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I.Care Interview

Du 13 au 23 novembre 2025 se déroulait l’exposition Ni vues ni connues, organisée par l’ASBL I.Care. Un témoignage unique sur la vie des détenues Belges, mettant en lumière des existences que l’on veut tapir dans l’ombre. J’ai eu la chance de pouvoir interviewer Charlotte Beco, infirmière, et Mathilde Bruyer, éducatrice. Elles sont initiatrices du projet. 

Pouvez-vous me décrire votre projet ? Quel en a été le point de départ ? Vous êtes parties de quel constat, quelle analyse par rapport à votre public ?

Notre projet photo a été lancé dans le cadre de la journée du 8 mars 2025, la journée internationale pour les droits des femmes. Nous souhaitions faire une activité originale avec les femmes incarcérées pour valoriser cette journée et leur expliquer en quoi elle consistait. Nous recherchions quelque chose de spécial et personnalisé, où les détenues étaient des participantes actives du projet. Ainsi est née l’idée de faire un projet photo avec comme thème : « Etre femme en prison ». Les femmes devaient choisir dans leur cellule un objet qui symbolisait le fait d’être une femme incarcérée. Pourquoi les objets ? Car nous ne pouvions pas prendre les femmes en photo pour des raisons de confidentialité, et pour que leur visage ne soit pas associé à la prison. Les objets permettent d’ouvrir un dialogue. Nous avons pu aborder plein de choses que nous n’aurions pas pu aborder autrement, avec l’objet comme média. C’était assez chouette. Ça générait plein d’idées différentes.

Comment les détenues ont-elles vécu le projet ?

Elles étaient plutôt emballées quand on a fait la promotion. Nous avons eu pas mal de participantes qui étaient vraiment partantes pour le faire. Cependant, nous ne pouvions réaliser notre projet que sur deux ou trois jours, sur des créneaux horaires assez restreints, et nous n’avons pas pu voir tout le monde. Ça demandait quand même un petit peu de débats, pour générer des idées de photos qu’elles pourraient faire. Au début, quand on abordait le sujet : « Être femme en prison », elles répondaient : « C’est quoi en fait être femme ? Est-ce que ce n’est pas plutôt être humain ? Quel genre d’objet s’attache à ça ? ». Ça nous lançait dans des discussions et, avec les discussions, elles pensaient à plein de trucs qui émergeaient. Quand elles étaient en duo, c’était chouette car elles avaient des débats entre elles. Nous étions attentives à ce qu’elles disaient et cela nous permettait de faire le livret. Nous espérons que lorsque l’expo sera au quartier femmes, cela permettra le dialogue entre les dames, visiteurs, agents. Que ça amène à des discussions sur la condition de la femme en prison.
Pour celles qui n’avaient pas pu, ou ne souhaitaient pas participer au projet, nous leur avons amené des petits cadeaux. Le but était que les gens se sentent à l’aise de nous dire : « Non ». Parce que ça fait aussi partie de notre travail. Ce sont des femmes qui n’ont pas toujours la possibilité de poser leurs limites. Le but était aussi de leur dire : « OK, vous avez mis vos limites, ça ne change rien à la relation qu’on peut avoir en dehors de ce projet ».

Le projet a eu un impact sur le lien que vous aviez avec elles.

Oui, c’était chouette pour nous car nous allions faire des photos avec des filles qui étaient déjà dans nos suivis, et c’était une manière d’aborder d’autres sujets que ceux qui viennent habituellement en entretien. C’était une manière pour nous de les voir différemment, dans un état d’esprit plus positif. Cela a amené plus de bonne humeur et d’entrain. C’était une bulle de positivité. Elles étaient aussi contentes car nous allions les voir dans leur cellule à des moments où elles étaient normalement enfermées, ça faisait une petite excitation. Alors que d’habitude, il y a juste le quotidien, le temps qui passe et l’ennui.
Suite à cette activité, on a eu de nouveaux suivis. En faisant du porte-à-porte pour la promotion du projet, il y avait des dames que nous n’avions pas pu rencontrer avant cela. Nous avons pu créer un premier lien qui a débouché vers des suivis.

Qu’a créé, chez les détenues, le fait d’être exposées ?

Avant de commencer à prendre les photos, on posait le cadre, ce qu’il allait advenir des photos qu’on allait prendre. Elles ont dû signer un consentement pour montrer qu’elles étaient bien d’accord. C’était super important qu’on leur explique bien tout, qu’elles soient éclairées sur ce qui allait se passer. Notre premier objectif était que ce soit clair pour elles et qu’elles puissent faire un choix éclairé.
Dans l’ensemble, elles étaient contentes parce que ça mettait la lumière sur ce qui est fort invisibilisé par la société. Elles ne se sentaient pas exposées, car le but n’était pas de braquer une grosse lumière sur leurs visages et de les livrer à l’extérieur, mais d’exposer la prison et les conditions d’incarcération, plus spécifiquement les conditions d’incarcération des femmes. C’est cela qui était mis en évidence. Elles ne le vivaient donc pas comme une intrusion.
Elles étaient un peu nos directrices artistiques, de toute façon ! Elles nous guidaient dans la manière dont elles voulaient que les objets soient pris en photo. Au final, nous étions plus dans l’exécution. Elles exposaient ce qu’elles avaient envie d’exposer.

Les prisons peuvent être des endroits, où la survie occupe la majorité du temps des détenues. Est-ce que l’art, la créativité, les maintiennent en vie ?

