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LA DURE A CUIRE #150

La Dure à Cuire est un concept né en 2018. Commentons l’actu rock de la plus douce, à la plus brutale. Puis, écoutons sa playlist !

Lorenzo Di Maio

Lorenzo Di Maio est le meilleur guitariste du Plat Pays ? L’un des meilleurs. Pourquoi ? Via Ruby II, il joue une patte reconnaissable, tant ses arpèges font voyager !

Salmo

Forse l’amore non esiste. Non è una favola di Disney. È un’odissea e non sono Ulisse, nah.
È inutile capirsi, è colpa dell’eclissi, baby.

Violet Grohl

Après quelques paragraphes dédiés à Violet Grohl, « Cool Buzz » mérite amplement sa place dans la Dure à Cuire. Hâte d’écouter son premier album, fin mai !

Perseide

Depuis 2010, Perseide mélange rock, metal et punk. Les Français balancent la sauce sur « Shadows ». Les fioritures electro ne sont jamais de trop et le refrain demeure accrocheur.

brunoaleas

Publié le 12 mai 2026

Violet Grohl, déjà vu ?

La musique de Violet Grohl me rappelle ô combien faire du neuf avec l’ancien est accrocheur. Rock, vif et mélodieux, voici des qualificatifs parfaits pour désigner ses productions. Be Sweet to Me, tel est le nom de son premier album dont la sortie est prévue fin mai. Parmi ses inspirations, l’artiste cite Pixies, Soundgarden, Cocteau Twins et The Breeders.

Puis, insistons un instant sur son travail. Elle n’a pas composé une soupe déjà vue et revue – à la différence d’un groupe comme Oasis, englué dans son genre musical, de facto, peu intéressant –. Non. Elle semble bel et bien suivre la marque des grands ! En d’autres mots, c’est comme si elle continuait de tracer le chemin entamé par les musiciens grunge. Et ce, sans pour autant singer les vieux de la vieille. D’ailleurs, son daron, ex-batteur de Nirvana, avoue s’être inspiré du mixage de son album pour concevoir Your Favorite Toy, le nouvel opus des Foo Fighters !

Pourquoi s’arrêter à un seul parallèle ? Giulio Greco écrit la préface de La Fragranza della Terra (Giuliano Ladolfi Editore, 2025). Il décrit une expérience vitale.

Comme l’enseigne l’histoire, nulle génération n’est révolutionnaire au point de supprimer les éléments de la précédente. Pour construire le futur, les racines sont nécessaires. Elles se trouvent dans le passé.

Donc, personne n’a de futur, si on n’a pas de passé. Brava Violet !

brunoaleas
Photo ©Bella Newman

Publié le 11 mai 2026

Manifeste pour le piratage et l’art universel

Vive le piratage, à bas ses effets. Les artistes devraient être payé.e.s un salaire fixe pour leur contribution essentielle à la société, et ne pas dépendre du sponsoring, des mécènes, ou de dons occasionnels. Tout film devrait pouvoir être piraté sans conséquences pour l’artiste ou lae consommateurice. L’artiste façonne les lunettes avec lesquelles nous comprenons le monde, jamais iel ne devrait être valet de l’économie, jamais l’art ne devrait être un produit comme l’est un sandwich au fromage (sauf si on considère celui-ci comme de l’art), l’art devrait être public et universel.

Vive le piratage ! Sans lui, des générations entières de cinéphiles des classes populaires n’auraient pu accéder à certains de leurs films préférés. Les films qui ne passent plus en salle, les films qu’on ne peut trouver qu’en DVD qu’avec la chance d’un chercheur d’or, les films qui viennent de l’autre bout du monde, n’auraient pu arriver jusqu’à nous sans les pirates, leurs baies, vaisseaux et canons.

Je refuse de ne consommer que la purée qu’on m’enfonce dans la gorge, le cinéma-pain de mie sans saveur et reproductible à l’infini, produit de suites interminables, remplis d’acteurices-masques et de machineries complexes. Ce cinéma de la plateforme en ligne, de la continuité, j’admire la sueur sur le front de ses créateurices, mais pas la création elle-même.

Laissez Star Wars tranquille. De grâce, lâchez les pis de cette pauvre vache, il n’en sort plus que du sang. Laissez-la gambader et mourir en paix.

