Spider-Man : Brand New Day

Peter Parker vit une nouvelle réalité. Brand New Day est le nouveau film présentant Tom Holland comme protagoniste. No Way Home laissait les spectateurs plongés dans l’inconnu. Pour résoudre une situation hors norme, Doctor Strange effaçait les souvenirs de toutes les personnes ayant côtoyé Peter. Désormais, notre araignée s’adapte à de nouvelles habitudes, sans son meilleur pote, sans son amoureuse, sans sa tante.

Le long métrage de Destin Daniel Cretton est le meilleur effort de la quadrilogie. Sa mise en scène est remarquable (pensez à la poursuite entre Hulk et Spidey ou le combat contre La Main). Et son rythme ? Il est excellent. En d’autres, mots, les sauts dans le vide, les pirouettes du héros, les cascades n’ennuient jamais.

Néanmoins, l’œuvre n’est point réussie. Listons les points négatifs.

Peter Parker, qui es-tu ?

Derrière Spider-Man se cache un jeune homme. Peter Parker est une figure aux problèmes universels. Brand New Day ne compose pas d’univers dédié à l’homme derrière le masque. Qui sait si le perso incarné par Tom Holland étudie, bosse dur, est fonctionnaire, livreur de pizza ou nique le système ? Personne.

C’est dommage. Pourquoi ? L’occasion aurait été parfaite de renouer avec un perso plongé dans la photojournalisme. Dès lors, le protagoniste aurait pu échanger bon nombre d’interactions avec les New Yorkais. Car Superman, comme Spider-Man, sont proches du peuple. Julien est patron. Il gère Dragon Comics, une librairie liégeoise. Il nous détaille leurs similarités : « On les reconnait à leur personnalité toujours trop positive et gentille. Même si Spider-Man est légèrement plus terre à terre vu qu’il a des problèmes comme nous : payer son loyer, ne pas se faire virer, fréquenter ses amis et sa copine ».

La scène de l’hôpital, où parents et enfant encouragent Spidey, ne suffit pas pour comprendre le lien insécable entre lui et New York. Peter n’es ni ancré dans la réalité, ni dépourvu d’un vécu inintéressant. Le scénario n’offre pas d’épaisseur au personnage, voué à vaincre le crime tel un golem.

Aucune morale

« Les comic books sont des moralités interprétées par des personnages en collant coloré », catégorisait le dessinateur Joe Quesada. Comment lui donner tort ? Quand on est enfant ou ado, voir des œuvres aux morales fortes est pertinent. Elles permettent de s’accrocher aux valeurs, de se positionner au sein de la masse. Il ne s’agit pas de glorifier le manichéisme. Il s’agit d’applaudir quand un livre, un film ou un album est bien écrit.

Selon Julien, The Amazing Spider-Man scénarisé par Joseph Michael Straczynski est une série à lire. Peter y est adulte. Il se bat pour ses rêves ; il se bat pour tout le monde. Ce run partage la meilleure morale, d’après le libraire : combattre, même en subissant la peine et douleur, en n’oubliant pas le poids des responsabilités.

Destin Daniel Cretton, lui, attire mon œil ailleurs. Une phrase reste en mémoire. Elle est celle inscrite sur la tombe de tante May : « Quand tu aides quelqu’un, tu aides tout le monde ». Ces paroles sont merveilleuses.
En outre, ces termes symbolisent énormément la philosophie de Superman. Brand New Day aurait pu développer cet aspect, en long et en large… nan, le cinéaste préfère afficher un flashback pourri dans lequel May annonce à son neveu : « Tu es vraiment quelqu’un de spécial. […] Parfois, parce que tu es spécial, les gens peuvent te faire des choses sombres et monstrueuses ».

« Etre spécial » signifie tout et son contraire. Certes, il ne faut pas s’excuser d’exister. Puis, rien d’étonnant à être marginalisé, dès qu’on ne suit plus le troupeau de moutons.
Par contre, être spécial n’est pas toujours signe de bon augure. Des gens spéciaux représentent une menace. Pensons aux pervers narcissiques, obsédés sexuels, sectaires, sionistes… la liste est longue ! Consulter un psy, ou demander l’aide de ses proches, est un bien meilleur message pour la jeunesse. Toutes les opinions ne se valent pas, de fait, le racisme est un délit. Il en va de même pour les personnalités. Un militant n’est pas nécessairement sage. Une enseignante n’est pas nécessairement intelligente. Un policier n’est pas nécessairement héroïque.

L’enfant et son héros

Il existe plusieurs histoires originales concernant Spidey. Deux exemples assez extraordinaires : Superior Spider-Man (Doctor Octopus possède le corps de Peter) ou bien, Spider-Man Bleu (une lettre d’amour).

Citons une histoire courte, imaginée par Robert Stern : L’enfant qui collectionnait Spider-Man (1984). Découvrez ces pages du siècle dernier. Le Tisseur rend visite à Tim. Cet enfant suit de près les aventures de son héros masqué. En quelques cases, Stern définit les facultés surnaturelles et la sensibilité de son personnage, face à un gamin, à la fois admiratif et adorable.

Le final ne vous laissera pas de marbre. Certains défis sont impossibles à surmonter. Le lire est parfois salvateur.

Qu’en est-il de l’écriture de Brand New Day ? Peu sont les instants émouvants. Si l’enfant en moi fut emerveillé par les scènes bruyantes, il fut déçu par les séquences plus silencieuses.

brunoaleas – Illustrations ©John Romita Jr. & ©Ron Frenz

Publié le 4 septembre 2026