Manga

Relire Hunter x Hunter

Le jeune Gon le sait, son père est toujours en vie. Son daron agit comme Hunter. Il s’agit d’un titre honorifique. Il désigne des chasseurs explorant l’inconnu. Gon décide alors de suivre les pas de Ging Freecss. Relire le manga de Yoshihiro Togashi, voici notre ambition !

En quête de reconnaissance

Ouvrir le premier tome de Hunter × Hunter me remplit de joie. Déjà aux premières pages, apparait une introduction de personnage parfaite pour des yeux d’enfants. On entre dans le feu de l’action ! Précisons. Pas d’explosions dignes d’un récit imaginé par Urasawa. Pas de boyaux étripés, rien à voir avec Berserk.
Nous observons Gon. Il pêche un poisson à la taille hors norme. Le jeunot souhaite prouver à Mito qu’il est désormais prêt à passer l’examen pour devenir Hunter. Après avoir chopé la créature, Gon est heureux de réaliser son rêve.

Analysons ces deux protagonistes. Mito ne veut pas voir son neveu partir. Le petit garçon, lui, désire vivre des aventures, en recherchant son père. Au sein de cette relation, règne un mensonge : Mito certifie la mort de Ging à l’enfant, depuis toujours. Dès le premier chapitre, Gon devine que sa tante lui ment. Pourtant, il n’éprouve aucune rancœur. Il existe un lien très fort. Mito élève son neveu comme son propre fils.
En quelques mots, en peu de cases, notre héros se définit à travers deux valeurs : respect et gratitude. C’est pourquoi, Gon demeure l’un de mes personnages favoris, toute œuvre confondue. D’ailleurs, plus tard, Gon refusera de connaitre l’identité de sa mère. Actant, une bonne fois pour toutes, son besoin de reconnaissance et non de connaissance.

Si vous considérez les mangas comme un art mineur, mangez vos morts ! Togashi livre une leçon d’écriture. Ses personnages sont humanisés au plus haut point.

Le jardin de Togashi

Si la grande majorité des mangakas sont des architectes, Yoshihiro Togashi est sans aucun doute le plus illustre et talentueux des jardiniers.

Quelle impression nette ai-je eue, en lisant et regardant l’œuvre ? Togashi n’invente pas des histoires. Non. Il conçoit un univers et des personnages. Tout le reste n’est que le résultat logique découlant des actions de ses personnages. Cela se ressent dans le fait qu’il n’y a pas vraiment de structure précise, ni d’arcs narratifs, au sens classique du terme.

On est tellement habitués à voir des shōnens, où l’on se contente de suivre le héros affrontant des antagonistes de plus en plus forts. Ici, on ne retrouve pas cette structure en crescendo omniprésente, ailleurs. De nombreux conflits se terminent en impasse, ou ne se terminent tout simplement pas, parce que les motivations des personnages et la logique de leurs actions passent avant la structure du récit. Certains arcs n’ont donc tout simplement aucun point culminant.

Et puis, brusquement, le temps de l’enfance est révolu.

Hunter × Hunter ne fait aucune concession aux schémas narratifs habituels. Gon passe toute son histoire à se développer, à découvrir le monde et à se dépasser. Mais il est bien possible que son histoire ait déjà pris fin, sans même que l’on s’en rende compte. Sa quête s’achève dans le chaos et la violence. La violence du monde aura eu raison de sa moralité naissante. Gon a terminé sa quête et, bien que son univers se soit étendu à l’infini, il a tant perdu que le retour à la situation initiale est empreint d’amertume. Et, juste comme ça, nous changeons de perspective.

Le protagoniste devient alors Kurapika. Mais, en réalité, il porte juste ce titre parce que c’est le personnage que nous connaissons le mieux, dans ce bouillonnement d’actions et d’intrigues qui se met en place, dans l’univers de Togashi.

Gon n’est plus là. Le héros de nekketsu est parti, et le nekketsu avec lui. Ce qu’il nous reste, c’est un univers gigantesque, peuplé de personnages fantastiques et doté du meilleur système de pouvoir jamais imaginé par un auteur. Tant qu’il y aura Togashi, un univers et le Nen, Hunter × Hunter restera l’un des meilleurs mangas, qu’il soit pavé de texte ou non.

brunoaleas & Pierre Reynders
Illustrations ©Yoshihiro Togashi

Publié le 22 mai 2026

Frieren

Et si on commençait par la fin ? Un guerrier, un prêtre, un nain et une elfe, appelée Frieren, ont vaincu le roi-démon. Ensuite, ils reprennent une vie normale. Frieren est un manga posant une question frontalement : « Que faire de nos souvenirs ? ». 
Plus largement, la série se focalise sur le fait d’affronter ses regrets. Car la protagoniste, dont la durée de vie est XXL, réfléchit à la notion du temps. Elle s’interroge à la mort de ses camarades. Ses flashbacks définissent sa personnalité, toujours en devenir.

