Film

Deux mots sur Spielberg / Hook

Les films de Steven Spielberg, est-ce possible de les critiquer, en deux mots ? Oui. Le réalisateur embrouille peu. Ses récits sont fascinants et accessibles. Après les focus sur Bo Burnham, Tim Burton et Spider-Man, place au Roi du Divertissement !

Hook ou la Revanche du capitaine Crochet n’est pas une comédie musicale. Le film a failli l’être. Remercions les cieux ! Je ne suis pas fanatique de ce genre cinématographique. Citons tout de même trois exceptions : La La Land, Tick Tick… Boom ! et L’Étrange Noël de monsieur Jack.
J’accroche rarement aux scènes où des personnages chantonnent comme s’ils vomissaient un arc-en-ciel. Qui sait ? Si Hook était une comédie musicale, il aurait probablement été encore plus flingué par les critiques à sa sortie…

Oui, vous lisez bien. Hook fut considéré comme trop féérique, voire, trop naïf. Le propos du film est simple : comment un père de famille peut retrouver son âme d’enfant ? Bien sûr, la féérie est la bienvenue ! Plusieurs séquences nous emmènent loin du monde réel. D’ailleurs, ce sera le cas du personnage principal. Monsieur Banning, avocat giga sérieux, a complètement oublié qu’il était Peter Pan. Lors d’un voyage à Londres, ses enfants sont kidnappés par le Capitaine Crochet, qui, lui, n’a rien oublié. 

Saluons la technique. Steven Spielberg réalise cette œuvre en pilotage automatique, selon ses dires… beau vol plané ! L’expérience est réussie. Décors immersifs. Costumes déjantés. Lumières éblouissantes. D’un point de vue formel, impossible de se plaindre.

Désormais, centrons-nous sur un et un seul commentaire désobligeant : « Hook fait trop Disney, trop lisse et mielleux ». Négatif. Comparaison n’est pas raison.
Aujourd’hui, à force de bouffer du cynisme au petit déjeuner, de contempler des titres aussi sombres que Joker ou Uncut Gems, je souhaite découvrir d’autres films pour adultes et enfants, de pareille ampleur. C’est pourquoi, Superman sort du lot. Ses dialogues solaires et son ambiance enfantine rappellent le message principal de l’œuvre spielbergienne : la vie est une aventure !

brunoaleas

Publié le 2 mars 2026

The Big Short : leçon d’une économie qui s’effondre

L’économie, c’est super compliqué. Acheter un pain ou payer ses impôts, ça va encore. Mais dès qu’on parle de retour sur investissement, d’obligations ou de taux d’intérêts, on est déjà beaucoup à ne plus rien comprendre, ou à en avoir rien à fiche.

Or, l’économie a un rôle décisif dans notre quotidien. La façon dont les richesses et les ressources circulent influence notre confort de vie, notre position dans la société, et la date de notre mort.

Quand l’économie explose, pète un câble, entre dans une crise, beaucoup de gens en pâtissent. Sous le capitalisme, les riches sont généralement épargnés. Parfois, ces moments sont causés par ce qu’on appelle une « bulle ». En gros, les gens mettent beaucoup de sous dans des entreprises dans l’espoir d’en gagner davantage (c’est ce qu’on appelle un investissement), mais quand plein d’ultra-riches mettent des gros paquets de blé dans des entreprises qui n’ont aucun avenir, par engouement ou spéculation, c’est une bulle. Celle-ci peut exploser, et alors, pour je ne sais quelle raison, c’est les pauvres qui deviennent encore plus pauvres.

Certains gens très sérieux disent que l’IA générative est une bulle. Les entreprises qui la développent ne sont pas rentables, mais l’engouement technologique fait que plein de gens y placent de gargantuesques tas d’oseille. Un jour, ils vont tous se rendre compte en même temps qu’ils se sont fait.e.s baiser, et alors, c’est fini. Une situation similaire est arrivée en 2008. Tout le monde s’en souvient. Mais là, c’était encore plus compliqué, oulala que c’était compliqué…

Adam McCay est un réalisateur américain faisant à l’origine des comédies avec Will Ferrel (mais si, le grand mec bouclé qui a joué dans Elf). Entre 2015 et 2021, il réalise trois films aux tenants plus sérieux, et sur le thème de la politique : The Big Short, Vice et Don’t Look Up.

Le premier de cette triade, The Big Short, a un cast complètement fou. Steve Carell, Christian Bale, Ryan Gosling, Brad Pitt et Jeremy Strong sont une bande de traders complètement hors-sol, cherchant le bon coup de poker pour rapporter gros. En 2007, ils se rendent compte petit à petit que le marché de l’immobilier est au milieu d’une énorme bulle. Personne ne semble s’en rendre compte, même si certains essaient déjà de parier sur un effondrement pour faire du bénéfice.