Ce qui marque la prison, c’est l’ennui. Pour beaucoup, elles sont enfermées dans une cellule de 9 m², 22h/24, s’il n’y a pas de manque d’effectifs ou de grèves, sinon c’est 24h/24. Les douches, préaux et visites ne sont pas toujours assurés. Le temps est extrêmement long en prison. Elles essayent de trouver des manières de le rentabiliser et de le faire passer plus vite. Elles cherchent à rendre ce temps un peu utile pour leur réinsertion ou leur bien-être. 
Nous pensons que la créativité sert à ça aussi : à faire passer le temps, à penser à autre chose. Elles sont enfermées, donc il y a beaucoup de ruminations. Le fait de pouvoir se concentrer sur autre chose, lors des différents moments créatifs organisés dans le quartier femmes, ça leur permet de ne pas être tout le temps dans leurs pensées négatives et dans tous les problèmes qu’elles rencontrent. Ça leur apporte du mieux-être dans la détention. Puis, parfois, c’est thérapeutique aussi : le fait de pouvoir exprimer des choses qui sont parfois difficiles à verbaliser, les exprimer en faisant des photos, des dessins, en écrivant, c’est positif, ça les apaise.

Comment ont-elles réagi au fait qu’elles allaient recevoir des lettres ?

Elles étaient contentes ! Ça les valorise énormément. Elles se disent que ce qu’elles font à l’intérieur peut être montré à l’extérieur, que ça a touché des personnes. Parfois ce sont des femmes qui ont une estime d’elles amoindrie, due à leur parcours de vie. Avoir des retours positifs, d’inconnus, par rapport à leur participation à ce projet, c’est énorme.
Même avoir un retour, en fait, c’est rare, mine de rien, qu’elles aient la suite d’un projet ou d’une histoire. Leur dire que le projet a été concrétisé et qu’elles vont avoir un retour malgré le fait qu’elles sont incarcérées, nous croyons que c’est précieux. Car quand on est en prison, on est hors du temps, hors de la société, on ne sait pas trop ce qui s’y passe. Et quand il y a des connexions, même petites, qui se produisent, nous pensons que c’est déjà précieux.

Qu’avez-vous espéré que les visiteurs retiennent de l’expo ? 

S’ils retiennent que ce n’est pas l’hôtel en prison, c’est déjà pas mal. Parce que c’est quelque chose qu’on entend beaucoup : « La prison, c’est comme un appartement, ils sont quand même super bien, ils ont trois repas par jour, alors qu’ils ne doivent rien payer ». C’est quand même scandaleux. La première chose à faire réaliser, c’est que la prison, ce n’est pas l’hôtel, que la prison n’est pas géniale. Personne n’a envie d’y aller. La prison n’est pas une solution en soi. Faire réaliser aux gens ce que c’est, pour essayer d’enlever des idées reçues qui existent.

Ré-humaniser aussi ces personnes qui sont derrière les barreaux. Dans le conscient et l’inconscient collectif, on s’imagine que ce sont des monstres. En fait, non : ce sont des personnes avec un parcours de vie. Les ré-humaniser à travers ces photos, nous trouvions que c’était super important. Nous espérons, en tout cas, que ça pourra marquer certains esprits. Certains visiteurs nous ont confié qu’ils ne se rendaient pas compte de ce que c’était. Quand il y aura des reportages à la TV, sur la surpopulation dans les prisons, ils pourront se dire : « C’est ça en fait qu’elles vivent ».
Pour approfondir, avant d’humaniser, il faut savoir et conscientiser que ça existe. Pour certaines personnes, c’étaient juste des histoires qu’on entend dans les médias et ça ne semblait pas réel. Et c’est compréhensible : c’est un milieu qu’on ne connaît pas et c’est rare qu’on y ait accès, qu’on ait un regard là-dedans. On a l’impression que ça n’existe pas. L’expo était une manière de dire : « Si, c’est réel, et il y a des gens qui vivent dans ces conditions-là ». Pas seulement des gens : plus spécifiquement des femmes. Parce que les personnes incarcérées sont déjà des personnes auxquelles on ne prête pas attention, mais dans cette minorité, il y a une autre minorité : les femmes. Il faut savoir que les femmes représentent 7% de la population carcérale mondiale, et le chiffre est à peu près le même en Belgique. Donc, elles sont si peu nombreuses, qu’on estime souvent que ça ne vaut pas la peine de s’en occuper, de penser à la réinsertion, de leur donner un travail, quelque chose de qualifiant, des activités. 
Déjà, quand on est détenue, on n’est pas spécialement bien traitée ou considérée, mais quand on est femme détenue, nous pensons que c’est encore plus compliqué. Et le but évidemment n’est pas de pointer qui a les pires conditions d’incarcération, de faire un concours. Mais il faut savoir qu’au sein même de la prison, il y a encore de la discrimination, et qu’il y a des gens qui sont favorisés ou défavorisés encore plus par le système. Être une femme incarcérée, ce n’est vraiment pas facile. Ça rajoute un facteur de vulnérabilité.

Interview menée par Mouche

Publié le 19 mars 2026

Le Seigneur des Anneaux : la longue histoire de la fantasy

Né en 1938 en Palestine, Ralph Bakshi est un réalisateur opérant au Etats-Unis. Dans les années 60, il poursuit une quête à contre-courant de l’époque : faire de l’animation à destination des adultes, avec un focus particulier sur le genre de la fantasy. En 1977, il réalise Wizards, film singulier, mélangeant fantastique et post-apo, très original pour l’époque.

Adapter la trilogie de romans du célèbre JRR Tolkien est un projet ancien du réalisateur. Cette idée a fini par rencontrer le financement de Paul Saenz, à la United artists, firme fondée par Chaplin dans la volonté d’accorder plus de pouvoirs aux auteurs, qui dispose alors des droits du Seigneur des Anneaux. Bakshi engage un scénariste passionné par le genre, Peter S. Beagle. Ce dernier est, à l’époque, un auteur de fantasy renommé, auteur de La dernière licorne.