J’aimerais donner mon argent à ce petit réalisateur belge, si je l’avais. J’aimerais être mécène de tout l’art du monde, mais mon portefeuille est vide et mes yeux sont fatigués. J’aimerais que le blockbuster américain, si riche de son héritage, se libère du capitalisme fascisant, gangréné aux IA dans lequel son pays natal pourrit.

J’aimerais qu’il continue de se réinventer, qu’il ose de nouvelles histoires. J’aimerais un cinéma stupide et vulgaire, mais respectueux et universel, qui ne capitaliserait ni sur la haine, ni sur la nostalgie, et qui toucherait sous la ceinture et sous le chapeau, que tout le monde peut faire, mais que personne n’oublie.

J’aimerais un cinéma où les producteurs seraient des entremetteurs, des organisateurs et un appui. Le producteur qui ne pense qu’à son sou, sa frite-mayonnaise et ses grosses couilles, je le hais. C’est le vecteur entre le capitalisme pourrissant et l’expression la plus pure d’une vision du monde. Ces deux choses ne peuvent coexister.

Lou
Bannière ©Mr. Robot
Musique de In Rainbows

Publié le 6 mai 2026

L’univers de Theodora : entre identité, corps et esthétique contemporaine

L’univers de Theodora, révélée notamment par le titre « Kongolese sous BBL », s’impose comme une proposition artistique hybride, à la croisée des influences culturelles et des esthétiques contemporaines. À travers ce morceau emblématique, la chanteuse affirme un univers singulier, où se rencontrent identité, corporalité et affirmation de soi.

Avec « Kongolese sous BBL », Theodora ne se contente pas de livrer un titre musical : elle pose les bases d’un imaginaire fort, ancré dans une double culture et nourri de références diasporiques. L’univers qu’elle développe s’inscrit dans une dynamique à la fois intime et politique, où le corps devient un territoire d’expression. Le titre, provocateur et revendicatif, interroge les standards de beauté et célèbre des esthétiques longtemps marginalisées.

Cet univers se distingue par une énergie plus affirmée que dans certaines formes traditionnelles de chanson introspective. Ici, la retenue laisse place à une présence assumée. Les sonorités, souvent rythmées et influencées par des courants afro, urbains et pop, participent à construire un espace sonore vibrant, en phase avec les scènes actuelles. Theodora y affirme une identité artistique qui ne cherche pas à se lisser, mais au contraire à revendiquer ses contrastes. Visuellement, l’univers associé à « Kongolese sous BBL » prolonge cette démarche. L’esthétique est plus frontale, plus incarnée : les corps sont mis en avant, les images jouent avec les codes de la représentation et détournent certains clichés. Couleurs marquées, attitudes affirmées, symboliques culturelles. Tout concourt à créer un univers visuel puissant, en dialogue direct avec le propos du morceau.

Mais au-delà de l’affirmation, l’univers de Theodora conserve une dimension réflexive. Derrière l’énergie et la mise en scène, se dessine une volonté de questionner les regards, de déplacer les normes et de proposer de nouvelles représentations. Son travail s’inscrit ainsi dans une génération d’artistes qui utilisent la musique comme un outil d’expression identitaire autant que comme un vecteur esthétique.

En définitive, l’univers de Theodora, tel qu’il se déploie avec « Kongolese sous BBL », repose sur un équilibre entre puissance et intention. Un univers qui assume sa visibilité, joue avec les codes contemporains et s’inscrit dans une réflexion plus large sur le corps, la culture et la représentation.

Fortuné Beya Kabala
Deuxième photo ©Lea Esmaili

Publié le 4 mai 2026

The Strangers

Le film The Strangers (titre original : The Wailing) de Na Hong-jin est souvent considéré comme un des sommets du cinéma d’horreur coréen contemporain, mais ce n’est pas un film facile à appréhender, et c’est justement ce qui fait sa force… et parfois sa limite. un thriller horrifique sud-coréen. Ce thriller nous plonge dans le village isolé de Goksung. Une série de meurtres sauvages et une maladie mystérieuse éclatent à l’arrivée d’un vieil étranger japonais. Un policier local, Jong-Goo, enquête sur l’affaire surnaturelle. Pendant ce temps, sa fille est infectée.

