Le stakhanoviste Marc Rebillet n’est pas le seul musicien à remplacer l’entièreté d’un groupe sur scène. Tash Sultana, Jarle Bernhoft et Mylets font partie d’une jeune génération de musiciens à composer via un système de mélodies passant en boucles. Continuer la lecture
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Les rappeurs, entrepreneurs 2.0
Les rappeurs multiplient les coups de communications divers et variés pour promouvoir leur musique. De la réalisation d’un film à la production de chocolat. Petit passage en revue de ce marketing des temps modernes.
Octobre 2017, une photo de Paul Rosenberg, le manager d’Eminem, circule sur Instagram. Il y présente le CD Trial by Fire de Yelawolf devant une affiche publicitaire dotée d’un « E » inversée et imaginée pour le médicament Revival. Puis vient une vidéo diffusée sur Youtube, où l’on voit des patients assurer la promotion d’un nouveau genre de médicament : « Revival », sorte de pilule magique destiné à éradiquer les « musiques atroces ».
L’ensemble est évidemment un fake, un détournement, une campagne choc conçue par le rappeur Eminem pour promouvoir son nouvel album et toucher le plus de gens possibles. La technique n’est pas novatrice. Elle a fait ses preuves depuis des années sur le sol américain. Mais on la retrouve désormais en France, et en Belgique, où les rappeurs multiplient les démarches inédites et parfois farfelues.
L’originalité à la française
Poids lourd du rap français, Nekfeu disparaît des radars entre 2016 et 2019. Il revient en force avec un album décliné sous divers formats, tout en restant très silencieux sur ses activités. Sort alors au même moment, Les Etoiles Vagabondes. Ce documentaire, réalisé par Syrine Boulanouar et Nekfeu lui-même, se centre sur la création de ce nouvel opus.
Diffusé lors d’une date unique dans 200 salles françaises et d’autres pays francophones, ce long métrage est visionné par près de 100 000 personnes en même temps, le 6 juin à 20h.
Les surprises ne s’arrêtent pas là ! Il était prévu qu’un album éponyme soit disponible le même soir. Mais un autre album vient s’y ajouter quelques jours après ! Intitulé Les Étoiles Vagabondes : Expansion, il regroupe 34 morceaux sur un double volume. S’ensuit le clip de « Sous les nuages », une façon de capter l’attention du public. Résultat : un disque de platine en moins de 2 semaines pour le premier disque et 39 667 exemplaires écoulés pour le second.
Face à ce phénomène, PNL, déjà applaudi pour son clip réalisé sur la Tour Eiffel (« Au DD »), riposte. Le duo dévoile quatre titres inédits disponibles en exclusivité sur Apple Music, pendant une semaine. Il cultive lui-aussi le mystère et suit à la lettre un code particulier très strict. Les frères refusent toute interview et s’adressent régulièrement à leurs fans à travers des vidéos live.
Vald surprend également, puisqu’il intègre une dimension participative à son travail. Deux exemples à la clé. Le clip de « Eurotrap » (2017) met en scène le rappeur dans une pièce tapissée de fond-vert. Il donne la possibilité à plusieurs internautes d’incruster ce qu’ils y veulent. Même raisonnement pour la pochette de XEU (2018), entièrement blanche, que n’importe qui peut illustrer à sa manière et la partager publiquement.
Quant à Lomepal, le 30 avril dernier, en partenariat avec Radio Nova, il accomplit un de ses rêves : présenter son propre programme audiovisuel en direct, Le Vérité Show. Il le prépare et l’anime de A à Z. La radio française lui laisse ses locaux, le temps d’organiser une soirée pleine de surprises et de réaliser un clip en direct. De quoi tourner un clip avec Orelsan, mener des interviews avec ses amis (Roman Frayssinet, Caballero, Roméo Elvis, etc.) et traiter de sujets peu présents dans le monde de la télévision (les feux tricolores à Paris).
Une fierté d’être belge
Au plat pays, les artistes contemporains ont aussi recours à ce genre d’astuce marketing. Citons Stromae qui n’a cessé de mêler auto-dérision et idées saugrenues.