Face à cette proposition artistique, le public semble divisé. Entre les amateurs d’actions surprenantes et les adorateurs du saint repos, je me range dans le second clan.
Frieren se fraye bel et bien un chemin atypique. Cette bédé est accessible à tout un chacun, certes. Or, voici une histoire parfaite pour les plus patients. Sa lecture impose un rythme lent. Les habitudes du quotidien sont illustrées pour nous rappeler la beauté d’une tranche de vie. Nos personnages se débrouillent pour chasser, manger, on les découvre papoter, s’entraîner… le temps s’écoule selon les désirs d’individus nullement obligés de faire route ensemble.

Qu’en est-il de la plus forte caractéristique du manga ? Il s’agit d’une perle philosophique. Oui, on le sait, la vie réserve des surprises foireuses… s’en sortir, c’est s’entourer d’une famille empathique et sincère. L’elfe construit un avenir sereinement, sans oublier d’où elle vient.

Puis, pour ces créatures, 10 ans ne sont qu’un battement de cil. Notre héroïne se présente alors telle une figure admirable. Elle n’abandonne pas sa nouvelle quête, aux côtés d’autres compagnons. Elle ne se laisse pas à aller à l’ivresse, la démesure ou l’égoïsme. Au contraire, elle trace un nouveau chapitre de son existence. En d’autres mots, elle profite de chaque instant pour mieux se connaître à travers autrui. Cette démarche fait de Frieren, un manga plutôt unique en son genre.

Vivre de telle sorte que tu souhaites revivre, voilà ta tâche.

Extrait des Fragments posthumes écrits par Friedrich Nietzsche

brunoaleas

Publié le 18 mai 2026

Mon souvenir de FullMetal Alchemist

Alchimie : science de la compréhension, déconstruction et reconstruction de la matière. Cependant, ce n’est pas un art tout-puissant. Il est impossible de créer quelque chose à partir de rien. Si l’on souhaite obtenir quelque chose, quelque chose de valeur égale doit être donné. C’est la loi de l’échange équivalent, la base de toute alchimie. Conformément à cette loi, il existe un tabou chez les alchimistes : la transmutation humaine est strictement interdite. Car qu’est-ce qui pourrait égaler la valeur d’une âme humaine ?

Citation tirée de FullMetal Alchemist

FullMetal Alchemist est un manga d’Hiromu Arakawa, publié entre 2001 et 2010. Il raconte l’histoire de deux frères alchimistes, Edward et Alphonse Elric. Ces derniers partent à la recherche de la pierre philosophale. Cet artefact légendaire pourrait rendre à Alphonse son corps et à Edward son bras et sa jambe, perdus lors d’une transmutation humaine interdite. Au fil de leur périple, ils découvriront un sombre complot qui remet en cause les fondements mêmes de leur nation.

L’œuvre a connu deux adaptation en anime : une en 2003 qui s’en détourne et une en 2009, surnommée Brotherhood qui suit fidèlement le manga.

Pour le contexte : FullMetal Alchemist est le tout premier manga vu de mes propres yeux. Enfin, pour être exact, c’est le premier qui n’était pas simplement un « dessin animé ».

Quand j’étais enfant et que passaient à la télé, plein de dessins animés, je ne faisais aucune différence entre Code LyokoLes Super Nanas et Dragon Ball. Tous étaient des dessins animés et rien d’autre. Mais un jour, en zappant, je suis tombé sur des séries animées sur MCM, une chaîne qui, d’habitude, était plutôt destinée aux grands. Et lorsqu’un dessin animé commence avec un générique en japonais, on comprend qu’on est en train de regarder quelque chose de différent. Quelque chose de plus mystique, de plus mature.

Et il faut bien avouer que j’étais bien trop jeune à l’époque ! FullMetal Alchemist (le premier du nom donc) est un anime plus inspiré qu’adapté de l’œuvre originale. Puis, c’est vraiment plus gore que le manga ! Mais les thèmes me dépassaient aussi : le génocide, la valeur de la vie humaine dans sa dignité, l’échange équivalent… je frémis encore, en repensant à certaines scènes de violences terribles : des sacrifices humains, chimères et corps qui se décomposent sous le coup de l’alchimie. Cela ne m’a pas empêché d’en être obsédé pendant des mois. Dans la cour de récréation, nous rejouions nos scènes préférées. Je remplissais mes journaux de classe de cercles de transmutation. Mon meilleur ami et moi, nous nous surnommions « Ed » et « Al », l’un l’autre. Nous étions plongés dans notre imagination. Nous avions l’impression que les personnages faisaient partie de notre quotidien, comme autant de camarades de jeu.

Cet amour ne m’a jamais quitté. J’ai pu revoir FullMetal Alchemist, récemment. Bien que j’aie lu la série, je n’avais jamais vu son adaptation fidèle : Brotherhood. J’ai retrouvé Amestris, comme on retrouve un vieux village d’enfance. Je suis retourné à Resembool, comme on revient visiter le village de ses grands-parents, après une vie d’absence.