Au croisé des chemins

D’abord, ce qui frappe, c’est son mélange des genres. Le film commence presque comme une comédie policière un peu absurde, avec un protagoniste maladroit et des situations presque burlesques. Puis, progressivement, il bascule vers une horreur de plus en plus sombre, mêlant folklore coréen, possession démoniaque et paranoïa. Cette évolution est maîtrisée, mais elle peut aussi désorienter, certains spectateurs trouvent le ton trop instable.

L’un des points les plus réussis, c’est l’atmosphère. Na Hong-jin installe une tension lente, presque poisseuse. La campagne coréenne devient un espace inquiétant, où le mal semble diffus et insaisissable. Contrairement à beaucoup de films d’horreur, le film ne donne pas de réponses claires : il joue sur l’ambiguïté, notamment autour du personnage de l’étranger japonais. Cette incertitude constante alimente une vraie angoisse intellectuelle.

Le thème central tourne autour de la foi, du doute et de la manipulation. Le film met en conflit différentes croyances (chamanisme, christianisme, superstition), sans jamais trancher. Cette complexité est fascinante, mais peut aussi frustrer. La narration devient volontairement opaque, et la fin laisse beaucoup d’interprétations ouvertes. Certains y verront une richesse symbolique, d’autres un excès de confusion.

Le beau repoussant

Côté mise en scène, c’est très solide. La photographie est superbe, avec un usage marquant de la pluie, de la nuit et des espaces naturels. Les scènes de rituel chamanique sont particulièrement intenses, presque hypnotiques, et comptent parmi les moments les plus mémorables du film.

Un film clivant

En revanche, le film souffre parfois de sa longueur (plus de 2h30). Certaines séquences auraient pu être resserrées sans nuire à l’ensemble. De plus, le personnage principal, bien que réaliste, peut agacer par sa passivité et ses décisions irrationnelles, même si cela sert le propos sur la peur et la confusion humaine.

C’est un film qui récompense la réflexion et les revisites, mais qui demande un certain engagement. Si tu cherches une horreur claire et directe, il peut frustrer ; si tu aimes les récits ambigus et symboliques, il est remarquable.

Un personnage inconscient ?

Dans The Strangers, le personnage principal (le policier Jong-goo) prend plusieurs décisions discutables, mais l’exemple le plus frappant arrive vers la fin.

À un moment crucial, il est mis face à deux avertissements contradictoires : d’un côté, la jeune femme mystérieuse lui demande de ne pas rentrer chez lui avant le chant du coq, sous peine de condamner sa famille ; de l’autre, la peur pour sa fille le pousse à agir immédiatement. Malgré l’avertissement très clair (et le fait qu’il a déjà été témoin d’événements surnaturels), il choisit de céder à la panique et rentre précipitamment. Ce choix est irrationnel à plusieurs niveaux.

Il ignore une règle explicite dans un contexte où les règles “irrationnelles” semblent pourtant fonctionner. Il agit sous l’émotion pure, sans recul, alors qu’il a déjà vu que la situation dépasse la logique ordinaire. Il ne vérifie pas la fiabilité des différentes sources d’information, ce qui est pourtant crucial dans un récit basé sur la manipulation.

Mais c’est justement ce qui rend le personnage crédible. Na Hong-jin montre quelqu’un qui ne comprend pas ce qui lui arrive et qui réagit comme beaucoup le feraient : avec peur, confusion, et instinct de protection immédiat.

Et surtout, cette décision a un poids tragique énorme. Elle illustre parfaitement le thème central du film : le doute peut être fatal, quand on ne sait plus à qui faire confiance.

Fortuné Beya Kabala

Publié le 17 avril 2026

C’mon C’mon

Il n’existe aucun manuel apprenant à être de bons parents. C’mon C’mon illustre cette évidence. Le nouveau film de Mike Mills se déroule aux 4 coins des Etats-Unis. Joaquin Phoenix interprète Johnny, un aimable journaliste. Ce personnage part enregistrer des voix juvéniles. Quel est l’objectif ? Questionner son public sur la vie, leur avenir et pays.