A en croire les commentaires Letterbox, Le Seigneur des Anneaux (1978) est globalement mal aimé, critiqué, sûrement en comparaison avec les films de Peter Jackson. Or, il faut remettre la fantasy dans son contexte. Avant que celle-ci ne devienne une source de merchandising et qu’elle ne soit légitimée par le public, c’était un genre mal aimé, considéré comme enfantin, voire un peu ridicule.

Pourtant, la fantasy et le fantastique sont des genres vieux comme le monde. Ils existent depuis qu’on se raconte des histoires, depuis l’époque où la terre était inconnue et où on croyait qu’au-delà des frontières vivaient des créatures magiques. Basée sur le principe de la légende et du mythe, la fantasy s’inspire de récits mythologiques. Les créatures qui peuplent ces mondes sont ceux du bestiaire païen, en particulier germanique et celtique. Ces êtres sont ceux du petit peuple (gnomes, nains, gobelins), d’autres sont des elfes, orcs, dragons, sorciers, fées, etc.

Le paganisme et sa mythologie ont été longtemps décrédibilisés en Europe, car profanes par rapport au christianisme. Avec la Renaissance, on explore le monde entier.
D’abord, on commence à choisir la science et le progrès comme valeurs fondamentales. Ensuite, on voit peu à peu se populariser, au dix-neuvième siècle, la science-fiction. Ce genre utilise le même principe que la fantasy, mais dans l’époque moderne où les découvertes se font avec un téléscope. Ainsi, on a remplacé les licornes des forêts par les aliens de Mars. Pendant ce temps, les gnomes, magiciens et fées ont survécu dans l’ombre et attendu leur grand retour, à travers la fiction.

Au début de l’histoire du cinéma, les fééries de Georges Méliès, Alice Guy ou Secondo de Shomon, étaient très populaires et avaient de nombreux points communs avec la fantasy moderne : bestiaire varié, magiciens, aventures dans d’autres mondes. Ce genre disparaîtra rapidement et Méliès finira sa carrière en vendant des jouets dans la gare Montparnasse (1925-1930). Rien à voir avec la success-story du réalisateur néo-zélandais barbu, avec son bataillon d’ordinateurs et sa cavalerie de techniciens.

Si la fantasy a du succès aujourd’hui, celui-ci est à mettre en lien avec lente montée en popularité des Livres dont vous êtes le héros, des comics, des jeux de rôle type Donjons et Dragons, qui ont évolué dans la culture populaire, durant le vingtième siècle. 

Lorsqu’on cherche à adapter ces récits à l’écran, l’animation est un terrain fertile. Il est généralement plus efficace à l’image, dans une certaine mesure, de dessiner un dragon mille fois que d’en construire un. On peut alors s’affranchir des lois de notre monde, montrer des gens qui volent, des sorts qui repoussent les ennemis, des boules de feu, des mondes parallèles, des portails et autres objets magiques.

Difficile de ne pas mettre dos à dos le film de Jackson et celui de 78.

L’histoire suit là aussi le destin de l’Anneau forgé par Sauron, servant à dominer les hommes, les elfes et les nains. L’objet tombe soudainement dans les mains de Frodon, paisible hobbit. Ce n’est qu’une question de temps avant que les sinistres Cavaliers Noirs, les Servants de l’Anneau, retrouvent sa trace. Les deux long métrages n’ont cependant pas du tout la même vibe : les deux sont épiques dans leur récit, mais là où le film le plus récent se veut un grand blockbuster technique, son prédécesseur est expérimental, moins codifié, et surtout, il se prend moins au sérieux. 

Les films des années 2000 s’inscrivent dans une histoire technique particulière : celle du numérique. A cette période, de nombreux réalisateurs utilisent les nouveaux outils de modelling et de motion capture pour faire de grands spectacles hollywoodiens. Ces techniques finissent de donner ses lettres de noblesse à la SF et à la fantasy. A la même époque que Le Seigneur des Anneaux de Jackson, sort la prélogie Star Wars, fonctionnant sur le même principe : pléthore de personnages étranges animés numériquement, dont l’aspect visuel est déjà vieillissant, vingt ans plus tard.

Le film de 78, lui, arrive dans une époque où la fantasy est illégitime, de même que le cinéma d’animation. En résulte que le film n’est pas une machine de guerre technique, au profit de la création d’un monde cohérent et photoréaliste, mais une expérience sensorielle, mélangeant les techniques, voulant parler à une petite foule d’adeptes déjà convaincus.

Une technique utilisée, la rotoscopie, est singulière et crée des effets visuels étranges. Son principe est simple : on filme un personnage, on dessine par-dessus chaque photogramme du film, jusqu’à avoir un dessin animé. Fonctionnant sur le contraire du principe de base de l’animation, elle utilise la réalité comme matériau de base pour imiter le dessin animé. Cette technique, inventée par Max Fleisher, il y a plus de cent ans, est assez peu utilisée, car elle laisse une impression bizarre. 

Le film de 1978 utilise un mélange harmonieux, quasiment mystique de rotoscopie et d’animation classique. Par moments, il est difficile de savoir ce qui est dessiné, ce qui est filmé. On a vraiment l’impression de faire un gros trip. C’est un film parfait à regarder, sous les couvertures, avec un vin chaud-amaretto, un petit joint, où assommé.e par le sommeil. Devant ce film, on a vraiment l’impression d’avoir la fièvre, de se réveiller d’une anesthésie ou d’être tombé.e sur la tête. Il nous transporte dans un autre monde, et c’est ça tout l’intérêt de la fantasy.