FullMetal Alchemist est une œuvre à jamais intemporelle. Elle nous plonge dans un monde original dont on a envie de découvrir toutes les facettes étonnantes, et en même temps, elle nous semble familière. Cette familiarité, c’est l’humain.

Dans peu d’œuvres, on s’attache et aime autant les personnages aussi rapidement. Leurs motivations sont touchantes et leur empathie, leur sens des valeurs, nous poussent à les suivre, à les soutenir et à apprécier jusqu’à leurs erreurs.

FullMetal Alchemist est une masterclass, pensez juste à l’écriture des personnages. Le manga restera un culte immanquable, jusqu’à ce que la Terre entre en combustion.

Pierre Reynders

Publié le 30 mars 2026

My Hero Academia, un final réussi ?

Quelle épreuve de conclure une série… Naruto fut un gâchis total et Game of Thrones, un scandale. Quant au final de My Hero Academia, est-il réussi ? Affirmatif ! J’attendais cette fin car je considère ce manga comme digne héritier du Big Three. De fait, ce récit présente des persos inspirants comme dans les trois mangas les plus populaires et les plus vendus du Weekly Shōnen Jump (2000-2015) : One Piece, Naruto et Bleach. Après 10 ans de parution, l’œuvre divise sur le net, tant ses dernières pages décrivent quelques destins atypiques. Au départ, les lecteurs découvrent Deku, ado sans pouvoir finissant par devenir l’héritier du héros numéro 1, All Might. Aux dernières pages, il exerce le métier de prof pour transmettre son savoir… où est l’erreur ?! Pourquoi les fans détestent ce choix ?!

Deku, tout au long du récit, ne cesse de questionner, requestionner ses décisions, ainsi que les actions des vilains. Il se casse la tête, mais à quoi bon ? Avant d’être enseignant au lycée Yuei, il y est élève et sa philosophie est toujours la même du début à la fin : faire de son mieux, en étant altruiste. Si les fans n’ont pas capté ce code moral du protagoniste, il serait temps d’aller consulter un psy oculaire ! Bref, Deku ne symbolise pas L’ORDRE ou L’AUTORITE. Il est cette main tendue vers tout le monde. Par conséquent, apercevoir le personnage tel un professeur proche de ses élèves, rédigeant ses mémoires, prêt à encourager tout un chacun… c’est beau !

My Hero Academia sacralise non seulement l’importance de laisser une trace écrite pour les générations futures, mais rappelle ô combien l’entraide est vitale pour survivre.
En outre, le monde nouveau de Deku s’inscrit dans la pensée de Henry David Thoreau (Désobéissance civile, 1849) : « Le meilleur gouvernement est celui qui gouverne le moins ». La société nouvelle, inspirée par le combat de Deku face aux vilains, n’agit plus comme avant. Elle comprend qu’il ne faut pas attendre pour aider son prochain. Thoreau imaginait l’État comme obstacle à la liberté, à la moralité et au progrès humain. L’auteur croyait aux forces des individus. Ces dernier sont mieux placés pour prendre des décisions morales et pratiques. Ils ne se fient plus à une autorité gouvernementale détenant la quasi-totalité des pouvoirs politiques, administratifs et financiers.

MHA et Thoreau, forever ! Ça ne s’arrête pas là ! Plus Ultra ! Deku ne conçoit pertinemment pas ses adversaires comme des ennemis à abattre. Malheureusement, Tomura Shigaraki, adversaire final, est bel et bien tué, non pas par pure violence gratuite, mais par triste nécessité. Au départ, son âme fut condamnée à être broyée dans les ténèbres du psychopathe nommé All For One. Deku, avant d’éteindre Tomura sur le champ de bataille, tente une dernière fois de le comprendre. Il partage son pouvoir pour ensuite entrevoir le tréfonds de ses pensées. Cette fois, citons Robert Badinter (1928-2024). Ses écrits sont toujours d’actualité. Ils résument la démarche de Deku.

tant qu’on fusillera, qu’on empoisonnera, qu’on décapitera, qu’on lapidera, qu’on pendra, qu’on suppliciera dans ce monde, il n’y aura pas de répit pour tous ceux qui croient que la vie est, pour l’humanité tout entière, la valeur suprême, et qu’il ne peut y avoir de justice qui tue.
Le jour viendra où il n’y aura plus, sur la surface de cette terre, de condamné à mort au nom de la justice. Je ne verrai pas ce jour-là. Mais ma conviction est absolue : la peine de mort est vouée à disparaître de ce monde plus tôt que les sceptiques, les nostalgiques ou les amateurs de supplices le pensent.