Quant à sa situation familiale, elle n’est pas idyllique. Sa sœur se sépare de son fils Jesse et lui laisse la garde. Elle doit régler ses problèmes, sans heurter la sensibilité de Jesse. De là naît une superbe complicité entre le neveu et son oncle. 

C’mon C’mon dépeint le visage de la jeunesse américaine. Elle affiche plusieurs couleurs. Elle ne pose pas un regard uniforme sur la société. A l’heure où nos canaux d’informations deviennent trop nombreux, les adolescents de l’œuvre développent un esprit critique, sans perdre l’innocence et la beauté de leurs propos. Nous avons besoin de les entendre, à l’ère de l’infobésité !

L’infobésité constitue l’un des plus grands problèmes à résoudre par les organisations pour les 10 prochaines années. L’information affiche désormais son côté obscur. Le danger majeur de l’infobésité ? La non-qualité de l’information. L’information est fondamentale.
Notre liberté, notre capacité d’action, dépendent de sa véracité. Or, la logique de surinformation revient à la sous-information ou à la mal-information. La « junk food » a trouvé son pendant avec la « junk information ».

Caroline Sauvajol-Rialland

Jesse, lui, ne souhaite pas être interrogé par Johnny. Il tourne le micro vers son oncle. Il change la donne. A cet instant, les spectateurs saisissent la magie de leur relation. L’un comme l’autre sublime un quotidien parfois difficile à supporter. Leurs échanges rappellent un fait indubitable : la dure réalité peut traumatiser aussi bien un enfant qu’un adulte.

Bref, laissons la parole aux jeunes générations. Ils bâtiront le monde de demain. Qu’ils deviennent parents selon leurs expériences, et non celles d’autrui.

brunoaleas

Publié le 15 avril 2026

Deux mots sur Spielberg / Les Dents de la Mer

Les films de Steven Spielberg, est-ce possible de les critiquer, en deux mots ? Oui. Le réalisateur embrouille peu. Ses récits sont fascinants et accessibles. Après les focus sur Bo Burnham, Tim Burton et Spider-Man, place au Roi du Divertissement !

Montrer. Ne pas raconter. Deux règles absolument primordiales pour filmer l’horreur. Steven Spielberg n’a même pas 30 ans et réussit l’exploit de respecter cette philosophie à la lettre ! Les Dents de la Mer sort en 1975. Le cinéaste nous habitue alors à vivre le quotidien de citoyens, situés près d’une plage. Juste avant l’été, les habitants de la station balnéaire d’Amity sont en émoi. Ils découvrent, sur le littoral, le corps atrocement mutilé d’une vacancière. Martin Brody, le chef de la police, est persuadé que la jeune fille a été victime d’un requin. Soudain, il décide d’interdire l’accès des plages mais se heurte à l’hostilité du maire, uniquement intéressé par l’afflux des touristes.

Au niveau technique, chaque plan est inspirant. Dès le début, nos yeux plongent vers une course ensablée, centrée sur deux personnages. Les jeunots sont sobrement éclairés par un Soleil d’un autre monde, entre jour et nuit. Quelle lumière mémorable ! De fait, la scène d’ouverture est excellente. Bill Butler, directeur de la photographie, lègue un travail honorable.
Sans oublier la suite de ces scènes ! Elles synthétisent le film. Le silence, puis, la peur. Chrissie se baigne en pleine mer. On entend ses mains et pieds frapper contre l’eau. Tout à coup, quelques notes composées par John Williams tend nos muscles. L’angoisse est directement perçue par nos oreilles, mais aussi à l’image. Chrissie est face à l’inconnu, près de la créature, une menace carnivore… les cris saturés de la nageuse viennent clore l’expérience infernale. Cette séquence est inoubliable !

Sur le fond, le premier grand succès commercial de Stevie, m’attire beaucoup moins. Trois protagonistes se chargent de chasser la bête : Hooper, Brody et Quint. Ils sont imaginés comme étant une masculinité hollywoodienne ridiculisée, selon le journaliste Ian Nathan (Steven Spielberg. La Filmographie du Réalisateur Culte, 2024). D’où le caractère grotesque du second et dernier acte du film, où une aventure sanguinaire définit le destin des trois hommes. Ces derniers ne sont pas charismatiques. Ils sont tout de même fascinants. Car le long métrage demeure un divertissement assez cynique.

