Le jeune Gon le sait, son père est toujours en vie. Son daron agit comme Hunter. Il s’agit d’un titre honorifique. Il désigne des chasseurs explorant l’inconnu. Gon décide alors de suivre les pas de Ging Freecss. Relire le manga de Yoshihiro Togashi, voici notre ambition !

En quête de reconnaissance
Ouvrir le premier tome de Hunter × Hunter me remplit de joie. Déjà aux premières pages, apparait une introduction de personnage parfaite pour des yeux d’enfants. On entre dans le feu de l’action ! Précisons. Pas d’explosions dignes d’un récit imaginé par Urasawa. Pas de boyaux étripés, rien à voir avec Berserk.
Nous observons Gon. Il pêche un poisson à la taille hors norme. Le jeunot souhaite prouver à Mito qu’il est désormais prêt à passer l’examen pour devenir Hunter. Après avoir chopé la créature, Gon est heureux de réaliser son rêve.
Analysons ces deux protagonistes. Mito ne veut pas voir son neveu partir. Le petit garçon, lui, désire vivre des aventures, en recherchant son père. Au sein de cette relation, règne un mensonge : Mito certifie la mort de Ging à l’enfant, depuis toujours. Dès le premier chapitre, Gon devine que sa tante lui ment. Pourtant, il n’éprouve aucune rancœur. Il existe un lien très fort. Mito élève son neveu comme son propre fils.
En quelques mots, en peu de cases, notre héros se définit à travers deux valeurs : respect et gratitude. C’est pourquoi, Gon demeure l’un de mes personnages favoris, toute œuvre confondue. D’ailleurs, plus tard, Gon refusera de connaitre l’identité de sa mère. Actant, une bonne fois pour toutes, son besoin de reconnaissance et non de connaissance.
Si vous considérez les mangas comme un art mineur, mangez vos morts ! Togashi livre une leçon d’écriture. Ses personnages sont humanisés au plus haut point.

Le jardin de Togashi
Si la grande majorité des mangakas sont des architectes, Yoshihiro Togashi est sans aucun doute le plus illustre et talentueux des jardiniers.
Quelle impression nette ai-je eue, en lisant et regardant l’œuvre ? Togashi n’invente pas des histoires. Non. Il conçoit un univers et des personnages. Tout le reste n’est que le résultat logique découlant des actions de ses personnages. Cela se ressent dans le fait qu’il n’y a pas vraiment de structure précise, ni d’arcs narratifs, au sens classique du terme.
On est tellement habitués à voir des shōnens, où l’on se contente de suivre le héros affrontant des antagonistes de plus en plus forts. Ici, on ne retrouve pas cette structure en crescendo omniprésente, ailleurs. De nombreux conflits se terminent en impasse, ou ne se terminent tout simplement pas, parce que les motivations des personnages et la logique de leurs actions passent avant la structure du récit. Certains arcs n’ont donc tout simplement aucun point culminant.
Et puis, brusquement, le temps de l’enfance est révolu.
Hunter × Hunter ne fait aucune concession aux schémas narratifs habituels. Gon passe toute son histoire à se développer, à découvrir le monde et à se dépasser. Mais il est bien possible que son histoire ait déjà pris fin, sans même que l’on s’en rende compte. Sa quête s’achève dans le chaos et la violence. La violence du monde aura eu raison de sa moralité naissante. Gon a terminé sa quête et, bien que son univers se soit étendu à l’infini, il a tant perdu que le retour à la situation initiale est empreint d’amertume. Et, juste comme ça, nous changeons de perspective.
Le protagoniste devient alors Kurapika. Mais, en réalité, il porte juste ce titre parce que c’est le personnage que nous connaissons le mieux, dans ce bouillonnement d’actions et d’intrigues qui se met en place, dans l’univers de Togashi.
Gon n’est plus là. Le héros de nekketsu est parti, et le nekketsu avec lui. Ce qu’il nous reste, c’est un univers gigantesque, peuplé de personnages fantastiques et doté du meilleur système de pouvoir jamais imaginé par un auteur. Tant qu’il y aura Togashi, un univers et le Nen, Hunter × Hunter restera l’un des meilleurs mangas, qu’il soit pavé de texte ou non.
brunoaleas & Pierre Reynders
Illustrations ©Yoshihiro Togashi