R. Badinter (extrait de Contre la peine de mort)

Terminons avec une dernière citation. Etalons une phrase remplie de sagesse. Simone Veil menait divers combats (droits des femmes, construction européenne, etc.). Née dans une famille juive aux origines lorraines, elle fut déportée à Auschwitz à l’âge de 16 ans, durant la Shoah. En avril 2005, elle se prononce devant les élèves de la rue d’Ulm, à Paris. Ses paroles pourraient coller parfaitement à l’épilogue imaginé par Kōhei Horikoshi. Lors de la conférence, elle affirme : « Vous savez, les guerres justes, ça n’existe pas. Moi, je me bats pour qu’il n’y ait plus de guerres, du moins en Europe ».

brunoaleas
Illustrations ©Kohei Hirikoshi

Publié le 9 mars 2026

TOP MANGAS 2025

Tout le monde a un cœur, c’est ce qu’il croit. Voici la pensée profonde de Deku, héros principal de My Hero Academia. Ces simples mots définissent mon admiration pour Kōhei Horikoshi. Le mangaka développe si bien ses personnages. Même les protagonistes intervenant ponctuellement et rarement dans son œuvre sont aux petits oignons !
Puis, je me mets à la place des gosses découvrant son manga. Quel régal de partager des valeurs aussi belles. Trouver le bon en chacun de nous. Se battre pour la justice. Ne pas abandonner ses vaillants camarades. Oui, le voyage touche à sa fin mais le souvenir reste imprégné. –brunoaleas

TOP 7

1|My Hero Academia Kōhei Horikoshi

2|Versus Kyōtarō Azuma

3|Frères du Japon Taiyō Matsumoto

4|The Summer Hikaru Died – Mokumokuren

5|The Bugle Call – Higoro Tômori

6|La Croisade des Innocents – Usamaru Furuya

7|La Planète Verte – Keigo Shinzō

Illustration ©Antoine Wathelet

Publié le 5 décembre 2025

The Summer Hikaru Died

J’ai une fantaisie qui me revient de temps en temps. Elle surgissait bien plus souvent autrefois, quand mon espace intérieur était encore empreint de regrets. Peut-être l’avez-vous déjà eue ? C’est assez simple : je rêve de retourner dans le passé, à l’époque où j’étais enfant, tout en conservant mes souvenirs d’adulte. Fort de mes expériences, je réaliserais tous mes rêves : réussir tout ce que j’entreprends, faire preuve d’une assurance ravageuse. J’ose, je fais, je me montre. À moi la vie de génie admiré ! Quel bel endroit que ce rêve.

Mais parfois, une pensée me vient et le brise en mille morceaux. Mon cœur se serre, les larmes me montent aux yeux.
Dans ce monde rêvé, en faisant le choix de revenir… n’ai-je pas tué ce petit garçon ? Je ne sais pas. Mais ce que je sais, c’est que je l’ai volé à sa mère.

C’est l’été. Yoshiki et Hikaru sont assis sur un banc. La chaleur étouffante de la campagne japonaise est délicieusement atténuée par ces petits bâtonnets de glace bleue, si froids et sucrés. Les deux adolescents savourent le calme serein des vacances alors que le crépuscule approche. Mais au fond de lui, l’un des deux garçons ressent un profond trouble. Un doute qui le ronge.

Tu n’es pas Hikaru, n’est-ce pas ?

The Summer Hikaru Died est un anime qui traite avec une immense tendresse et beaucoup de patience du deuil. Mais aussi de l’acceptation : de soi, de l’autre, du temps qui passe et du changement. Hikaru nous montre avec élégance et maîtrise la différence, si fine et pourtant fondamentale, entre l’acceptation et la résignation.

Mais au-delà de ces réflexions sur les émotions humaines, cela reste avant tout le récit poignant d’un adolescent dont l’amour est mort. « Hikaru« , en japonais, signifie « lumière ». Pour Yoshiki, c’est l’été où la lumière s’est éteinte. Le désespoir de ce jeune garçon, qui se raccroche à la moindre trace de son amour disparu, vrille les entrailles du lecteur. Une tragédie si douce.

Pour garder près de lui ce substitut fragile, il se lance dans une enquête profonde sur l’histoire funeste de son village, risque sa vie face à divers spectres et se reconnecte avec son père.

Même si le drame et l’intrigue sont au cœur du récit, The Summer Hikaru Died comporte aussi quelques scènes d’horreur. Pas de gore, pas de grotesque : seulement de l’effroi. L’effroi qui naît de l’incompréhensible.
Grâce à une direction artistique très efficace, j’ai véritablement frissonné devant certaines scènes. Je n’aurais pas cru qu’une histoire de fantômes animée pourrait me produire un tel effet. Mais quand nos héros sont seuls, dans le noir, dans une forêt réputée dangereuse, et que des formes inhumaines bougent avec ces saccades qui nous signalent instinctivement qu’il ne s’agit pas d’êtres vivants, l’angoisse devient difficile à éviter. Bravo.

Et tout repose sur l’atmosphère. Quand un caveau s’ouvre, quand le mystère plane sur cette petite ville, où tout le monde se connaît mais où les secrets sont bien gardés. Le village qui sert de cadre à cette intrigue nous semble à la fois étrange et familier. Comme l’image d’une ville qu’on connait mais qui a changé, sans qu’on sache mettre le doigt sur ce qui ne nous est plus familier. Un malaise diffus.