Les Dents de la Mer est plus qu’un film sur un requin. Le requin, c’est la menace face à laquelle une ville ne se montre pas à la hauteur. C’est un film sur la fragilité humaine.

I. Nathan (S. Spielberg. La Filmographie du Réalisateur Culte)

brunoaleas

Publié le 13 avril 2026

Help(2) : s’engager est aussi artistique

L’album Help(2) est sorti le 6 mars et il m’a posé une question immédiate : participer à ce projet, est-ce un engagement politique suffisant pour un artiste ? Ou simplement un beau geste humanitaire ? Help(2) est un album produit par War Child dans le but de récolter des fonds pour les familles touchées par des conflits militaires, sur le plan psychologique, éducatif et matériel.
L’album n’est qu’un fragment du travail réalisé par l’organisation ; leur site donne une idée de l’ampleur de leurs actions.

Sur l’album, on retrouve des artistes déjà connus pour leurs prises de position : Fontaines DC, Olivia Rodrigo, Big Thief, Damon Albarn, English Teacher, Pulp, Sampha, Young Fathers. Des noms dont on connaît la colonne vertébrale. Et puis, il y en a d’autres qui m’ont surprise : Arctic Monkeys, Depeche Mode, Wet Leg ; des artistes qui ont longtemps cultivé une certaine discrétion politique, et dont la présence ici dit peut-être quelque chose. Peut-être que le contexte actuel rend le silence de moins en moins tenable, même pour ceux qui l’avaient choisi.

Il y a toujours ce débat : un artiste a-t-il le choix de rester neutre ? Pour moi, la réponse est non. L’art n’est jamais neutre. Avec son art, sa communauté, son influence vient une responsabilité : celle de ne pas regarder ailleurs quand le monde brûle. Prendre position sur des valeurs fondamentales ne fait pas couler une carrière, au contraire, ça construit une relation de confiance durable avec son public.

Olivia Rodrigo en est l’exemple le plus parlant. Artiste pop devenue célèbre via Disney Channel. Depuis 2022, elle soutient activement les organisations qui défendent l’éducation sexuelle, la contraception et le droit à l’avortement. Elle s’est publiquement positionnée contre l’administration Trump. Elle a dénoncé la situation à Gaza. Dans un univers (la pop) où prendre position reste rare et risqué, elle le fait quand même. Et ça compte.

Parce que de mon côté, écouter de la musique n’est plus un acte anodin. Je veux savoir à qui je donne mon argent, mon écoute, mon attention. Pas par idéalisme naïf, mais parce que ces ressources ont une valeur réelle, et je refuse de les offrir à des artistes dont les valeurs sont contraires aux miennes, ou pire, à ceux qui profitent d’un système qu’ils ne remettent jamais en question. Ce n’est pas un boycott systématique, c’est un choix conscient. Celui de soutenir des artistes qui luttent, résistent et utilisent leurs plateformes pour quelque chose de plus grand qu’eux-mêmes.

Dans le contexte politique dans lequel on vit, c’est le minimum qu’on peut demander.

Erin Terlier 

Publié le 10 avril 2026

LA DURE A CUIRE #149

La Dure à Cuire est un concept né en 2018. Commentons l’actualité rock de la plus douce, à la plus brutale. Puis, écoutons sa playlist !

Cass McCombs

Summer’s vine is knotted. Twisting in the ground. Wild fennel in the wetlands. Nightfall hurling down. Hear them in the valley. They called me when you fell.

Puma Blue

Puma Blue, la grande classe. Oui, ce surnom est légitime. Pourquoi ? L’artiste ne cesse de revenir en force avec des compositions délicates, rappelant les meilleures heures du trip hop.

Bou

« Les enfants sont d’une extrême sincérité. Ils ont une absence de faute et sentent une joie de dessiner, donc, ce sont mes idoles », avouait Batawp. Dans ce monde enténébré, il est bon de garder son âme d’enfant. Bou suit la philosophie. Bou est ton ami.

brunoaleas

Publié le 8 avril 2026

Tick, Tick… Boom !

