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Vivarium, ou l’angoisse surréaliste

Depuis l’aube du septième art, la « science de la peur » a toujours été un passionnant sujet d’étude.

Les films sont des instruments jouant avec les émotions. A l’écran, ils les combinent, les associent, pour créer des sensations complexes. Parmi ces « accords », la peur et l’angoisse restent parmi les plus difficiles à maîtriser. Troll 2, The happening… On ne compte plus les navets du genre. Car si l’échec d’une comédie ou d’un drame est aisé, celui d’un horreur est presque enfantin.

Le film traité ici ne fait pas partie de ces ratés.

Réalisé par l’irlandais Lorcan Finnegan, Vivarium est un film d’horreur sorti le mois dernier. Il raconte l’histoire d’un jeune couple, Tom et Gemma, cherchant une maison pour s’installer. Bravant la crise immobilière, ils vont finir par accepter la visite d’un agent, Martin, d’une étrangeté certaine. Sans s’en rendre compte, le couple va se retrouver enfermé dans une maison conforme en tout point à leurs attentes. Un piège surréaliste, où tout est parfait. Insupportablement parfait. Et ce pour le restant de leurs jours.

Quoi de mieux pour colorer nos rétines dans cette période de confinement interminable ? C’est une belle coïncidence, mais cette fois-ci, l’intérêt de ce film ne sera ni sociétal ni historique. La raison pour laquelle Vivarium est une réussite, c’est la manière dont il joue avec « les cordes » de la peur. De façon maîtrisée et orchestrale.

L’erreur est ce qui fait l’humain. Le défaut est organique. Mais la matière sans éraflure est divine, mécanique, épouvantable.

Dans l’univers du Vivarium, les nuages ressemblent à des nuages, les maisons à des maisons, l’herbe… A de l’herbe. Mais ils n’évoquent rien d’autre. Ce monde dégoûtant est sans saveur aucune.

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La perfection est source de peur, puisqu’elle est tout sauf naturelle. L’œuvre présente ce qui est trop parfait pour être confortable. Dès lors, une angoisse profonde s’installe. Les personnages vont tout tenter pour briser cette linéarité : creuser des trous, allumer des incendies… Et surtout, se réfugier dans les seuls endroits encore familiers : leur voiture, et leur propre personnalité.

Tout, dans le métrage, est en accord avec cette étrangeté surréaliste. L’enfant qui nous est présenté symbolise un véritable cauchemar. Ni monstrueux, ni dangereux, tout chez lui sort légèrement du naturel. Son interprétation est dans un surjeu léger, mais constant. Suffisant pour que le personnage « sorte » du film, mais trop discret pour rendre ses apparitions ridicules. Il se trouve en plein dans l’« Uncanny Valley » , cette zone d’inconfort entre ce qui nous est familier et ce qui nous est étranger. Le personnage est au beau milieu d’un équilibre anxiogène. L’effet prodigué est un lourd sentiment d’étrangeté. On sait que quelque chose cloche, mais mettre le doigt dessus est impossible.

Enfin, l’anxiété utilise un dernier axe, et pas des moindres, la répétition.

On dit que la folie naît de l’action perpétuelle, de l’acte répété encore et encore, sans but, sans finalité. Dans Vivarium, chaque maison est identique, les nuages réitèrent le même schéma, et il est impossible de s’échapper sans tourner en rond.

Le plan dans lequel Tom escalade le toit est des plus effrayants, car devant lui s’affiche la folie pure : des milliers de toits identiques, à perte de vue, jusqu’à l’horizon. Sans gâcher la fin du film, on notera sa structure cyclique. Tout se répète encore et encore, à l’infini. Il n’y a pas de début, pas de fin, pas de milieu. Les repères ne sont que relatifs. Le film, jusque dans son principe de base, se focalise sur l’essence de l’angoisse : la répétition.

Vivarium joue avec brio sur les cordes infernales de l’anxiété. C’est un film excellent dans son horreur et dans sa créativité surréaliste.

Dire que c’est un chef-d’œuvre en soi serait une exagération. Les briques qui le composent sont loin d’être coulées dans le génie. Mais l’œuvre a un intérêt certain dans son exploitation de la peur. Ce n’est pas la plus terrifiante, mais c’est peut-être l’une des plus créatives et intéressantes de ces dernières années.

