




Photos ©Mouche





Photos ©Mouche
La Dure à Cuire est un concept né en 2018. Commentons l’actu rock de la plus douce, à la plus brutale. Puis, écoutons sa playlist !
Edges
Guillaume Vierset ne s’arrête jamais ! L’adrénaline aux mains. La créativité au maximum. Début mai, il partage un mini album : Error 404 : Bug Not Found. Il joue à nouveau, au sein de Edges. Ce projet mêle rock et jazz. Deux univers excitants ! Pour s’en rappeler, écoutons « Punk You ».
Nico Arezzo
Cette année, j’assistais au plus grand concert gratuit d’Europe. Je fêtais le premier mai, à Rome. La plus belle découverte fut, sans nul doute, Nico Arezzo. Il faut danser, chanter et répéter ces actions, en écoutant ses chansons. Pourquoi ? Pour sentir les vibrations siciliennes !
The Bernadette Maries
Belgique. Shoegaze. Rêver. Tout est permis, si on s’ouvre aux Bernadette Maries. Les Bruxellois font partie de Géographie. Ce label régale, en signant des artistes comme Good Morning TV.
Snail Mail
I guess we were doomed from the beginning. Outside the world kept spinning.
Miles beyond what we could see. Something keeps on dragging me.
brunoaleas
Le jeune Gon le sait, son père est toujours en vie. Son daron agit comme Hunter. Il s’agit d’un titre honorifique. Il désigne des chasseurs explorant l’inconnu. Gon décide alors de suivre les pas de Ging Freecss. Relire le manga de Yoshihiro Togashi, voici notre ambition !

En quête de reconnaissance
Ouvrir le premier tome de Hunter × Hunter me remplit de joie. Déjà aux premières pages, apparait une introduction de personnage parfaite pour des yeux d’enfants. On entre dans le feu de l’action ! Précisons. Pas d’explosions dignes d’un récit imaginé par Urasawa. Pas de boyaux étripés, rien à voir avec Berserk.
Nous observons Gon. Il pêche un poisson à la taille hors norme. Le jeunot souhaite prouver à Mito qu’il est désormais prêt à passer l’examen pour devenir Hunter. Après avoir chopé la créature, Gon est heureux de réaliser son rêve.
Analysons ces deux protagonistes. Mito ne veut pas voir son neveu partir. Le petit garçon, lui, désire vivre des aventures, en recherchant son père. Au sein de cette relation, règne un mensonge : Mito certifie la mort de Ging à l’enfant, depuis toujours. Dès le premier chapitre, Gon devine que sa tante lui ment. Pourtant, il n’éprouve aucune rancœur. Il existe un lien très fort. Mito élève son neveu comme son propre fils.
En quelques mots, en peu de cases, notre héros se définit à travers deux valeurs : respect et gratitude. C’est pourquoi, Gon demeure l’un de mes personnages favoris, toute œuvre confondue. D’ailleurs, plus tard, Gon refusera de connaitre l’identité de sa mère. Actant, une bonne fois pour toutes, son besoin de reconnaissance et non de connaissance.
Si vous considérez les mangas comme un art mineur, mangez vos morts ! Togashi livre une leçon d’écriture. Ses personnages sont humanisés au plus haut point.

Le jardin de Togashi
Si la grande majorité des mangakas sont des architectes, Yoshihiro Togashi est sans aucun doute le plus illustre et talentueux des jardiniers.
Quelle impression nette ai-je eue, en lisant et regardant l’œuvre ? Togashi n’invente pas des histoires. Non. Il conçoit un univers et des personnages. Tout le reste n’est que le résultat logique découlant des actions de ses personnages. Cela se ressent dans le fait qu’il n’y a pas vraiment de structure précise, ni d’arcs narratifs, au sens classique du terme.
On est tellement habitués à voir des shōnens, où l’on se contente de suivre le héros affrontant des antagonistes de plus en plus forts. Ici, on ne retrouve pas cette structure en crescendo omniprésente, ailleurs. De nombreux conflits se terminent en impasse, ou ne se terminent tout simplement pas, parce que les motivations des personnages et la logique de leurs actions passent avant la structure du récit. Certains arcs n’ont donc tout simplement aucun point culminant.
Et puis, brusquement, le temps de l’enfance est révolu.
