Winter comes. Le Soleil n’avait plus l’air d’être de mise en Belgique. Dans le pays de la frite, les 10 heures de Soleil de l’entièreté du mois de décembre 2017 faisaient pâlir tout ceux qui voulaient leur vitamine D.
Heureusement que les concerts rock ne manquent pas à Liège. Il me fallait une dose de musique bien brutale, à l’image de ce climat qui n’épargnait personne.
Mon souhait exaucé grâce à PopKatari, je me retrouvais au Garage (Liège) pour assister au live de tunic, un trio provenant de Winnipeg.
Ce soir là, j’enchaînais spectacle sur spectacle. Après avoir été voir The Greatest Showman sur grand écran, je pointais le bout de mon nez au café du Reflektor pour assister aux concerts de deux groupes. J’avais quitté une ambiance de démesure pour atterrir dans une autre beaucoup plus intime, posée et relaxante.
Accompagné de Serenaze, j’ai le temps de déposer mon sac à mes pieds et de me placer devant le premier groupe belge sur scène : Woods of Yore. Avant même que nous débarquions, ils jouaient déjà. Le ton était donné : nul besoin de calmants ou de médocs foireux, il n’y a qu’à écouter cette musique pour s’apaiser.
J’étais encore dans ma session d’examen, mais je m’étais permis de craquer une nuit pour une escapade folk où les membres de Woods of Yore allaient me faire oublier l’espace d’un instant tout ce qui constitue mon quotidien.
C’était agréable d’écouter une violoniste, se fondant d’autant plus très bien avec le reste de la bande. Qu’elles soient frottées ou pincées, les instruments à cordes des musiciens de ce groupe se mêlaient très bien entre eux. Par moment, je me demandais si le chanteur, Greg Danger, étant membre de King Fu mais aussi de The K., n’allait pas se déchaîner à la voix ou à la guitare. J’ai eu ma réponse au dernier morceau, où la distorsion de son instrument était un tantinet plus violente que le reste des chansons.
Woods of Yore
Avant qu’elle ne fasse son show, j’avais été discuté avec l’artiste américaine nommée Lina Tullgren. Alors que les sonorités de ses chansons n’explosent pas vers une univers festif, au lieu de tomber sur une personne ultra morose, je dialoguais avec une fille très accueillante et souriante.
J’étais heureux dès qu’elle débutait sa première chanson. La qualité était présente car tout sonne comme lorsque j’écoutais l’entièreté de son album chez moi. Encore une fois, après avoir bu quelques bières, sous une certaine fatigue, j’avais l’impression de m’entraîner dans une bulle à part : une atmosphère calme et bercée par une voix féminine très particulière. Habillée tout de vert, Lina Tullgren dégageait une aura atypique. Le son de sa guitare prenait également beaucoup d’ampleur par rapport aux autres instruments sur scène.
Quelques questions me venaient à l’esprit. Pourquoi Lina Tullgren accordait sa guitare à chaque fin de morceaux ? Pourquoi son batteur sortait un frisbee ?
Lina possédait une vieille guitare qui nécessitait de bien s’occuper des cordes pour avoir les accords voulus. Quant au frisbee, ça n’en était pas un. C’était une espèce d’assiette en métal, qui accrochée à une caisse de la batterie, délivrait un son spécial.
Si l’occasion se représente, je foncerai voir une deuxième fois ce genre de concert (véritable repos pour tout mélomane). Qui sait, peut-être bien que j’irai disctuter plus longtemps avec Lina Tullgren suivi de Serenaze, encore prête à venir supporter mon anglais terrible ?
2017 signe le retour de plusieurs artistes que j’adore écouter. Parmi eux, le rouquin de Londres, Archy Marshall, revenu sous son nom de scène King Krule, après 4 ans d’absence. J’attendais ce retour avec impatience. L’écoute de The OOZ m’a ensuite mis K.O. dès le premier round: cet opus est d’une autre dimension.Continuer la lecture →
Il y a une dimension anthropologique ou sociologique au cœur même du projet.
Ces paroles viennent du réalisateur américain Martin Scorsese. Elles concernent son troisième film, Mean Streets (1973). Suivant les conseils du cinéaste John Cassavetes (1929-1989), il se résout à filmer ce qu’il connait de mieux : son quartier, ses rues, son quotidien. Lorsque je pense au dernier album de Lorenzo Jovanotti, je souhaite faire le parallèle avec la démarche de Scorsese. Oh, Vita! est décrit par le chanteur italien comme étant une part de sa vie, lui procurant d’ailleurs une envie vivifiante de continuer à faire ce qu’il a toujours fait : composer une musique qui émeut.
