Musique

Bruxelles, capitale du rap belge

A l’occasion de la sortie de Juste Avant Kwami, le nouvel album de Moka Boka, faisons un tour d’horizon du rap bruxellois. Parce qu’il n’y a pas que Paname qui rayonne ! Parce qu’il n’y a pas que Roméo Elvis ou Damso dans le game ! Une scène rap non négligeable et toujours plus prometteuse vit en pleine capitale belge. 

Le 77 / Blu Samu

Après quelques concerts bien dynamités, Le 77 a sa communauté. Le trio a construit un univers depuis ses débuts. Le délire autour des lunettes les plus folles à trouver. Comme celui autour du bawler, un mec qui s’en branle de tout, au look douteux et à la drôle de dégaine.

Impossible de ne pas citer Blu Samu lorsqu’on parle de ces Bruxellois. Son énergie hip hop donne toujours un nouveau souffle aux flows de Peet ou de Félé Flingue. Les deux amis ont souvent laissé place à cette force explosant notamment dans ‘Bawlerangers’ (morceau mythique du groupe). Les paroles portugaises de la chanteuse donnent également un côté plus exotique au 77 (‘Salzil’), loin du rap francophone habituel.

Je vous conseille vivement le premier album de la bande, C’est le 77 (2017), afin de saisir l’humour et l’esprit de famille de leurs morceaux.

T’es qui pour dire que moi j’suis personne ?

Swing

L’Or du Commun a participé au succès de Roméo Elvis. Devinez quoi. Swing y provient et charbonne aussi de son côté. Il m’a déjà flanqué une belle claque avec son premier album solo, Marabout (2018).

En février prochain, il revient avec un nouvel EP, ALT F4. Ses deux premiers singles (‘N’ et ‘Gris’) témoignent d’une introspection assez intéressante. Une suite logique à ‘Homosapiens’ (SAPIENS, 2018), constat intelligent de l’être humain et de ses vrais intérêts. Désormais, Swing n’hésite plus à traiter de ses hantises personnelles ainsi que de ses questionnements existentiels.

‘Gris’ délivre d’ailleurs une pensée où Swing semble traduire toute la complexité de la vie; la manichéisme n’a pas lieu d’être. Est-ce que Nemir et Angèle, invités de marque du prochain disque, arriveront à se fondre dans les réflexions du rappeur ?

Pour le moment, les deux morceaux parus ont une certaine couleur sonore, comme si un fil rouge sera présent tout au long de l’écoute d’ALT F4. Un artiste à suivre de très près les amis.

Machines, machines, paramètres, suis-je l’exception à la règle ?

Moka Boka

Moka Boka, jeune nouveau de la scène, mérite notre attention. Son nouvel opus s’écoute d’une traite tant chaque morceau s’enchaîne fort bien. Au rendez-vous : une atmosphère planante, des paroles proches des thèmes de l’amitié, de l’amour ou de ses objectifs personnels. Pour chacun, l’artiste nous révèle ses vérités et convictions.

Juste Avant Kwami confirme aussi que son flow colle à ses instrus travaillées. Le rappeur mène le bateau sans aucun featuring. C’est sans compter l’aspect ultra-moderne de son projet. Ses prods rappellent celles d’un Nekfeu, lors de sa période Cyborg (2016). Par instant, j’en viens même à penser à du Kanye West ! Ecoutez ‘Nord’ ou ‘Intro (Pour te voir)’ et faites ces liens. Puis, vous comprendrez à quel point cette relève du rap belge promet du lourd !

Est-ce que Dieu m’aime fort ?

brunoaleas

Publié le 26 janvier 2020

Landing Planes au Waterfall Racoon Studio

Lorsque tu traverses à pied et en pleine soirée la N673 (Trooz) juste pour la musique, alors, la passion brûle en toi. Si je pars à la campagne avec mon photographe de choc, c’est pour voir les prestations scéniques de Landing Planes (trio franco-belge/stoner rock).

Une fois arrivé sur les lieux, tout est confort (bière 1 euro, pains/saucisses gratos, bonne humeur au rendez-vous). La salle, petite soit-elle, me rappelle toujours à quel point j’aime l’ambiance d’un concert à petite échelle. 

La salle du Racoon Waterfall offre une atmosphère particulière: du fait d’être isolée dans la campagne et d’avoir une capacité de 50 personnes à peine. Une fois à l’intérieur, on se sent dans une petite bulle entre copains, même avec des inconnus. D’un point de vue pratique, un des avantages est l’accès à la scène pour monter et démonter le matériel, qui se fait à part de l’entrée du public. Chose peu commune pour les petites scènes. On peut aussi y enregistrer l’audio de son live en ramenant une carte SD à l’organisateur. Il a installé tout ce qu’il faut pour y arriver. De quoi promouvoir tout ce qui est post-concert. –David Annenkoff (batteur de Landing Planes)

Le trio débarque sur scène et le soundcheck envoie déjà du lourd! Dès les premières notes jouées, la claque est sévère. Une sonorité bien plus frontale, directe et agressive que celle du premier groupe avant eux. Tout sonne clair. On distingue chaque performance. Le slap du bassiste. Les cris mélodieux du chanteur. Le public, lui, gronde sa joie après chaque fin de chanson. Les morceaux s’enchaînent à merveille. Plus le concert avance et plus mon ami me fait remarquer que Landing Planes serait peut-être la relève de feu Mølk. Une nouvelle met du baume au cœur! Certes, nous n’avons pas connu Kyuss. Cependant, Liège regorge désormais de groupes (Hetouht, Elefar, Karma Nova) dont les concerts deviennent mémorables pour tout féru de rock!

TRIO LANDIN PLANES

Le stoner est-il pour autant un genre musical bien reçu en Belgique?