Hunter × Hunter ne fait aucune concession aux schémas narratifs habituels. Gon passe toute son histoire à se développer, à découvrir le monde et à se dépasser. Mais il est bien possible que son histoire ait déjà pris fin, sans même que l’on s’en rende compte. Sa quête s’achève dans le chaos et la violence. La violence du monde aura eu raison de sa moralité naissante. Gon a terminé sa quête et, bien que son univers se soit étendu à l’infini, il a tant perdu que le retour à la situation initiale est empreint d’amertume. Et, juste comme ça, nous changeons de perspective.
Le protagoniste devient alors Kurapika. Mais, en réalité, il porte juste ce titre parce que c’est le personnage que nous connaissons le mieux, dans ce bouillonnement d’actions et d’intrigues qui se met en place, dans l’univers de Togashi.
Gon n’est plus là. Le héros de nekketsu est parti, et le nekketsu avec lui. Ce qu’il nous reste, c’est un univers gigantesque, peuplé de personnages fantastiques et doté du meilleur système de pouvoir jamais imaginé par un auteur. Tant qu’il y aura Togashi, un univers et le Nen, Hunter × Hunter restera l’un des meilleurs mangas, qu’il soit pavé de texte ou non.
brunoaleas & Pierre Reynders
Illustrations ©Yoshihiro Togashi
Et si on commençait par la fin ? Un guerrier, un prêtre, un nain et une elfe, appelée Frieren, ont vaincu le roi-démon. Ensuite, ils reprennent une vie normale. Frieren est un manga posant une question frontalement : « Que faire de nos souvenirs ? ».
Plus largement, la série se focalise sur le fait d’affronter ses regrets. Car la protagoniste, dont la durée de vie est XXL, réfléchit à la notion du temps. Elle s’interroge à la mort de ses camarades. Ses flashbacks définissent sa personnalité, toujours en devenir.

Face à cette proposition artistique, le public semble divisé. Entre les amateurs d’actions surprenantes et les adorateurs du saint repos, je me range dans le second clan.
Frieren se fraye bel et bien un chemin atypique. Cette bédé est accessible à tout un chacun, certes. Or, voici une histoire parfaite pour les plus patients. Sa lecture impose un rythme lent. Les habitudes du quotidien sont illustrées pour nous rappeler la beauté d’une tranche de vie. Nos personnages se débrouillent pour chasser, manger, on les découvre papoter, s’entraîner… le temps s’écoule selon les désirs d’individus nullement obligés de faire route ensemble.
Qu’en est-il de la plus forte caractéristique du manga ? Il s’agit d’une perle philosophique. Oui, on le sait, la vie réserve des surprises foireuses… s’en sortir, c’est s’entourer d’une famille empathique et sincère. L’elfe construit un avenir sereinement, sans oublier d’où elle vient.

Puis, pour ces créatures, 10 ans ne sont qu’un battement de cil. Notre héroïne se présente alors telle une figure admirable. Elle n’abandonne pas sa nouvelle quête, aux côtés d’autres compagnons. Elle ne se laisse pas à aller à l’ivresse, la démesure ou l’égoïsme. Au contraire, elle trace un nouveau chapitre de son existence. En d’autres mots, elle profite de chaque instant pour mieux se connaître à travers autrui. Cette démarche fait de Frieren, un manga plutôt unique en son genre.
Vivre de telle sorte que tu souhaites revivre, voilà ta tâche.
Extrait des Fragments posthumes écrits par Friedrich Nietzsche
brunoaleas
Si en Europe, beaucoup de gens sont passés à côté du phénomène indie du moment, l’Amérique, elle, a la vision. Sarah Kinsley, révélée notamment grâce à son titre « The King » sur TikTok, est absolument l’artiste sur laquelle se brancher en 2026.
Elle fait partie de la génération d’artistes émergents, créatifs mais surtout polyvalents. Formée dès l’enfance à la musique classique, puis passée par des études en ingénierie du son, elle développe un univers mélodramatique qu’elle maîtrise avec une précision remarquable.
Après plusieurs EP aux ambiances introspectives et mélancoliques, elle dévoile en 2024 son premier album, Escaper. Honnêtement, ça claque. C’est un album qui sait varier dans l’intensité des morceaux qu’il propose, sans pour autant qu’il y ait d’incohérences. Il reste énergique, malgré des thèmes comme la quête de soi ou le désir d’évasion qui peuvent vite devenir lassants et finir en bruit de fond.