Lou

Publié le 5 juin 2020

La dure à cuire #28

Atum Nophi – It’s Nothing Like What You’ve Been Told

La pression sociale nous force à rentrer dans une case. Même si, à cause de l’individualisme et d’une certaine façon, des réseaux sociaux, il est devenu difficile de s’en rendre compte.
Sur ce morceau, les paroles parlent d’elles-mêmes. Il encourage à assumer ses différences, quelles qu’elles soient, malgré les critiques et le regard des gens. On s’emmerderait terriblement si tout le monde était pareil. –
Adrien Schockert (chanteur/guitariste d’Atum Nophi)

Princess Thailand – And We Shine

Quand une playlist Luik Records est présente sur Spotify, impossible de nier une volonté de découvrir les groupes du label. Sorti en avril, And We Shine permet à Princess Thailand de librement surfer sur des sonorités brutes, ténébreuses et noise !

Animatronic – REC

Verdena n’est plus dans la course. C’était le meilleur groupe rock en Italie.
Heureusement, son ancien batteur joue dans Animatronic, un trio qui respire la cocaïne. En tant que fan du jeu de Luca Ferrari, je ne suis point déçu de REC !

Paradoxant

Antoine Meersseman (bassiste de BRNS) s’allie à Romain de Ropoporose et à Monolithe Noir sur scène, afin de nous pondre Paradoxant. On a qu’un titre pour le moment. Juste assez pour retrouver cette ambiance si unique, où danser et pleurer sont permis à l’écoute.

DRAMA – Illustration ©Amine Jaafari et Damaso Jaivenois

Publié le 26 mai 2020

Alice Martin Interview

Lors du confinement, j’écoutais tout style de musique. Les covers folk d’Alice Martin ne me laissaient pas indifférent. Elle participe alors à sa première interview ! Le temps de discuter de ses reprises, de son expérience musicale et de son futur EP.

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Aujourd’hui, que signifie « être une chanteuse folk » ?

C’est un subtil mélange de charme, de peps, et de sensibilité. Au rythme dynamique d’une guitare, l’émotion se laisse transparaître dans la fragilité de la voix et à travers des textes pas toujours heureux, qui nous sortent des tripes. La base d’une chanteuse folk se résume à son jeu de guitare, à sa voix et dans une quintessence pure accompagnée d’un texte percutant.

Comment choisis-tu les morceaux de tes reprises ?

Depuis longtemps je voue un intérêt particulier pour la culture musicale des USA. Je pense au blues, folk, à Bob Dylan, Johnny Cash, Bessie Smith, ou aux Canadiens, comme Neil Young. Mais aussi les monuments mythiques anglais : The Beatles, Queen ou David Bowie… Je m’inspire énormément des chanteuses de rock, ou même parfois pop, qui sont charismatiques et qui prônent l’indépendance et l’émancipation de la femme. Patti Smith, Debby Harry, PJ Harvey ou même Lady Gaga. Et je tente de transformer tout ça à ma sauce.

Parmi ces chansons, en admires-tu une plus qu’une autre ?

Je pense avoir un coup de cœur particulier pour ma dernière cover qui fut le premier challenge d’une longue série à venir. « Do for the others » de Stephen Stills. Il est selon moi l’un des plus grands guitaristes vivant de ce monde. Sa chanson paraît simple aux premiers abords, mais elle demande beaucoup de travail sur le jeu de guitare. De fait, cet exercice m’a donné encore plus l’envie d’accroître ma pratique. Enfin, c’est avant tout une dédicace à mon père, qui m’a fait découvrir ce grand musicien.

Tu as voyagé à l’est des USA, sur la route du blues. Une escapade bouleversante à tes yeux. Quelle est la plus grande leçon retenue de ce voyage ?

