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Sorry – Snakes

Nous ne voulions pas faire un album de rock. D’ailleurs je n’aime pas trop nos premiers singles grunge…Asha Lorenz

La chanteuse de Sorry s’exprime ainsi au sujet de leur album à venir, 925. Elle-même et le guitariste Louis O’Brien attirent l’attention pour un tas de raisons.
A la base, ils étaient en compétition. Ils postaient des morceaux sur Soundcloud en tant que rivaux. Ces jeunes Londoniens ont ensuite assemblé leur force afin de former Sorry. Ils ont vite partagé la scène avec d’autres groupes du Sud de Londres (Shame, Goat Girl ou encore HMLTD).
Bref, au lieu de bûcher à l’unif, ils ont passé leur temps libre dans leurs chambres jouant de la musique ensemble.

Le jeu électrisant d’O’Brien et la nonchalance vocale de Lorenz participent à créer un univers particulier. A l’écoute de Snakes, on étouffe aussi bien avec la guitare qu’avec la batterie. Cette dernière délivre des coups emplis d’échos, comme si son enregistrement s’était déroulé dans un hangar désaffecté. Cette angoisse permanente nous traverse également via les paroles.

And every time I made you cry
I was crying too

Right Round The Clock démontre que les deux membres savent fusionner leurs voix avec brio. Des chants en partie de ping pong, portés par un saxophone enrichissant les mélodieux piano, basse et guitare.
Quant à Rock’n’Roll Star, il clôt l’EP sur une touche positivement virulente ! Un saxo qui n’est jamais de trop. Une batterie d’une très bonne vivacité. Et une voix qui passerait crème dans un bar miteux. Prions pour que la chanson soit transmise dans une saison de True Detective !
La capitale anglaise grouille de futures pépites musicales. On mise sur Sorry. Des sonorités qui se rapprocheront d’une pop malsaine.

DRAMA

Publié le 24 mars 2020

King Krule – Man Alive!

Le premier album est souvent le meilleur. Le second confirme si tel artiste ou tel groupe demeure talentueux. King Krule en est à son troisième opus. Man Alive! se compose de 14 morceaux qui ont la force de mêler plusieurs genres musicaux (dub, jazz, electro, etc.). Tellement iconoclaste que Mowno pose l’étiquette « indie philosophique » au disque. Autant dire qu’on n’est pas les seuls à fumer la moquette.

Archy Marshall (de son vrai nom) revient après une longue période d’absence. En novembre 2019, il nous balançait déjà de quoi nous guérir le mental: un court métrage nommé Hey World!, réalisé par sa compagne Charlotte Patmore et lui-même. On y découvrait 4 titres inédits, enregistrés à l’arrache, dans des décors typiquement anglais. Il y avait de quoi saliver quant à l’attente d’un nouveau projet, même si les 4 morceaux étaient présentés de façon claquée. Mais c’est aussi pour cela qu’on aime ce Roi du spleen britannique. Ne venez pas nous ennuyer à résumer ses productions d’attrape-hipsters. King Krule a un style… Et quel style !

Man Alive! s’ouvre avec un morceau fort dynamique, porté sur une paranoïa (« Cellular »). L’observation d’un monde qui s’écroule. Encore une preuve que ses habituels accords jazz collent parfaitement à ces sons electros, bizarroïdes, envahissant l’auditeur du début à la fin. On continue notre traversée via plusieurs chansons plus sombres les unes des autres. Comment oublier « Stoned Again », où une voix caverneuse nous chante les déboires d’une jeunesse chaotique ? King Krule fonctionne comme un Andy Shauf (artiste folk de talent).

L’important, c’est d’accrocher l’auditeur dès la première ligne. Mais aussi de vivre ce que tu écris. C’est pour ça que je passe beaucoup de temps seul, à l’extérieur, dans un bar ou autre, à écouter et à regarder ce qu’il se passe autour de moi. Sinon je ne peux pas en parler.King Krule

« Comet Face », lui, est une véritable poussée d’adrénaline bercée par un saxophone endiablé et une basse sortant d’un cartoon maléfique.

A chaque fin de morceau débute la musique de la piste suivante. Comme si tout coulait de source. Comme si on ne pouvait pas changer la liste proposée. Du feu infernal des 4 premiers titres à la glace paradisiaque du reste de l’album.

« The Dream » marque un point de rupture. C’est à se demander si le chanteur n’a pas appris qu’il allait devenir père à ce moment-là de la conception de l’opus. En effet, la suite nous réserve une déclaration d’amour envers sa femme et sa fille (« Perfecto Miserable »), et un cri d’optimisme lancé à ce monde cruel (« Alone, Omen 3 »).