Escaper, c’est un album que j’aime qualifier de graphique, parce que les prods sont minutieusement travaillées et permettent de le vivre de manière immersive.
Certains sons me font par exemple penser à des décors de dark fantasy, tout en restant pétillants et modernes, créant un super contraste. Une forme de nostalgie dans laquelle on se projette s’impose et c’est là que la magie de Kinsley opère.
Plus récemment, l’artiste a dévoilé Fleeting, un EP à la fois plus moderne et plus épuré, qui se démarque par un style électro-pop qui pulse entre des percussions tonitruantes, des nappes de synthés texturées et la voix aérienne de l’artiste.
S’il ne fallait retenir que quelques titres de sa discographie, peu importe l’humeur ressentie, on pourrait citer « Fleeting », « The Escape », « Reverie », « Lovegod », « I’m not a mountain » ou encore « Cypress », dont le clip, aux couleurs saisissantes, mérite largement le détour.
Smash
Photo ©Dillon Matthew
La Dure à Cuire est un concept né en 2018. Commentons l’actu rock de la plus douce, à la plus brutale. Puis, écoutons sa playlist !
Lorenzo Di Maio
Lorenzo Di Maio est le meilleur guitariste du Plat Pays ? L’un des meilleurs. Pourquoi ? Via Ruby II, il joue une patte reconnaissable, tant ses arpèges font voyager !
Salmo
Forse l’amore non esiste. Non è una favola di Disney. È un’odissea e non sono Ulisse, nah.
È inutile capirsi, è colpa dell’eclissi, baby.
Violet Grohl
Après quelques paragraphes dédiés à Violet Grohl, « Cool Buzz » mérite amplement sa place dans la Dure à Cuire. Hâte d’écouter son premier album, fin mai !
Perseide
Depuis 2010, Perseide mélange rock, metal et punk. Les Français balancent la sauce sur « Shadows ». Les fioritures electro ne sont jamais de trop et le refrain demeure accrocheur.
brunoaleas
La musique de Violet Grohl me rappelle ô combien faire du neuf avec l’ancien est accrocheur. Rock, vif et mélodieux, voici des qualificatifs parfaits pour désigner ses productions. Be Sweet to Me, tel est le nom de son premier album dont la sortie est prévue fin mai. Parmi ses inspirations, l’artiste cite Pixies, Soundgarden, Cocteau Twins et The Breeders.
Puis, insistons un instant sur son travail. Elle n’a pas composé une soupe déjà vue et revue – à la différence d’un groupe comme Oasis, englué dans son genre musical, de facto, peu intéressant –. Non. Elle semble bel et bien suivre la marque des grands ! En d’autres mots, c’est comme si elle continuait de tracer le chemin entamé par les musiciens grunge. Et ce, sans pour autant singer les vieux de la vieille. D’ailleurs, son daron, ex-batteur de Nirvana, avoue s’être inspiré du mixage de son album pour concevoir Your Favorite Toy, le nouvel opus des Foo Fighters !
Pourquoi s’arrêter à un seul parallèle ? Giulio Greco écrit la préface de La Fragranza della Terra (Giuliano Ladolfi Editore, 2025). Il décrit une expérience vitale.
Comme l’enseigne l’histoire, nulle génération n’est révolutionnaire au point de supprimer les éléments de la précédente. Pour construire le futur, les racines sont nécessaires. Elles se trouvent dans le passé.
Donc, personne n’a de futur, si on n’a pas de passé. Brava Violet !
brunoaleas
Photo ©Bella Newman
Vive le piratage, à bas ses effets. Les artistes devraient être payé.e.s un salaire fixe pour leur contribution essentielle à la société, et ne pas dépendre du sponsoring, des mécènes, ou de dons occasionnels. Tout film devrait pouvoir être piraté sans conséquences pour l’artiste ou lae consommateurice. L’artiste façonne les lunettes avec lesquelles nous comprenons le monde, jamais iel ne devrait être valet de l’économie, jamais l’art ne devrait être un produit comme l’est un sandwich au fromage (sauf si on considère celui-ci comme de l’art), l’art devrait être public et universel.
Vive le piratage ! Sans lui, des générations entières de cinéphiles des classes populaires n’auraient pu accéder à certains de leurs films préférés. Les films qui ne passent plus en salle, les films qu’on ne peut trouver qu’en DVD qu’avec la chance d’un chercheur d’or, les films qui viennent de l’autre bout du monde, n’auraient pu arriver jusqu’à nous sans les pirates, leurs baies, vaisseaux et canons.