« Faire rêver » ne se fait pas qu’avec le bestiaire, le récit ou l’appel à l’aventure. Le rêve peut émerger des couleurs, des formes, des sons ou des musiques irréelles. La forme même peut nous amener autre part, dans un monde impossible, régi par des règles différentes. C’est là que le film de 78 est une victoire totale, dans l’intention même de la fantasy.

Lou

Publié le 17 mars 2026

My Hero Academia, un final réussi ?

Quelle épreuve de conclure une série… Naruto fut un gâchis total et Game of Thrones, un scandale. Quant au final de My Hero Academia, est-il réussi ? Affirmatif ! J’attendais cette fin car je considère ce manga comme digne héritier du Big Three. De fait, ce récit présente des persos inspirants comme dans les trois mangas les plus populaires et les plus vendus du Weekly Shōnen Jump (2000-2015) : One Piece, Naruto et Bleach. Après 10 ans de parution, l’œuvre divise sur le net, tant ses dernières pages décrivent quelques destins atypiques. Au départ, les lecteurs découvrent Deku, ado sans pouvoir finissant par devenir l’héritier du héros numéro 1, All Might. Aux dernières pages, il exerce le métier de prof pour transmettre son savoir… où est l’erreur ?! Pourquoi les fans détestent ce choix ?!

Deku, tout au long du récit, ne cesse de questionner, requestionner ses décisions, ainsi que les actions des vilains. Il se casse la tête, mais à quoi bon ? Avant d’être enseignant au lycée Yuei, il y est élève et sa philosophie est toujours la même du début à la fin : faire de son mieux, en étant altruiste. Si les fans n’ont pas capté ce code moral du protagoniste, il serait temps d’aller consulter un psy oculaire ! Bref, Deku ne symbolise pas L’ORDRE ou L’AUTORITE. Il est cette main tendue vers tout le monde. Par conséquent, apercevoir le personnage tel un professeur proche de ses élèves, rédigeant ses mémoires, prêt à encourager tout un chacun… c’est beau !

My Hero Academia sacralise non seulement l’importance de laisser une trace écrite pour les générations futures, mais rappelle ô combien l’entraide est vitale pour survivre.
En outre, le monde nouveau de Deku s’inscrit dans la pensée de Henry David Thoreau (Désobéissance civile, 1849) : « Le meilleur gouvernement est celui qui gouverne le moins ». La société nouvelle, inspirée par le combat de Deku face aux vilains, n’agit plus comme avant. Elle comprend qu’il ne faut pas attendre pour aider son prochain. Thoreau imaginait l’État comme obstacle à la liberté, à la moralité et au progrès humain. L’auteur croyait aux forces des individus. Ces dernier sont mieux placés pour prendre des décisions morales et pratiques. Ils ne se fient plus à une autorité gouvernementale détenant la quasi-totalité des pouvoirs politiques, administratifs et financiers.

MHA et Thoreau, forever ! Ça ne s’arrête pas là ! Plus Ultra ! Deku ne conçoit pertinemment pas ses adversaires comme des ennemis à abattre. Malheureusement, Tomura Shigaraki, adversaire final, est bel et bien tué, non pas par pure violence gratuite, mais par triste nécessité. Au départ, son âme fut condamnée à être broyée dans les ténèbres du psychopathe nommé All For One. Deku, avant d’éteindre Tomura sur le champ de bataille, tente une dernière fois de le comprendre. Il partage son pouvoir pour ensuite entrevoir le tréfonds de ses pensées. Cette fois, citons Robert Badinter (1928-2024). Ses écrits sont toujours d’actualité. Ils résument la démarche de Deku.

tant qu’on fusillera, qu’on empoisonnera, qu’on décapitera, qu’on lapidera, qu’on pendra, qu’on suppliciera dans ce monde, il n’y aura pas de répit pour tous ceux qui croient que la vie est, pour l’humanité tout entière, la valeur suprême, et qu’il ne peut y avoir de justice qui tue.
Le jour viendra où il n’y aura plus, sur la surface de cette terre, de condamné à mort au nom de la justice. Je ne verrai pas ce jour-là. Mais ma conviction est absolue : la peine de mort est vouée à disparaître de ce monde plus tôt que les sceptiques, les nostalgiques ou les amateurs de supplices le pensent.

R. Badinter (extrait de Contre la peine de mort)

Terminons avec une dernière citation. Etalons une phrase remplie de sagesse. Simone Veil menait divers combats (droits des femmes, construction européenne, etc.). Née dans une famille juive aux origines lorraines, elle fut déportée à Auschwitz à l’âge de 16 ans, durant la Shoah. En avril 2005, elle se prononce devant les élèves de la rue d’Ulm, à Paris. Ses paroles pourraient coller parfaitement à l’épilogue imaginé par Kōhei Horikoshi. Lors de la conférence, elle affirme : « Vous savez, les guerres justes, ça n’existe pas. Moi, je me bats pour qu’il n’y ait plus de guerres, du moins en Europe ».

brunoaleas
Illustrations ©Kohei Hirikoshi

Publié le 9 mars 2026

LA DURE A CUIRE #147

La Dure à Cuire est un concept né en 2018. Commentons l’actualité rock de la plus douce, à la plus brutale. Puis, écoutons sa playlist !

A.gris

Alex Delamard se lance en solo pour proposer une musique ultra moderne. Le chanteur s’associe à la voix de Tessa Gustin. Le résultat : un morceau fort, rappelant la maestria d’Alex G.

Father John Misty

God said, « No »
I said, « Twice »
C’mon, big man
Won’t you make me?
Year Zero in the summertime

Messa

The Spin est un album si riche ! Le groupe déploie son talent. Chaque morceau est une pièce unique de l’héritage stoner.