Ce voyage m’a fait prendre conscience de quoi j’étais capable quand j’étais livrée à moi-même. Via les différents états que j’ai traversé, il m’a été vraiment difficile de m’imposer en tant que jeune chanteuse belge parmi des artistes locaux bien imprégnés. J’ai surtout réalisé que la musique avait une importance bien plus colossale que je ne le pensais dans ma vie. A travers de belles rencontres, j’ai eu la chance de monter sur des scènes à Nashville, au Texas, à la Nouvelle-Orléans, ou encore à New York. Ces rencontres m’ont aussi fait prendre conscience qu’il ne suffisait pas d’avoir uniquement l’envie, mais que le vrai challenge, c’était d’avoir l’audace de foncer sans se poser mille questions. “Smoke them all !”

Dorénavant confinée, ton envie de composer est d’autant plus nourrie.

Plus que jamais. A la base, je suis serveuse dans un restaurant à plein temps et je pense avoir trop longtemps fui l’univers de la musique en me noyant dans mon travail. Le confinement m’a permis de me reconnecter avec mes créations et de me concentrer pleinement sur ma musique. Je ne vois quasiment personne. Je suis comme devenue autiste mais ça me fait du bien. Je le vois comme une chance de rattraper le temps perdu. J’apprends de nouvelles choses, tel que le piano ou à utilisé les DAW pour m’enregistrer, ainsi que renforcer ma technique à la guitare comme pour les échauffements vocaux. D’ailleurs, je plains un peu mes voisins.

Parlons de ton EP prévu pour septembre.
Qu’est-ce qui t’as motivé à te lancer dans sa création ?

A nouveaux, ce sont de belles rencontres. Une petite équipe s’est doucement créée autour de moi. Le réalisateur Julian Bordeau, qui est un ami avant tout, m’aide à travailler mon image et ma confiance en moi. Parfois, il me pousse dans mes retranchements mais ça m’encourage beaucoup.
Ainsi que le producteur Théophile Moussouni, qui dès la première écoute de mes démos m’a mise directement en confiance et s’est impliqué dans le projet en apportant sa patte plus trip hop.

A quoi doit-on s’attendre ? Comment le décrire ?

Le projet étant toujours au stade de l’émergence, sera pour le moment un mix d’influences folk et trip hop, qui je l’espère sera très prometteur. Je mise aussi sur la qualité des textes, qui sont en anglais, mais auxquels je consacre énormément de temps. Il y a déjà un squelette et le reste se peaufine jour après jour, ou nuit après nuit.
Les sujets sont variés mais se concentrent beaucoup sur des extirpations de douleurs passées, la dépression, ou encore des sujets plus féministes… et naturellement, on y trouve un peu d’amour.

DRAMA  Photos ©Alice Martin

Publié le 24 mai 2020

Hommage à Tony Allen

Le musicien nigérien Tony Allen s’est éteint ce 30 avril, à Paris. Meilleur batteur de tous les temps pour certains, il était aux origines de l’afrobeat avec Fela Kuti. Un style de musique qui nous fait danser et réfléchir. Nourri de funk, il a été un vecteur de contestation, voire de résistance à l’oppression du peuple. Une trans s’impose dès que les notes s’enchaînent, que les cuivres sonnent et qu’un rythme de batterie s’invente à nouveau… L’afrobeat !

Puis, que dire des nombreuses collaborations de Tony Allen ? Elles nous ont fait rêver. De Sebastien Tellier à Damon Albarn, l’éclectisme de l’artiste était admirable. Il faudrait plus de 7 morceaux pour lui rendre hommage. Mais voici 7 de ses perles démontrant son amour pour la musique.

brunoaleas – Illustration ©Mixmag France

Publié le 19 mai 2020

Pinocchio

Quel dommage de ne pas avoir vu Pinocchio au cinéma ! Je m’imaginais déjà aux Grignoux. Après avoir bu ma bière au café hipster. Avant de m’embarquer dans un monde fantaisiste.

Le livre de Carlo Collodi (1881) voit encore une adaptation sur grand écran ! Ma curiosité est plus forte que moi. Si elle n’est pas diffusée en salle, je ne me prive pas de la voir dans mon salon. Je suis de nouveau face à un Geppetto construisant une marionnette. Un pantin qui prend vie. Il se nomme Pinocchio et désire devenir un véritable petit garçon.

