Qui soigne les artistes qu’on n’a même pas le droit de voir ? Part 1

La santé mentale des artistes, on en parle ? Faut-il souffrir pour composer de la musique ? Erin s’attaque à ces questions, dévoilant les raisons de son exaspération.

J’écris avec un peu de colère. De la colère envers l’industrie musicale. 

Parce que la musique, pour moi, c’est vital. En concert, en festival, dans mon casque à 2h du matin. Et je sais que je ne suis pas la seule à en avoir besoin pour tenir. Une chanson peut traverser une dépression avec toi, accompagner un deuil, recoller des morceaux qu’on croyait perdus. 

Mais aujourd’hui, j’ai envie qu’on retourne la question, et qu’on la complique. Parce que si la musique soigne ceux qui l’écoutent… qui soigne les artistes qui la font ? Et surtout, est-ce que tout le monde a vraiment accès à cette musique qui soigne ?

Prenons Chappell Roan. En 2024, au sommet de sa popularité, elle annule 2 festivals, en dernière minute. Pourquoi ? Pour préserver sa santé mentale. Et dans une interview, elle lâche quelque chose qui m’a marquée : l’industrie musicale prospère sur la maladie mentale, l’épuisement, le surmenage.
Plus tu es dans un mauvais état, plus tu as du succès. Elle pose la vraie question : « Comment faire ce métier sans se détester soi-même ? ».

Elle n’est pas seule. Halsey a pris la parole après des commentaires cruels. Hayley Williams de Paramore a soutenu publiquement Chappell, en disant que c’était courageux et malheureusement nécessaire. Noah Kahan, lui, a fondé The Busyhead Project. Cette initiative a levé des millions de dollars pour rendre les soins, concernant la santé mentale, accessibles. Pour l’auteur-compositeur, les artistes, qui ont une plateforme, ont la responsabilité d’être honnêtes sur la maladie mentale.

Ce que ces artistes nomment tous, c’est que l’industrie refuse encore entendre : on a construit autour de l’artiste un mythe dangereux, celui de la souffrance créatrice. L’idée que pour faire de l’art vrai, il faut souffrir. Que l’instabilité est une condition du talent. Ce mythe fait des dégâts. Il décourage les artistes de demander de l’aide. Il normalise l’épuisement. Il fait passer la détresse pour de la profondeur. 

Mais il y a une autre face de ce problème qu’on évoque moins. Une face qui nous concerne directement, nous, les fans.

Olivia Rodrigo en tournée. Harry Styles en tournée. Ariana Grande en tournée. Des concerts soldout, en quelques minutes, des billets revendus 3 fois leur prix sur Viagogo, des dates concentrées sur quelques grandes capitales : Paris, Londres, Amsterdam. Puis rien. Pour beaucoup d’entre nous, aller voir un artiste qu’on aime, c’est devenu un luxe. Un billet en fosse pour un grand nom, c’est facilement, 100, 140, parfois 180 euros. Auxquels s’ajoutent le train, l’hôtel, si le concert n’est pas dans ta ville, les frais de services qui s’accumulent discrètement au moment de payer.

Le cas Harry Styles est particulièrement parlant. Sa tournée Together, together, en 2026, ne passe que dans 7 villes dans le monde entier. Pour toute l’Europe continentale : Amsterdam, ou rien. Si tu vis en Belgique, en Allemagne, en Espagne : tu prends un avion ou tu regardes les vidéos sur Insta. Les prix de base à Amsterdam ont doublé, par rapport à à sa dernière tournée, en 2023. Le résultat, ce sont des milliers de places qui finissent en revente sur Ticketmaster, parce que les fans qui ont acheté un billet ne peuvent finalement pas se déplacer jusque là-bas.

Et pendant ce temps, à New York, des scalpers utilisaient de faux comptes pour acheter des billets en masse et les revendre jusqu’à 700, voire 1000 dollars, grâce au dynamic pricing de Ticketmaster (et choisi par l’artiste), qui gonfle les prix en temps réel, selon la demande.

Quand le scandale éclate, Ticketmaster annule les tickets des scalpers (personne ou bot qui achète des billets de concert en grande quantité, dès leur sortie, pour les revendre beaucoup plus cher)… mais refuse de rembourser ceux qui avaient payé des centaines de dollars de trop, dès le départ. Le système se protège lui-même. Et il recommencera.

Pour une étudiante, pour quelqu’un en précarité, pour quelqu’un qui vit dans une ville moyenne en Belgique, c’est tout simplement inaccessible…

Erin Terlier – texte & photo

Publié le 13 juillet 2026