Jules Henriel

« Pour Jules Henriel « Our own self assurance » représente donc la première pierre d’une nouvelle aventure humaine, personnelle et musicale ». Le communiqué de presse est clair. Ici, les oreilles apprécient la magie éternelle d’une guitare et d’une voix.

brunoaleas

Publié le 3 mars 2026

Deux mots sur Spielberg / Hook

Les films de Steven Spielberg, est-ce possible de les critiquer, en deux mots ? Oui. Le réalisateur embrouille peu. Ses récits sont fascinants et accessibles. Après les focus sur Bo Burnham, Tim Burton et Spider-Man, place au Roi du Divertissement !

Hook ou la Revanche du capitaine Crochet n’est pas une comédie musicale. Le film a failli l’être. Remercions les cieux ! Je ne suis pas fanatique de ce genre cinématographique. Citons tout de même trois exceptions : La La Land, Tick Tick… Boom ! et L’Étrange Noël de monsieur Jack.
J’accroche rarement aux scènes où des personnages chantonnent comme s’ils vomissaient un arc-en-ciel. Qui sait ? Si Hook était une comédie musicale, il aurait probablement été encore plus flingué par les critiques à sa sortie…

Oui, vous lisez bien. Hook fut considéré comme trop féérique, voire, trop naïf. Le propos du film est simple : comment un père de famille peut retrouver son âme d’enfant ? Bien sûr, la féérie est la bienvenue ! Plusieurs séquences nous emmènent loin du monde réel. D’ailleurs, ce sera le cas du personnage principal. Monsieur Banning, avocat giga sérieux, a complètement oublié qu’il était Peter Pan. Lors d’un voyage à Londres, ses enfants sont kidnappés par le Capitaine Crochet, qui, lui, n’a rien oublié. 

Saluons la technique. Steven Spielberg réalise cette œuvre en pilotage automatique, selon ses dires… beau vol plané ! L’expérience est réussie. Décors immersifs. Costumes déjantés. Lumières éblouissantes. D’un point de vue formel, impossible de se plaindre.

Désormais, centrons-nous sur un et un seul commentaire désobligeant : « Hook fait trop Disney, trop lisse et mielleux ». Négatif. Comparaison n’est pas raison.
Aujourd’hui, à force de bouffer du cynisme au petit déjeuner, de contempler des titres aussi sombres que Joker ou Uncut Gems, je souhaite découvrir d’autres films pour adultes et enfants, de pareille ampleur. C’est pourquoi, Superman sort du lot. Ses dialogues solaires et son ambiance enfantine rappellent le message principal de l’œuvre spielbergienne : la vie est une aventure !

brunoaleas

Publié le 2 mars 2026

Florence + The Machine à l’AFAS Dome

Anticipons les « Il y en a qui disent… »Se réjouir, profiter des nouveaux albums ou des concerts de nos artistes préféré·e·s, avec tout ce qui se passe dans le monde, c’est fermer les yeux sur une réalité très négative ?

Si on ne doit se concentrer que sur ce qui se passe mal, comment sommes-nous censés tenir le coup ? Evidemment, il faut être à jour, manifester, faire du relais d’infos… mais il n’y aura plus personne pour le faire si on a aucune échappatoire. Et c’est le but de notre gouvernement aujourd’hui avec l’augmentation de la TVA, entre autres, dans le culturel, sur le sport, etc.

Personnellement, je ne saurais pas vivre sans concerts. Mais, entre le fait que les prix des billets sont de plus en plus chers et que le gouvernement belge n’en fait qu’à sa tête, il n’y aura bientôt que les riches qui pourront en profiter. 

J’ai eu la chance d’aller voir Florence + The Machine, à l’AFAS Dome. Ce genre de concert me rappelle à quel point la musique doit rester accessible. 

On connait déjà le talent de Florence grâce à « Dog Days Are Over », « Shake It Out », ou encore « Say My Name », cependant, c’est son dernier album Everybody Scream qui a vraiment donné vie à ce spectacle. Avec une scéno très « witchy » et un peu gothique, j’ai vu quelque chose de différent. Elle a transporté le public (majoritairement queer) dans son univers du début à la fin. 

L’ouverture de concert avec les danseuses, appelées witchchoir, nous a tout de suite mis dans l’ambiance. Quant aux moments plus intimistes, où il n’y avait que Florence et son micro, ils ont permis une profondeur émotionnelle qu’on voit de plus en plus rarement chez les artistes. 

Une autre artiste m’a étonnée. Paris Paloma était en première partie. Je la connaissais grâce à son titre très connu « Labour ». Elle était parfaitement en accord avec la direction artistique du groupe. Des textes féministes, engagés, ajoutés à ça, une énergie douce mais entrainante. Le public était conquis ! Elle a terminé son set avec « Labour » et c’est ce moment qui m’a le plus marqué. J’ai enlevé mes bouchons et j’ai juste eu une vague d’émotions, en entendant tout le public chanter le refrain de cette hymne féministe. 

Et c’est ça aussi les concerts. Ça nous rappelle les raisons pour lesquelles on se bat contre le système actuel.

Erin Terlier – texte & photos

Publié le 27 février 2026

Iris Pouy Interview

Iris Pouy dessine depuis toujours. De Paris, elle se transfère à Marseille pour publier ses bédés. Elle inaugure la première interview de l’année focalisée sur la mémoire. Découvrons sa fiction nommée Marx, le retour, une pièce initialement écrite par Howard Zinn.