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Publié le 16 mai 2020

La dure à cuire #27

Twelve Foot Ninja

Je prie chaque nuit pour que Twelve Foot Ninja nous livre un troisième album. Cette cover démontre à quel point le groupe déchire encore parmi les bandes metal. Le kitchissime « Stuck with you » (1986) est très bien adapté aux sonorités imprévisibles des Australiens.
Avouons que leur son devient reconnaissable… Une signature mortelle !

Squid

Les Anglais et leur manie à se différencier des autres groupes rock. Squid n’échappe pas à la règle. Une voix loufoque voguant sur des percussions et une guitares dynamitées. Loin d’être aussi extrême que black midi, le quintet fait parler ses instruments via divers effets.
Une scène underground anglaise qui se nourrit toujours plus.

Tamar Aphek

Dans le désert, on danse sous une ambiance presque Mars Volta, proche de PJ Harvey. Tamar Aphek, artiste israélienne signée sous le label bruxellois EXAG’ RECORDS, compte nous balancer un premier album (titre et date de sortie encore inconnus). Le temps de patienter avant de voyager au Moyen-Orient.

Naked Passion

Il s’en passe des choses au Koko Studio ! Un endroit qui voit les nouvelles générations rock défiler : It It Anita, La Jungle, Lysistrata, et Naked Passion. Ces derniers colleraient à l’affiche d’un VALEERO ou d’un Coyote Melon. De quoi bouger le cul des Liégeois pendant encore longtemps !

FITZ ROY

FITZ ROY est de retour avec une fausse berceuse. Trompeuse car sauvageonne. Malfaisante car emplie de rage. Pas besoin d’en ajouter plus. Mettez le volume à fond !

DRAMA – Illustration ©Visualamnesia

Publié le 13 mai 2020

LA POIVRE ET SEL #2

La Poivre et Sel est un podcast, une analyse de l’actualité culturelle. Nous suivons 3 volets, c’est-à-dire, un focus sur les médias, l’art asiatique et la musique. Bonne écoute !

–Des sorties d’albums à ne pas rater (par.sek, Hanni El Khatib, Odezenne)
Skins par Noémi Valle
The K.

 


Générique The Hype – « Fuck U »

Tracklist
Hanni El Khatib – ‘Stressy’
Odezenne – ‘Hardcore’
Yusuf / Cat Stevens – ‘Wild World’
The K. – ‘Everything Hurts’

Publié le 10 mai 2020

Par.Sek Interview

Dès 2017, Simon devient la tête pensante de Par.Sek. Marion le rejoint ensuite à la basse, tout comme Corentin aux percussions. Désormais, le chant de Simon enrichit les compositions electros de la bande. Découvrons l’univers chaleureux de ces Français souhaitant embrasser la pop ! Le groupe nous offre également la diffusion du clip « GALERE » en avant-première. Quel honneur !

Vos premiers morceaux expérimentent diverses sonorités.
On dirait que vous vous lancez plusieurs défis au niveau de vos compositions.

Simon : Le premier album était plutôt un album de recherche. J’étais encore seul dans par.sek à ce moment-là. J’avais juste demandé à Marion d’enregistrer des lignes de basse. L’idée était de me laisser aller dans mes envies. Les compositions ont été très orientées par des « erreurs » dont je m’inspirais pour continuer à composer, car je ne connaissais pas encore très bien les outils que j’utilisais. Je m’attendais souvent à autre chose que le résultat sonore que je trouvais. Plutôt que de chercher absolument à retrouver mon idée initiale, je laissais ces hasards et ces choses inattendues guider la suite des compos. Le seul « défi » que je me suis imposé a été de créer quelque chose de différent de ce que j’entendais dans la musique que j’appréciais à cette époque. Je désirais de travailler sur la surprise, les changements brutaux de rythme, d’ambiance sonore, et ne pas me poser de limites en termes de composition.

Etes-vous toujours dans une perpétuelle recherche de nouvelles sonorités ou avez-vous trouvé votre style ?