Je refuse de ne consommer que la purée qu’on m’enfonce dans la gorge, le cinéma-pain de mie sans saveur et reproductible à l’infini, produit de suites interminables, remplis d’acteurices-masques et de machineries complexes. Ce cinéma de la plateforme en ligne, de la continuité, j’admire la sueur sur le front de ses créateurices, mais pas la création elle-même.
Laissez Star Wars tranquille. De grâce, lâchez les pis de cette pauvre vache, il n’en sort plus que du sang. Laissez-la gambader et mourir en paix.
J’aimerais donner mon argent à ce petit réalisateur belge, si je l’avais. J’aimerais être mécène de tout l’art du monde, mais mon portefeuille est vide et mes yeux sont fatigués. J’aimerais que le blockbuster américain, si riche de son héritage, se libère du capitalisme fascisant, gangréné aux IA dans lequel son pays natal pourrit.
J’aimerais qu’il continue de se réinventer, qu’il ose de nouvelles histoires. J’aimerais un cinéma stupide et vulgaire, mais respectueux et universel, qui ne capitaliserait ni sur la haine, ni sur la nostalgie, et qui toucherait sous la ceinture et sous le chapeau, que tout le monde peut faire, mais que personne n’oublie.
J’aimerais un cinéma où les producteurs seraient des entremetteurs, des organisateurs et un appui. Le producteur qui ne pense qu’à son sou, sa frite-mayonnaise et ses grosses couilles, je le hais. C’est le vecteur entre le capitalisme pourrissant et l’expression la plus pure d’une vision du monde. Ces deux choses ne peuvent coexister.
Lou
Bannière ©Mr. Robot
Musique de In Rainbows
L’univers de Theodora, révélée notamment par le titre « Kongolese sous BBL », s’impose comme une proposition artistique hybride, à la croisée des influences culturelles et des esthétiques contemporaines. À travers ce morceau emblématique, la chanteuse affirme un univers singulier, où se rencontrent identité, corporalité et affirmation de soi.
Avec « Kongolese sous BBL », Theodora ne se contente pas de livrer un titre musical : elle pose les bases d’un imaginaire fort, ancré dans une double culture et nourri de références diasporiques. L’univers qu’elle développe s’inscrit dans une dynamique à la fois intime et politique, où le corps devient un territoire d’expression. Le titre, provocateur et revendicatif, interroge les standards de beauté et célèbre des esthétiques longtemps marginalisées.

Cet univers se distingue par une énergie plus affirmée que dans certaines formes traditionnelles de chanson introspective. Ici, la retenue laisse place à une présence assumée. Les sonorités, souvent rythmées et influencées par des courants afro, urbains et pop, participent à construire un espace sonore vibrant, en phase avec les scènes actuelles. Theodora y affirme une identité artistique qui ne cherche pas à se lisser, mais au contraire à revendiquer ses contrastes. Visuellement, l’univers associé à « Kongolese sous BBL » prolonge cette démarche. L’esthétique est plus frontale, plus incarnée : les corps sont mis en avant, les images jouent avec les codes de la représentation et détournent certains clichés. Couleurs marquées, attitudes affirmées, symboliques culturelles. Tout concourt à créer un univers visuel puissant, en dialogue direct avec le propos du morceau.
Mais au-delà de l’affirmation, l’univers de Theodora conserve une dimension réflexive. Derrière l’énergie et la mise en scène, se dessine une volonté de questionner les regards, de déplacer les normes et de proposer de nouvelles représentations. Son travail s’inscrit ainsi dans une génération d’artistes qui utilise la musique comme un outil d’expression identitaire, autant qu’un vecteur esthétique.
En définitive, l’univers de Theodora, tel qu’il se déploie avec « Kongolese sous BBL », repose sur un équilibre entre puissance et intention. Un univers qui assume sa visibilité, joue avec les codes contemporains et s’inscrit dans une réflexion plus large sur le corps, la culture et la représentation.
Fortuné Beya Kabala
Deuxième photo ©Lea Esmaili
Le film The Strangers (titre original : The Wailing) de Na Hong-jin est souvent considéré comme un des sommets du cinéma d’horreur coréen contemporain, mais ce n’est pas un film facile à appréhender, et c’est justement ce qui fait sa force… et parfois sa limite. un thriller horrifique sud-coréen. Ce thriller nous plonge dans le village isolé de Goksung. Une série de meurtres sauvages et une maladie mystérieuse éclatent à l’arrivée d’un vieil étranger japonais. Un policier local, Jong-Goo, enquête sur l’affaire surnaturelle. Pendant ce temps, sa fille est infectée.