Mais au-delà des effets, le véritable effroi réside dans le thème central. Celui qui nous trouble, qui nous fait vaciller : Hikaru et Yoshiki sont semblables en ceci qu’ils ont des pulsions, et doivent lutter pour y résister. La perte de contrôle, non pas due à une manipulation ou au destin, mais à notre propre nature. Cet instant où l’on doit trahir ce qui est au fond de nous ou ce qui est à la surface. Deux facettes de ce que nous sommes qui s’entre-déchirent violemment.

Le simple fait de ne pas blesser ceux qu’on aime demande une force immense, et une grande souffrance. N’est-ce pas terrifiant ?

Pierre Reynders

Publié le 1 décembre 2025

L’Attaque des Titans

L’Attaque des Titans est un manga écrit par Hajime Isayama en 2009 et adapté en animé en 2013. Cette œuvre a directement été un coup de cœur pour les fans de manga, grâce à son histoire originale et touchante.
On débute donc l’histoire avec Eren, le personnage principal et Armin et Mikasa ses meilleurs amis. Ils ont seulement un problème avec le reste de la population, les titans. On va donc, tout au long de l’œuvre, les voir évoluer, vivre des situations atroces, se battre et souffrir. Le récit débute avec l’irruption soudaine du Titan Colossal. La créature détruit le Mur Maria. Cette catastrophe permet aux titans d’envahir le district de Shiganshina. Eren, Mikasa, et Armin assistent impuissants à la mort de la mère d’Eren. Ce traumatisme pousse Eren à rejoindre le Bataillon d’Exploration pour éradiquer les Titans. L’Attaque des Titans reste tout de même plus complexe que ça, car plus on avance dans le récit, plus on va découvrir qu’en fait, c’est l’égoïsme humain qui se cache derrière tout ça.

Nos trois personnages se lient d’amitié avec d’autres jeunes victimes qui sont également assoiffées de vengeance envers ces créatures destructrices. Les jeunes vont se recueillir à cause de leur chagrin et devenir une équipe de confiance plus forte que jamais. Au fur et à mesure de l’œuvre, on va découvrir que tout n’est pas si beau car plusieurs personnes sont en réalité des traitres et sont des personnes du camp adverse qui leur fait subir tous ces malheurs, depuis des milliers d’années.
L’œuvre montre donc plusieurs aspects de la société car dans le manga il y a, en réalité, des énormes divisions des peuples et pouvoirs politiques, ce qui peut être relié à notre monde actuel. En explorant les différents personnages, les différentes trahisons et liaisons, on découvre toute sorte de facette de leurs personnalités. On finit parfois par s’attacher vu qu’on les suit pendant leurs moments de détresse, joie, gentillesse, etc. Donc, inconsciemment, on les justifie et on se dit qu’il n’y a pas réellement de gentils ou de méchants.
On se fait alors, en quelque sorte, emparer par une empathie. On les défend, eux et leurs actes extrêmes ou leurs raisons d’agir. Selon moi, le manga illustre surtout la complexité des humains. Très souvent, les problèmes de conflits sont reliés au passé, et les soldats, sont juste des pantins du système.

L’Attaque des Titans fait comprendre beaucoup de choses sur les guerres. Lire le manga peut aider à se remettre en question sur les sujets sensibles, comme la division des peuples.
Hajime Isayama a, selon moi, voulu faire passer un message sur les différentes convictions qui animent chaque personne/peuple. Il a surtout voulu mettre à l’épreuve notre empathie (chose qui fonctionne pour la plupart des fans).
Mais justement, parlons-en. Pour les fans, leur empathie a été remise en question. Est-ce réellement une bonne chose ? Peut-on réellement avoir de l’empathie pour tout le monde ? A mon avis, cet état d’âme ne peut pas être appliqué à notre monde actuel. Tous les gouvernements ne méritent pas de l’empathie. L’œuvre reste une fiction et c’est pour cela que c’est un sujet discutable.

Je recommande donc de vous jeter sur l’œuvre. Une fois la série terminée, si vous avez un avis tranché sur les personnages, alors, il est temps de questionner votre empathie.

Elisa Tavanti
Ecrit pour Scan-R

Publié le 4 novembre 2025

L’Atelier des Sorciers

Dans un pays moyenâgeux, la population est séparée au nom de la magie. Les ignorants et les sorciers se côtoient mais ne se mélangent pas.
Mais tout bascule le jour où Coco, une ignorante, lance un sort interdit qui pétrifie sa mère pour toujours. Pour pouvoir la sauver, elle se voit donc obligée d’intégrer la société des sorciers, en répétant des normes et des savoirs que les autres individus maitrisent depuis la naissance.

Sous son prisme et ceux des autres élèves de l’atelier, l’autrice met en évidence différentes façons d’apprendre dans un monde où chaque citoyen se doit d’être utile. Sans peine de se faire exclure de celui-ci.

Cette histoire met en lumière comment un enfant se positionne avec de telles exigences pour tenter d’avoir sa place auprès des adultes. Le voici victime d’une société qui veut que l’enfant soit un outil prêt à l’emploi, on ne laisse pas la place à ce qu’il soit un enfant.