Dès l’ouverture de Marx, le retour, Howard Zinn inscrit ses intentions : « J’ai eu l’idée de faire revenir Marx dans le présent, un peu comme dans un conte. Il débarquerait aux États-Unis, de sorte qu’il ne se contenterait pas de se remémorer sa vie au dix-neuvième siècle européen mais commenterait ce qui se passe ici ». Si on te proposait à nouveau ce projet, tu le dessinerais autrement ?

Ah, c’est une bonne question. C’était ma première longue BD et j’avais carte blanche. L’éditeur n’a pas fait beaucoup de demande. Ça ressemble vraiment à ce que j’avais envie de faire. J’avais choisi le noir et blanc pour des questions de temps. C’est-à-dire que ça me semblait plus compliqué de faire de la couleur. Peut-être que je ferais la BD en couleur, si on devait la modifier. Mais en même temps, le noir et blanc en BD, c’est quand même quelque chose que j’aime bien. Je sais juste que c’est que c’est moins vendeur. C’est un argument parfois qui est utilisé par les éditeurs, mais il se trouve que le mien (ndr : Revival), il aimait beaucoup les BD anciennes. Ça ne lui posait aucun problème que ce soit noir et blanc.
Quant au thème, je trouve ce livre toujours très actuel. C’est un texte qui date de 2002. Howard Zinn, je ne l’ai pas rencontré de son vivant. Je me suis appropriée son texte, sans une discussion avec son auteur. C’est un texte qui n’a pas tellement vieilli. Il pourrait être tout le temps remis au goût du jour avec des choses nouvelles qui atterrissent dedans. Au moment de sa parution, il n’y avait pas encore l’intelligence artificielle. Mettre l’outil un peu plus en avant dans l’histoire serait intéressant.

Si Howard Zinn avait été à tes côtés, lors de la production de cette BD, quelle question aurais-tu aimé lui poser ?

D’abord, ça m’aurait mis beaucoup plus de pression vu que j’aurais voulu être à la hauteur. C’est quelqu’un que je respecte beaucoup, dont je respecte les écrits. Je pense que ça aurait été un peu plus difficile de produire la BD. Ensuite, je ne sais pas trop ce que je lui aurais posé comme question parce qu’il y a déjà une présentation de la pièce assez claire. A la base, son texte est une pièce de théâtre que j’ai adapté en bande dessinée. Cet historien faisait une présentation de la pièce, où il il écrit bien ses intentions. Tout ce qu’il a voulu mettre dans ce texte est net.
Il s’était pas mal attaché à des personnages parallèles à l’histoire de Marx. Il décrit sa femme et ses filles, des personnalités super intéressantes. Il a voulu les mettre en valeur. J’aurais bien aimé discuter avec lui de ça et de la possibilité, justement, de se focaliser un peu plus sur Eleanor Marx, fille de Karl Marx. Ce personnage génial n’est pas très connu. Elle a vachement contribué au succès et à la diffusion des textes de son père. Je sais que c’était un sujet qui lui tenait à cœur. Il a fait, par ailleurs, une autre pièce sur une anarchiste américaine, Emma Goldman. Il aurait bien aimé développer ce genre de thème, j’ai l’impression. Bref, j’aurais bien aimé discuter de cet aspect de son travail.

Marx, le retour n’est pas un livre déprimant. Je me souviens d’une planche, où on voit les révolutions du monde entier. Ça ne m’étonnerait pas si les luttes fonctionnant le plus sont celles qui se déroulent à long terme. Dernièrement, un scandale éclate au Festival d’Angoulême. Plusieurs artistes ont alors organisé leurs propres festivals. On doit avancer vers cette voie.

Tous les types de luttes marchent et finissent par porter leurs fruits. Celle autour du Festival d’Angoulême, elle est marquante parce qu’elle a été vraiment très rapide, très courte. C’était un peu la fin de revendications qui ont duré pendant des années, qui n’étaient pas spécialement écoutées. Il y a eu un travail qui a été fait en amont par des autrices pour dénoncer plein de choses par rapport au Festival d’Angoulême. Ce travail ne fut pas écouté.
On va organiser un festival un peu partout en France, en Belgique, en Espagne, au même moment qu’Angoulême. Je trouve ça assez étonnant à quel point ça a été vite. En fait, le boycott des autrices et des auteurs appelant à l’arrêt du Festival, c’était une lutte très efficace. Elle montre que ça vaut le coup, de temps en temps, de se positionner clairement, puis, de refuser des inepties.

Tu as probablement certaines attentes, en tant que dessinatrice.

Alors, oui. Une meilleure visibilité. La BD est un médium hyper florissant. Enormément de gens font des bandes dessinées. De belles bandes dessinées sortent chaque année. Je pense que ça se porte plutôt bien. Mais mettre en avant le côté précaire des auteurs, le fait qu’on soit toujours les derniers de la chaîne du livre, alors qu’on est à l’origine des projets.
Nous aussi, on a le droit au chômage, à des arrêts maladies, etc. Ça serait énorme. Enfin, c’est quelque chose qu’on demande depuis des années. Donc oui, il y a vraiment beaucoup de choses à faire pour que ça aille mieux dans le milieu de la BD.

En t’écoutant, je repensais à une soirée organisée avec mes amis. On regardait La Quatrième Dimension. On matait un épisode sur une dame très maladroite. Elle était aussi hyper généreuse avec son entourage. Soudain, un ange gardien se chargeait d’améliorer son quotidien. Il l’emmenait dans un milieu bourgeois, comme si elle avait besoin de faire de grosses fêtes. Cependant, elle était heureuse comme elle était. En d’autres mots, il lui fallait peu pour être heureuse. A la fin de l’épisode, je méditais à mon job dans l’associatif. A force de fréquenter des jeunes, je réalise une dinguerie, l’argent leur empoisonne le cerveau. C’est vraiment : « argent égal bonheur ». Et l’épisode de la série m’avait marqué. On n’a pas besoin de grand-chose, finalement. Etre bien entouré suffit amplement. Marx, le retour communique cette philosophie aux plus jeunes ?

