Scandale

Le film choc de l’ère post #MeToo nous plonge dans les abysses du géant Fox News.
La visite guidée alléchante d
un patriarcat pervers est trop peu percutante.

Scandale passe au crible la première chaîne d’information continue des Etats-Unis et nous en propose un récit peu glorieux. Dès les premières minutes, le ton est donné, des bureaux peuplés de femmes blanches et blondes en robes courtes, dirigées par le vieil homme tout puissant du deuxième étage. Mais il ne faut pas s’y tromper, Roger Ailes est un patron bienveillant. Il veille sur ses protégées en échange de faveurs sexuelles, ou comme il les appelle, des ‘‘preuves de loyauté’’. C’est sa chute, les rouages d’un mécanisme bien huilé qui part en vrille qui sont mises en avant. Le scandale Fox News, comment la journaliste Gretchen Carlson a fait éclater l’affaire au grand jour, soutenue par certaines collègues, beaucoup moins par d’autres.

La mise en scène plonge le spectateur dans une ambiance de télévision. On y est ! Dès la première scène, un choix particulier : c’est Nicole Kidman, alias Gretchen Carlson qui nous fait une visite guidée. En face cam, elle s’adresse aux spectateurs avec des images qui illustrent son propos, un journal télévisé sur grand écran. Une immersion totale qui permet une remise en contexte simple et efficace. Seul bémol, un spectateur non renseigné pourrait perdre pied dans ce flot d’informations.

1280_clip_bombshell_trailer_101519©Entertainment Tonight

Le film jongle entre les rythmes, on alterne un presque huis clôt dans les locaux de la chaîne avec des témoignages de femmes harcelées. Des portraits hâtifs, où la psychologie des personnages est à peine évoquée. Un parti pris de la quantité qui n’était peut-être pas le bon. Le réalisateur Jay Roach parvient à camoufler cette lacune en mettant les projecteurs sur les trois personnages principaux qui sont presque parfaits. Avec un casting à faire frétiller tout cinéphile, le film tient ses promesses, ou presque. Charlize Theron tire son épingle du jeu, au point d’arriver à se faire oublier au profit de son personnage, un tour de force magistral. Presque parce que Margot Robbie campe un rôle dispensable. Un personnage insignifiant qui n’existe d’ailleurs pas dans la vraie histoire. Kayla Pospisil n’est qu’un condensé de témoignages qui donnent un rendu superficiel et la possibilité pour le film de donner une morale à une histoire qui en est dépourvue. Le seul intérêt de ce personnage est une scène dérangeante au possible avec John Lithgow (qui incarne le faux gentil à la perfection). La tension sexuelle et les non-dits sont omniprésents sans la nécessité d’être graveleux. Le film fait le tour de force de traiter et de montrer le harcèlement sexuel sans même une poitrine à l’écran.

Un long métrage bien ficelé, peut-être trop. Le film tombe à pic, il sort en salle en plein procès Weinstein. Un film très politisé, anti-Trump, féministe,… En résumé un film qui aurait dû faire couler bien plus d’encre. Le problème ? Le film que certains ont qualifié de nécessaire l’était sans doute, mais il n’est pas efficace. C’est un film facile et agréable à regarder mais qui s’oublie vite. La faute notamment à un dénouement expéditif.

Donatella Ruolo

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