Avec du recul, on peut faire un beau parallèle avec l’école japonaise où a baigné l’autrice. Mais aussi avec notre éducation belge qui ne cesse de se faire remodéliser pour viser la performance, alors qu’elle ne fait que se dégrader.

Dans de telles conditions scolaires, ne serait-ce pas le moment d’avoir d’autres modèles d’apprentissage pour que les enfants continuent d’apprendre toute leur vie ?

Aurore Dunord
Texte écrit pour Scan-R

Publié le 3 novembre 2025

Dandadan

Dandadan ! La série vient tout juste de terminer sa deuxième saison. Quant au manga, il approche déjà de sa conclusion. Sur Netflix, Dandadan est clairement dans le vent ! On y suit deux lycéens aux croyances opposées. Momo Ayase croit aux fantômes mais pas aux extraterrestres, Ken Takakura, lui, pense le contraire. Ils se lancent dans un pari où chacun explore un lieu réputé surnaturel, découvrant rapidement que les deux mondes, l’un des esprits, l’autre des aliens, existent réellement. Leur rencontre déclenche une série d’événements paranormaux, mêlant surnaturel, romance et comédie.

Ce n’est pas rien : des couleurs flashy, une prémisse complètement déjantée qui attire le regard, et surtout un opening de première saison qui a grandement contribué à la popularité de la série en devenant viral sur les réseaux.

Sans oublier un fait, Dandadan se paie le luxe d’être animée par Science Saru ! C’est l’un de mes studios d’animation préférés : tout ce qu’ils produisent devient culte. Leur catalogue est court, mais chaque œuvre est un concentré de créativité. Pensons à Devilman CrybabyPing Pong the AnimationKeep Your Hands Off Eizouken!, etc. Ces classiques, je vous encourage à les découvrir.

Côté animation, on a du très lourd. Je suis toujours épaté par la palette de couleurs qu’ils utilisent : des néons qui se mélangent dans une harmonie presque instable. Les phénomènes surnaturels et les éléments futuristes sont sublimés par cette distorsion constante des couleurs et des proportions.

La vitesse est aussi un thème central : chaque impact est travaillé au point que chaque pause dans un échange de coups devient un véritable feu d’artifice visuel. Franchement, ils m’épatent.
Il fallait bien une animation de cette qualité pour rendre l’œuvre plus que passable, car le scénario prend plusieurs partis pris radicaux qui feront soit des heureux, soit des écœurés.

Misant tout sur l’originalité de ses thèmes, mêlant, peut-être pour la première fois, des histoires de fantômes et rencontres du troisième type, Dandadan peine cependant à offrir plus qu’un fil rouge très plat. On alterne entre des scènes de flirt lycéen (certes touchantes, mais perdant un peu de l’originalité de la prémisse) et des combats au déroulement souvent prévisible.

Puis, la série mise beaucoup sur son humour, et je dois dire, avec regret, que je n’y ai pas été très réceptif. C’est de l’humour pipi-caca-zizi… difficile de faire plus bas du front, même dans certains ecchi médiocres. Si c’est votre came, vous serez servis : le nombre d’allusions au phallus par minute rivalise avec les comédies universitaires américaines des années 2000. Pénis = *Rire général*
Malgré tout, les personnages sont attachants, les designs sont superbes, les combats magnifiques, et la musique incroyable.

Même si je ne suis pas le public idéal, j’ai tout de même apprécié l’œuvre. L’intrigue n’est pas exceptionnelle, mais parfois, ça fait du bien de revenir aux bases, peut-être que c’est justement l’idée. Après tout, l’auteur de Dandadan a été assistant sur Chainsaw Man et Hell’s Paradise. Peut-être qu’à force de voir des anti-héros torturés et des subversions de genre, on a juste envie de quelque chose de plus simple : une histoire d’underdog (celui qui part perdant), puis, son perso s’améliore, chope des super-pouvoirs, bat le méchant, finit avec la fille… tout ça sans se prendre trop au sérieux.

Je te laisser lécher mes nibards… si tu me laisse te pomper le dard.

Mémé Turbo

Pierre Reynders

Publié le 13 octobre 2025

Le portail Ōtakafé

Vous rêvez d’aller au Japon ? Mais comme moi, vous n’avez pas un rond ? On a LA solution ! La Cité Ardente regorge d’endroits où, le temps d’un instant, vous serez téléportés dans vos mangas ou animés favoris. Bienvenue dans notre tour, au Pays du Soleil Levant made in Liège.

Nos rêves se réalisent parfois grâce à des personnes ayant l’audace de réaliser les leurs.

Il y a cinq ans, je me baladais sur les réseaux sociaux lorsque, soudain, mon œil fut attiré par une nouvelle folle… un manga café venait d’ouvrir ses portes. Je n’en revenais pas.
Un de mes rêves s’était réalisé : un endroit où ma passion prenait vie, venait de naître.

En 2020, Mehdi et Abdelmajid ouvrent un manga café : L’Ōtakafé. Une capsule japonaise voit ainsi le jour, pour notre plus grand bonheur, au 34 rue de la Régence.