Ah bah oui. Enfin, l’argent… ça pointe plutôt le système autour de l’argent, le système capitaliste, car tout le monde a besoin de l’argent pour vivre actuellement. Effectivement, les gens triment dans toutes sortes de boulot pour gagner leur vie. Souvent, ce n’est pas par confort, c’est juste par survie. Donc, on a besoin d’argent. Or, tant que ce système est mis en place, une économie déjà remise en question par Marx, tant qu’on est dans ce système-là, ce sera vachement difficile de voir les choses autrement que par ce biais-là, celui de l’argent.

Heureusement, la BD porte espoir. C’est tellement accessible et universel. En lire permet de rester optimiste.

Ah oui, complètement. Moi, j’adore mon métier. Je pense que c’est le cas pour la plupart des auteurs de BD. Ça reste, en général, un vrai plaisir de faire des bandes dessinées, et pour les gens, de les lire. Et oui, il y a tout un tas de choses qui peuvent passer à travers la bande dessinée. Je trouve que c’est génial qu’on l’étudie de plus en plus, qu’on étudie aussi son histoire. Très longtemps, ce fut considéré comme un genre mineur par rapport aux autres arts. Alors qu’en fait, on se rend compte que, génération après génération, il y a énormément d’émotions et messages qui passent à travers la BD. On a tout intérêt à continuer d’en publier. Ouais.

⬆ I. Pouy dessine aussi des cartes
Interview menée par brunoaleas

Publié le 13 février 2026

The Big Short : leçon d’une économie qui s’effondre

L’économie, c’est super compliqué. Acheter un pain ou payer ses impôts, ça va encore. Mais dès qu’on parle de retour sur investissement, d’obligations ou de taux d’intérêts, on est déjà beaucoup à ne plus rien comprendre, ou à en avoir rien à fiche.

Or, l’économie a un rôle décisif dans notre quotidien. La façon dont les richesses et les ressources circulent influence notre confort de vie, notre position dans la société, et la date de notre mort.

Quand l’économie explose, pète un câble, entre dans une crise, beaucoup de gens en pâtissent. Sous le capitalisme, les riches sont généralement épargnés. Parfois, ces moments sont causés par ce qu’on appelle une « bulle ». En gros, les gens mettent beaucoup de sous dans des entreprises dans l’espoir d’en gagner davantage (c’est ce qu’on appelle un investissement), mais quand plein d’ultra-riches mettent des gros paquets de blé dans des entreprises qui n’ont aucun avenir, par engouement ou spéculation, c’est une bulle. Celle-ci peut exploser, et alors, pour je ne sais quelle raison, c’est les pauvres qui deviennent encore plus pauvres.

Certains gens très sérieux disent que l’IA générative est une bulle. Les entreprises qui la développent ne sont pas rentables, mais l’engouement technologique fait que plein de gens y placent de gargantuesques tas d’oseille. Un jour, ils vont tous se rendre compte en même temps qu’ils se sont fait.e.s baiser, et alors, c’est fini. Une situation similaire est arrivée en 2008. Tout le monde s’en souvient. Mais là, c’était encore plus compliqué, oulala que c’était compliqué…

Adam McCay est un réalisateur américain faisant à l’origine des comédies avec Will Ferrel (mais si, le grand mec bouclé qui a joué dans Elf). Entre 2015 et 2021, il réalise trois films aux tenants plus sérieux, et sur le thème de la politique : The Big Short, Vice et Don’t Look Up.

Le premier de cette triade, The Big Short, a un cast complètement fou. Steve Carell, Christian Bale, Ryan Gosling, Brad Pitt et Jeremy Strong sont une bande de traders complètement hors-sol, cherchant le bon coup de poker pour rapporter gros. En 2007, ils se rendent compte petit à petit que le marché de l’immobilier est au milieu d’une énorme bulle. Personne ne semble s’en rendre compte, même si certains essaient déjà de parier sur un effondrement pour faire du bénéfice.

Des gens achètent des maisons, et pour cela, iels contractent des prêts dans une banque. Celle-ci dispose donc de ce qu’on appelle une « obligation ». En gros, ça veut dire que quelqu’un lui doit de l’argent. Ces obligations sont mises par centaines dans des gros paquets, parfois, vendues. La personne qui achète un paquet est donc propriétaire de documents qui disent que plein de gens différents leur doivent de l’argent pour rembourser leur maison.

Le problème (si toute cette entreprise n’était déjà pas foireuse), c’est que ces paquets ont bien moins de valeur que ce que les traders pensent. On n’est vraiment pas certains que les types qui ont acheté des maisons vont pouvoir rembourser leur prêt. Ces paquets d’obligations incertaines sont pourtant vendues de plus en plus cher, jusqu’à ce que tout le monde se rende compte de l’arnaque, en même temps. Et là, c’est trop tard. Des millions de gens perdent leur emploi et leur maison, ne pouvant rembourser leur prêt.

Pas sûre que j’aie tout compris, et pas sûre d’avoir tout bien expliqué, mais c’était très instructif. Ce que j’en tire ? La crise de 2008 a traumatisé toute une génération. Elle a pour cause les choix désastreux d’une bande de capitalistes, mais surtout, pointons le système qui les a propulsés à leur position de pouvoir. La spéculation ne doit pas être la colonne vertébrale de notre système économique. L’économie doit avoir la qualité de vie des gens du commun comme priorité.