Tick, Tick… Boom ! est une comédie musicale réalisée par Lin-Manuel Miranda, inspirée de la vie du compositeur Jonathan Larson, connu notamment pour Rent. Le film suit Jonathan, un jeune artiste new-yorkais à l’approche de ses 30 ans, partagé entre ses ambitions créatives, ses relations personnelles et l’angoisse de voir le temps lui filer entre les doigts. Alors qu’il travaille sur une comédie musicale censée être son grand succès, il doit faire face à ses doutes, à la pression sociale et à la peur de ne jamais accomplir ses rêves.

J’ai vraiment beaucoup apprécié ce film. Miranda est bien évidemment très connu pour sa comédie musicale à succès Hamilton et il n’a plus de preuve à faire comme auteur. Mais ici, c’est un tout nouveau défi pour lui. Adapter un monologue rock semi-autobiographique d’une éminence de la comédie musicale ne devait pas être simple ! Et pourtant, la mise en scène est excellente. On n’a jamais l’impression que l’action s’arrête. De vraies résolutions émergent au fil des chansons, qui font avancer le récit de manière naturelle.

Andrew Garfield est remarquable dans son interprétation de cet optimisme désespéré. Il parvient à transmettre toute l’envie de Jonathan, mais aussi son stress et sa détresse. Sa performance vocale est également impressionnante, notamment sur les morceaux les plus rock.

J’apprécie particulièrement les comédies musicales parce qu’elles sont visuellement et émotionnellement riches. Ça chante, ça danse, et cela permet de ressentir plus intensément les émotions des personnages. Dans les films classiques, certains choix peuvent paraître absurdes, mais dans une comédie musicale, les personnages expriment leurs émotions en chanson. Même si leurs décisions sont irrationnelles, elles deviennent compréhensibles, et on leur pardonne plus facilement.

Par exemple, dans Dear Evan Hansen, une autre comédie musicale bien connue, la prémisse peut sembler tirée par les cheveux. Il s’agit de l’histoire d’un jeune homme qui ment à propos de son amitié avec un garçon qui s’est suicidé. Il sait que son mensonge est moralement répréhensible, mais il en retire une forme de reconnaissance qui améliore drastiquement son quotidien. Dans un film classique, on pourrait le voir comme profondément égoïste. Il l’est en partie, mais comme il exprime ses choix de manière très émotive en chanson, on comprend mieux ce qui le pousse à agir ainsi. On retrouve ce même mécanisme dans Tick, Tick… Boom !. Jonathan est loin d’être parfait. Son ambition met à mal toutes ses relations. Il blesse également les personnes qui l’entourent pour un projet incertain, presque fantasque. Cependant, à travers ses chansons, ses ressentis, ses envies, ses doutes, ses peurs, mais aussi sa détermination et son amour profond pour son art, tout devient limpide.

Quant au thème principal, il est universel et profondément sincère. C’est cette sensation de manquer de temps à l’approche d’une nouvelle décennie. Beaucoup de gens connaissent cette angoisse. Changer de décennie, c’est dire adieu à une période de sa vie que l’on ne retrouvera jamais. Jonathan dit adieu à sa vingtaine et ressent une urgence intense, celle de réussir avant qu’il ne soit trop tard, avant de ne plus être considéré comme un jeune artiste.

Ce thème est encore plus poignant avec le recul. Jonathan Larson, mort à 36 ans, exprimait déjà cette peur du temps qui file, sans savoir à quel point elle était réelle pour lui. Sans cette pression, aurait-il créé son chef-d’œuvre ? Peut-être, peut-être pas. Mais comme il le dit si bien dans la chanson « Why », il n’aurait pas pu vivre autrement.

L’histoire de Jonathan Larson est l’une des plus inspirantes pour les artistes. J’ai été profondément touché par son parcours et état d’esprit. La tragédie liée à sa disparition est bouleversante, même si on comprend qu’il a vécu sa vie pleinement, à sa manière. Finalement, la poursuite du succès était déjà une fin en soi.

Au fond, nous aspirons tous à vivre selon nos désirs et à poursuivre nos rêves. Le secret réside peut-être dans le fait d’aimer la poursuite du rêve autant que le rêve lui-même. Ainsi, le temps investi en vaut toujours la peine, quel que soit le résultat.

Pierre Reynders

Publié le 7 avril 2026

Psoman Interview

Psoman se définit comme muraliste, illustrateur et peintre. Son travail dans la rue le passionne et me fascine. L’artiste stimule sa mémoire et explique son parcours.

