Et si on commençait par la fin ? Un guerrier, un prêtre, un nain et une elfe, appelée Frieren, ont vaincu le roi-démon. Ensuite, ils reprennent une vie normale. Frieren est un manga posant une question frontalement : « Que faire de nos souvenirs ? ».
Plus largement, la série se focalise sur le fait d’affronter ses regrets. Car la protagoniste, dont la durée de vie est XXL, réfléchit à la notion du temps. Elle s’interroge à la mort de ses camarades. Ses flashbacks définissent sa personnalité, toujours en devenir.

Face à cette proposition artistique, le public semble divisé. Entre les amateurs d’actions surprenantes et les adorateurs du saint repos, je me range dans le second clan.
Frieren se fraye bel et bien un chemin atypique. Cette bédé est accessible à tout un chacun, certes. Or, voici une histoire parfaite pour les plus patients. Sa lecture impose un rythme lent. Les habitudes du quotidien sont illustrées pour nous rappeler la beauté d’une tranche de vie. Nos personnages se débrouillent pour chasser, manger, on les découvre papoter, s’entraîner… le temps s’écoule selon les désirs d’individus nullement obligés de faire route ensemble.
Qu’en est-il de la plus forte caractéristique du manga ? Il s’agit d’une perle philosophique. Oui, on le sait, la vie réserve des surprises foireuses… s’en sortir, c’est s’entourer d’une famille empathique et sincère. L’elfe construit un avenir sereinement, sans oublier d’où elle vient.

Puis, pour ces créatures, 10 ans ne sont qu’un battement de cil. Notre héroïne se présente alors telle une figure admirable. Elle n’abandonne pas sa nouvelle quête, aux côtés d’autres compagnons. Elle ne se laisse pas à aller à l’ivresse, la démesure ou l’égoïsme. Au contraire, elle trace un nouveau chapitre de son existence. En d’autres mots, elle profite de chaque instant pour mieux se connaître à travers autrui. Cette démarche fait de Frieren, un manga plutôt unique en son genre.
Vivre de telle sorte que tu souhaites revivre, voilà ta tâche.
Extrait des Fragments posthumes écrits par Friedrich Nietzsche
brunoaleas