Comme dans Vice (la guerre en Irak) ou Don’t Look Up (un astéroïde fonçant sur la terre), McCay s’intéresse aux tragédies évitables, aux situations qui, prises avec plus de responsabilité, auraient évité beaucoup de souffrance chez des gens qui n’avaient rien demandé.

« Ce qui compte, c’est pas la chute, c’est l’atterrissage ». Ce n’est que quand on a la face sur le pavé qu’on se rend vraiment compte qu’on a trébuché. Or, il faut apprendre à placer ses mains devant soi pour se protéger et surtout, à regarder la route quand on se déplace. Espérons que pour la potentielle bulle de l’IA, les gens soient plus malins. Mais sous le capitalisme, il y a toujours une crise prête à émerger.

Lou

Publié le 11 février 2026

LA DURE A CUIRE #146

La Dure à Cuire est un concept né en 2018. Commentons l’actu rock de la plus douce, à la plus brutale. Puis, écoutons sa playlist !

Friko

Seven degrees
Just one more for you and me
We’re souls in a line
Waiting to meet
Waiting for that summer breeze

Buck Meek

Connu comme guitariste et choriste de Big Thief, Buck Meek sort un album, fin du mois. Son chant amène un côté vif à son style folk si électrique.

Young The Giant

Young The Giant revient pour un nouvel album. Le groupe fut l’une des meilleures découvertes Youtube de mon adolescence. Pouvoir écouter leur morceau est souvent une surprise inévitable, tant le chant est béni des cieux, tant leurs mélodies accrochent de la tête aux pieds.

brunoaleas

Publié le 9 février 2026

Kendrick Lamar – DAMN.

DAMN. est le quatrième album studio de Kendrick Lamar. Il est sorti en 2017, quelques mois après l’élection de Trump pour son premier terme. Très rapidement, il fut salué par les critiques : du point de vue des ventes physiques, des classements d’écoute et même d’institutions aussi élitistes que l’académie qui décerne le Prix Pulitzer (prix américain de littérature, journalisme et composition musicale).

C’est d’ailleurs le premier album de hip-hop qui l’a obtenu. Comment ? Est-ce que cette œuvre vieille de presque 10 ans peut-elle continuer à nous apprendre des choses sur notre époque ?

Grande amatrice de rap anglophone, je me suis rapidement jetée sur cet album. Comme pour ses deux albums précédents, Kendrick Lamar raconte une histoire dans une histoire. Chaque chanson peut être écoutée individuellement, mais toutes ensemble dans l’ordre inscrit sur la setlist, elles forment un tout, une narration cohérente.
Comme je l’ai écrit dans l’introduction, cette œuvre a vu le jour dans un climat politique particulier. Après des mois de campagne entre Hillary Clinton, celle qui avait pu ainsi devenir la première femme présidente des Etats-Unis, et l’agresseur sexuel notoire (maintenant, condamné coupable), Donald Trump.

Le pays est plus divisé que jamais. Comment expliquer cette dichotomie ? Lamar y répond avec une autre polarité. Son album force à se demander : « Est-ce que les souffrances que nous vivons sont dues à notre faiblesse ou à notre malice ? La violence est-elle une réponse motivée par nos traumas ou par une véritable volonté de nuire ? ».

Kendrick Lamar décrit son milieu, les violences physiques, verbales et systémiques qui ont fait de lui l’homme qu’il est. Il continue à toucher les afro-américains de manière disproportionnée. Les traumatismes qui ont été infligés à cette communauté sont les socles des Etats-Unis d’Amérique. De l’esclavagisme à la ségrégation raciale, en passant par l’incarcération de masse et les violences policières. Le rappeur met en lumière le fait que toutes les violences extérieures ont créé un climat de peur et de haine interne. Comment est-ce que les médias peuvent diaboliser les gangs, les émeutes, tout en crachant constamment sur les minorités (raciales ou autres) ?

A travers ces différents questionnements, Kendrick synthétise, avec beaucoup de poésie, l’époque et le milieu dans lequel il évolue. Sur des prods sublimes, il décrit, analyse et critique. Quand, j’ai écouté cet album pour la première fois, je bouillonnais de rage. Cet artiste légitimise sans inciter la colère. Son dernier titre, « Duckworth », montre comment un acte de bonté, même insignifiant, peut avoir un impact énorme sur nos vies.

En conclusion, je dirais que DAMN. est toujours pertinent car nous sommes, malheureusement, encore dans une période de tension. Trump est parti pour un second terme désastreux.
Mais chaque acte de bienveillance compte. Nous sommes parfois affaiblis mais jamais anéantis.

Marie-Henriette – Ecrit pour Scan-R

Publié le 9 février 2026

LA DURE A CUIRE #145

La Dure à Cuire est un concept né en 2018. Commentons l’actu rock de la plus douce, à la plus brutale. Puis, écoutons sa playlist !

Jadu Heart

Post Heaven, quel album fabuleux. Il faut écouter Jadu Heart. Pourquoi ? Pour comprendre qu’il existe d’autres artistes aussi talentueux que King Krule.

Crache

L’écurie Howlin’ Banana surprend toujours aujourd’hui ! Le groupe Crache sert un jeu vif et brut. Perdez-vous dans les bois, en écoutant leur musique, à la fois fanfaronne et terrifiante.

Avalon Bloom

Une personne ne peut pas changer le monde. Mais une personne peut nous changer. « Maya », composé par Avalon Bloom, semble l’affirmer !

Atum Nophi

First you’ll knock and I’ll let you in
You’ll say you’re cold and ask for tea
I’ll pick up the brandy

brunoaleas

Publié le 2 février 2026