Simon : Aujourd’hui, je pense qu’on a trouvé un style qui nous correspond, en effet. Cela dit, ça n’empêche pas d’être toujours en recherche de nouveauté en matière de rythme et de son. On garde toujours une porte ouverte à l’utilisation d’une autre gamme de son, à l’inspiration d’autres styles musicaux dans lesquels on va piocher ce qui nous plaît sur le moment pour l’insérer dans les nouvelles compos. Se garder une possibilité permet d’être toujours en évolution, ce qui nous paraît très important dans notre pratique de la musique. En plus, découvrir de nouveaux champs d’exploration permet de revenir sur les compos finies qui ne sont pas encore sorties, de les emmener plus loin à chaque fois qu’on a envie de revenir dessus. Mais bon, à un moment, il faut quand même savoir s’arrêter et fixer ce qui a été fait pour pouvoir avancer sur autre chose. Globalement, ce rythme de création est plutôt guidé par nos envies, et on a souvent envie d’avancer vers le futur, de créer du neuf, pour notre plaisir personnel, beaucoup, parce qu’on ressent que c’est vital de se renouveler.

Marion : Comme le style a pas mal évolué depuis le début en passant de l’instrumental à la chanson, j’ai l’impression que, même si on est plutôt fixé maintenant, on est assez libre de revenir sur le style plus instru et expé, si l’envie nous prend.
D’ailleurs, on n’a pas abandonné les anciens morceaux, car on continue à les jouer en live. Ce qui est assez chouette pour changer d’univers.

Pourquoi avoir décidé d’inclure le chant dans votre EP prévu pour septembre ?

Simon : L’idée initiale du groupe Par.Sek, c’est de créer un pont entre musique expérimentale et musique pop, de décider de ne pas faire de distinction. Avec Marion, on est allé en fac de musicologie. Là-bas, on nous apprend qu’il y a en gros, la musique savante d’un côté, et la pop de l’autre. Ce qui est un peu tristoune comme vision de la chose. Pour moi, ce sont des musiques qui s’appuient sur des ressorts différents, mais qui utilisent chacune un langage très complet, même si ce n’est pas toujours le même. Un des outils hyper importants de la pop, ce sont les paroles. Après le premier album, qui se situe dans un paradigme plus expé, on s’est dit que ce serait chouette d’aller voir ce qu’on pouvait trouver dans une musique plus pop. Et d’entamer ce geste avec l’ajout de paroles, sur des mélodies simples, comme on entend dans « GALERE ». Au fur et à mesure des EPs, d’albums, etc. On va essayer de trouver le point de rencontre, pile au milieu, entre ces deux « mondes » musicaux, qui sont quasiment des manières de voir l’art pour certains. Donc on oscille autour du point central, et on essaie de se rapprocher. Après, il faut admettre qu’on a pris goût à la chanson. Franchement, c’est super agréable à faire, et plus simple à partager en soirée.

Marion : Souvent, on se dit que c’est étrange parce qu’en dehors des gens qui viennent nous voir en live, personne n’est vraiment au courant de l’évolution pop de Par.Sek. Alors je trouve que faire un EP avec du chant, c’est aussi l’occasion de montrer cette nouvelle facette.

L’ajout de paroles à vos morceaux donnent moins d’espace et de liberté à vos instrus ?

Simon : Un peu, quand même. Le fait qu’il y ait moins d’espace pour l’instru se sent beaucoup dans « GALERE », où il y a vraiment peu de place pour la musique instrumentale d’une manière temporelle, et aussi peu de place pour la complexité musicale. Mettre des paroles, ça cadre toujours un peu, surtout qu’on voulait pouvoir les chanter, qu’elles soient rythmées,… Si c’est trop complexe, on en perd le sens à mon goût. Mais c’est une liberté et un espace qu’on compte retrouver dans nos prochaines compos. On la retrouve déjà un peu dans l’EP qu’on sort en septembre.

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A l’écoute de « GALERE », on réalise que l’humain peut aller jusqu’à construire des navettes spatiales mais est parfois incapable d’avouer ses sentiments.
Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire une chanson pareille ?