Des gens achètent des maisons, et pour cela, iels contractent des prêts dans une banque. Celle-ci dispose donc de ce qu’on appelle une « obligation ». En gros, ça veut dire que quelqu’un lui doit de l’argent. Ces obligations sont mises par centaines dans des gros paquets, parfois, vendues. La personne qui achète un paquet est donc propriétaire de documents qui disent que plein de gens différents leur doivent de l’argent pour rembourser leur maison.

Le problème (si toute cette entreprise n’était déjà pas foireuse), c’est que ces paquets ont bien moins de valeur que ce que les traders pensent. On n’est vraiment pas certains que les types qui ont acheté des maisons vont pouvoir rembourser leur prêt. Ces paquets d’obligations incertaines sont pourtant vendues de plus en plus cher, jusqu’à ce que tout le monde se rende compte de l’arnaque, en même temps. Et là, c’est trop tard. Des millions de gens perdent leur emploi et leur maison, ne pouvant rembourser leur prêt.

Pas sûre que j’aie tout compris, et pas sûre d’avoir tout bien expliqué, mais c’était très instructif. Ce que j’en tire ? La crise de 2008 a traumatisé toute une génération. Elle a pour cause les choix désastreux d’une bande de capitalistes, mais surtout, pointons le système qui les a propulsés à leur position de pouvoir. La spéculation ne doit pas être la colonne vertébrale de notre système économique. L’économie doit avoir la qualité de vie des gens du commun comme priorité.

Comme dans Vice (la guerre en Irak) ou Don’t Look Up (un astéroïde fonçant sur la terre), McCay s’intéresse aux tragédies évitables, aux situations qui, prises avec plus de responsabilité, auraient évité beaucoup de souffrance chez des gens qui n’avaient rien demandé.

« Ce qui compte, c’est pas la chute, c’est l’atterrissage ». Ce n’est que quand on a la face sur le pavé qu’on se rend vraiment compte qu’on a trébuché. Or, il faut apprendre à placer ses mains devant soi pour se protéger et surtout, à regarder la route quand on se déplace. Espérons que pour la potentielle bulle de l’IA, les gens soient plus malins. Mais sous le capitalisme, il y a toujours une crise prête à émerger.

Lou

Publié le 11 février 2026

Deux mots sur Spielberg / La Liste de Schindler

Les films de Steven Spielberg, est-ce possible de les critiquer, en deux mots ? Oui. Le réalisateur embrouille peu. Ses récits sont fascinants et accessibles. Après les focus sur Bo Burnham, Tim Burton et Spider-Man, place au Roi du Divertissement !

L’horreur semble indescriptible. La libération des camps de concentration nazis s’est déroulée principalement en 1945. L’Armée Rouge libère Auschwitz, le 27 janvier 1945. Auschwitz-Birkenau fut le plus important des camps d’extermination nazis. Les films sont alors un excellent outil à exploiter pour ne pas oublier les atrocités du siècle dernier.

Parfois, des individus détestant le cinéma, pointent du doigt la propagande nauséabonde de certains réalisateurs – un ancien membre de notre équipe évite la filmographie de Kubrick car le cinéaste disséminerait de mauvaises idées pour notre petit cerveau –.
Soyons francs. Ne tombons pas dans le complotisme pur et simple. Lisons Edward Bernays pour capter un fait : « La propagande ne cessera jamais d’exister. Les esprits intelligents doivent comprendre qu’elle leur offre l’outil moderne dont ils doivent se saisir à des fins productives, pour créer de l’ordre à partir du chaos ».

La Liste de Schindler ne symbolise pas une propagande-crasse, mais un devoir de mémoire. Telle une stèle qui rappelle les massacres nazis, ce long métrage illustre la barbarie humaine et ses conséquences. On y suit un homme d’affaires, Oskar Schindler. Il arrive à Cracovie, en 1939. Après avoir rejoint le parti nazi pour des raisons politiques, il emploie des juifs dans son usine. Il ne restera pas indifférent au sort de ses ouvriers.
Comment le cinéaste conçoit ce drame historique, précisément ? L’image, noire et blanche, embrasse sobrement les yeux du spectateur. Quant aux personnages, ils gravitent brillamment autour de deux thèmes : la misère et le pouvoir. Et la musique s’adapte à la tristesse visuelle, sans jamais déranger.
Steven Spielberg partage donc une œuvre universelle et impressionnante, où un homme côtoie le Mal afin d’extraire des innocents de la mort. Quand le film se termine, une pensée ne cesse de résonner… sauver une vie équivaut à sauver le monde entier.