Au croisé des chemins
D’abord, ce qui frappe, c’est son mélange des genres. Le film commence presque comme une comédie policière un peu absurde, avec un protagoniste maladroit et des situations presque burlesques. Puis, progressivement, il bascule vers une horreur de plus en plus sombre, mêlant folklore coréen, possession démoniaque et paranoïa. Cette évolution est maîtrisée, mais elle peut aussi désorienter, certains spectateurs trouvent le ton trop instable.
L’un des points les plus réussis, c’est l’atmosphère. Na Hong-jin installe une tension lente, presque poisseuse. La campagne coréenne devient un espace inquiétant, où le mal semble diffus et insaisissable. Contrairement à beaucoup de films d’horreur, le film ne donne pas de réponses claires : il joue sur l’ambiguïté, notamment autour du personnage de l’étranger japonais. Cette incertitude constante alimente une vraie angoisse intellectuelle.
Le thème central tourne autour de la foi, du doute et de la manipulation. Le film met en conflit différentes croyances (chamanisme, christianisme, superstition), sans jamais trancher. Cette complexité est fascinante, mais peut aussi frustrer. La narration devient volontairement opaque, et la fin laisse beaucoup d’interprétations ouvertes. Certains y verront une richesse symbolique, d’autres un excès de confusion.
Le beau repoussant
Côté mise en scène, c’est très solide. La photographie est superbe, avec un usage marquant de la pluie, de la nuit et des espaces naturels. Les scènes de rituel chamanique sont particulièrement intenses, presque hypnotiques, et comptent parmi les moments les plus mémorables du film.
Un film clivant
En revanche, le film souffre parfois de sa longueur (plus de 2h30). Certaines séquences auraient pu être resserrées sans nuire à l’ensemble. De plus, le personnage principal, bien que réaliste, peut agacer par sa passivité et ses décisions irrationnelles, même si cela sert le propos sur la peur et la confusion humaine.

C’est un film qui récompense la réflexion et les revisites, mais qui demande un certain engagement. Si tu cherches une horreur claire et directe, il peut frustrer ; si tu aimes les récits ambigus et symboliques, il est remarquable.
Un personnage inconscient ?
Dans The Strangers, le personnage principal (le policier Jong-goo) prend plusieurs décisions discutables, mais l’exemple le plus frappant arrive vers la fin.
À un moment crucial, il est mis face à deux avertissements contradictoires : d’un côté, la jeune femme mystérieuse lui demande de ne pas rentrer chez lui avant le chant du coq, sous peine de condamner sa famille ; de l’autre, la peur pour sa fille le pousse à agir immédiatement. Malgré l’avertissement très clair (et le fait qu’il a déjà été témoin d’événements surnaturels), il choisit de céder à la panique et rentre précipitamment. Ce choix est irrationnel à plusieurs niveaux.
Il ignore une règle explicite dans un contexte où les règles “irrationnelles” semblent pourtant fonctionner. Il agit sous l’émotion pure, sans recul, alors qu’il a déjà vu que la situation dépasse la logique ordinaire. Il ne vérifie pas la fiabilité des différentes sources d’information, ce qui est pourtant crucial dans un récit basé sur la manipulation.
Mais c’est justement ce qui rend le personnage crédible. Na Hong-jin montre quelqu’un qui ne comprend pas ce qui lui arrive et qui réagit comme beaucoup le feraient : avec peur, confusion, et instinct de protection immédiat.
Et surtout, cette décision a un poids tragique énorme. Elle illustre parfaitement le thème central du film : le doute peut être fatal, quand on ne sait plus à qui faire confiance.
Fortuné Beya Kabala
Il n’existe aucun manuel apprenant à être de bons parents. C’mon C’mon illustre cette évidence. Le nouveau film de Mike Mills se déroule aux 4 coins des Etats-Unis. Joaquin Phoenix interprète Johnny, un aimable journaliste. Ce personnage part enregistrer des voix juvéniles. Quel est l’objectif ? Questionner son public sur la vie, leur avenir et pays.