En avril dernier Roméo Elvis, lui, s’allie à une entreprise belge de confiserie ! Lors de la sortie de Chocolat (2019), il s’associe à Galler afin de produire des « Crocs Roméo », de petites barres chocolatées aux couleurs de son album. Fanatique des crocodiles, le Bruxellois collabore également avec une marque de vêtement, Lacoste en l’occurrence. Une pratique courante chez nos amis Français, notamment pour Orelsan, égérie d’Avnier x Umbro.
brunoaleas – Illustration ©13or_du_hiphop
The Black Keys – Let’s Rock
Le duo de rock américain sort un neuvième album au titre digne d’un slogan pour pogoteurs: Let’s Rock. Tout ce qui entoure l’univers de ces musiciens de l’Ohio continue de fasciner… A l’opposé d’un projet qui s’essouffle.
L’écart d’inquiétude était de 5 ans. On doutait sur un possible retour des Black Keys. Jusqu’en septembre dernier, où les deux compères revenaient à l’attaque, sans réunion, de “pré-production” ou de chansons écrites à l’avance. Continuer la lecture
Nato in Calabria Part 2
Rumours Interview
Rumours est un groupe à l’univers spécial. Ils ont une apparence chamanique et humoristique. Découvrons-les en cinq questions !
Lorsque j’écoute votre musique, j’ai toujours l’impression d’assister à un véritable rituel. Comme si votre son reflétait l’atmosphère d’un sacrifice.
Concevez-vous votre musique comme cela ?
Quand nous écrivons notre musique, le son sera toujours une réflexion de notre humeur du moment. Nous n’écrivons pas des choses parce qu’elles sonnent biens, mais aussi parce qu’on le sent bien.
Nous sommes très sensibles à ce genre de choses. Le vrai sacrifice repose dans notre volonté de se submerger d’un sentiment particulier. Quelque chose qui nous fait du mal, ou quelque chose qui nous a fait du bien, puis essayer d’aller aussi profond que possible, et la capturer dans notre élan. Nous pensons que c’est la seule voie par laquelle les gens peuvent assimiler la musique. L’artiste doit vouloir aller jusqu’au bout pour que l’auditeur puisse être capable de ressentir ne serait-ce qu’un peu de ce qu’ils veulent dire.
On peut voir cette honnêteté comme un sacrifice, mais dans nos têtes, il n’y a pas d’autres façons de faire. Si c’est une charge ou une bénédiction, on ne le sait pas encore. Mais ça le vaut bien.
Quel est le sens caché de votre clip ‘I Dance’ ?
‘I Dance’ est là où tout a commencé. Hannah, a rendu ce groupe possible. Elle a toujours été intriguée par la manière dont l’endroit influence la musique qu’on fait.
‘I Dance’ a été fait dans un vieux monastère de Bruges, là où elle grandissait. Tous les sons de cette chanson ont été enregistrés dans cette pièce. Le clip essaye de capturer l’atmosphère qu’elle a ressenti pendant la réalisation de cette chanson : sombre, isolé, chamanique, mystique. Ce fut là le tout début de Rumours. Nous étions un peu obsédés par le mot chamanique. Pour nous, tout ce que nous faisions était chamanique. C’est un mot qu’à l’époque, nous ne comprenions pas tout à fait. C’était juste quelque chose qui apaisait nos esprits quand ils étaient coupés du monde qui nous entourait. Notre communauté est plus grande que ce que les gens pensent. Nous sommes entourés par de nombreuses personnes qui pensent comme nous et nous en sommes reconnaissants. Sans cette communauté, beaucoup d’entre nous ne pourraient survivre comme ils le font. Une fleur n’est jamais appréciée que parce qu’elle est belle. Personne ne sait que nous sommes les seuls à l’arroser.
Je pense que la série TV Dark s’apprêterait très bien de votre musique.
C’est justement le rêve d’Hannah de faire la musique d’une bonne série. Nous espérons que ça se passera dans le futur.
Stefanie est un membre du groupe BRUTUS. Elle fait les beats de Rumours. Procure-t-elle un peu de sa rage artistique dans les compositions de Rumours ?
Tout d’abord, elle ne fait pas que les beats de Rumours. Dans Rumours, chacun fait ce qu’ils ont envie de faire pour ce qui est d’écrire des chansons. Nous n’avons aucune barrière. Pour ce qui est du jeu, lorsque nous disséquons une démo pour la jouer en live. Nous ne prenons jamais en considération qui a écrit telle ligne. Nous savons juste qui va la jouer parce que nous connaissons bien nos instruments. La rage artistique est une mauvaise manière de décrire faire ce qu’on sent bien. On ne voit pas Stefanie comme une artiste malveillante, qui fait tout à partir d’une rage artistique. Elle écrit sa musique par amour, et uniquement par amour véritable. Sa musique peut sembler dure, mais si vous l’écoutez vraiment, c’est sa tendresse qui fait frissonner. Alors oui, elle nous procure sa tendresse artistique. Et pas qu’un peu.
