Quelle épreuve de conclure une série… Naruto fut un gâchis total et Game of Thrones, un scandale. Quant au final de My Hero Academia, est-il réussi ? Affirmatif ! J’attendais cette fin car je considère ce manga comme digne héritier du Big Three. De fait, ce récit présente des persos inspirants comme dans les trois mangas les plus populaires et les plus vendus du Weekly Shōnen Jump (2000-2015) : One Piece, Naruto et Bleach. Après 10 ans de parution, l’œuvre divise sur le net, tant ses dernières pages décrivent quelques destins atypiques. Au départ, les lecteurs découvrent Deku, ado sans pouvoir finissant par devenir l’héritier du héros numéro 1, All Might. Aux dernières pages, il exerce le métier de prof pour transmettre son savoir… où est l’erreur ?! Pourquoi les fans détestent ce choix ?!
Deku, tout au long du récit, ne cesse de questionner, requestionner ses décisions, ainsi que les actions des vilains. Il se casse la tête, mais à quoi bon ? Avant d’être enseignant au lycée Yuei, il y est élève et sa philosophie est toujours la même du début à la fin : faire de son mieux, en étant altruiste. Si les fans n’ont pas capté ce code moral du protagoniste, il serait temps d’aller consulter un psy oculaire ! Bref, Deku ne symbolise pas L’ORDRE ou L’AUTORITE. Il est cette main tendue vers tout le monde. Par conséquent, apercevoir le personnage tel un professeur proche de ses élèves, rédigeant ses mémoires, prêt à encourager tout un chacun… c’est beau !

My Hero Academia sacralise non seulement l’importance de laisser une trace écrite pour les générations futures, mais rappelle ô combien l’entraide est vitale pour survivre.
En outre, le monde nouveau de Deku s’inscrit dans la pensée de Henry David Thoreau (Désobéissance civile, 1849) : « Le meilleur gouvernement est celui qui gouverne le moins ». La société nouvelle, inspirée par le combat de Deku face aux vilains, n’agit plus comme avant. Elle comprend qu’il ne faut pas attendre pour aider son prochain. Thoreau imaginait l’État comme obstacle à la liberté, à la moralité et au progrès humain. L’auteur croyait aux forces des individus. Ces dernier sont mieux placés pour prendre des décisions morales et pratiques. Ils ne se fient plus à une autorité gouvernementale détenant la quasi-totalité des pouvoirs politiques, administratifs et financiers.
MHA et Thoreau, forever ! Ça ne s’arrête pas là ! Plus Ultra ! Deku ne conçoit pertinemment pas ses adversaires comme des ennemis à abattre. Malheureusement, Tomura Shigaraki, adversaire final, est bel et bien tué, non pas par pure violence gratuite, mais par triste nécessité. Au départ, son âme fut condamnée à être broyée dans les ténèbres du psychopathe nommé All For One.
Deku, avant d’éteindre Tomura sur le champ de bataille, tente une dernière fois de le comprendre. Il partage son pouvoir pour ensuite entrevoir le tréfonds de ses pensées. Cette fois, citons Robert Badinter (1928-2024). Ses écrits sont toujours d’actualité. Ils résument la démarche de Deku.
tant qu’on fusillera, qu’on empoisonnera, qu’on décapitera, qu’on lapidera, qu’on pendra, qu’on suppliciera dans ce monde, il n’y aura pas de répit pour tous ceux qui croient que la vie est, pour l’humanité tout entière, la valeur suprême, et qu’il ne peut y avoir de justice qui tue.
R. Badinter (extrait de Contre la peine de mort)
Le jour viendra où il n’y aura plus, sur la surface de cette terre, de condamné à mort au nom de la justice. Je ne verrai pas ce jour-là. Mais ma conviction est absolue : la peine de mort est vouée à disparaître de ce monde plus tôt que les sceptiques, les nostalgiques ou les amateurs de supplices le pensent.
Terminons avec une dernière citation. Etalons une phrase remplie de sagesse. Simone Veil menait divers combats (droits des femmes, construction européenne, etc.). Née dans une famille juive aux origines lorraines, elle fut déportée à Auschwitz à l’âge de 16 ans, durant la Shoah. En avril 2005, elle se prononce devant les élèves de la rue d’Ulm, à Paris. Ses paroles pourraient coller parfaitement à l’épilogue imaginé par Kōhei Horikoshi. Lors de la conférence, elle affirme : « Vous savez, les guerres justes, ça n’existe pas. Moi, je me bats pour qu’il n’y ait plus de guerres, du moins en Europe ».
brunoaleas
Illustrations ©Kohei Hirikoshi