Simon : Il y a dans « GALERE » une volonté de raconter ça, en effet. Plus précisément, que ces choses que l’on construit, on les fait souvent aussi pour s’adresser aux autres, que ce soit nos proches ou le monde tout entier.
Il y a des gens qui choisissent de faire une carrière incroyable. D’autres qui veulent acheter des choses qui les feront briller, ou amasser énormément d’argent pour en faire profiter leurs proches. Puis, il y a les cadeaux qu’on s’offre, aussi. Tout ça, je le vois comme une multitude de manières de faire du bien aux gens qu’on aime. Ou bien, c’est une recherche de reconnaissance, mais je pense qu’on veut être reconnu parce qu’on aime l’autre, de base, et qu’on veut donc avoir de la valeur à ses yeux. En gros, les paroles, c’est « je parle à mes objets, mais ce que je vise n’est pas de leur parler à eux, mais aux autres ». Je ne sais pas si c’est de mauvais goût de faire une explication de texte comme ça !
Nous, on fait des objets musicaux, parce que ça nous permet de parler à des gens, de partager avec eux. On n’y arriverait peut-être pas juste en les croisant dans la rue, ou n’importe où, parce que c’est galère. Il y a plein de trucs qui rentrent en compte : le temps qu’on a, la timidité, les névroses, les galères en tout genre, qui font qu’être en société des fois, c’est compliqué.
Tout ça amène parfois à faire des choses qui ne sont pas si bonnes pour les autres en voulant leur parler. Par exemple, Elon Musk, pour parler à l’humanité et lui dire qu’il l’aime, il a décidé qu’il allait envoyer 32 000 satellites dans l’espace.
Je suppose qu’il voit ça comme un gros gros, gros, gros cadeau. Mais bon, au final, ça fait quand même un peu trop de satellites. Il y a plein de choses comme ça qui se font dans le monde.
Après, on ne peut pas se placer en juges et déterminer qui a raison ou qui a tort. Même si on a souvent notre avis sur la question, on doit très souvent se tromper. Alors, on n’a pas parlé d’Elon Musk, ni de personne d’autre dans la chanson. Juste de nous pour ne pas trop se mouiller.

Corentin : Et puis, d’un point de vue sociologique, j’ai l’impression que la pudeur physique et verbale caractérisent de plus en plus nos échanges... Même si les signaux sont parfois contradictoires entre la volonté de se dévoiler aux autres et la peur de se montrer tel qu’on est. Et si rompre cette pudeur commençait par en faire le constat publique ?

Depuis des années, on assiste à la démocratisation de l’électro. Il existe même de sérieuses études concernant la rave party ! Quant à Flume, il s’allie aussi bien à Beck qu’à JPEGMAFIA. Aujourd’hui, en tant que musicien, désirez-vous créer la surprise ?

Simon : C’était un des objectifs du dernier album. Mais je trouve qu’il est trop difficile. Il y a beaucoup trop d’infos qui nous arrivent de partout pour pouvoir surprendre qui que ce soit. Surtout en musique électronique, comme tu le dis, il y a tellement choses différentes et excellentes de partout…
Aujourd’hui, ce que je voudrais, plus que créer la surprise, c’est créer un sentiment de liberté. Ce qu’on peut ressentir, quand on se dit qu’on peut faire ce qu’on veut musicalement parlant, et plus globalement en créant de l’art. C’est vraiment de la liberté qui fait de mal à personne, et qui est assez infinie. Je pense que je voudrais transmettre ça aux gens qui écoutent ce qu’on fait.

Marion : Pour ma part, plus que la surprise, j’aime l’idée de pouvoir toucher les gens, et les faire oublier un peu leur galère du quotidien. Ou même pouvoir prendre du recul dessus. Je ne sais pas trop si on y arrive mais c’est en tout cas ce que je ressens dans ce que j’écoute, et ce que j’espère pouvoir transmettre aussi.

Corentin : Tous ces mélanges sont super. Je me demande ce qui va naître de ces croisements de plus en plus fous et rapides entre les genres. Par rapport à la surprise, en tant que musicien, on cherche aussi à atteindre une forme de sincérité. Dans la composition, ce qui est parfois impalpable, mais aussi dans le texte. Je crois que le Graal est de se surprendre soi-même, en réussissant à aborder des sujets qu’on redoute ou qui nous paraissent hors de portée des mots qu’on imagine. C’est un chemin de prise de conscience et d’assurance.

Pour ce qui est de la France, elle a toujours été une terre sacrée pour l’electro (Justice, Daft Punk, SebastiAn, Mr. Oizo, etc.). Actuellement, certains groupes mêlent de plus en plus la langue française à des sons très surprenants. Entre Odezenne, Bagarre et Flavien Berger, avec qui prendriez-vous un verre ?