Comment décrieriez-vous l’image et l’esthétique de votre groupe ?
Nous avons pris de nombreux chemins différents, ces trois dernières années. Nous jouons un style chamanique jusqu’au rétro, en passant par la techno, jusqu’à littéralement des choses qui ne se combinent pas du tout ensemble. Nous avons toujours été conscients de ce à quoi nous devrions ressembler, mais pas de ce à quoi nous ressemblions vraiment. Surtout à nos débuts. Nous expérimentions avec ce qui nous faisait plaisir, ce qui nous faisait rire et nous rapprochait. Maintenant, on se rend compte que ce n’est pas vraiment dans les extrêmes que nous trouverons cette beauté ou cette densité.
Depuis notre EP Infant, nous étions obsédés par tout ce qui était sombre et bizarre. C’était la forme que la rébellion avait pris dans notre vie, je suppose. Mais maintenant nous sommes libérés de tout ça. Nous sommes plus vieux et plus à l’aise. Là où tout se joue maintenant, c’est à l’écriture d’une true story, qui pourrait ou pas inspirer les gens, mais que nous aurons avant tout écrit en tant que famille. Ce à quoi nous essayons de ressembler n’a désormais plus d’importance. Nous nous rendons compte que, plus tu es honnête à propos de qui, et de ce que tu es, plus les gens sont touchés. Et nous, en tant que musiciens, avons aussi besoin de faire quelque chose de nos vies, non ? Nous ne trouvons pas de sens dans l’amélioration de soi. Et si c’était le cas, on ne tiendrait même pas deux jours.
DRAMA – Photo ©Vi.be
TH da Freak – Freakenstein
La créature de Frankenstein car il est un peu couillon
Telle était la réponse de TH da Freak lorsqu’on leur demandait quel monstre les symbolise. Via cette figure fictionnelle, on devine que la bande pratique le fantastique et la dérision à travers ses créations. La pochette de leur troisième album, Freakenstein, témoigne d’un amour déraisonné pour la bête de Mary Shelley. D’ailleurs, l’intro de l’album nous embarque vers une troublante ambiance proche d’un film de Tod Browning (Dracula, Freaks). Continuer la lecture
Nato in Calabria Part 1
Raketkanon à L’Entrepôt
Il y a une sacrée trotte de Liège à Arlon ! Pourtant, mon frère et moi partons vers L’Entrepôt afin d’assister à ce que décrit le nom d’un évènement : une déflagration sonore. En première partie, on retrouve Brutus (que l’on n’a pas vu). Raketkanon assure en tête d’affiche. Notre objectif se limite à se diriger vers l’attraction forte.
Trois chansons suffisent pour dépeindre le contexte dans lequel on a sué. Trois moments forts propres à Raketkanon.
Anna
Perfectionniste acharnée, Anna sort de l’ordinaire. Assez douce, elle sort souvent les griffes pour convaincre son audience. On la retient pour son tempérament atypique. Elle qui mélange son thé au whisky. Elle qui se marie à Las Vegas l’hiver prochain.
Débutant sur une fausse note du guitariste, tout est oublié juste après cette faute au vu du groupe délivrant une prestation hors-norme. « Anna » a très bien ouvert le bal. Il est étonnant d’ailleurs de commencer avec un tel morceau à la fois brutal et doux. Le chant déformé de Pieter-Paul Devos nous éclate directement à la face. Comme si sa voix devenait un nouvel instrument à part entière. L’auto-tune pétée de Booba ne fait pas le poids ! Le groupe se la joue radicale en désirant peut-être nous habituer à ce chant anormal dès les premiers instants du live.
Ernest
Tout le monde connaît Ernest. Depuis son enfance, il porte l’étiquette d’enfant terrible. Celui qui s’amuse à poser des punaises sur les chaises de chacun. Celui qui préfère démonter des serrures plutôt que de s’ennuyer.
Véritable bombe sur scène, « Ernest » représente un des morceaux les plus violents du groupe. Deux guitares au lieu d’une seule, des riffs bruts et efficaces, ainsi que des alarmes jouées au synthé, similaires à une sirène militaire prévenant d’une menace imminente.