Une fois cette philosophie digérée, que reste-t-il ? Que faire, après ? Collectivement, quelle action mener ? La réponse se trouve dans les pages de Wilfried. Une chronique, signée Jeroen Olyslaegers, invite à la réflexion. Il ne faut pas se reposer sur les films, séries ou romans décrivant la Shoah. Il faut aussi commémorer correctement. Pourquoi ? Rien n’est acquis. L’écrivain belge le prouve en quelques phrases.

Commémorer signifie partir du principe que les mêmes atrocités peuvent se reproduire demain et que l’on ne doit surtout pas trop se faire confiance. […] Les bourreaux et les victimes étaient tous des être humains. Comme vous. Comme moi.

brunoaleas

Publié le 27 janvier 2026

TOP/FLOP FILMS 2025

Il est bien difficile pour le cinéma de 2025 de talonner celui de 2024. Il y a deux ans, de très nombreux films de qualité sont sortis en salle et ailleurs, et ce, dans plusieurs genres et communautés. Nous avons eu d’excellents blockbusters, comme Fall Guy, et d’excellents films plus locaux ou expérimentaux comme La nuit se traîne ou Kneecap. A24 nous en a mis plein la vue avec I saw the TV glow, et Ethan Cohen nous faisait sauter de nos fauteuils devant Drive away dolls.

En comparaison, c’est sûr, l’année 2025 est terne, mais cela n’en fait pas une mauvaise année. Même si Bong Joon Ho nous a déçu.e.s avec son tout juste correct Mickey 17, même si Quentin Dupieux et Julia Ducournau, pourtant rarement décevant.e.s dans leur avant-garde, nous ont à peine fait planer avec L’accident de piano et Alpha, les gemmes fleurissent, d’autant plus brillantes.

Le meilleur film de cette année est un film d’animation, gloire à elle. Arco est un film formidable, magnifique et emprunt d’un optimisme dont on avait besoin.

Les Baronnes nous ont fait rire et rendre fièr.e.s de notre industrie culturelle belge.

Aux Etats-Unis de Donald Trump, Superman nous a surpris par sa qualité et son propos anti-impérialiste, comme Zootopie 2 qui cesse de romantiser la police. Étrange que des films tels puissent encore être faits là-bas, et on espère que ça sera encore le cas en 2026.

J’aimerais accorder deux mentions spéciales. La première est pour le court-métrage de science fiction The god man, aussi beau qu’édifiant. La deuxième est pour un documentaire traitant du génocide en Palestine, que je n’ai pas pu me résoudre à aller voir dans une semaine déjà sombre pour mon mental. Je rattraperai ce retard pour La voix de Hind Rajab. –Lou

TOP 10

1|Arco –  Ugo Bienvenu

2|Les Baronnes – Nabil Ben Yadir

3|Superman – James Gunn

4|L’acier a coulé dans nos veines – Thierry Michel

5|Zootopie 2 – Jared Bush et Byron Howard

6|Bugonia Yorgos Lanthimos

7|Sinners – Ryan Coogler

8|I love PeruRaphaël Quenard et Hugo David

9|KPop Demon Hunters –  Maggie Kang et Chris Appelhans 

10|On vous croit Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys

PIRE FILM : Alpha – Julia Ducournau

Une impression me hante. Je vois le monde cinématographique bien plus attirant, engagé et pertinent, à des années lumières du secteur musical.
Cette année fut révélatrice. Ma passion pour le cinéma est grandissante. Là où les plateformes de streamings, les labels ou autres musiciens capitalistes me dégoûtent toujours plus, le cinéma fait entrevoir une lueur d’espoir.

Citons des distributeurs aux goûts éclectiques et salvateurs : A24, Diaphana, L’Atelier Distribution, Le Parc Distribution, Aardman. On sent déjà une saine curiosité à découvrir leurs films !
Certes, le secteur ciné doit aussi avoir son lot de problèmes. Sauf qu’il demeure une niche pour les passionnés d’art. Une niche ? Vraiment ? Bien sûr. Il sera plus facile, de trouver des documentaires d’utilité publique, tel que No Other Land, qu’un album 100% engagé, à l’exception de Nicolas Michaux, Godspeed You! Black Emperor, BEASTS, Médine ou d’autres artistes militant pour un monde meilleur.

Oui. Même l’art est une affaire d’argent. Non, il n’est pas impossible de rêver. Superman affiche un héros optimiste. Un bien fou ! Depuis plusieurs années, on imagine des anti-héros sur petit et grand écran. Il est temps de s’évader, d’inventer d’autres imaginaires, où espoir et vie captent notre attention ! Bird et L’Attachement représentent ces thèmes merveilleusement bien, tant leur scénario respectif est admirablement bien écrit.

