Le porno, c’est rigolo. C’est aussi kiffant et ça peut aussi être dangereux. Mais, surtout, c’est un art audiovisuel en soi, jouant des mouvements, des raccords, des lumières et des sons pour générer des émotions, dans un format qui a évolué au cours du temps et dans une histoire qui fait partie de la culture populaire. Quand on voit du porno (ou quelque chose qui l’évoque), alors qu’on ne s’y attend pas, on peut être outré.e (à raison), dérouté.e, où simplement hilare.
Depuis des décennies, la pornographie est un sujet de parodie assez récurrent dans les médias, où on s’y attend, mais seulement un petit peu : les comédies pour adultes, les séries télévisées animées, telles que Rick & Morty ou Les Griffin, et surtout, dans des médias plus populaires comme les vidéos Youtube, les memes et le livestreaming. La parodie de porno, en particulier la parodie de scènes populaires de porno, est extrêmement efficace en comédie car elle permet de condenser dans une situation simple, plusieurs principes comiques :
· la caricature (exagération des traits ridicules d’une situation connue)
· la référence (à une situation intime gênante dans une situation collective)
· l’analogie (« regarde mon gros outil »)
Une question devient alors évidente. D’où vient le truc du réparateur, si présent dans les parodies de porno ? Sans doute du fait que ce soit un sous-genre entier de porn assez ancien, basé sur un contact sexuel entre inconnus dans une situation commune, basée peut être sur une certaine division genrée des espaces : la femme est dans l’espace domestique (et a besoin d’un service), l’homme s’y introduit, depuis sa situation professionnelle (c’est un réparateur).
Si on peut y voir l’appel à une situation d’anxiété chez certains hommes (la peur qu’un autre homme s’introduise dans l’espace domestique de son épouse), ce qu’il y a a voir ici est surtout une métaphore des tendances hétéronormatives du sexe : l’homme expert entre dans l’espace intime d’une femme, usant de ses « outils » pour réparer quelque chose, et repart sans nulle autre responsabilité. Ce type de scène permet une structure narrative claire, complète et concise (le réparateur entre, l’acte sexuel survient, le réparateur s’en va). C’est, une fois qu’on dégage les couches de sens, un éminent exemple des rapports sexistes et hétéronormatifs de la pornographie mainstream classique. Le porno, c’est rigolo, mais c’est aussi très sérieux. En tant qu’objet consommé massivement et faisant partie de nos espaces culturels larges, il doit être réfléchi profondément lors de son élaboration et de son analyse. Il prend naturellement une position idéologique quant aux rapports de genre, au rapport d’une société donnée au sexe, et permet de mettre en lumière, avec une certaine sincérité, les tendances plus insondables de nos sociétés humaines. Lorsque le porno est l’objet d’une parodie, ces tendances et caractéristiques sont exacerbées et permet de façon plus évidente de déceler la vision qu’une société donnée a de la pornographie, et du sexe en général.
Lou