Une installation en métal (logo de la bande, au fond de la scène) s’illumine aux couleurs du nouvel opus, RKTKN #3… L’épilepsie provoquée est minime tant les danses s’enchaînent au sein du public (yeux fermés ou têtes balancées à tout sens). Impossible de ne pas crier :
C’est Hiroshima !
Comme tant d’autres pistes du concert, la durée de « Ernest » est écourtée. L’effet n’a rien de décevant. Le concert est d’autant plus carabiné ! Etions-nous prêts pour une telle torgnole ? Clairement pas ! « Ernest » est parfait pour la scène. Une preuve que le groupe se renouvelle dans son genre, tout en gardant un esprit taillé à tout balayer en quelques minutes.
Faut-il résumer Lou à un cliché d’adolescente incomprise ? Parfois, elle se remémore ses périodes de scarifications. Sans oublier ses petits rituels satanistes, où les esprits lui soufflaient ses décisions d’avenir. Aujourd’hui, Lou travaille dans la finance. Bizarrement, elle est l’employée modèle respectée de tous…
Pour clôturer ce spectacle, « Lou » est un très bon choix. Comparable à « Anna » pour certains aspects de sa composition, « Lou » synthétise l’atmosphère du dernier album. Au ton schizophrène, les 9 morceaux de RKTKN #3 voguent entre agressivité et berceuses malsaines.
Les gobelets plastiques jetés en l’air, la bière pleuvant sur nous et les pogos terminés, la foule souhaite un autre morceau. Le temps pour Pieter-Paul Devos d’envoyer à la merde un gus qui ne cessait de répéter que le concert était dégueulasse. Le chanteur ne se gène pas pour un fameux
Fuck you all
3 mots qui résument la simplicité de Raketkanon. Lors de l’ultime morceau, un pogo repart de plus belle. Devant la scène, les lumières aux diverses teintes transpercent les yeux des fans.
Le Luxembourg a vibré ce soir-là. Deux souvenirs inoubliables : une ambiance folle et un spectacle intense. Quand sonne la fin, on est presque en manque… Et on prie pour que le quatuor passe prochainement à la Cité Ardente !
brunoaleas – Photos ©Pasquale Caruana et ©Ludovic André – L’Entrepôt
Metronomy 4Eva
Avant de nous balancer leur nouvel album, les Anglais de Metronomy nous ont concocté un peu plus de 3 heures de musique! Une playlist disponible sur Itunes, Spotify et Youtup’! Au nom de Metronomy 4Eva, on se ballade parmi ce qui a sûrement inspiré les sonorités de la bande. De R.E.M. à Sébastien Tellier, on a même droit à du blink-182. Il serait réducteur de résumer l’ambiance des Britanniques à de la simple électro… C’est bien plus que cela. Un mélange des tubes ultra-dansants parfois trop oubliés et un rock gras et soigné par des professionnels de la guitare.
DRAMA
Velvet Buzzsaw
CRITIQUE AVEC SPOILERS
Tout ce qu’il faut savoir du dernier film en date de Dan Gilroy. Ayant été séduit par son premier long-métrage, Night Call (2014), Velvet Buzzsaw a tout de suite attiré mon regard.
DRAMA
Générique Clément Trouveroy
Musique finale Five Knives – « Money »
The Brums Interview
Trompette et clavier se mélangent à un rythme dansant. The Brums, groupe liégeois, séduit grâce à des sonorités jazz et modernes. Programmé à La Zone, on ne pouvait nier leur concert, surtout pas après avoir joué dans le clip endiablé de « Kimberley ». Ces musiciens s’embarquent dans une première interview pour un site web !
Quels étaient les choix les plus importants à faire lors l’enregistrement de l’album ?
Clément Dechambre : On a fort changé notre manière de voir les choses. Juste pour cet album, notre son est particulier. On a lancé un nouveau mode de fonctionnement. Il fallait étoffer le coté électronique. C’était le premier choix.
Alain Deval : C’est l’élément déclencheur. On voulait y amener de l’acoustique. J’ai écrit trois morceaux et Clément un seul. On cherchait le rôle de chacun dans l’électronique. On souhaitait vraiment travailler sans sample et sans boucle, même si j’en utilise un peu. Tout est joué dans nos morceaux. Comme il y a deux claviéristes, c’était chouette de pouvoir jouer trompette et clavier en même temps. Tout aussi agréable que de trouver une manière réalisable de jouer cette musique en concert.
