Le film The Strangers (titre original : The Wailing) de Na Hong-jin est souvent considéré comme un des sommets du cinéma d’horreur coréen contemporain, mais ce n’est pas un film facile à appréhender, et c’est justement ce qui fait sa force… et parfois sa limite. un thriller horrifique sud-coréen. Ce thriller nous plonge dans le village isolé de Goksung. Une série de meurtres sauvages et une maladie mystérieuse éclatent à l’arrivée d’un vieil étranger japonais. Un policier local, Jong-Goo, enquête sur l’affaire surnaturelle. Pendant ce temps, sa fille est infectée.

Au croisé des chemins
D’abord, ce qui frappe, c’est son mélange des genres. Le film commence presque comme une comédie policière un peu absurde, avec un protagoniste maladroit et des situations presque burlesques. Puis, progressivement, il bascule vers une horreur de plus en plus sombre, mêlant folklore coréen, possession démoniaque et paranoïa. Cette évolution est maîtrisée, mais elle peut aussi désorienter, certains spectateurs trouvent le ton trop instable.
L’un des points les plus réussis, c’est l’atmosphère. Na Hong-jin installe une tension lente, presque poisseuse. La campagne coréenne devient un espace inquiétant, où le mal semble diffus et insaisissable. Contrairement à beaucoup de films d’horreur, le film ne donne pas de réponses claires : il joue sur l’ambiguïté, notamment autour du personnage de l’étranger japonais. Cette incertitude constante alimente une vraie angoisse intellectuelle.
Le thème central tourne autour de la foi, du doute et de la manipulation. Le film met en conflit différentes croyances (chamanisme, christianisme, superstition), sans jamais trancher. Cette complexité est fascinante, mais peut aussi frustrer. La narration devient volontairement opaque, et la fin laisse beaucoup d’interprétations ouvertes. Certains y verront une richesse symbolique, d’autres un excès de confusion.
Le beau repoussant
Côté mise en scène, c’est très solide. La photographie est superbe, avec un usage marquant de la pluie, de la nuit et des espaces naturels. Les scènes de rituel chamanique sont particulièrement intenses, presque hypnotiques, et comptent parmi les moments les plus mémorables du film.
Un film clivant
En revanche, le film souffre parfois de sa longueur (plus de 2h30). Certaines séquences auraient pu être resserrées sans nuire à l’ensemble. De plus, le personnage principal, bien que réaliste, peut agacer par sa passivité et ses décisions irrationnelles, même si cela sert le propos sur la peur et la confusion humaine.

C’est un film qui récompense la réflexion et les revisites, mais qui demande un certain engagement. Si tu cherches une horreur claire et directe, il peut frustrer ; si tu aimes les récits ambigus et symboliques, il est remarquable.
Un personnage inconscient ?
Dans The Strangers, le personnage principal (le policier Jong-goo) prend plusieurs décisions discutables, mais l’exemple le plus frappant arrive vers la fin.
À un moment crucial, il est mis face à deux avertissements contradictoires : d’un côté, la jeune femme mystérieuse lui demande de ne pas rentrer chez lui avant le chant du coq, sous peine de condamner sa famille ; de l’autre, la peur pour sa fille le pousse à agir immédiatement. Malgré l’avertissement très clair (et le fait qu’il a déjà été témoin d’événements surnaturels), il choisit de céder à la panique et rentre précipitamment. Ce choix est irrationnel à plusieurs niveaux.
Il ignore une règle explicite dans un contexte où les règles “irrationnelles” semblent pourtant fonctionner. Il agit sous l’émotion pure, sans recul, alors qu’il a déjà vu que la situation dépasse la logique ordinaire. Il ne vérifie pas la fiabilité des différentes sources d’information, ce qui est pourtant crucial dans un récit basé sur la manipulation.
Mais c’est justement ce qui rend le personnage crédible. Na Hong-jin montre quelqu’un qui ne comprend pas ce qui lui arrive et qui réagit comme beaucoup le feraient : avec peur, confusion, et instinct de protection immédiat.
Et surtout, cette décision a un poids tragique énorme. Elle illustre parfaitement le thème central du film : le doute peut être fatal, quand on ne sait plus à qui faire confiance.
Fortuné Beya Kabala