L’album Help(2) est sorti le 6 mars et il m’a posé une question immédiate : participer à ce projet, est-ce un engagement politique suffisant pour un artiste ? Ou simplement un beau geste humanitaire ? Help(2) est un album produit par War Child dans le but de récolter des fonds pour les familles touchées par des conflits militaires, sur le plan psychologique, éducatif et matériel.
L’album n’est qu’un fragment du travail réalisé par l’organisation ; leur site donne une idée de l’ampleur de leurs actions.
Sur l’album, on retrouve des artistes déjà connus pour leurs prises de position : Fontaines DC, Olivia Rodrigo, Big Thief, Damon Albarn, English Teacher, Pulp, Sampha, Young Fathers. Des noms dont on connaît la colonne vertébrale. Et puis, il y en a d’autres qui m’ont surprise : Arctic Monkeys, Depeche Mode, Wet Leg ; des artistes qui ont longtemps cultivé une certaine discrétion politique, et dont la présence ici dit peut-être quelque chose. Peut-être que le contexte actuel rend le silence de moins en moins tenable, même pour ceux qui l’avaient choisi.
Il y a toujours ce débat : un artiste a-t-il le choix de rester neutre ? Pour moi, la réponse est non. L’art n’est jamais neutre. Avec son art, sa communauté, son influence vient une responsabilité : celle de ne pas regarder ailleurs quand le monde brûle. Prendre position sur des valeurs fondamentales ne fait pas couler une carrière, au contraire, ça construit une relation de confiance durable avec son public.
Olivia Rodrigo en est l’exemple le plus parlant. Artiste pop devenue célèbre via Disney Channel. Depuis 2022, elle soutient activement les organisations qui défendent l’éducation sexuelle, la contraception et le droit à l’avortement. Elle s’est publiquement positionnée contre l’administration Trump. Elle a dénoncé la situation à Gaza. Dans un univers (la pop) où prendre position reste rare et risqué, elle le fait quand même. Et ça compte.
Parce que de mon côté, écouter de la musique n’est plus un acte anodin. Je veux savoir à qui je donne mon argent, mon écoute, mon attention. Pas par idéalisme naïf, mais parce que ces ressources ont une valeur réelle, et je refuse de les offrir à des artistes dont les valeurs sont contraires aux miennes, ou pire, à ceux qui profitent d’un système qu’ils ne remettent jamais en question. Ce n’est pas un boycott systématique, c’est un choix conscient. Celui de soutenir des artistes qui luttent, résistent et utilisent leurs plateformes pour quelque chose de plus grand qu’eux-mêmes.
Dans le contexte politique dans lequel on vit, c’est le minimum qu’on peut demander.
Erin Terlier