Après avoir été discuté avec le légendaire Rick Rubin à une soirée, Jovanotti sème les graines d’une collaboration entre lui et son idole. Rubin est la clé du succès de plusieurs artistes, des Beastie Boys au Run DMC. On ne présente plus ce géant de la musique, tant il exerce une énorme influence sur l’histoire du hip hop. Quel plaisir d’apprendre une telle nouvelle ! Jovanotti a commencé en tant que dj/rappeur : il revient aux sources d’une musique passionnante.
Je ne savais pas à quoi m’attendre au sujet de son nouvel opus, de cette fusion italo-américaine. Le mélange de ces univers ne pouvait donner qu’un album plus qu’incroyable.
Pourtant… il me faut plusieurs écoutes avant d’accrocher à Oh, Vita!.
Chaque morceau est unique en son genre, une transition guette souvent, à chaque fin de titre. Lorsque Jovanotti explique la méthode de travail de Rubin, il insiste beaucoup sur fait d’épurer un maximum les chansons. C’est pourquoi, l’album se compose également d’une simplicité hors-norme. « Chiaro di Luna », « Ragazzini di Strada » ou encore « Paura di Niente », ont un point en commun : la voix du chanteur ne se veut pas encombrée par mille instruments, seule une guitare sèche fait l’affaire. Dès lors, tout auditeur réalise qu’il suffit parfois de très peu pour toucher à nos fibres émotionnelles les plus profondes.
« Amoremio » est le morceau-type qui démontre tout l’amour que Jovanotti porte au hip hop et rap us. Il ne joue pas au rappeur dans ce morceau, ressemblant plus à une musique de saloon d’un western. Mais l’auto-tune et la basse découlent d’un hommage sincère à l’Art de l’Outre-Atlantique.
C’est encore un pari réussi pour ce quinquagénaire qui ne vieillit pas d’une ride. Ouvrant un magasin à Milan (où Jovanotti invite souvent des groupes pour y jouer), lançant une BD autobiographique et un documentaire centré sur la création de son album, il n’a plus aucune limite.
Voir que les chaînes italiennes n’arrêtent pas de l’inviter sur plusieurs plateaux, ou que d’autres médias s’intéressent énormément à ses œuvres, me rend heureux. Il est important de mettre en avant ce poète faisant honneur à la culture italienne. De cette hétérogénéité collée aux 14 chansons, Oh, Vita! représente une ballade dansante, émouvante et apaisante.
Il faut croire que je ne suis qu’attiré par les productions de stakhanovistes.
King Gizzard & The Lizard Wizard est un groupe australien qui a sorti son onzième album du nom de Sketches of Brunswick. Pour l’année 2017, le groupe décide de sortir petit à petit 5 albums inédits et ce dernier est le troisième sur la liste.
Tout comme le grunge qui s’est formé autour de Seattle, la Motown basée à Chicago ou encore un blues extrêmement prononcé à Memphis, un courant musical est fortement présent au Sud de Londres. J’ai baptisé ce style blue breeze. Peut-être que l’étiquette perdurera dans le temps.
‘Blue’ pour ce qui est de sa teinte mélancolique et léger, symbolique de nombreux morceaux des artistes qui en portent les couleurs. ‘Breeze’ pour l’effet reverb, nous laissant toujours planer via des compositions jazzy, utilisées à foison dans leurs chansons.
Plusieurs points communs reviennent toujours à l’écoute de ces jeunes londoniens, dont notamment une guitare au son épuré. Elle nous embarque dans une brise qui fait écho à l’infini. Il est intéressant de noter à quel point le déterminisme a toute son importance pour expliquer ce nouveau phénomène anglais.
Notons que l’écrivain français, Emile Zola, avait déjà cerné l’importance de l’influence et l’impact de l’endroit où l’on vit. C’est en désignant sa propre littérature de ‘naturaliste’, mouvement de la première moitié du vingtième siècle, que cet auteur bâtissait de nombreuses thèses pertinentes.
Les naturalistes reprennent l’étude de la nature aux sources mêmes, remplacent l’homme métaphysique par l’homme physiologique, et ne le séparent plus du milieu qui le détermine.
Cet extrait de son œuvre Une campagne (1881) démontre à quel point nous sommes conditionnés par tout ce qui nous entoure. De fait, la panoplie d’artistes dont il est question ont respiré un air londonien qui les a inspiré à faire une musique unique, qui cependant, se trouve sous une même bannière. Il se peut qu’il y ait une part d’inconscient en ce qui concerne leur processus de création. Néanmoins, ils partagent tous des caractéristiques très communes, preuve qu’ils baignent consciemment dans une zone spéciale, où la musique a ses codes.