Concernant A Big Bold Beautiful Journey, sa vision fut si indigeste. La catastrophe est triste. Sur le papier, l’œuvre de Kogonada parait géniale. Musique de Joe Hisaishi et casting en or, Margot Robbie et Colin Farrell en tête d’affiche.
Au final, on obtient un film médiocre. Les dialogues sonnent creux et l’histoire est d’une banalité extrême. Farrell semble tout droit sorti d’une maison de retraite. Quant au thème de la famille, il est soit sacrifié sur l’autel de la magie, soit jeté aux oubliettes.

Heureusement, No Other Land rappelle l’importance de pratiquer le journalisme. Nous avons besoin d’aller vers l’autre pour sauver des vies. –brunoaleas

TOP 10

1|No Other Land –  Basel Adra, Hamdan Ballal, Yuval Abraham, Rachel Szor 

2|Superman – James Gunn

3|L’Attachement – Carine Tardieu

4|Bird – Andrea Arnold

5|L’Amour, c’est surcôté – Mourad Winter

6|Sing Sing Greg Kwedar

7|Sinners – Ryan Coogler

8|Une Bataille après l’Autre – Paul Thomas Anderson

9|Black Dog – Guan Hu

10|Elio Madeline Sharafian, Domee Shi et Adrian Molina

PIRE FILM : A Big Bold Beautiful Journey – Kogonada

Illustration ©Antoine Wathelet

Publié le 12 décembre 2025

Une Bataille après l’Autre

Paul Thomas Anderson adapte le livre Vineland. Le cinéaste se concentre sur une proposition intéressante, comme si elle sortait au bon moment, au bon endroit. Une Bataille après l’Autre s’ouvre dans l’Amérique contemporaine. On y suit un groupe d’activistes emmené par Pat, surnommé Rocket Man (Leonardo DiCaprio) et Perfidia Beverly Hills (Teyana Taylor), un couple de révolutionnaires. Ils se dirigent dans un camps de migrants, à la frontière américano-mexicaine. Le but ?  Libérer les détenus. 16 ans plus tard, Pat absorbe plusieurs drogues et partage sa vie avec sa fille Willa (Chase Infiniti), quand le colonel Lockjaw (Sean Penn), son meilleur ennemi, refait surface, à la fois teubé et diabolique.

Je ne considère pas ce film comme un brulot. Ou, plus précisément, le long métrage ne m’apparait pas si subversif. C’est l’histoire d’un père qui recherche sa fille, comme le confirme très bien PTA lors d’une interview chez Première (n°566, octobre 2025).
Du côté des séries, de nombreux titres dénonçaient bien plus les arcanes du pouvoir. Pensons à Mr. Robot ou Inside Job.

Dès lors, pourquoi découvrir ce thriller ?

Il serait réducteur de résumer ce long métrage à un simple thriller. Retenons son aspect grotesque. La majeure partie des protagonistes sont ridicules, drôles, absurdes ! DiCaprio en révolutionnaire du dimanche. Benicio del Toro interprétant un sensei improbable. Chase Infiniti, peinée, mais aussi déterminée à survivre… en robe. Puis, le meilleur du casting, Penn, militaire complément lobotomisé par une idéologie raciste, mais surtout, pathétique. D’ailleurs , son caractère est robotique. Bref, il s’illustre carrément plus timbré que les autres persos.

Donc, résumons. Une Bataille après l’Autre n’est pas un film réalisé par des gauchistes pédants, porté par un cynisme prononcé. Non. Le blockbuster est comparable aux vannes écrites par Haroun. Elle démonte l’extrême droite et l’extrême gauche. Elle affiche une série de personnages caricaturaux.
L’effet est alors mémorable ? Oui ! Les médias et politiciens divisent en permanence. La comédie de PTA est une belle réponse aux chamboulement actuels. Elle reflète la crétinerie de Trump, la prétention de Musk et la disparition d’un communisme fort en Europe. PTA comprend l’absurdité de notre siècle, les pleins pouvoirs offerts aux fachos motivés par le sang et l’argent.

Félicitations Paul ! Tes intentions sont pertinentes. Divertir, puis, réfléchir. L’excellent Docteur Folamour provoque la même sensation. Ton dixième long métrage capture l’air qui se respire… un tournant se passe sous nos yeux, un nouveau chapitre fatal, où les militants ne pourront pas stopper les guerres (Ukraine, Palestine, etc.), sans une aide institutionnelle comme l’ONU.
Les nombreux conflits intérieures (les dégâts du capitalisme) et extérieures (le Moyen-Orient et l’Afrique, toujours plus délaissés et exploités par les Occidentaux) engendreront la haine constante entre les peuples.

