Deux mots sur Spielberg / Les Dents de la Mer

Les films de Steven Spielberg, est-ce possible de les critiquer, en deux mots ? Oui. Le réalisateur embrouille peu. Ses récits sont fascinants et accessibles. Après les focus sur Bo Burnham, Tim Burton et Spider-Man, place au Roi du Divertissement !

Montrer. Ne pas raconter. Deux règles absolument primordiales pour filmer l’horreur. Steven Spielberg n’a même pas 30 ans et réussit l’exploit de respecter cette philosophie à la lettre ! Les Dents de la Mer sort en 1975. Le cinéaste nous habitue alors à vivre le quotidien de citoyens, situés près d’une plage. Juste avant l’été, les habitants de la station balnéaire d’Amity sont en émoi. Ils découvrent, sur le littoral, le corps atrocement mutilé d’une vacancière. Martin Brody, le chef de la police, est persuadé que la jeune fille a été victime d’un requin. Soudain, il décide d’interdire l’accès des plages mais se heurte à l’hostilité du maire, uniquement intéressé par l’afflux des touristes.

Au niveau technique, chaque plan est inspirant. Dès le début, nos yeux plongent vers une course ensablée, centrée sur deux personnages. Les jeunots sont sobrement éclairés par un Soleil d’un autre monde, entre jour et nuit. Quelle lumière mémorable ! De fait, la scène d’ouverture est excellente. Bill Butler, directeur de la photographie, lègue un travail honorable.
Sans oublier la suite de ces scènes ! Elles synthétisent le film. Le silence, puis, la peur. Chrissie se baigne en pleine mer. On entend ses mains et pieds frapper contre l’eau. Tout à coup, quelques notes composées par John Williams tend nos muscles. L’angoisse est directement perçue par nos oreilles, mais aussi à l’image. Chrissie est face à l’inconnu, près de la créature, une menace carnivore… les cris saturés de la nageuse viennent clore l’expérience infernale. Cette séquence est inoubliable !

Sur le fond, le premier grand succès commercial de Stevie, m’attire beaucoup moins. Trois protagonistes se chargent de chasser la bête : Hooper, Brody et Quint. Ils sont imaginés comme étant une masculinité hollywoodienne ridiculisée, selon le journaliste Ian Nathan (Steven Spielberg. La Filmographie du Réalisateur Culte, 2024). D’où le caractère grotesque du second et dernier acte du film, où une aventure sanguinaire définit le destin des trois hommes. Le charisme en moins, la fascination en plus, le long métrage demeure un divertissement assez cynique.

Les Dents de la Mer est plus qu’un film sur un requin. Le requin, c’est la menace face à laquelle une ville ne se montre pas à la hauteur. C’est un film sur la fragilité humaine.

I. Nathan (S. Spielberg. La Filmographie du Réalisateur Culte)

brunoaleas

Publié le 13 avril 2026