Citons un autre déterministe qui rejoint en quelque sorte les pensées de Zola :
Ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur être ; c’est inversement leur être social qui détermine leur conscience.
Tiré du philosophe et économiste Karl Marx, ces phrases affirment que l’endroit où l’on naît à une immense importance par rapport à notre avenir. Trêve de citations, stop aux analyses ! Passons en revue les grands acteurs de cette bleue brise.
King Krule
Il est littéralement le plus connu de tous. Hipster pour certains, génie pour d’autres, Archy Marshall se fraye un chemin atypique dans le monde de la musique. Pour l’instant, tous ses projets sont incroyables. Ils méritent une écoute pour avoir une vue d’ensemble sur l’univers riche et intense de ce poète.
Entre son premier et deuxième album se sont écoulés 4 ans. Impatient, je savais que son nouvel opus allait être une réussite. King Krule rafraîchit toujours son style musical via des morceaux aux accords jazz et bossa nova. Il n’est pas trop tard pour écouter The OOZ, son ultime pépite.
Cosmo Pyke
J’essaie de devenir célèbre, de faire connaître mon nom partout, de m’assurer que tout le monde le voie.C’est un peu comme le graffiti : vous voulez obtenir autant de tags que possible dans toute la ville jusqu’à ce que vous deveniez propriétaire de la ville.
Ces paroles livrées au Guardian sont celles de Cosmo Pyke. On ne cesse de comparer à King Krule sur la Youtubosphère. Certes, ils partagent quelques caractéristiques semblables : une voix nonchalante, une capacité folle à rapper, et un jeu vif et direct à la guitare. Néanmoins, ce ne sont en rien des clones parfaits. L’univers de Cosmo Pyke est beaucoup plus coloré au niveau des ses sons, clips et paroles. Il n’y a qu’à comparer le clip de ‘Great Dane’, à l’esthétique propre, chamarrée, professionnelle et ‘Dumb Surfer’ qui lui est flou, crade, un peu plus amateur, donnant un visuel proche de ceux perçus des vieux VHS.
En d’autres mots, nous ne lui ferons pas l’affront de le surnommer Prince Krule.
Alex Burey
Piano, violons, flûte, saxophone et guitares à la sonorité western, rien n’a plus de secret pour ce jeune compositeur ! Un seul mot pourrait synthétiser les sonorités qu’il nous concocte : délicatesse.
Nick Hakim
Take this joint. C’est tout ce qu’il y a à retenir lorsqu’on écoute Nick Hakim.
Jamie Isaac
Jamie Isaac a déjà collaboré sur l’album très avant-gardiste A New Place 2 Drown d’Archy Marshall. Ce genre d’artistes ne se limite pas à une seule façon de faire de la musique. Petite pause sur un gars qui propose un son posé.
Mike Patton(leader vocal de Faith No More, Tomahawk, Dead Cross) annonçait la mort de la musique.
La raison ? A cause de musiciens n’amenant plus de nouvelles idées sur la table.
BRNS (‘brains’) forme un contre-exemple parfait. Les quatre jeunes Bruxellois m’ont littéralement renversé avec un EP rempli de surprises. Ce groupe ne s’en tient pas à la simple composition de refrain, structure linéaire ou autres codes habituels. Incomparable à un Coldplay enfoncé dans un style musical assez gênant, tant il se répète d’années en années.
Les transitions sonores, les voix distordues ou le jeu du batteur et bassiste frôlent l’exceptionnel. Il est bénéfique de s’apercevoir qu’il existe encore de tels artistes !
Une dimension religieuse embaume l’opus via des chants quasi liturgiques, faisant le pont avec l’univers religieux. Citons ‘Mess’, où une clochette nous suspend vers un Ailleurs et conclut l’EP. ‘Mess’ exploite aussi une guitare aux cordes comme désaccordées, me lançant dans un emballement jouissif et une plus grande envie de terminer la chanson pour mieux la découvrir.
Ces 4 morceaux ne laissent pas l’auditeur sur sa faim. Ils emmagasinent un rythme et un jeu pertinents. De quoi les écouter encore et encore pour mieux saisir les détails instrumentaux qui s’y dégagent.
Véritable leçon musicale où la monotonie n’a pas sa place, Holydays s’éloigne des trucs et astuces qui s’utilisent à foison pour séduire le Grand Public.
Etre un bon rappeur est sans aucun doute un atout non négligeable pour espérer se faire un nom dans ce milieu, mais pour percer au-delà, c’est loin d’être suffisant.
Still Fresh en est un très bon exemple et, à l’écoute de son nouvel album Cœur Noir, on peut deviner qu’il a compris cela, peut-être un peu trop bien…