Manifeste pour le piratage et l’art universel

Vive le piratage, à bas ses effets. Les artistes devraient être payé.e.s un salaire fixe pour leur contribution essentielle à la société, et ne pas dépendre du sponsoring, des mécènes, ou de dons occasionnels. Tout film devrait pouvoir être piraté sans conséquences pour l’artiste ou lae consommateurice. L’artiste façonne les lunettes avec lesquelles nous comprenons le monde, jamais iel ne devrait être valet de l’économie, jamais l’art ne devrait être un produit comme l’est un sandwich au fromage (sauf si on considère celui-ci comme de l’art), l’art devrait être public et universel.

Vive le piratage ! Sans lui, des générations entières de cinéphiles des classes populaires n’auraient pu accéder à certains de leurs films préférés. Les films qui ne passent plus en salle, les films qu’on ne peut trouver qu’en DVD qu’avec la chance d’un chercheur d’or, les films qui viennent de l’autre bout du monde, n’auraient pu arriver jusqu’à nous sans les pirates, leurs baies, vaisseaux et canons.

Je refuse de ne consommer que la purée qu’on m’enfonce dans la gorge, le cinéma-pain de mie sans saveur et reproductible à l’infini, produit de suites interminables, remplis d’acteurices-masques et de machineries complexes. Ce cinéma de la plateforme en ligne, de la continuité, j’admire la sueur sur le front de ses créateurices, mais pas la création elle-même.

Laissez Star Wars tranquille. De grâce, lâchez les pis de cette pauvre vache, il n’en sort plus que du sang. Laissez-la gambader et mourir en paix.

J’aimerais donner mon argent à ce petit réalisateur belge, si je l’avais. J’aimerais être mécène de tout l’art du monde, mais mon portefeuille est vide et mes yeux sont fatigués. J’aimerais que le blockbuster américain, si riche de son héritage, se libère du capitalisme fascisant, gangréné aux IA dans lequel son pays natal pourrit.

J’aimerais qu’il continue de se réinventer, qu’il ose de nouvelles histoires. J’aimerais un cinéma stupide et vulgaire, mais respectueux et universel, qui ne capitaliserait ni sur la haine, ni sur la nostalgie, et qui toucherait sous la ceinture et sous le chapeau, que tout le monde peut faire, mais que personne n’oublie.

J’aimerais un cinéma où les producteurs seraient des entremetteurs, des organisateurs et un appui. Le producteur qui ne pense qu’à son sou, sa frite-mayonnaise et ses grosses couilles, je le hais. C’est le vecteur entre le capitalisme pourrissant et l’expression la plus pure d’une vision du monde. Ces deux choses ne peuvent coexister.

Lou
Bannière ©Mr. Robot
Musique de In Rainbows

Publié le 6 mai 2026