Vous y avez cru dès le départ ? Ou il y avait une petite crainte que ce mélange des sons ne percent pas ?
Alain : Non. Je fais ça depuis longtemps dans d’autres groupes. C’est un truc que j’ai beaucoup travaillé. En plus, j’étais au sein du groupe Quark avec Adrien donc j’imaginais déjà la partie sonore qu’il aurait eu avec son trombone. Puis, j’ai découvert Antoine, notre claviériste. Grâce à ça, on peut tous jouer ensemble en l’air à quatre, sans dépendre de sample ou de boucle.
Quels ont été les retours des premiers auditeurs ?
Alain : C’était un retour assez positif, ce qui était étonnant. Nos quatre titres étaient une démo faite en un jour. Au départ, on se dirigeait vers l’enregistrement de quatre morceaux de manière novice. On ne comptait rien sortir de ce EP.
Clément : Ça reste dans l’optique d’une démo présente gratuitement sur Internet. Ça circule et on a des retours assez positifs.
Des gens surpris ?
Alain : On était les premiers surpris.
Clément : Des labels nous ont contactés. C’était pas mal, parce que j’avais toujours l’impression que personne ne cherchait rien. Qu’on écoutait plus du tout des artistes aux nouvelles sonorités. Mais c’était faux.
Il reste pas mal de curieux.
Clément : Les gens ont vite parlé du projet après qu’on ait sorti la démo, sans qu’on ne fasse rien.
Alain : On n’a quasi pas envoyé de mail pour faire des concerts mais on nous envoie des mails pour nous en proposer.
Lorsque j’écoute vos morceaux, il y a ce mélange entre jazz et sons plus modernes. Est-ce que votre musique est tout public ?
Antoine Dawans : On en parlait tantôt, avec le clip qu’on va sortir. En fait, ça touche plus de gens qu’on ne le pensait. On croyait que le public était plus ciblé. Mais on a plusieurs retours de proches avec des profils assez différents. Ça doit être le côté dansant qui réunit cette foule. C’est expérimental mais c’est dansant.
Alain : Par rapport au jazz, l’idée que j’ai dans la compo, c’est de faire de la musique électronique. Comme on vient du jazz, le but était de ne pas abandonner cela. On désire plutôt un côté brut dans les thèmes, pas trop mélodique ou trop harmonique. On reste proche de la musique électronique.
Improvisez-vous sur scène ?
Alain : Oui. Si on fait n’importe quelle musique, si on est tous ensemble, il va toujours y en avoir. C’est notre manière de jouer. Même si on ne rentre pas dans les cases du jazz, improviser est un but. J’ai toujours eu l’impression de jouer comme un musicien de jazz.
Quand des musiciens improvisent, est-ce qu’il faut prendre en compte le fait qu’ils se connaissent depuis longtemps ?
Alain : Ça dépend des rencontres. Tu peux faire de l’impro avec des gens avec qui ça ne va pas coller et le résultat sera peut-être intéressant. Il y a plein de langages dans l’improvisation. Notre avantage est qu’on a énormément joué ensemble en dehors de ce projet. On se connaît beaucoup et ça nous aide.
Si un jour vous deviez ajouter du chant, il serait de quel type ?
Clément : On pensait ajouter des voix complètement tordues, faites nous-même, avec plein de disto.
Alain : Et peut-être sur le prochain disque, vu qu’on a en parallèle un spectacle avec une chanteuse dans des écoles, on pourrait faire un titre avec elle… On ne sait pas encore.
Clément : On a vraiment envie de garder l’aspect instrumental.
Antoine : Ce n’est pas rien d’ajouter du chant parce que tu changes vite d’univers. Si après on t’identifie avec une voix, tu ne peux plus faire marche arrière.
Alain : En tout cas ce ne serait pas central. Ce serait une voix instrumentale exploitant plusieurs effets.
Clément : C’est difficile de savoir quel mot mettre sur une musique. On n’est pas doué avec ça. On a du mal rien que pour inventer des titres.
Le morceau « Liège » est à l’image de la ville ?