Le stoner vit bien en Belgique! Mieux en Flandre qu’en Wallonie. Mais globalement très bien. D’ailleurs, ce sont des Flamands qui nous ont offert notre première scène (No Name Collective). Le fait qu’il y ait NNC, un collectif dédié au stoner accueillant des groupes du monde entier en Belgique, montre que le genre y est bien reçu. La Belgique rayonne à l’international. Puis, on a des groupes qui fonctionnent bien. Ils sont nombreux et ont un public très fidèle. Atomic Vultures, Your Highness, MIAVA, My Diligence, Fire Down Below, Tangled Horns, Psychonaut,…
Si on regarde du côté des festivals, depuis 2014, on a le Desertfest, un des plus gros festivals de stoner au monde. L’Alcatraz se veut éclectique et a une scène dédiée au genre depuis l’an passé: une scène rien que pour le stoner, un signe de bonne santé!
Quant au public stoner, ce sont des experts qui ont une grande culture. Ils connaissent leurs classiques mais sont toujours ouverts aux nouveautés. Ça change des « true metalheads » qui ne jurent que par les groupes de plus de 30 ans. Dans le stoner, il y a cette recherche de la nouvelle pépite. Sans oublier qu’un esprit communautaire encourage à partager de nouveaux sons et à soutenir les groupes émergeant. Tout le monde s’entraide et s’apprécie.
-David Annenkoff

Ce n’est que le second live pour Landing Planes. Les membres fourmillent d’idées concernant d’autres dates. Il n’est pas trop tard pour découvrir ce groupe qui laisse un bon souvenir d’écoute. Du riff inoubliable et implacable de « Falling Apart » à « Define », dont la violente douceur a su clore le concert en beauté! Rien ne tient qu’à vous d’écouter cette musique d’une lourdeur apaisante (comme dirait David).

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Photos ©Alexis Docquier – 04/01/2020

Publié le 18 janvier 2020

Fléron tremble pour la release party d’Obsolete Humanity

Au bout d’un parking immense, après un dédale entre des bâtiments délabrés, j’atteins finalement les locaux de Primitive Music: une salle minuscule, mais chaleureuse, à la très bonne acoustique.

Ce soir, Obselete Humanity présente son EP éponyme et partage l’affiche avec Squidhead, Ashes Into Blood et Komah. Une affiche de qualité en accord avec le style que propose les nouveaux venus de la scène liégeoise. Je vois débarquer sur scène quatre jeunes gars vêtus de masques à gaz. Remake death metal de Rise Of The Northstar? La suite me prouvera que non. Continuer la lecture

Publié le 3 janvier 2020

Coldplay – Everyday Life

Coldplay revient avec un huitième album éminemment politique. Everyday Life se sépare en deux parties distinctes remplies de messages de paix : Sunrise et Sunset. Chris Martin et sa bande partent d’ailleurs en Jordanie, près de nombreuses terres de conflits, afin de présenter l’œuvre (un magnifique concert autour de ruines d’un autre temps).

La musique des Britanniques était morte à mes yeux après Viva la Vida or Death and All His Friends (2008). Suite à cet opus, nous n’avions plus droit qu’à une série de tubes pop sans charme. Plus aucune comparaison avec la délicatesse d’un Jeff Buckley. Nul plaisir à écouter des nappes de synthés n’ayant rien de novateur. Les fameux cris de Martin en devenaient même caricaturaux.
Autre péché mignon: ma préférence au Coldplay mélancolique à celui festif. Ces dernières années, ils participaient à un bonheur… artificiel et mal branlé. Bien sûr, mes arguments sont plus que subjectifs. Leurs deux premiers albums ont bercé mon enfance. Une période de ma vie où l’émotion se glissait à mes oreilles via des chansons aux tristes compositions.

Mais avons-nous là un nouveau Coldplay ?

Il fallait attendre 2019 pour que le quatuor revienne aux bonnes vieilles sources. Piano et guitare sèche sont mis à l’honneur. Tout comme l’univers oriental, ayant énormément apporté à la musique dans sa globalité (rien que la guitare inventée par les Egyptiens).

Si certains se lasseront des mélodies de Everyday Life, je les encourage à l’écouter plusieurs fois. Histoire de saisir ce qui nous dépasse (« Guns »), l’incompréhensible haine des femmes et hommes (« Trouble in Town »), ainsi que ces instants fédérateurs, où la musique devient l’arme du futur (« Arabesque »). Certes, les paroles de Chris Martin semblent parfois mielleuses ou simplistes. Cependant, en ces temps de troubles politiques, de telles chansons sont plus que nécessaires. La démarche est intelligente. Oublions les sons trop électroniques et désincarnés des Londoniens. Ils gagnent en humanité grâce à leur pacifisme. Une lyrique d’autant plus attachée à une utilisation efficace de purs instruments: guitare, piano, saxophone, violons.

Difficile de savoir laquelle des deux parties l’emporte sur l’autre. Ce qui importe : un projet tenant la route, chapeauté par de très bons musiciens.

Comment conclure un article que je ne pensais jamais écrire ? Plusieurs hommages s’insèrent à Everyday Life. Choisissons le poème de Saadi Shirazi (1210-1291), Les Enfants d’Adam, prononcé dans « Bani Adam ». Des mots qui marquent l’esprit ad vitam æternam.

Les êtres humains sont membres d’un tout

Dans la création d’une essence et d’une âme

Si un membre souffre de douleur

Les autres membres inquiets resteront

Si vous n’avez aucune sympathie pour la douleur humaine

Le nom de l’homme vous ne pouvez le retenir

brunoaleas – à Giovanna

Publié le 29 novembre 2019