Rest, l’album d’Agathe Plaisance. Le disque sort demain. L’artiste offre un style folk d’une incroyable douceur. Penser aux compositions de Hiroyuki Sawano n’est pas impossible. Surtout quand Agathe mêle une touche de modernité aux instruments à cordes. L’album est alors bien de son époque.
Combien de méditerranéens le savent ? Savoir quoi ? L’Italie est merveilleuse mais gangrenée par la mafia. La mafia italienne aurait assassiné au moins 1120 personnes en 150 ans, dont 125 femmes et 105 mineurs, selon La Stampa.
Synthétisons. Mon tableau illustre le nombre de victimes des clans, sur le sol italien.
Cosa Nostra
Camorra
‘Ndrangheta
527 victimes
233 victimes
228 victimes
Faut-il pour autant comparer ce si beau pays à ce poison ?! Pas du tout. Alors, à quoi bon afficher cette réalité ? Les politiciens du pays ne s’emparent pas des questions de luttes anti-corruption… ces costards-cravates se foutent de démanteler les organisations criminelles, d’après Dario Moccia.
Un chanteur, ou plutôt, un poète calabrais, s’exprime via un nouvel album, L’Albero delle Noci. Brunori Sas s’exposait au Festival de Sanremo pour défendre l’opus. Sa chanson mémorable est dédiée à sa fille. Elle raconte à quel point il travaille à être un bon père, face au temps qui passe. Une strophe n’est pas anodine. Mon interprétation est claire et nette. L’artiste résume la dure vie au Sud de l’Italie.
Sono cresciuto in una terra crudele dove la neve si mescola al miele E le persone buone portano in testa corone di spine Ed ho imparato sin da bambino la differenza fra il sangue e il vino E che una vita si può spezzare per un pezzetto di carne o di pane
Je vous laisse le soin de traduire. En quelques mots, le chanteur dépeint une terre où sang, Soleil et menaces s’entremêlent pour former un peuple souffrant. Encore une fois, il serait débile de résumer La Botte à une image menaçante. Brunori Sas rappelle un fait souvent indubitable. Parfois, fonder une famille, en Italie ou en Belgique, demeure un refuge pour sauver les âmes. La tache est ardue. La mission en vaut la peine. Comme si fonder une famille demeure restait la seule lueur d’espoir. Pourquoi ? Créer du lien et croire en l’autre, voici deux actions qui nous éloignerons des organisations criminelles.
Bravo Dario Brunori. Bravo pour cette écriture si subtile. Ma mère est née à Cittadelle de Capo. Elle aurait aimée ces paroles. Elle aurait été curieuse, en découvrant un album mélancolique. 10 titres empreints du Sud, cette terre accueillant un peuple à la fois chaleureux et imprévisible.
Il vero lusso in questi tempi di guerra È avere una casetta con un pezzo di terra Un orto e una vigna di Guarnaccino Due calci ad un pallone ed un bicchiere di vino
La Dure à Cuire est un concept né en 2018. Commentons l’actualité rock de la plus douce, à la plus brutale. Puis, écoutons sa playlist !
Nastyjoe
En 2018, je présentais la musique des Cure comme un remède. Nastyjoe pourrait prendre la relève ? En tout cas, l’ambition du groupe est d’accepter l’imperfection. Mais aussi de chercher sa place dans un monde en mouvement. Un bon début. Quant au style musical, c’est validé !
Borromée
La boite mail explose de propositions musicales. Dossiers de presse, invitations aux concerts, etc. Début novembre, une bouteille est lancée à la mer. Borromée m’envoie sa musique. « What’s Beautiful » synthétise tout ce qui participe à l’accalmie que je recherche. Sa musique n’est alors pas un assemblage de bruits chaotiques, mais une partition délicate et mémorable.
Psychonaut
Je ne serai pas à Bruxelles, cette fin de semaine. Je ne me libèrerai pas pour voir Psychonaut en concert… je suis si attristé. Le groupe partage des sons aussi impressionnants qu’une menace extraterrestre. J’espère les voir pour vivre l’expérience de la scène. Psychonaut, rendez-vous à Liège ?
Jerkcurb
Le poto de King Krule, Jerkcurb, est bien de retour ! Sa guitare installant une ambiance western, sa voix suave et le côté mi-grunge, mi-planant, voici des caractéristiques hyper bonnes pour l’ouïe.
Quand un film ressemble plus à un spot publicitaire qu’à une œuvre sublimant nos quotidiens, comment réagir ? Faut-il cracher et ravaler son vomi, en dansant la Tecktonik ? Ou égorger des chatons dans les Catacombes de Paris ? Aucune de ces réponses. Il suffit d’éteindre la machine. Il faut s’éloigner de l’écran et jouer au cerf-volant, prêt d’une nature salvatrice. Oui.
Que nous raconte Makoto Shinkai, à travers Les Enfants du Temps ? Hodaka fuit ses parents et tente de survivre dans la jungle urbaine de Tokyo. Totalement démuni, l’ado vit grâce à un petit boulot de pigiste. Il rencontre alors une future Miss Météo, capable de faire tomber la pluie…
Le cinéaste fait partie des artistes à suivre. Son cinéma d’animation est spectaculaire. Your Name, ainsi que Suzume, furent deux merveilleuses surprises pour mes rétines ! Malheureusement, Les Enfants du Temps illustre un certain quotidien japonais, surnaturel, mais surtout moderne. Trop moderne !
Il est tout à fait compréhensible de voir des marques affichées dans des films, tant les artistes ont parfois besoin d’aides financières. Cependant, si toutes les scènes nous rappellent à quel point les Japonais vendent leur âme au capitalisme pur et dur, comment savourer l’histoire ?! Ne faites pas de moi un communiste, comme si j’étais engagé chaque jour à la politique la plus gauchiste qui soit. Le système politique belge me débecte. Je ne serai pas le porte-étendard d’une quelconque idéologie. Il s’agit juste de se plaindre d’une mise en scène vulgaire et dispensable. Comme si le cinéaste s’appelait Colonel Sanders ! Ce long métrage fut impossible à terminer… quelle tristesse, quand on aime la japananimation ! Prions ! Espérons contempler les prochains titres de Makoto Shinkai, sans autant de placements de produit.
Je pense qu’il n’y a rien, pas même le crime, qui soit plus opposé à la poésie, à la philosophie, que dis-je, à la vie elle-même, que ce commerce incessant.
Découvrir les mangas de Taiyō Matsumoto. Regarder les films de Guillermo del Toro. Lire les romans de Haruki Murakami. Ces simples actions m’emmènent loin de ma zone de confort. Les univers de ces artistes ne me plaisent pas spécialement. Parfois trop mystiques, souvent trop cryptiques.
Cependant, à quoi bon se conforter dans ses idées ? Un groupe exceptionnel me rappelle à quel point l’art doit demeurer une expérience. Geese forme un quintette américain. La voix de Cameron Winter me perturbe au plus haut point. Entre chant d’église et rage rock, le chanteur apporte une touche musicale unique au groupe. Leur créativité ne s’arrête pas aux performances vocales !
Les clips de Geese sont délirants. Un concert qui part en couille (« Taxes ») ou un dialogue entre un adulte et un bébé (« Au Pays du Cocaine »). Deux exemples suffisent à vouloir en écouter toujours plus. Si Geese me fascine autant, c’est bon pour le moral. Je sors de ma zone. Je voyage en terre inconnue. Quel plaisir.