Alain : Oui. J’avais envie d’écrire un morceau pour Liège. Au départ, il se nommait « Tox City » mais cela pouvait sembler péjoratif. J’ai étudié à Anvers, puis j’ai beaucoup joué à Bruxelles et pas tant que ça à Liège. Ces derniers temps, je reviens de plus en plus à Liège avec ce groupe puisqu’il se passe de plus en plus de choses. Je me suis rendu compte que j’aimais beaucoup ma ville.
Avant, comparé à Anvers, quand je venais à Liège, je m’ennuyais. Je trouvais qu’artistiquement, il y avait pas grand-chose à faire, c’était dur. Avant, Liège se tournait vers le punk. Là maintenant, c’est beaucoup plus large. Notamment avec une salle comme le Kultura, de nombreux collectifs ou le Micro Festival. Tout le monde était un peu dans son coin mais tout s’est bien rassemblé. Je pensais que Jaune Orange ne favorisait que la pop mais ils nous ont contacté.
Il y a beaucoup de petits évènements à droite à gauche. Par contre, est-ce que les gens ne sont pas assez curieux ou est-ce que la publicité des shows n’est pas assez efficace ?
Clément : Les gens sont quand même curieux. Si tu te rends dans un lieu comme L’An Vert (ndr : Liège, en Outremeuse), où on est souvent amené à y jouer, des musiciens en tout genre y passent souvent. On y retrouve ceux qui sont à fond dans la musique.
Alain : Il en va de même pour le Kultura, où il y aura de l’expérimental un jour et de la techno le lendemain. Il y a une certaine ouverture. C’est génial.
Projetez vous dans le futur. Comment imaginez-vous The Brums dans deux ou trois ans ?
Alain : Moi j’ai vraiment envie de garder le coté brass band et jazz mais faire quelque chose de plus groove encore. J’écris des morceaux plus trap au niveau des beats. Je veux vraiment garder ce caractère assez brut, en n’oubliant pas de la grosse basse.
Il y a de plus en plus d’artistes qui exploitent la trap. N’avez-vous pas peur de perdre votre originalité ?
Alain : Non. On gardera toujours un mélange de tout. Comme il y a de l’instrumentation et qu’on n’est pas juste dans l’électronique, on ne va pas se mettre à rapper en triolet.
(na na na na, tchq tchk: le flow du groupe qui parodie le rap en pleine interview)
Alain : Depuis le début, on prend un truc qui m’intéresse dans un style puis on l’adapte à notre jeu. On a plein de morceaux qui ne sont pas encore dansants. Je veux que tout soit dansant. Qu’il y ait une énergie tant via des morceaux plus calmes que plus pêchus.
Je me rappelle au Reflektor, durant le tournage de « Kimberley », il y avait une sacrée énergie. Je trouve vos sons déjà dansants… Tu souhaites pousser les curseurs à fond de balle !
Antoine : Par exemple « Liège » n’est pas dansant. Enfin, ça dépend de ta manière de danser…
Clément : Moi je danse sur tout !
Antoine : Oui mais tu es un danseur fou.
(rires)
Pourquoi le poulet ? Dans vos publications, on retrouve souvent cet animal.
Alain : C’est ma poule qu’on voit souvent. On joue comme des poulets. Je devais faire la pochette très vite. Ça marchait bien avec le thème.
Antoine : Au synthé, on retrouve les cris similaires à cet oiseau.
(tout le monde caquette pendant les réponses)
Alain : On a fini par assumer la poule.
DRAMA
Photo bannière ©Sauvage Sauvage – The Brums au Reflektor, Liège
Autres photos ©Katerina Myshkin – The Brums à La Zone, Liège
Alita: Battle Angel
J’ai beaucoup de sentiment à propos de Alita: Battle Angel.
Gunnm, manga dont ce film est tiré, est le tout premier Seinen (manga pour adulte) que j’ai lu. Il représente toute une transition pour moi. Les vieilles pages jaunies du manga trouvées dans un coin d’une bibliothèque m’ouvraient sur un monde froid et cruel. Sale et sans pitié. Et pourtant, tellement inspirant ! L’héroïne survit et évolue avec fougue dans cet espace dénué de morale. Puisque le futur n’est plus que sombre et miséreux, seul le plaisir immédiat à une valeur et seule la force a de l’autorité. Malgré cela, elle se bat… Elle se bat pour protéger ce qu’elle aime, pour protéger ce en quoi elle croit… Mais aussi pour donner un sens à sa vie, à sa survie. Continuer la lecture