« (Don’t Let The Dragon) Draag On » a moins de puissance que le reste de Man Alive! à cause de sa boucle d’accords répétée encore et encore. Mais ce qui arrive par après amène à planer. « Underclass » représente la classe king krulienne par excellence. On saisit là toute l’adoration jazz de l’artiste, grâce à un saxophone qui se lâche de façon hyper mélodieuse (tel un orgasme tant attendu !).

Man Alive! est un savant mélange du premier et second album d’Archy. La noirceur de 6 Feet Beneath the Moon (2013) et l’expérimentation de The OOZ. L’aboutissement d’une grande force musicale enfin reconnue. Maintenant, une seule question se pose…
Qui sera prêt à détrôner le Roi ?

DRAMA  Illustration ©Sound of Brit / Man Alive!

Publié le 19 mars 2020

fuck covid-19

On ne pouvait pas rester les bras croisés. Ce foutu coronavirus peut vite rendre paranoïaque. C’est pourquoi, il était évident qu’on vous préparait une playlist afin de vous remonter le moral. Partons du principe que la musique est souvent un remède aux maux de nos sociétés. 13 morceaux vous sont alors offerts pour danser, vous relaxer ou planer en quarantaine!
Des Cranberries à Eté 67. De Billy Joel à Amandine Bourgeois.
On espère que vous prendrez votre pied comme lorsqu’on a conçu cette liste.
Spéciale dédicace à Classic 21, une radio vraiment inspirante.

DRAMA
Illustration ©L’Internaute / Jim Carrey

Publié le 16 mars 2020

Dark Waters, ou la culture de la claustrophobie

En termes de cinéma, on pourrait qualifier l’année 2019 d’« année de la claustrophobie ». Ce courant esthétique, né il y a quelques années, ne cesse de se réinventer en proposant bon nombre de prisons différentes. Le seul désir des héros de ces films est de s’en échapper pour retrouver l’air libre. Ces prisons peuvent être physiques (The Lighthouse), sociales (Joker), relationnelles (Marriage Story), ou culturelles (Midsommar). Cependant, elles se ressemblent en plusieurs points: elles sont épouvantables, mais le héros y entre de son plein gré.

Peut-être pourrions-nous en apprendre plus sur ce courant en jetant un œil à un des premiers succès critique de l’année: Dark Waters de Todd Haynes.

Nous sommes en 1997 et l’avocat Robert Bilott est employé dans la défense d’une immense industrie chimique. Mais un éleveur de son village natal va voir toutes ses vaches mourir les unes après les autres. L’avocat réalisera immédiatement que ces mortalités sont dues à un déversement chimique à proximité, commandé par sa propre firme.

Bilott va tenter de prouver la nocivité de ces déchets. Il va s’acharner en dépit de sa propre santé mentale pendant 23 ans, aujourd’hui encore. Il passera toute sa vie à se battre seul contre une firme puissante qui va tout faire pour prouver la non-nocivité des déchets, malgré les preuves accablantes.

Et c’est ici que se trouve le principal point négatif du film. Nous pensions finie l’ère des « vilaines corporations contre le petit peuple », mais cette tradition manichéenne subsiste encore dans certains films, comme Dark Waters. Le scénario en souffre puisque sans croyance morale solide pour l’adversaire, le conflit perd toute nuance, toute ambigüité.

Dark-Waters-film-Todd-Haynes©Le Rayon Vert

Mais outre cela, le principal intérêt du film ne concerne pas l’histoire, somme toute banale, mais la manière dont elle est racontée. Et pourquoi elle est racontée de cette manière.

Difficile en effet de faire plus claustrophobique que Dark Waters. L’histoire, par la manière dont elle est montée, cadrée, et écrite, est un véritable cauchemar. Le film est une terreur sans conclusion, vu qu’actuellement, Billot combat encore pour la même cause.

Lorsqu’on visionne Dark Waters, on vit un véritable enfer. On veut s’échapper pendant toute sa durée. Puis, on en sort, mais l’enfer n’est pas terminé, étant donné que le film n’a pas de conclusion. On se rend compte alors que c’est le monde réel, comme prolongement du film, qui est un enfer. Telle est une interprétation du métrage.

Si on le prend à l’image d’un miroir du monde réel, comme il est perçu, on est en droit de se demander si ce n’est pas aussi le cas pour tous les films claustrophobiques sortis ces derniers temps.

Ce courant esthétique peut être compris comme un reflet de notre réalité. Rempli de personnes cherchant une issue, une fin, une solution aux problèmes de plus en plus complexes qui parcourent notre humanité.

Si des films comme Joker ou Parasite, deux des plus grands succès de 2019, traitent de ces thèmes, Dark Waters l’aborde sous un angle plus direct. Il retraduit à merveille l’ambiance de son époque, ses préoccupations et ses angoisses.