Aujourd’hui, leur institution fait toujours battre ardemment le cœur des Liégeois.

Notre motivation est de donner la sensation de voyager sans quitter Liège ! Lorsqu’on rappelle à quelqu’un son voyage au Japon, c’est magnifique !

Mehdi 

Pari plus que réussi.

La première pièce vous accueille dans une ambiance boisée, feutrée, presque méditative, faisant écho au côté traditionnel du Japon.
La dernière salle, quant à elle, plonge directement dans un manga. 900 planches ont été assemblées pour former un tout percutant et émouvant, rappelant les meilleures séquences de vos shōjo, shōnen et seinen préférés ! Le choix des planches ne s’est pas fait uniquement entre les deux propriétaires : ils ont demandé des avis pour être certains de représenter au mieux la diversité des goûts présents, au sein de leur future clientèle.

En plus d’être immergé dans cet univers, vous aurez l’occasion de vivre mille émotions… culinaires ! J’ai eu la chance de goûter leurs melonpans, onigarazus, mochis et délicieux thés. Une fringale vous prend ? N’hésitez plus, vous savez où aller !

D’ailleurs, si Mehdi avait une machine inter-univers, où les personnages de nos animés préférés pouvaient lui rendre visite, il souhaiterait voir Luffy débarquer, pour son côté bon vivant et drôle.
Mais il aimerait aussi que Mugen, de Samurai Champloo, passionné de dango, vienne goûter ceux qu’ils préparent pour qu’ensuite, il donne son avis. – Je ne doute pas qu’il en serait fier ! –.

Mais le Japon, ce n’est pas que les mangas et les animés… qu’est-ce qui touche le plus Mehdi dans cette culture ?

La mentalité Bushido qui signifie « la voie du guerrier ». C’est un code d’honneur, un code martial samouraï : justice, courage, bienveillance… c’est comme la mentalité shōnen. C’est mon leitmotiv !

Et je peux vous confirmer que Mehdi et Abdelmajid incarnent cette mentalité avec force et justesse ! Leur initiative coche toutes les cases : un endroit merveilleux, des mets succulents, et surtout, un accueil généreux, rempli de sourires.

Vous savez ce qu’il vous reste à faire : foncez à L’Ōtakafé, dès que vous en avez l’occasion.
Et… on me souffle dans l’oreillette qu’ils vont déménager dans un lieu encore plus fabuleux. Suivez leur aventure de près, ça promet !

Mouche – Photos ©Ōtakafe

Publié le 1 juillet 2025

Le meilleur anime de baston est…

Actuellement, l’animation atteint des niveaux impressionnants. Demon Slayer, L’Attaque des Titans, Jujutsu Kaisen marquent la rétine. Même si on déteste ces univers, on ne peut le nier. Pensez à leurs scènes de tension. Naruto demeure le meilleur anime de baston.

Ordre vs chaos

Quatrième Grande Guerre. Ninjas désemparés, enragés ou de nouveau à la vie. Voici le dernier arc de l’œuvre. Bien sûr, il ne sera pas retenu comme le plus incroyable (final raté + personnages souvent bâclés). Néanmoins, les combats de cette partie ne passent pas inaperçus. Vient alors un duel assez attendu : Kakashi se frittant à Obito. Ordre et chaos. Mesure contre démesure. L’histoire d’une amitié brisée. Elodie Verheyden, animatrice chez Camera-etc, décrit la beauté de la scène.

Nous sommes à un point de la série, bien après le combat entre Naruto et Pain. Les animateurs se sont retenus, cette fois. Il n’y a plus l’animation de l’extrême, composée de ralentis ou d’accélérés. Les artistes se sont nourris des critiques qu’on leur adressait. Là, tout est clair et lisible. Ils ont mis l’argent. Il y a très peu d’arrêt et le combat est super bien chorégraphié.
J’aurais tout de même aimé voir plus de déformation. On ne sent pas la force des coups. Les animateurs auraient pu réaliser des séquences plus violentes.

Altruisme vs égoïsme

Une bagarre marque une génération, les enfants des années 2000. Naruto versus Sasuke. L’altruisme pur contre l’égoïsme dur. Un nouveau chapitre s’affiche devant nos yeux. Dès lors, on admire deux gamins, influencés par leur solitude. L’un souhaite devenir chef du village, même après les moqueries subies. L’autre s’éloigne du village, afin d’assouvir sa soif de vengeance. Les voici prêts à s’arracher la face. L’animation, si dynamique de ce passage, n’a pas pris une ride. Elodie l’affirme, sans hésitation.

Les animations en 2D, dessinées à la main, vieillissent très lentement. Contrairement à la 3D, une technique vieillissant très mal. Ici, les enfants bougent bien. Quand on regarde cet affrontement aujourd’hui, on contemple une animation toujours aussi bien rythmée. Lorsque cette séquence apparait au Japon, on voit arriver une nouvelle génération d’animateurs. Ils posent des codes quant aux mouvements, au rythme, sans avoir peur de tester. Ils vont inspirer les futurs animateurs de la série. Plus tard, ces personnes, inspirées par leurs pairs, s’occuperont de la lutte entre Pain et Naruto.

