Blue Period

Pourquoi est-ce si dur d’exprimer ses sentiments ? Pourquoi est-ce que l’avis des autres m’importe tant ? La peur de voir ses fiertés détruites par le regard de ses pairs nous rend si malheureux, mais en même temps, elle donne un intérêt à la pratique de l’art.
Artistes de tout genre, jeunes, vieux, débutants et vétérans, rassemblez-vous tous autour de l’œuvre nommée Blue Period.

Nous suivons l’histoire de Yatora Yaguchi, un lycéen de dernière année. Beau, intelligent et populaire malgré son style de mauvais garçon. Il vit sa vie en se laissant porter au gré du vent. Yatora prend ses études et ses relations sociales très au sérieux et voit tout sous le prisme de la question Que dois-je faire ?. Il n’a aucune passion, aucune vraie envie. Il n’est pas malheureux ou déprimé, mais sa vie manque de relief.

Un jour, par hasard, il tombe néanmoins sur le tableau d’une élève en club d’art. Cette vision le subjugue littéralement et à partir de là, en essayant lui-même la peinture, il découvre un tout nouvel univers et un moyen de remplir le vide qui l’habite.

Il entre en contact pour la première fois avec sa propre sensibilité et son monde intérieur et découvre l’ivresse de la véritable expression. En réfléchissant à sa propre vision des choses et en trouvant une occasion de la transmettre sans mots, il a pour la première fois l’impression de vraiment communiquer avec les autres.

J’aime vraiment ce manga. Tout d’abord, je l’ai repéré de la meilleure manière possible : la couverture m’a complètement accroché.

La plupart des couvertures de manga sont très belles, mais ne parlent finalement qu’à ceux qui connaissent. Rares sont les concepts de couverture vraiment accrocheurs. Ici, presque toutes les couvertures nous montrent un personnage différent du manga. Et à chaque fois, on nous le présente sous la perspective… du tableau qui est en train d’être peint. Cela donne une merveilleuse occasion de voir les personnages dans leur transe créative, mis dans de magnifiques couleurs et débordant de personnalité.

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Pour ce qui est du dessin, c’est sympathique sans non plus dépasser des sommets. L’auteure est douée pour les expressions, ce qui aide bien son récit, mais il n’y a pas de fulgurance particulière à déclarer. Les nombreuses œuvres d’art sont empruntées, avec leurs accords, à des étudiants en arts japonais. On y ressent une bonne impression d’authenticité. Mais deux petits problèmes : l’absence de couleurs est clairement en défaveur de ces œuvres et, puisque souvent plusieurs artistes différents prêtent leurs œuvres au même personnage, le fait que celui-ci peigne des œuvres avec des styles complètement différents, qui n’ont vraiment rien à voir l’une avec l’autre au niveau du style, est tout de même un peu troublant.

Mais bien sûr, toute l’âme de l’œuvre se trouve dans son scénario !

Le récit, qui aurait pu être très court et même se résumer au premier tome, ne cesse malgré tout d’approfondir son sujet et d’explorer toujours plus profondément les tourments qui peuvent animer l’âme de chaque artiste.

Yatora débute complètement dans le dessin. Il aura de très nombreuses leçons à apprendre de la vie d’artiste. Vivre de sa sensibilité nous rend vulnérable et les périodes de doutes et de remises en question seront légion. Tant de thèmes sont explorés que je ne pourrai les mentionner, comme l’expression de soi, le regard des autres ou le fameux débat qui fait rage depuis la nuit des temps : mieux vaut-il avoir du talent ou faire beaucoup d’effort ?

Mais au-delà du scénario, j’aime la manière dont le manga introduit son lecteur à son sujet avec beaucoup de patience et de compréhension. Le monde de l’art n’est pas accessible à tous. Les concepts et les techniques de base sont bien expliqués et on ne se sent jamais dépassé par le propos, peu importe à quel point on l’approfondit.

Blue Period n’est pas seulement une œuvre qui parle d’art, mais avant tout une analyse minutieuse des artistes. À sa lecture, il se pourrait que vous en appreniez plus, non seulement sur l’art, mais sur l’artiste qui sommeille en vous également, et ça, ça vaut bien le détour.

Pierre Reynders

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