Sans doute, PTA serait bon pote avec Antonio Gramsci (1891-1937). Les deux auteurs s’enfileraient des pintes, en débattant de nos croyances. Le dialogue serait incroyable ! Ils s’accorderaient sur un avertissement contre la crédulité. Surtout si on repense à une fameuse citation.

L’erreur de la masse consiste à croire trop et à interroger trop peu.

Antonio Gramsci

brunoaleas

Publié le 10 décembre 2025

No Other Land

En sortant du visionnage de No Other Land, il ne me reste plus que le silence. Les mots ne sont pas d’une grande aide, quand on ne sait ce que l’on souhaite exprimer. 

Ce silence ne m’empêche toutefois pas de ressentir. Ce documentaire a mis mon corps à rude épreuve : mes yeux ne voulaient plus voir, ni mes oreilles entendre. Aucune position ne me semblait confortable. 

Comment est-ce possible ? 

Le pouvoir est dévastateur. Il ravage l’âme et ne laisse que du sang sur les mains. 

Qui croient-ils être pour se permettre de déloger toute cette population ? 

Leur cerveau a dû être retourné. La haine a été attisée, c’est sûr. 

Quand l’autre devient l’ennemi, il n’y a plus rien à gagner, mais bien tout à perdre. 

Je ne veux pas oublier ces images. Je veux en être, de ceux qui espèrent. Je veux m’engager auprès de toutes ces autres étincelles vivantes, qui luttent pour le droit de tout•e un chacun•e à exister, à occuper une place. 

Depuis ma naissance, beaucoup de choses ont été choisies indépendamment de ma volonté et le cours de ma vie n’est pas de mon unique fait. J’ai conscience d’avoir acquis certains privilèges uniquement de par ce que je suis, tout comme d’autres en sont, à contrario, privés, justement de par ce qu’iels sont. 

C’est injuste et le dire, l’écrire, est un nécessaire début. C’est le coup de pédale indispensable à donner, avant d’enchaîner les routes sinueuses du combat citoyen. 

J’aimerais ne pas être seule dans cet engagement. Cela m’importe de pouvoir y embarquer mes ami•es ou, tout du moins, que nos avis convergent et que l’on s’élève réciproquement dans nos réflexions, nos actions. 

Je souhaiterais aussi plus que tout aimer cet•te autre, qui choisira d’être à mes côtés pour vivre pleinement cette aventure, dans tous ses aspects, même les plus intensément dévastateurs. 

Terminons par citer Cyril Dion.

Il s’interroge sur ce qui peut être mis en place pour continuer à espérer. 

L’espoir est constitutif de la nature humaine. La condition humaine consiste à opposer des dynamiques de vie à des dynamiques de mort, en permanence. C’est parce qu’on sait que la vie est courte qu’on fait en sorte que chaque journée soit la plus intense, la plus passionnante possible. Face à des périls comme la montée du fascisme et la dévastation écologique, on n’a pas d’autres choix que d’être dans la même démarche. 
La meilleure façon d’agir, c’est de faire des choses qui nous rendent vivants, qui nous rendent heureux. Mais aussi de revenir dans l’ici et maintenant. Se décharger de l’idée qu’il va falloir sauver le monde, qu’on n’a pas le temps. On fait évidemment tout ce que l’on peut mais, ultimement, les choses ne sont pas dans nos mains à nous.

Constance Somers
Photos ©L’Atelier de Distribution

Publié le 9 décembre 2025

L’histoire de Basel et Yuval

À Gaza, entre le 7 octobre 2023 et le 30 septembre 2025, 67 000 Palestiniens ont été tués. Il ne s’agit pas d’une guerre entre deux nations. Il s’agit d’un nettoyage ethnique causé par un gouvernement terroriste.
Les catastrophes ne datent pas d’hier… le 14 mai 1948, David Ben Gourion proclame l’État d’Israël. Le rêve sioniste devient réalité. Une politique d’immigration juive massive est mise en place. Les hostilités démarrent. Pourquoi ? Des milliers de Palestiniens prennent le chemin de l’exil. Ce traumatisme se nomme Nakba. Traduction : « le désastre ».

77 ans plus tard, le climat est toujours plus terrible. L’extrême droite israélienne détruit des vies. Les Etats-Unis livrent des armes à Tsahal. Et l’Union européenne est sourde, même aveugle.
Quant au système politique de Gaza, il s’est effondré, les principaux dirigeants du Hamas étant tués, arrêtés ou mis sur la touche. L’Autorité palestinienne reste absente et aucun organisme crédible n’existe pour représenter plus de 2 millions de civils déplacés.