Interview menée par brunoaleas

Publié le 2 avril 2026

Mon souvenir de FullMetal Alchemist

Alchimie : science de la compréhension, déconstruction et reconstruction de la matière. Cependant, ce n’est pas un art tout-puissant. Il est impossible de créer quelque chose à partir de rien. Si l’on souhaite obtenir quelque chose, quelque chose de valeur égale doit être donné. C’est la loi de l’échange équivalent, la base de toute alchimie. Conformément à cette loi, il existe un tabou chez les alchimistes : la transmutation humaine est strictement interdite. Car qu’est-ce qui pourrait égaler la valeur d’une âme humaine ?

Citation tirée de FullMetal Alchemist

FullMetal Alchemist est un manga d’Hiromu Arakawa, publié entre 2001 et 2010. Il raconte l’histoire de deux frères alchimistes, Edward et Alphonse Elric. Ces derniers partent à la recherche de la pierre philosophale. Cet artefact légendaire pourrait rendre à Alphonse son corps et à Edward son bras et sa jambe, perdus lors d’une transmutation humaine interdite. Au fil de leur périple, ils découvriront un sombre complot qui remet en cause les fondements mêmes de leur nation.

L’œuvre a connu deux adaptation en anime : une en 2003 qui s’en détourne et une en 2009, surnommée Brotherhood qui suit fidèlement le manga.

Pour le contexte : FullMetal Alchemist est le tout premier manga vu de mes propres yeux. Enfin, pour être exact, c’est le premier qui n’était pas simplement un « dessin animé ».

Quand j’étais enfant et que passaient à la télé, plein de dessins animés, je ne faisais aucune différence entre Code LyokoLes Super Nanas et Dragon Ball. Tous étaient des dessins animés et rien d’autre. Mais un jour, en zappant, je suis tombé sur des séries animées sur MCM, une chaîne qui, d’habitude, était plutôt destinée aux grands. Et lorsqu’un dessin animé commence avec un générique en japonais, on comprend qu’on est en train de regarder quelque chose de différent. Quelque chose de plus mystique, de plus mature.

Et il faut bien avouer que j’étais bien trop jeune à l’époque ! FullMetal Alchemist (le premier du nom donc) est un anime plus inspiré qu’adapté de l’œuvre originale. Puis, c’est vraiment plus gore que le manga ! Mais les thèmes me dépassaient aussi : le génocide, la valeur de la vie humaine dans sa dignité, l’échange équivalent… je frémis encore, en repensant à certaines scènes de violences terribles : des sacrifices humains, chimères et corps qui se décomposent sous le coup de l’alchimie. Cela ne m’a pas empêché d’en être obsédé pendant des mois. Dans la cour de récréation, nous rejouions nos scènes préférées. Je remplissais mes journaux de classe de cercles de transmutation. Mon meilleur ami et moi, nous nous surnommions « Ed » et « Al », l’un l’autre. Nous étions plongés dans notre imagination. Nous avions l’impression que les personnages faisaient partie de notre quotidien, comme autant de camarades de jeu.

Cet amour ne m’a jamais quitté. J’ai pu revoir FullMetal Alchemist, récemment. Bien que j’aie lu la série, je n’avais jamais vu son adaptation fidèle : Brotherhood. J’ai retrouvé Amestris, comme on retrouve un vieux village d’enfance. Je suis retourné à Resembool, comme on revient visiter le village de ses grands-parents, après une vie d’absence.

FullMetal Alchemist est une œuvre à jamais intemporelle. Elle nous plonge dans un monde original dont on a envie de découvrir toutes les facettes étonnantes, et en même temps, elle nous semble familière. Cette familiarité, c’est l’humain.

Dans peu d’œuvres, on s’attache et aime autant les personnages aussi rapidement. Leurs motivations sont touchantes et leur empathie, leur sens des valeurs, nous poussent à les suivre, à les soutenir et à apprécier jusqu’à leurs erreurs.

FullMetal Alchemist est une masterclass, pensez juste à l’écriture des personnages. Le manga restera un culte immanquable, jusqu’à ce que la Terre entre en combustion.

Pierre Reynders

Publié le 30 mars 2026