Quant à sa situation familiale, elle n’est pas idyllique. Sa sœur se sépare de son fils Jesse et lui laisse la garde. Elle doit régler ses problèmes, sans heurter la sensibilité de Jesse. De là naît une superbe complicité entre le neveu et son oncle.

C’mon C’mon dépeint le visage de la jeunesse américaine. Elle affiche plusieurs couleurs. Elle ne pose pas un regard uniforme sur la société. A l’heure où nos canaux d’informations deviennent trop nombreux, les adolescents de l’œuvre développent un esprit critique, sans perdre l’innocence et la beauté de leurs propos. Nous avons besoin de les entendre, à l’ère de l’infobésité !
L’infobésité constitue l’un des plus grands problèmes à résoudre par les organisations pour les 10 prochaines années. L’information affiche désormais son côté obscur. Le danger majeur de l’infobésité ? La non-qualité de l’information. L’information est fondamentale.
Caroline Sauvajol-Rialland
Notre liberté, notre capacité d’action, dépendent de sa véracité. Or, la logique de surinformation revient à la sous-information ou à la mal-information. La « junk food » a trouvé son pendant avec la « junk information ».
Jesse, lui, ne souhaite pas être interrogé par Johnny. Il tourne le micro vers son oncle. Il change la donne. A cet instant, les spectateurs saisissent la magie de leur relation. L’un comme l’autre sublime un quotidien parfois difficile à supporter. Leurs échanges rappellent un fait indubitable : la dure réalité peut traumatiser aussi bien un enfant qu’un adulte.
Bref, laissons la parole aux jeunes générations. Ils bâtiront le monde de demain. Qu’ils deviennent parents selon leurs expériences, et non celles d’autrui.
brunoaleas
Les films de Steven Spielberg, est-ce possible de les critiquer, en deux mots ? Oui. Le réalisateur embrouille peu. Ses récits sont fascinants et accessibles. Après les focus sur Bo Burnham, Tim Burton et Spider-Man, place au Roi du Divertissement !
Montrer. Ne pas raconter. Deux règles absolument primordiales pour filmer l’horreur. Steven Spielberg n’a même pas 30 ans et réussit l’exploit de respecter cette philosophie à la lettre ! Les Dents de la Mer sort en 1975. Le cinéaste nous habitue alors à vivre le quotidien de citoyens, situés près d’une plage. Juste avant l’été, les habitants de la station balnéaire d’Amity sont en émoi. Ils découvrent, sur le littoral, le corps atrocement mutilé d’une vacancière. Martin Brody, le chef de la police, est persuadé que la jeune fille a été victime d’un requin. Soudain, il décide d’interdire l’accès des plages mais se heurte à l’hostilité du maire, uniquement intéressé par l’afflux des touristes.
Au niveau technique, chaque plan est inspirant. Dès le début, nos yeux plongent vers une course ensablée, centrée sur deux personnages. Les jeunots sont sobrement éclairés par un Soleil d’un autre monde, entre jour et nuit. Quelle lumière mémorable ! De fait, la scène d’ouverture est excellente. Bill Butler, directeur de la photographie, lègue un travail honorable.
Sans oublier la suite de ces scènes ! Elles synthétisent le film. Le silence, puis, la peur. Chrissie se baigne en pleine mer. On entend ses mains et pieds frapper contre l’eau. Tout à coup, quelques notes composées par John Williams tend nos muscles. L’angoisse est directement perçue par nos oreilles, mais aussi à l’image. Chrissie est face à l’inconnu, près de la créature, une menace carnivore… les cris saturés de la nageuse viennent clore l’expérience infernale. Cette séquence est inoubliable !
Sur le fond, le premier grand succès commercial de Stevie, m’attire beaucoup moins. Trois protagonistes se chargent de chasser la bête : Hooper, Brody et Quint. Ils sont imaginés comme étant une masculinité hollywoodienne ridiculisée, selon le journaliste Ian Nathan (Steven Spielberg. La Filmographie du Réalisateur Culte, 2024). D’où le caractère grotesque du second et dernier acte du film, où une aventure sanguinaire définit le destin des trois hommes. Ces derniers ne sont pas charismatiques. Ils sont tout de même fascinants. Car le long métrage demeure un divertissement assez cynique.
Les Dents de la Mer est plus qu’un film sur un requin. Le requin, c’est la menace face à laquelle une ville ne se montre pas à la hauteur. C’est un film sur la fragilité humaine.
I. Nathan (S. Spielberg. La Filmographie du Réalisateur Culte)
brunoaleas