Rien n’est gratuit. Surtout pas le sang et les larmes. Au-delà d’être un illustrateur talentueux, Masashi Kishimoto est un excellent scénariste. Vraiment ? Ne retenons pas la fin d’un manga qui se termine en queue de boudin. Naruto livre réflexions et émotions !

brunoaleas
Illustration ©Masashi Kishimoto

Publié le 16 juin 2025

Amano et l’intelligence artificielle

L’intelligence artificielle… vaste sujet. Progrès scientifique pour certains, malédiction du siècle pour d’autres. Petite clause de non-responsabilité : je ne suis ni pour, ni contre cette nouvelle technologie.

Constatons tout de même la pertinence de l’IA dans la médecine. L’Institut national de la santé et de la recherche médicale de France nous éclaire. Tentons d’expliquer le rôle des applications de deep learning. Ces réseaux neuronaux artificiels forment de nombreuses couches pour résoudre des tâches complexes. Elles traitent des images.
Ensuite, elles repèrent de possibles mélanomes sur les photos de peau ou dépistent des rétinopathies diabétiques, sur des images de rétines. Leur mise au point nécessite de grands échantillons d’apprentissage. 50 000 images dans le cas des mélanomes, et 128 000 dans celui des rétinopathies. Elles ont été nécessaires pour entraîner l’algorithme à identifier les signes de pathologies. Pour chacune de ces images, on lui indique si elle présente ou non des signes pathologiques. A la fin de l’apprentissage, l’algorithme reconnaît, avec performance, de nouvelles images présentant une anomalie !

Là où l’IA fait mal, se situe en dehors du secteur médical. C’est honteux de l’utiliser pour un vol de données. Par après, les dérives sont nombreuses. Ainsi, combien de personnes clament haut et fort que les robots remplaceront les artistes ?! Trop. Est-ce audible ? Non. Il y en a marre. La force d’un artiste réside dans sa singularité. Personne ne remplacera les aquarelles de Gipi. Personne ne peindra comme Jean-Michel Basquiat. Leur patte est unique. Puis, la machine ne captera pas les subtiles sensibilités des humains, de l’ironie à la tristesse pure.

Un autre artiste me rappelle à quel point un univers ne sera jamais copié à la perfection. L’imaginaire de Yoshitaka Amano est fou ! Il est honoré au Museo di Roma. Je découvre alors l’exposition nommée Amano Corpus Animae (visible jusqu’en octobre).
Le dessinateur naît en 1952, au Japon. En 1987, les créateurs de Final Fantasy, Squaresoft, font appel à lui pour donner corps à leur grande saga. Le but ? Etre un franc concurrent à Akira Toriyama. Ce mangaka, connu pour être le papa de Dragon Ball, fut aussi character designer de Dragon Quest.

Mais Amano ne s’arrête pas là ! Une expo lui est dédiée à New York, où il ouvre d’ailleurs un studio, en 1997. En 2019, il réalise une couverture pour Vogue. Il surprend encore, en introduisant un nouveau perso dans Fortnite, en 2023. Un an plus tard, le Japonais fait une halte à Lucca Comics, le plus grand festival de BD d’Europe.

Avril 2025. Me voici donc à une exposition dans le centre romain, inspirée par le festival de Lucca. J’y suis par hasard. Coïncidence de malade. Chance inouïe. Est-ce une expérience inoubliable ? Assurément. Je reste bouche bée, à chaque pièce. Les installations m’impressionnent. Les œuvres sont aux murs, en aluminium, et la musique rythme la promenade. L’ambiance est si agréable.
Fabio Viola, curateur de l’expo, résume parfaitement l’une des forces d’Amano. En se penchant sur ses illustrations, on y découvre leur complexité. On y aperçoit un dualisme prononcé. A savoir, le mélange entre des œuvres lisibles à distance et complexes de plus près.

Désormais, posons la vraie question. Pourquoi l’intelligence artificielle ne rivalisera jamais avec un artiste de cet acabit ?

Primo, sa patte est ultra reconnaissable, la marque des génies. Secundo, les meilleurs musiciens, peintres, écrivains ou autres esthètes, suivent souvent une seule volonté : savoir se réinventer. Yoshitaka Amano ne se voile pas la face. Il témoigne pour un livre splendide, The Art of Yoshitaka Amano. A Visionary Master (2025) : « J’ai vu de nombreux artistes piégés dans leur propre style et je crains toujours ce piège ».

Il ajoute une pensée merveilleuse à ce constat. D’année en année, le maître ne se décourage pas. Il continue à tendre vers des mondes inexplorés. Il travaille obstinément sur de nouveaux défis.

Le voyage de l’art, avec ses infinies possibilités, m’inspirent à explorer encore et à pousser les confins de l’imagination collective.

brunoaleas
Illustrations ©Museo di Roma & Y. Amano

Publié le 19 mai 2025