Comment garder espoir ? Yuval Abraham est journaliste d’investigation. L’Israélien co-réalise No Other Land. Ce documentaire rend hommage à la résilience de la population palestinienne. Yuval suit Basel Adra, un jeune activiste en Cisjordanie. Ce Palestinien filme l’expulsion de sa communauté par l’occupation israélienne. Devant ses yeux, des villages détruits et ses habitants chassés. Yuval le soutient dans ses démarches. Il accompagne alors Basel dans sa lutte contre le colonialisme. Voici donc l’illustration d’une amitié réelle entre un Israélien et un Palestinien.

Maintenant, posons LA question. Pourquoi faut-il voir No Other Land ? Cette œuvre démontre deux points évidents : le projet européen est un échec total et le capitalisme a atteint son degré de folie le plus fou !
Que se passe-t-il à échelle locale ? A Herstal, Alexandra Havard travaille pour Médecine pour le Peuple. Aux côtés de Mehdi Salhi, elle organisera ce dimanche, une projection de No Other Land (La Petite Bacnure, entrée gratuite). Cette médecin généraliste nous livre un témoignage. Elle exprime un argument solide pour inviter tout le monde à voir ce film.

Je suis allée en Cisjordanie en mars dernier. J’y ai observé une réalité brutale : des familles déplacées, des villages détruits, et une violence quotidienne qui reste largement invisible depuis l’Europe. Mais ce qui m’a le plus marqué, c’est la force et la détermination de la jeunesse palestinienne. Malgré les obstacles, elle continue de résister, de s’organiser et de défendre la justice et la dignité humaine. No Other Land n’est pas seulement un film, c’est une fenêtre ouverte sur cette réalité et sur ce courage. Regarder ce documentaire, c’est comprendre que derrière les chiffres et les titres des journaux, il y a des vies, des visages, des espoirs. Et c’est aussi se demander : quel rôle voulons-nous jouer dans ce monde ?

Que dire de plus ? Si ce n’est, merci le PTB, merci aux jeunes militants, merci Médecine Pour Le Peuple, shukran Basel. Quant à Yuval, il suit les pas d’Albert Londres (1884-1932). Il honore la profession. Il porte la plume dans la plaie.

brunoaleas

Publié le 6 décembre 2025

Les Enfants du Temps

Quand un film ressemble plus à un spot publicitaire qu’à une œuvre sublimant nos quotidiens, comment réagir ? Faut-il cracher et ravaler son vomi, en dansant la Tecktonik ? Ou égorger des chatons dans les Catacombes de Paris ? Aucune de ces réponses. Il suffit d’éteindre la machine. Il faut s’éloigner de l’écran et jouer au cerf-volant, prêt d’une nature salvatrice. Oui.

Que nous raconte Makoto Shinkai, à travers Les Enfants du Temps ? Hodaka fuit ses parents et tente de survivre dans la jungle urbaine de Tokyo. Totalement démuni, l’ado vit grâce à un petit boulot de pigiste. Il rencontre alors une future Miss Météo, capable de faire tomber la pluie…

Le cinéaste fait partie des artistes à suivre. Son cinéma d’animation est spectaculaire. Your Name, ainsi que Suzume, furent deux merveilleuses surprises pour mes rétines !
Malheureusement, Les Enfants du Temps illustre un certain quotidien japonais, surnaturel, mais surtout moderne. Trop moderne !

Il est tout à fait compréhensible de voir des marques affichées dans des films, tant les artistes ont parfois besoin d’aides financières. Cependant, si toutes les scènes nous rappellent à quel point les Japonais vendent leur âme au capitalisme pur et dur, comment savourer l’histoire ?!
Ne faites pas de moi un communiste, comme si j’étais engagé chaque jour à la politique la plus gauchiste qui soit. Le système politique belge me débecte. Je ne serai pas le porte-étendard d’une quelconque idéologie. Il s’agit juste de se plaindre d’une mise en scène vulgaire et dispensable. Comme si le cinéaste s’appelait Colonel Sanders ! Ce long métrage fut impossible à terminer… quelle tristesse, quand on aime la japananimation ! Prions ! Espérons contempler les prochains titres de Makoto Shinkai, sans autant de placements de produit.

Je pense qu’il n’y a rien, pas même le crime, qui soit plus opposé à la poésie, à la philosophie, que dis-je, à la vie elle-même, que ce commerce incessant.

Henry David Thoreau (La vie sans principe)

brunoaleas

Publié le 12 novembre 2025

Camera-etc & sa fête de l’animation

J’kiffe les Grignoux.