Simon : J’irais bien prendre un verre avec Flavien Berger. J’ai eu une grosse phase Flavien Berger, où je l’écoutais en boucle. Je trouve qu’il est très touchant. Je suis assez fasciné par sa musique. En plus, je serais trop intimidé pour aller prendre un verre avec un groupe entier comme Bagarre ou Odezenne. Ca fait plusieurs personnalités à rencontrer d’un coup. Je suis plus à l’aise avec une seule personne.

Marion : Même si je pense aussi qu’un groupe est bien plus intimidant, je choisirais de boire un verre avec Odezenne. Leur musique me touche beaucoup, dans leur sonorité et leurs paroles. C’est peut-être un des groupes dans lequel je me suis le plus plongée récemment.

Corentin : En soit si tout le monde veut faire la teuf, je suis preneur.

Pour terminer, j’ai une question trop importante à poser.
Simon, serais-tu le fils caché de Damon Albarn (Blur, Gorillaz) ?

Simon : C’est une question extrêmement flatteuse ! (rire)
Je demanderai peut-être à mes parents, mais je ne crois pas. Enfin, ce serait un sacré choc, sous tout point de vue !
En vrai, Damon Albarn est quelqu’un de très inspirant, musicalement, et dans ce qu’il représente. Via sa musique, il transmet ce sentiment de liberté dont je parlais. C’est très beau.

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DRAMA – Bannière logo ©Clémentine Stfkn / Photo ©Intza Bagur

Publié le 2 mai 2020

Radiohead et la quête de vérité

Et si nos vies se résumaient à une recherche perpétuelle de la vérité ? Comprendre notre entourage, nos sociétés, nos choix et décisions. Difficile d’échapper à cette envie de découverte. Comment ne pas goûter à de nouveaux horizons ? Quel qu’il soit, l’humain évolue et apprend à chaque étape importante de son existence. De ses premiers pas à son dernier souffle. 

Le monde a soif de connaissance.

Tel est le slogan du webzine. Il n’a rien d’anodin.

Dans le monde culturel, Radiohead attire toujours ma curiosité. La bande se réinvente d’année en année. Elle est vite devenue une référence tant elle expérimentait le rock et l’electro. Suite à quelques écoutes, ma quête de vérité commençait après l’adolescence. Je m’amusais à décortiquer In Rainbows (2007). Le premier album vendu sur Internet, sans maison de disque intermédiaire et à prix libre. L’opus nous invite dans des noyades fuzz, nous sert des boucles électroniques et des échos quasiment fantomatiques. Une œuvre émotionnellement bluffante. Je croyais ensuite en une certaine conviction : Radiohead battait à plate couture les groupes que j’avais l’habitude d’écouter. Il est rare de ne pas être surpris en savourant leur discographie.

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Une évidence frappe alors à l’esprit. Leur jeu des codes musicaux et leurs compositions imprévisibles prouvent qu’un groupe peut survivre à travers le temps. Derrière eux se dresse une flopée de musiciens animés par des flammes créatrices. Radiohead souffle un vent d’espoir. Les nouvelles générations d’artistes ont l’opportunité de se dépasser en les contemplant.

Pourquoi se contenter d’admirer ?

Relevons de nouveaux défis. Radiohead inspire et inspirera la musique moderne.

Mes certitudes peuvent disparaître à tout moment. Au final, personne ne détient la Vérité. Thom Yorke ne prends d’ailleurs aucune responsabilité afin de la répandre. Il enrichit ses morceaux de ses névroses. Il ne détourne pas les yeux quant à notre condition d’esclave d’une culture d’écrans. Il perçoit la musique comme échappatoire. Le point le plus important à ses yeux. Le bilan le plus essentiel à mes yeux.

Je pense qu’aucun artiste ne peut prétendre avoir accès à la vérité ou à une version authentique d’un événement.
Mais évidemment, ils ont des moyens légèrement meilleurs à leur disposition puisqu’ils ont leurs arts pour amplifier tout ce sur quoi ils veulent écrire. Ils ont la musique. -Thom Yorke

brunoaleas

Publié le 29 avril 2020