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Soul : dialogue d’âmes

Quoi de mieux que la compagnie à la lampe pour éclairer ces temps obscurs ?

Après de nombreux succès qui ont fait sa renommée, Pixar revient à la charge avec un nouveau long métrage : Soul. Une fois encore, c’est Pete Docter qui est aux commandes. La-haut, Monstres&cie, Toy Story, Wall-E… Le studio d’animation doit beaucoup au réalisateur américain, signant de son nom ses films les plus emblématiques.

Joe Gardner, professeur de musique dans un collège de New York, saisit l’opportunité de sa vie. Aspirant pianiste de jazz, il a l’occasion de jouer avec une star locale. Mais alors qu’il s’apprête à réaliser son rêve, il chute et tombe… Dans le coma.

Dans cet état de mort partielle, il aura un avant-goût de l’au-delà (« great beyond » en anglais), et surtout du « great before », l’endroit où nos âmes se trouvent avant notre naissance. Il y fait la connaissance de nombreuses entités étranges. Parmi elles, 22, une âme sans but dans la vie, qui cherche sa voie.

Si Soul a des airs de Vice-versa dans sa concrétisation de concepts abstraits, il va bien plus loin. Toute une mythologie merveilleusement cohérente est construite pour servir le propos du scénario.

La force de Pixar ? Sa capacité à parler de thèmes difficiles de manière pertinente, et compréhensible, pour tous les publics. Après l’apocalypse (Wall-E), les rêves brisés (Là-haut) et la mort (Coco), la compagnie à la lampe s’attaque au plus difficile des thèmes…
Le sens de la vie.

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Ce sujet ridiculement vaste et abstrait pourrait sonner comme une mauvaise parodie métaphysique, mais c’est pourtant le sujet de Soul. Que faisons-nous sur cette terre ? Sommes-nous nés pour réaliser nos rêves, ou pour suivre notre destin ?

Le film ne répond pas à ces questions. Il les pose, et laisse les personnages et l’intrigue débattre entre eux, bien qu’une vague conclusion en ressorte.

Ce débat complexe est prétexte à un spectacle visuel époustouflant. Les concepts illustrés sont si abstraits qu’on peut les représenter de mille façons différentes. Les décrire avec des mots serait une tâche complexe. Comment décrire les « Jerry », ces personnages filiformes, qui sont des sortes de fonctionnaires de l’au-delà ? Soul utilise le langage visuel, bien plus direct que le langage littéraire, pour rendre ces concepts intelligibles. L’illustration est réalisée avec brio, et le film est l’un des plus visuellement créatifs de la compagnie.

Lorsque Joe tombe dans l’au-delà, le « paradis » est illustré tel une sorte de trou noir inversé, d’où la lumière sort, éclairant les âmes des défunts sur un immense tapis roulant. Le « great before » quant à lui, est un immense pré bleuâtre baigné d’une lumière onirique et de bâtiments à l’architecture impossible.

Soul est une grande histoire. C’est probablement un des meilleurs Pixar, et son propos est important. Qui plus est, sa structure narrative est novatrice. Certaines règles du scénario sont brisées magnifiquement pour servir le message de l’œuvre. Il n’y a pas de climax. Le héros atteint ses objectifs, mais il n’en éprouve que peu de satisfaction. Pourquoi ? Le film démontre par son histoire et sa structure que le plus important dans une vie n’est pas la réalisation de ses rêves, ni même le chemin que nous avons utilisé pour y parvenir. Ce qui est important dans une vie, c’est la vie elle-même. C’est chacun des microéléments qui la compose. Un bruissement de feuilles, une brise au visage, le goût, le toucher, l’odorat.

Si la vie est une histoire, alors son intérêt ne réside pas dans son climax, dans ses objectifs, dans l’accomplissement. Si la vie est une histoire, alors son intérêt se trouve dans les effluves du monde qui nous entoure, et dans son dialogue avec notre âme.

Raturix

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