J’aime les endroits où les gens sont sympathiques, j’aime les cinémas de quartier, j’aime les films qu’ils soient immanquables ou rares, j’aime acheter des affiches pour un euro.

J’aime les présentations de films et les discours trop longs. J’aime voir des vieux films sur grand écran. J’aime le militantisme de gauche et la subvention publique qui fonctionne.

Je déteste les bruits de mastication et, je l’avoue, j’aime les salles trois quarts vides.

Donc j’kiffe les Grignoux sa mère. Ce que j’aime par-dessus tout dans ce réseau de quatre cinémas, ce sont les événements. J’aime écouter des réalisateurices parler de leurs films avec passion, et j’aime découvrir des films introuvables sur Letterbox.

J’aime aussi beaucoup ce qu’on appelle : « le cinéma d’animation ». Le jeu plastique sur les formes y est toujours le terrain d’une formidable créativité. Si il est honorable de réarranger le réel, il l’est encore plus de donner la vie avec de la laine, de la peinture ou du crayon, et nous faire avoir de l’empathie pour des choses qui pourraient traîner dans un tiroir. Les gens qui font de l’animation sont des génies.

Mardi dernier, j’ai eu l’occasion de voir neuf courts-métrages à la fête du cinéma d’animation, organisée par Camera-etc, à La Sauvenière. Il s’agissait de créations d’étudiants de mon âge, venant des différentes écoles de Belgique. J’ai été sidérée par la qualité de certains de ces films, et je dois avouer ne pouvoir cracher sur aucun.

T’as capté a fait vibrer mes cordes sensibles, en plus d’être visuellement somptueux. Il devrait y avoir des dizaines de films par an sur un sujet si préoccupant que le harcèlement de rue. Cette injustice fait qu’encore aujourd’hui la majorité des femmes ont peur de sortir de chez elles.

Kelasi m’a fait apprendre des choses importantes sur l’histoire de la République démocratique du Congo. L’œuvre organise son récit dans la forme originale du papier découpé, que j’adore. Je salue le réalisateur, Fransix Tenda Lomba. Il a utilisé dans son film des lettres de sa mère, enseignante.

Silent Panorama est un film d’animation entièrement tourné sur une seule feuille de papier. Si le défi esthétique est déjà saluable, l’exécution l’est encore plus. Le court est magnifique visuellement et le traitement du son y est impeccable.

La rivière des ourses, Le chant du cachalot et Voyage en amnésie étaient particulièrement beaux et agréables à regarder. Cependant, j’avoue, leur propos m’échappe. C’est peut-être un défaut, mais la somptuosité visuelle ne satisfait pas mon appétit. J’ai besoin de saisir l’utilité des films, leur sens dans la société, ou du moins, les choses auxquelles ils font référence.

Pourtant, si la musique m’a laissé indifférente, j’ai adoré le clip de Règne, conçu par Simon Médard. La technique est encore celle du papier découpé, cette fois-ci, à partir de partitions de musique. Le travail est gargantuesque et le résultat est incroyable.

Je tiens à encore une fois à remercier, chaleureusement, les Grignoux et le cinéma La Sauvenière pour l’organisation de la soirée. L’expérience était, comme d’habitude très agréable. J’ai déjà hâte de tester la prochaine soirée du genre.

Vive les cinémas de quartier, vive Camera-etc et vive l’animation !

Lou

Publié le 6 novembre 2025

Ghost in the Shell

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brunoaleas

Publié le 27 octobre 2025

Deux mots sur Spielberg / Le Terminal

Les films de Steven Spielberg, est-ce possible de les critiquer, en deux mots ? Oui. Le réalisateur embrouille peu. Ses récits sont fascinants et accessibles. Après les focus sur Bo Burnham, Tim Burton et Spider-Man, place au Roi du Divertissement !

Le Terminal conte une courte histoire centrée sur Viktor Navorski. Cet immigrant fuit la guerre qui ravage sa patrie. Il se retrouve dans le terminal d’un aéroport de New York. Quand la guerre détruit totalement sa nation d’origine, l’homme comprend que son passeport et tous ses papiers d’identité ne sont plus valides. Tel un sans-abri, il s’installe dans le terminal. Ensuite, il se lie d’amitié avec le personnel de l’aéroport, jusqu’à tomber amoureux d’une hôtesse de l’air.

Tom Hanks incarne le rôle principal. Il symbolise notre perte de repères. Comme si on replongeait en enfance. Plus précisément, à la période où nous sommes lâchés en maternel, dans une foule inconnue, envahis par les incompréhensions et abandonnés par nos parents.
Crachez sur Le Terminal et son côté hollywoodien à excès (optimisme exacerbée, personnages parfois plats et superficiels), le long métrage offre tout de même une belle illustration d’un humain capable de beaucoup avec peu. Paumé comme jamais, Viktor ne baisse pas les bras. Il inspire et inspirera bon nombre de personnes bloquées à un endroit ou coincées dans une situation confuse.