Lou – Illustration bannière ©CHEM Trust

Publié le 15 mars 2020

Hommage à Elisabetta Imelio – Prozac+ & Sick Tamburo

Ce 29 février, Elisabetta Imelio (notamment connue comme bassiste/chanteuse des Prozac+) est décédée à l’âge de 44 ans, après avoir lutté contre le cancer. Je souhaitais rendre hommage à cette artiste qui a bercé une partie de mon enfance. Voici Elisabetta en 3 chansons. Histoire de ne pas oublier sa voix et son style si punk. Peace. –DRAMA

Musiques « Acida » – Prozac+ / « Angelo » – Prozac+ / « La fine della chemio » – Sick Tamburo feat. Jovanotti, Meg, Elisa, Lo Stato Sociale, Samuel, Tre Allegri Ragazzi Morti, Pierpaolo Capovilla, Manuel Agnelli, Prozac+
Photo bannière ©Elisa Russo / Prozac+

Publié le 8 mars 2020

My Home Hero

Un père de famille tout ce qui a de plus banal, si ce n’est qu’il est passionné de lecture et d’écriture de polars, voit sa petite vie tranquille lui échapper. Cela arrive lorsqu’il apprend que le petit ami de sa fille compte abuser d’elle, voire la tuer. Au pied du mur, il assassine le jeune homme qui se révèle être le fils d’un puissant mafieux. Notre héros suera donc sang et eau pour cacher son crime et protéger sa précieuse famille. Continuer la lecture

Publié le 1 mars 2020

Bothlane au Reflektor

Ca faisait longtemps que je n’avais pas vécu de vrai concert. Heureusement que la Cité Ardente bouillonne d’évènements totalement fous.
Je me retrouve au Reflektor plus vite que mon ombre dès que je remarque Bothlane programmé à une soirée Hybrid Nights (collectif liégeois). Alain Deval (Ginger Bamboo, Quark, Ana Junnonen) est derrière ce projet. Je l’avais déjà aperçu lors de deux concerts de The Brums. Quant à son aventure solo, elle paraît assez barge!

J’ai testé pas mal de set up mais je ne ressentais pas spécialement le besoin de faire un projet solo. J’étais plus dans l’optique du jazz, de l’improvisation et de l’échange avec d’autres musiciens. Je n’étais pas près pour ça!
Puis, au fur et à mesure, j’ai composé des espèces de morceaux assez expérimentaux, avec peu de beat. Je cherchais beaucoup une texture sonore et de l’improvisation autour d’une idée. Le modulaire m’a permis de synthétiser tout ça. Je ressentais le besoin de faire un truc plus personnel, sans concession et sans l’empreinte d’autres musiciens.
Je viens des arts plastiques, de la peinture. J’aime bien l’idée de passer des journées seul à travailler dans un atelier. Cette sorte d’introspection artistique me manquait. C’est un peu ce que je retrouve avec ce projet. –Alain Deval

Tout le matos batterie/synthé-modulaire du batteur n’est pas sur scène mais bien dans la fosse. La batterie s’entoure d’une multitude de câbles. Lors du show, des lumières aux pieds d’Alain permettent de voyager dans différentes couleurs. Tout est en place afin de vivre un rite electro.

Autour de moi, on balance des têtes et on se dandine. Alain Deval nous fait signe pour qu’on se rapproche de lui. C’est là que se provoque la transe. Les coups de batterie entrent dans l’estomac. Les sonorités, dignes d’un Blade Runner sous coke, transportent de stupéfaction à contemplation. Le batteur ne joue pas pendant 2 heures. 30 minutes suffisent pour créer l’attention.

Il est clair que si tout le monde dansait ce soir-là, je me serait emporté et j’aurais cassé ma clavicule sur un beat d’Alain. Chaque note de sa sainte machine s’arrêtait à de bons moments pour repartir de plus belle. Quelques fois, sa rythmique et ses roulements semblaient provenir d’influences africaines!

On a peut-être l’impression d’écouter des rythmiques africaines parce que j’ai étudié le jazz. J’adore Elvin Jones et son jeu complètement organique. Ainsi que Nasheet Waits, proche des tambours bata et de la trance. D’ailleurs, il y a des disques de bata où l’on dirait presque de la techno.
Dans Bothlane, on s’en éloigne. Je ne cherche pas vraiment ce mélange.
En tout cas, je ne désire pas pondre quelque chose de trop propre ou de trop synthétique. Je veux pouvoir continuer à jouer dans l’instant.
Alain Deval

Alain Deval est la preuve existante qu’une formation jazz, telle que la sienne, amène à de merveilleuses créations artistiques. La musique et ses délires. La musique et ses surprises.

brunoaleas – Photo ©Felipe Obrist

Publié le 28 février 2020