Le Redoutable

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Fort d’une solide réputation méritée en tant qu’auteur de comédie suite à La Classe Américaine et les deux opus de OSS 117, et de la multitude d’oscars remportés par The Artist, Michel Hazanavicius revient là où on ne l’attend pas spécialement. Et pour cause, avec Le Redoutable, adapté du roman d’Anne Wiazemsky, Un an après, Hazanavicius s’attaque au mythe Jean-Luc Godard sous le prisme de son histoire d’amour avec ladite Anne Wiazemsky, actrice ayant joué pour lui dans La Chinoise (1967) jusque 1969. Là où d’autres auraient adapté le roman de la petite fille de François Mauriac comme un biopic tout ce qu’il y a de plus classique, Hazanavicius se le réapproprie en livrant une comédie ayant pour personnage principal Jean-Luc Godard.

Le sujet est aussi passionnant que Jean-Luc Godard lui-même car c’est précisément à cette époque, porté par les événements parisiens de mai 68 et son engagement maoïste, que Godard se radicalise et avec lui, son cinéma. Finis les films tels que A Bout de Souffle, Pierrot Le Fou ou Le Mépris, c’est à partir de là que le Franco-Suisse réalisera, un temps avec le groupe Dziga Vertov, fondé avec Jean-Pierr Gorin, puis de nouveau en son nom propre, des films totalement inclassables; de Vent d’est (1969) à Adieu au Langage (2014), son dernier film en date.
A ce niveau-là, le sujet est plutôt bien traité, on croit à cette lente désagrégation du couple Godard/Wiazemsky suite à la radicalisation croissante de l’un et de l’émancipation grandissante de l’autre. Le tout est servi par des répliques, la plupart du temps, très bien senties dont certaines que l’on croirait sorties de la bouche de JLG lui-même et des acteurs dirigés de main de maître.

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Notons l’excellente prestation de Louis Garrel tenant de bout en bout le personnage de Godard. N’oublions pas non plus Stacy Martin, au jeu minimaliste mais qui sied parfaitement au personnage de cette jeune actrice presque possédée par le réalisateur qu’elle admire et l’homme qu’elle aime.

Si le film traite avec justesse et panache le conflit opposant l’artiste, son art, et sa vie, les situations et aphorismes dits par le personnage de Jean-Luc Godard se répètent à un point tel que l’on vient à se demander si le film n’aurait pas gagné à être plus court d’un quart d’heure. Au bout d’un moment, la prestation de Louis Garrel et le talent certain d’Hazanavicius pour la mise en scène ne suffisent plus. Malgré tout, les références que fait Le Redoutable aux films de Jean-Luc Godard, qui sont sympathiques au début, deviennent indigestes et répétitives sur la durée tant on a l’impression qu’Hazanavicius nous tapote sans cesse sur l’épaule pour nous assurer qu’il connaît les films du maître: autant les aplats de couleurs, ruptures du quatrième mur, voix-off et autres joyeusetés sont agréables en début de film, autant sur sa deuxième moitié, tout se transforme en un exercice de style faisant croire qu’il n’a d’autre ambition que de sagement copier les films du franco-suisse.

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Alors que dans Oss 117, la multitude de références aux films d’espionnage des années 50, puis 60 étaient raccord avec le ton parodique délirant des deux films. Or, cela ne se prête absolument pas au commentaire plus sérieux que veut faire Hazanavicius de l’œuvre de Godard et de Godard lui-même, tout en rendant le film d’autant plus répétitif. Pourtant, tout le film baigne dans une ambiguïté et des paradoxes, tout ce qu’il y a plus de godardiens: bourgeois mais révolutionnaire, collectiviste à la personnalité voulant sortir du lot, le plan final d’une grande beauté et d’une grande justesse, véritable moment de bravoure, fait ressortir tous ces paradoxes du personnage de Godard, et c’est à ce moment même que l’hommage est le plus efficace.

Film sur Jean-Luc et Godard, montrant la mort de l’un, et la naissance de l’autre; Le Redoutable demeure une comédie éminemment sympathique et un hommage tendre mais critique (puisqu’on parle de paradoxes), à la figure désormais quasi-divine de Jean-Luc Godard. Le regard de Michel Hazanavicius fait d’autant plus plaisir après l’exemple de flagornerie niaise qu’était The Artist envers le cinéma muet hollywoodien.
Pour autant, Le Redoutable aurait gagné à être plus court, moins scolaire dans ses références et à avoir son ton propre. Au lieu de ça, Hazanavicius tente d’appliquer la formule OSS 117; force est de constater que le sujet ne s’y prête pas.
Mais vous savez quoi ? Peu importe finalement, car ainsi va la vie à bord du Redoutable.

Clément Manguette

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