Puis, on a le droit de rêver ! C’est aussi l’un des nombreux messages du film. Viktor Navorski n’abandonne jamais son rêve, même quand il est enfermé dans un aéroport froid et protocolaire. Cette attitude, à elle seule, détermine la beauté d’un long métrage à ne pas sous-coter !

Le cinéma, chez Spielberg, est ce territoire de l’imaginaire magique qui peut, parfois, paraître plus vrai que la vie.

Julien Bisson, Le 1 (n° 555, 2025)

brunoaleas

Publié le 15 octobre 2025

Alpha

Un pois. Un morceau d’oignon. Un verre de lait. 200 grammes de pastèque. De la sauce andalouse. Une cigarette. Un anchois. Mettez tout dans cent litres d’eau et faites bouillir à trente degrés. Vous obtiendrez sûrement un truc qui pue la merde et que vous n’oserez pas servir à des centaines de gens, surtout s’il en a fallu autant pour le faire.

C’est un peu ce que Julia Ducournau a fait avec Alpha. La réalisatrice, connue pour ses deux thrillers psychologiques primés que sont Grave et Titane, a sorti la semaine dernière un film très nul et c’est super, super dommage.

J’admire l’autrice, elle me fait croire en un avenir où une nouvelle génération de gens ferait des films de ouf avec le financement de huit millions de prods différentes aux quatre coins du monde. Alpha, c’est la branlette intellectuelle qui pourrit en France dans les marges du cinéma familial et raciste. Des films qui ne plaisent qu’à leurs auteurs, on en a à la pelle tous les ans et on aurait espéré que la réal parte dans une autre direction.

Rien ne va avec rien. Dans Alpha, une jeune fille grandit dans un monde où un virus mortel circule. Il transforme les gens en statues et leur fait tousser de la poussière. L’enfant fait la connaissance de son oncle malade et addict alors que sa mère, docteure, tente de gérer la situation.

Des trucs qui font penser au Sida, des trucs qui font penser au Covid, des trucs qui font penser à tout un tas de choses mais qui ne racontent absolument rien. C’est insipide, ça manque terriblement d’audace, et surtout, ça n’atteint pas sa fonction.

Je crois que c’est sensé être un film d’horreur psychologique. Sauf qu’on a peur uniquement parce qu’on montre des aiguilles en gros plan sans prévenir, que le son va fort et qu’un virus étrange circule. L’ambiance est maintenue artificiellement pour soutenir un scénario vide et nul.

Vraiment, « On dirait que ce film a été écrit par une IA », comme on le dit de plus en plus souvent, en 2025. Le résultat est fonctionnel, au mieux. Mais vide de récit, vide de sens, vide de nouveauté, et vide d’âme.

Surtout, on n’y comprend rien. L’oncle a déjà rencontré la fille, sauf qu’elle ne s’en rappelle pas. Il est suicidaire et addict, sans qu’on ne sache rien sur son passé. Il a contracté plusieurs années auparavant le virus mortel, il y a survécu, sauf que non, il est mort. Mais quand ? Il meurt trois fois dans le film. La fille a de l’autre côté de sa fenêtre un échafaudage qui fait peur. L’oncle emmène la fille en soirée, ils se croisent au hasard dans un bus. Le prof se fait emmerder parce qu’il est homo, ne répond pas. Un repas de famille. Plusieurs flash-backs aléatoires. Une tempête de poussière au milieu de buildings.

J’aime les films abstraits et incompréhensibles. Mais au moins, qu’on nous montre de belles choses. L’image n’est pas moche, mais ne raconte rien. Les incrustations numériques sont au plus passables pour 2010. Les costumes, le jeu d’acteurs, les décors, la colorimétrie sont insignifiants. Les plans durent longtemps sans qu’il n’y ait rien d’intéressant à contempler. Le mixage est naze, plein de bruits énervants sont trop forts, sans rien apporter à l’intrigue.

Le film est une métaphore de quelque chose ? Peut-être mais rien à branler, on n’y comprend rien. Film, parle clairement, bon sang ! J’ai payé cinq euros pour t’écouter, alors, c’est le minimum d’articuler. Tu me tiens la jambe mais je ne comprends rien à ce que tu racontes, essaie au moins, je veux savoir ce que tu veux me dire.

Explique-moi, s’il te plait.

Lou

Publié le 27 septembre 2025